10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 11:53
Colette Magny n’a jamais eu sa langue dans sa poche

Dans un billet sur les chansons censurées, Cédric Lalanne écrit :

Symbole, oublié par le grand public, de l’esprit libertaire des années 60, Colette Magny n’a jamais eu sa langue dans sa poche. Anarchiste, révolutionnaire, cette forte personnalité n’est pas avare en paroles. Elle passe tardivement des cafés de l’extrême gauche parisienne à la scène. Sa vocation de chanteuse lui viendra alors qu’elle est âgée de 36 ans. Avec "Choisis ton opium" en 1964 elle interpelle son public et l’interroge sur sa capacité au changement, à la révolte, sur son véritable idéal de liberté. Et il fallait se déplacer pour l’écouter puisque bien entendu ses chansons ne passaient pas à la radio.

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 11:17
Disparition de Jean-Jacques Avenel

Le contrebassiste Jean-Jacques Avenel est décédé le 11 août.

Dressant son portrait, Le Monde rappelle qu'il commença sa carrière en 1972. "Avenel, 24 ans, bibliothécaire dans la vraie vie, prend la contrebasse et change de vraie vie. [...] Il plaque tout et s'installe à Paris. Où Kent Carter, le bassiste de Steve Lacy, lui fournit son premier « gig » : un remplacement de Beb Guérin auprès de Colette Magny".

Plus succinctement, le journal Libération précise que "apparu sur la scène free au cours des années 70, il commence à jouer avec la rebelle Colette Magny, l’Américain Steve Waring, l’influent pianiste François Tusques, enregistre avec le saxophoniste Daunik Lazro puis remplace en 1981 Kent Carter dans le Steve Lacy Quintet. Sa collaboration avec le saxophoniste alto new-yorkais durera jusqu’à la disparition de celui-ci en 2004, avec plus d’une vingtaine d’enregistrements".

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 11:40
Visage-Village, un disque vraiment étonnant, qui fleure bon la campagne, les chardons et le fumier

Très belle analyse-critique du disque de Colette Magny, Visage-Village, publiée sur le blog Off The Beaten Track(lists) :

La notion d’album-concept n’est pas aussi étendue qu’on pourrait le croire. Dans les années 70, en France comme ailleurs, c’est un terme biaisé dont l’intérêt quasi-exclusif ne concerne guère que les productions pop-psychédéliques à tendance prog. On parle volontiers d’album-concept pour toute la vague de disques parus au début de cette décennie : le sacro-saint Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, mais également La Mort d’Orion de Manset, ou les créations d’Igor Wakhévitch. Mais on parle bien peu des autres genres musicaux, plus acoustiques ou moins hallucinés – et cela semble être encore le cas encore aujourd’hui. Fait étrange, Colette Magny en a pourtant signé quelques-uns, contemporains aux autres précités : Feu et rythme (1970), Répression (1972), Transit (1975) et Visage-Village (1977). Si le désaveu des trois premiers peut s’expliquer pour cause de format « trop » libre, Visage-Village demeure un disque vraiment étonnant, méritant une attention toute particulière. C’est peut-être même l’un des plus beaux de Colette Magny, qui fleure bon la campagne, les chardons et le fumier.

Commençons par rappeler un truisme. La représentation de la campagne ne se définit pas simplement par une nature terrienne ; elle peut être aérienne, envolée, poétique. Loin des cités urbaines et de leur progressisme galopant, les vastes étendues de terres cultivables côtoient les communes séculaires. Vu du ciel, le paysage est un gigantesque trompe-l’œil à ravir les poètes aux envolées lyriques. « Plus on s’approche, plus c’est le foutoir »… L’apparente uniformité des terres flatte le désir, voire la volonté esthétique de l’homme ; mais comme le souligne très justement Colette Magny, à l’observer de plus près, à notre échelle, la campagne est un chaos de mauvaises herbes et de richesses malodorantes, parties intégrantes du processus de renouvellement de la nature. Il n’est donc pas étonnant de voir la chanteuse engagée s’insurger ici contre les « mains pensantes » qui charcutent la terre par le remembrement et son impact éco-paysager, destiné à satisfaire nos plus basses pulsions apolliniennes.

Ces pulsions sont-elles d’ailleurs fondées ? Car la ruralité n’invite pas seulement à l’apaisement, à venir à la rencontre du bon gueux qui rôde de Richepin ou d’Elzéard Bouffier. Sa poésie peut être crue. Et dans la bouche de Colette Magny, la peinture musicale d’un village peut se faire licencieuse, même si la chanteuse n’en omet pas la force empathique, son visage. Ainsi, une fête de campagne permet la rencontre des épidermes, les vagins vivants y croisant les sexes en amiante, « pour la fureur et pour la baise ». Dans le même temps, on reste capable de sérénité voire d’émerveillement devant les arbres morts qui annoncent le grand spectacle de l’hiver, « extraordinaire quand les bêtes se terrent, quand il y a l’air de rien y avoir, et que tout existe ». C’est de tout cela qu’il s’agit sur cet album de 1977. Un sujet certes moins brûlant que les précédentes vindictes à tendance rouge de Magny ; même si elle ne se reconnaissait dans aucun parti politique, serait-ce là l’effet de Soljenitsyne et de son Archipel du Goulag ?

Pour blâmer le cancer qui ronge la campagne, Colette Magny use autant de l’essence brûlante du free jazz que du tempo d’une valse-musette bancale, sans trop servir de flonflons. Elle parvient à replacer le blues dans une ruralité, certes plus moderne mais toujours solidement ancrée, quitte à finir l’album par des chants hystériques. C’est pourtant avec l’accordéon que Visage-Village s’offre une identité musicale franche, justement dans la tradition des albums conceptuels : ce timbre si particulier change radicalement sa résonance par une répétition de motifs, de couleurs, de formes musicales. À travers lui, Magny évoque en tout cas la perte de repères due à la transformation des paysages. Identité perdue ? Dans Répression, on trouve les prémices de cette uniformisation concrète et utilitariste par le remplacement des pavés (dangereux) par du bitume (inoffensif et plat), cherchant évidemment à pointer du doigt l’uniformisation des esprits à une pensée unique et docile…

Moins personnel que Melocoton (1965) ou Kevork ou le délit d’errance (1989), ce disque est pourtant empreint d’un fort sentiment de vécu. C’est une pure merveille de chanson française, accessible, à la fois tangible et évanescente, qui a le don magique de s’incruster peu à peu dans l’esprit de ceux qui prendront avec raison le temps de la redécouverte. Nul besoin d’univers fantastique pour briller. Cette création en collaboration avec Lino Léonardi et le groupe Dharma semble couler de source, comme une évidence. Méconnu et mésestimé, Visage-Village est un dernier coup d’éclat avant les années 80, période moins prolifique de la carrière de Colette Magny.

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 16:48
De cabaret en cabaret

Lu sur le site de Jean-Marie Quiesse :

Le cabaret à chansons Le Virgule a ouvert ses portes à Caen (Calvados) en 1967 sous la direction artistique de Jean Marie Quiesse. Il a cessé officiellement de fonctionner en tant que Cabaret à chansons le 29 mai 1970. Luc Bérimont, poète et réalisateur de l'émission "La Fine Fleur de la chanson française" disait de cette expérience : Nous avons découvert Le Virgule, c'est une pépinière d'artistes, un exemple unique. Ils ont fait un travail considérable. Beaucoup des artistes de l'époque ont mené une très belle carrière [parmi lesquels Colette Magny]. De nombreux contacts ont eu lieu à l'époque avec "Les Baladins" d'Auray (puis celui de Nantes), et surtout avec l'autre cabaret caennais "La Prairie" ouvert par Jacques Lebouteiller et Serge Langeois. Serge a continué à assurer la programmation du Virgule pendant quelques temps après le départ de Jean Marie Quiesse.

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Évoquant ses débuts de chanteur, Jean-Marie Rivier précise : "Après plusieurs spectacles à Caen, au "Virgule" avec Jean-Marie Quiesse, je me suis retrouvé au cabaret "Les Baladins" à Auray pour le remplacer. Patrig Le Masson, le maître des lieux, m'a engagé pour y chanter les deux mois d'été et lorsque Patrig a ouvert le "Bâteau-Lavoir" à Nantes, il m'a demandé de faire l'ouverture. C'est là que j'ai vraiment appris mon métier et que j'ai rencontré de nombreux artistes comme Gilles Servat, Colette Magny, Roger Masson, Paul Barrrault, Jacques Serizier, Monique Morelli et bien d'autres..."

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 08:28
Magnyfique et Magnyfiquement chiante

A écouter l'émission de Radio Galère "Mets de Résistance" avec Benoît, Anne-Claude Jeandot et le témoignage de Pierre Prouvèze (cliquer sur l'image)

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Pierre Prouvèze - dans Témoignage
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 11:36
Nous sommes le pouvoir

A lire sur le blog de la radio belge Radio 68, l'analyse critique complète du disque Mai 68 de Colette Magny : "un disque à écouter car Magny rend compte de l'atmosphère révolutionnaire sous un angle purement humain. Elle ne se cache pas derrière des idées ou des slogans mais elle met l'individu au premier plan, sa joie et son enthousiasme, mais aussi ses frustrations et ses échecs".

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 12:56
Et ça crie, gémit, grogne et hurle

Lu sur le blog Merzbo-Derek :

Et ça crie, gémit, grogne et hurle. Et ça fait rage comme la classe ouvrière en colère s’exprimant d’une même voix. Et ça crépite tels les feux de la révolution. Et ça cherche à désosser le système… Ici on milite pour un peuple sans classes, à une époque où la presse, faut pas croire, faisait déjà le trottoir aux côtés de ceux qui détenaient le pouvoir. Faut pas faire l’idiot international, faut laisser circuler la majorité ironisait Colette Magny.

Répression aura été un album engagé comme peu l’ont alors été (ce qu’il continue d’être d’ailleurs). Répression aura été largement boudé en son temps, ne trouvant qu’un petit public par avance acquis à sa cause. Répression n’a étrangement jamais été réédité.

Sur scène Colette Magny laissait d’abord s’exprimer un trio constitué de François Tusques, Beb Guérin et Guem, avant d’entamer un tour de chant en duo avec le second, puis de proposer aux Panthères Noires de débouler. Les Panthères, sur Répression, ce sont Bernard Vitet, Juan Valoaz, François Tusques, Beb Guérin, Barre Philips et Noël McGhie. Brigitte Fontaine enregistra Comme à la radio avec l’Art Ensemble Of Chicago. Colette Magny réalisa quant à elle des disques avec certains des musiciens de free français s’étant illustrés au cours des sessions parisiennes du label BYG, mais aussi avec le Free Jazz Workshop (sur Transit), futur Workshop de Lyon.

L’initiation au free, Colette Magny la doit à François Tusques, Bernard Vitet et Beb Guérin. Ils lui firent écouter Albert Ayler, Frank Wright, Don Cherry, Alan Silva ou Sunny Murray, et grâce à eux, elle abandonna la traditionnelle structure couplet / refrain : elle reconnut dans le free un cri de révolte représentatif d’une période, selon elle, « génératrice d’angoisse ».

Répression met en musique, collectivement, une suite de textes-collages. A l’intérieur de la pochette sont croqués Bobby Seale, Eldridge Cleaver et Huey Newton dont les pamphlets sont plus ou moins repris sur des airs de marche obsessionnels rappelant parfois le meilleur de la première mouture du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. Chez Colette Magny les chansons ne sont pas débitées en trois minutes, pour la radio ; au contraire sont-elles architecturées en de longues incantations progressivement gagnées par l’esprit de révolte.

Du genre :

« Babylone morose, mère de l’obscénité par tes B52, tes atrocités,

Géant tentaculaire, gendarme du monde,

Tes ballons de dollars on les crèvera,

Pieuvre en papier-monnaie, ton centre éclatera,

Tes tentacules on te les coupera.

BABYLONE U.S.A.

Les culs de la bourgeoisie twistent

Bientôt le talon de fer des classes dominantes ne sera plus que

BAVE-LAVE dans Babylone en flammes,

Babylone, fais gaffe à tes tentacules,

La démence déferle sur toi, les peuples se soulèvent,

La marée haute de la Révolution va balayer tes rivages.

Les nazis ont assassiné six millions de Juifs,

L’Amérique raciste, cinquante millions de Noirs,

Quatre siècles d’esclavage ç’en est assez.

GUNS BABY GUNS

La longue marche des indiens CHEROKEE sur la « piste des larmes »,

Dépossédés de leurs terres, massacrés,

Faisons taire les voix de la prudence :

Les cris de notre souffrance guideront nos actions,

Il y a une différence considérable entre trente millions de Noirs désarmés

Et trente millions de Noirs armés jusqu’aux dents.

CHEROKEE CHEROKEE GET GUNS AND BE FREE »

Répression fut censuré par l’O.R.T.F. en un temps où Marchais et Krivine arrivaient parfois à dire des choses en direct à la télé. Colette Magny n’en eut pas l’occasion. Pas plus qu’elle n’obtint du Ministère aux Affaires Culturelles sa licence de musicienne ambulante qui lui aurait permis de chanter dans les jardins publics.

Et ça crie, gémit, grogne et hurle

Colette Magny interprète Répression (version 1983)

Babylone USA - Colette Magny

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 14:11

De la version originale mise en musique par Colette Magny, aux reprises diverses

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Colette Magny

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Yves Montand

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Bertrand Belin

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Camélia Jordana et Bertrand Belin

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Jehan

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Dédée de Marseille

Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny) par Jacques Douai

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 23:14
La mort me hante

Lu dans "Elle court, elle court la nuit" de Jean-Michel Gravier (ed.Ecriture, 16/04/2014) :

"C'est à la télé que j'ai vu ces derniers temps les choses les plus belles. (...) Un après-midi, par hasard, Catherine Ribeiro est venue dire bonjour à Claude Olievenstein, invité du jeudi : Colette Magny chantait et, avec du bleu dans la voix, elle "voulait danser jusqu'à la mort". Catherine est venue l'embrasser, l'enlacer, et leurs deux voix se sont enlacées, embrassées. A travers l'écran artificiel de mon petit poste Darty, une sorte de charme est passé. Et nous aussi, on aurait voulu danser avec elles. Jusqu'à l'amour" (novembre 1979)

La mort me hante
La vie m'épouvante
Dans ces limites acceptées
Je vivrais pleinement ma vie
En douleurs attentives
En plaisirs épanouis

L'autre me fait chier
J'ai moins d'espace
Mais qu'est-ce que je ferais toute seule ?
Mais qu'est-ce que je ferais toute seule ?

J'aurais tant aimé danser
Jusqu'à la fin de mes jours
J'aurais tant aimé danser
Jusqu'à la fin de mes jours
J'aurais tant aimé danser
Jusqu'à la fin de mes jours

à ce sujet Catherine Ribeiro écrit : 'Colette souviens-toi... Nous avons dansé ensemble... Une fois à l'Olympia, une autre fois, un après-midi sur Antenne 2... Nous avons fait "un tabac"... C'était au temps où nous avions bien des audaces et du courage aussi. J'espère que tu m'entends... Je t'embrasse tendrement. Catherine."

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 23:34
à Colette Magny

Page 93 de "Amours debout... Amours couchées", poésies de Maurice Fanon, textes réunis par Yannick Mathias (Ed. L'Harmattan, 04/2014)

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