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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 07:02

Extrait du billet de Norbert Gabriel publié dans le blog du doigt dans l’œil :

Les Cabarettistes sont des petits enfants du Groupe Octobre, les guérilleros de la culture qui tiraient les 400 coups pour aller mettre la poésie dans la rue et dans les usines. [...]

Les voici dans Le cabaret des plus inconnus des auteurs compositeurs interprètes connus, d’après l’œuvre d’Allain Leprest, Colette Magny, Jehan Jonas, Henri Tachan, Gribouille, Loïc Lantoine et Pierre Louki. [...] On voit revivre ces artistes qui n’ont pas eu toute la lumière que méritait leur talent. Ceux dont on déplore l’indifférence des médias, une des seules peut-être à avoir eu quelques passages télé, c’est Colette Magny, avec le détriment d’être réduite à une chanson.. Les Cabarettistes ont pris des interviews de l’époque, dans lesquelles ces artistes éclairent le contexte, comment ils ont vécu leurs années de chanteurs plus ou moins confidentiels, ces interviews sont mises en voix en direct par Les Cabarettistes, avec leur talent inouï pour créer des décalages drôlatiques, et très efficaces, on ne perd pas une virgule du propos. Les deux drôles aux larges épaules, version Cabarettistes, ça vaut le détour aux Tuileries.

Published by Claude Richard - dans Autour de l'oeuvre
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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 14:39
1972 : Colette Magny chante Chronique du Nord

Au fond de mon couloir, derrière la pénombre où il s'achève, j'accède à un placard, un boyau où, depuis longtemps, je ne descends plus jamais. Mais ce jour-là, quelque chose me poussa à affronter les ténèbres. Comme pris d'une griserie, je m'armai d'une lampe et plongeai dans un siècle de poussière. A tâtons, j'écartai deux trois planches et glissai la main dans un recoin pour en extraire un trésor oublié. Revenu à la lumière, je m'aperçus que je tenais une galette, la plus belle galette qui soit, luisante et noire, jetant autour d'elle un éclat d'anthracite. Un disque vinyle intact dans sa pochette ! L'album de Colette Magny, sorti en 1972 : Répression. Sur la face B, un titre : Chronique du Nord. Dieu merci, j'avais encore ma vieille platine stéréo. Ce que j'entendis avait toujours la même force que quarante années plus tôt. La force des mots, la force du chant, la force d'une artiste. Jugez par vous même en cliquant ici

Plus simplement, j'en ai ci-dessous transcrit le texte, avec son orthographe et sa ponctuation. Ensuite je dirai mes émotions, mes commentaires et quelques hypothèses.

CHRONIQUE DU NORD (Colette Magny)
(Bou Bou YeYe, le cri des femmes de mineurs en g
rève)

Ils habitaient un village de la Flandre wallonne
Ils avaient grandi ensemble lentement dans les hauts herbages
dans la poussière des routes, dans la senteur âcre des fermes,
Dans les fossés, on allait se laver la figure ou je ne sais trop quoi avec les rats
Ils devisaient dans les chemins creux
côte à côte, d'un pas lent et monotone
sérénité des prairies grasses, des larges fleurs et
des grands bœufs qui y
suivaient leur songe obscur.

Mais il faut que tu partes chez les bourgeois apprendre les manières de la ville,
si tu veux savoir tenir ton ménage à Do
uai.

Elle est partie, il ne dort plus
les abeilles bourdonnent dans les hautes ciguës
assis dans les branches d'un saule - quand la lune se lève,
ça rend sa silhouette si bizarre
les paysans attardés le prennent pour un merlifiche (1),
pour quelque jeteux de sort, venu de Belgique.
Il rôdait toujours au bout du pays, le niquedouille
,
les yeux fixés sur l'horizon...

Comment ça se fait qu'à 38 ans je suis là que je m'étouffe ?
- Qu'est-ce que tu veux à manger ?
- J'ai pas faim, j'ai mangé 75% de poussière
Ferme la fenêtre, j'ai froid
Ouvre, j'ai chaud, j'étouffe
Allume le feu,éteins-le
Fais pas la lessive, j'étouffe
Ah ! ces gosses, j'peux plus les supporter
Comment ça se fait qu'à 38 ans je suis là que je m'étouf
fe ?
Mon copain, y m'appelle "le Vieux"...

Le four de fonderie de zinc des Asturies dégage une fumée qui fait tout mourir : les arbres ne poussent plus, et si tu vois encore de l'herbe, c'est sur les terrils ; les terrils, c'est pas des collines au pays des mines...

BOU BOU BOUYEYE...

Tu vois, je ne peux pas imaginer que ce ne soit pas la ville des oignons
Wagnonville
Y'a ceux du Marais, y'a ceux de la Ville
Nous du Marais on s'accroche au patois du Nord
on a du caractère, on se fera pas enterrer à la ville
à Wagnonville
Mais ça nous empêchera pas de préparer ensemble des chansons
Pour les élections - on remettra pour plus tard le
s concours de pinsons
à Wagnonville

Grand'mère était ouvrière dans une filature
elle économisait chaque jour son sou de bière
pour acheter des meubles pour marier les enfants
ils seront instituteurs, quoi de plus beau !
C'est du beurre à 30 sous,
qui faut diabolo !

Elle m'a raconté qu'un soir à Sin Le Noble, le Roi Soleil était arrivé
près la bataille : il avait demandé à manger des choux
ça arrange les intestins et puis ça les dégonfle après
l a fait dans les draps, l'odeur reste,
ça sent (2) le noble
, à Sin Le Noble.

Grand-père s'est reconverti, finie la mine
le voilà marchand d'os, ferrailles, peaux de lapin ;
à pied, brouetteur de marchand de couvertures
ah ! quel métier
de chien (3) !

Tiens, voilà les drapeaux rouges sur la route de Oisier (4) , quel danger !
Ma mère elle est chrétienne, papa va de l'avant
"s'pèce de socialiste, va" qu'elle lui dit, maman
Mais quand elle entend l'Internationale à l'unisson,
une série de personnes qui chantent avec conviction,
a lui re
mue les boyaux (bis)...

BOU BOU BOUYEYE

Le médecin des houillères comprend,
il ne vient pas voir ce qui se passe au fond
faut descendre à la fosse, pas une fois, pas un jour,
mais 10 ans, 15 ans - savoir ce que c'est que d'étouffer,
de prendre des cailloux sur la gueule,
attendre des heures au bureau pour avoir un papier
aller sous la pluie à bicyclette avec 40 de fièvre au centre
Comment ça se fait qu'à 38 ans je suis là que je m'étouffe ?

Mon copain, y m'appelle "le Vieux"...

Le four de fonderie de zinc des Asturies dégage une fumée qui fait tout mourir : les arbres ne poussent plus, et si tu vois encore de l'herbe, c'est sur les terrils ; les terrils, c'est pas des collines au pays des mines...

Ma mère m'a dit : T'es qu'un godailleux, t'as dépensé des sous qu'on
n'avait pas dans la bourse ; faut payer la maison"
Y'a de jolies fraises, des jolies fraises à Anolin (5)
J'irai les cueillir chez le voisin à 4 h, tous les matins,
faut payer la maison... mais y
'a la grève à Flers

BOU BOU BOUYEYE BOU BOUYEYE...

C'est le cri des femmes de mineurs, mains nues dans les rues
Pas de fourches, pas de faux, mais j'ai peur, oui, j'ai peur
bien que je sois fils de mineur ; mais moi, je serai instituteur,
et je veux jouir de la retraite le plus longtemps possible
et toutes ces femmes
, elle me font peur

BOUYEYE...

Adonis, t'as la drisse (6) - Pharmacien, une petite médecine pour la fille du diable qui a mal à son ventre !

BOUYEYE...

Comment ça se fait qu'à 38 ans je suis là que je m'étouffe ?
Mon copain, y m'appelle "le Vieux"
...

BOU BOU BOUYEYE...

1 En argot, un saltimbanque, un vagabond
2 Qui se prononce "sint" en patois
3 Métier de chien, en connaissance de cause, puisque ces petits métiers nécessitaient à l'époque l'usage de "carrettes à quiens". Il en passait encore dans les années 60 : « Chiffons! Peaux d'lapin, peaux ! » Quant au marchand d'os, ce serait ce qu'on appelait ailleurs un regrattier, qui fait commerce d'articles de seconde ou troisième main, voire de rebuts : « Às' oches ! Às' oches ! »
4 Waziers, bien sûr
5 Annoeullin, à 25 km de Douai ?
6 Picardisme dont chacun connaît le sens. Quant à Adoniss', il est sans doute là pour la rime, et de la même famille populaire que Narciss' (le tiot Quinquin) et Baptiss' (qui est toudis contint).

1972 : Colette Magny chante Chronique du Nord

Voilà pour le texte de cette longue chanson (8'35" : on n'en fait plus des comme ça aujourd'hui). Avant ce disque, Colette Magny avait déjà chanté la mélancolie de l'enfance (Melocoton - 1965, la chanson bluesy qui l'a fait connaître), sa solidarité avec les peuples vietnamien et cubain, avec les ouvriers en lutte des chantiers navals de Saint-Nazaire... Elle s'était faite aussi l'interprête de poèmes de Victor Hugo, de Pablo Neruda, d'Arthur Rimbaud, de Max Jacob, d'Antonio Machado, etc. Ici, en 1972, elle dit la chronique de gens du Nord. Comment elle, la Parisienne née d'un père bourguignon et d'une mère poitevine, en est-elle venue à s'intéresser au peuple de la mine ? Sa biographie, dans le Maîtron (Dictionnaire biographique des mouvements ouvrier et social), apporte cette information : « Son concierge, originaire du Nord lui fit découvrir le milieu populaire des bassins miniers, expérience qui l’inspira. » Une précision : Colette Magny, à l'époque, habitait à Paris, 52 rue (devenue avenue) de Flandre, dans le 19ème arrondissement (où il y a maintenant -depuis 2013, à deux pas, une rue Colette-Magny).

Quand on regarde la discographie de la chanteuse, on voit qu'elle n'a jamais cessé de se faire la porte-parole de opprimés de toute sorte : les ouvriers, les femmes, les immigrés, les enfants d'un IMP... Comme si elle voulait : « écri[re] une sorte de chronique en blues de la France d'aujourd'hui, (et toujours en) faisant intervenir des acteurs réels. » (d'après "Cent ans de chanson française (1907-2007)" de Louis-Jean Calvet - Ed. L'Archipel). En 1967, c'est la grève des chantiers navals de Saint-Nazaire qui la mobilise. Et, la même année, elle réagit au conflit qui gagne les usines Rhodiaceta de Lyon et du Péage-de-Roussillon. En 1971-1972, on la verra auprès des immigrés grévistes des usines Pennaroya de Lyon.

Dans les années qui ont précédé la sortie de l'album "Répression", je n'ai pas trouvé trace de grève dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Des drames certes. Ainsi le 24 mars 1969, une cage de bure chute dans le puits de la fosse no 10 des mines de l'Escarpelle du Groupe de Douai à Leforest et tue cinq mineurs. Et le 14 avril 1971, quatre mineurs périssent lors d'un accident en raval du puits de la fosse no 4 des mines de Lens. le 28 novembre de la même année, quatre mineurs périssent lors d'un éboulement dans un dressant de la fosse Barrois des mines d'Aniche du Groupe de Douai à Pecquencourt.

J'en déduis que c'est ce genre de nouvelles ajouté à ce que son concierge lui a raconté de la vie des mineurs qui a amené Colette Magny à son projet de chanson. Pour écrire celle-ci, elle adopte la méthode du reportage pour reprendre le mot de Claude Fléouter dans Le Monde du 9 mars 1977 : « sa Chronique du Nord, un de ses meilleurs, de ses plus solides blues d'actualité - écrit après un véritable reportage dans des entreprises du nord de la France et qui mêle images, témoignages, émotions. » Voici ce qu'en dit Colette Magny ellemême dans un article paru dans Rock & Folk d'avril 1973 : « j'attache plus d'importance aux textes qu'à la musique. En tout cas, de plus en plus, les textes ne sont pas « de moi » : ce sont des collages, ou des chansons «semi-collectives». Par exemple, la Chronique Du Nord : pendant trois voyages, j'ai noté tout ce que les gens avaient dit et je leur ai envoyé une première bande pour la modifier ensuite en tenant compte de leurs remarques. »

Où ces voyages ont-ils mené Colette Magny ? À lire le texte de la chanson, on est tenté de répondre : dans le Douaisis. En effet, successivement, sont évoqués : la Flandre Wallone, Douai (et sa bourgeoisie), la Belgique (d'où viennent les jeteux de sort), la fonderie des Asturies (Auby), Wagnonville (dite la ville des oignons), le Marais (celui de Wagnonville, le Frais-Marais ou le Marais de Sin ?), les villes à filature, Sin-le-Noble, Oisier (Waziers), Anolin où l'on cultive la fraise (Annœullin ?) et Flers où il y a la grève. Chez qui a-t-elle été reçue ? Qui a-t-elle rencontré ? Je n'ai, pour répondre à ces questions, rien retrouvé qui me mette sur une piste. A-t-elle visité une fosse ? A l'époque, relevant de la société des mines d'Aniche, quatre ou cinq puits étaient encore en activité. Ainsi, à Sin-le-Noble, la fosse Puits du Midi (fermée en 1973) ; à Waziers, la fosse Notre-Dame et la fosse Gayant (en tout quatre puits fermés en 1978). Quant à la fonderie des Asturies, elle est toujours en activité et appartient aujourd'hui au groupe Umicore.

1972 : Colette Magny chante Chronique du Nord

Qui écoute "Chronique du Nord" , même aujourd'hui, quarante-deux ans après sa sortie, se retrouve scotché par la sincérité et la puissance du témoignage. Car cette chanson marche, encore et toujours, fonctionne comme une mémoire vive : un pays autrefois rural, la séduction de la ville, les vieilles superstitions et les peurs nouvelles (la silicose, le poison du four de fonderie, la grève aussi...), l'attachement au patois, l'alternative du travail en filature, l'espoir d'un changement de vie (devenir instituteur), et ce cri des femmes : « Bou bou bouyéyé ! ».

À ce propos, sur internet, je suis tombé sur la version numérisée d'une étude datée de 1911, "The Real France", écrite par Laurence Jerrold (1872-1918), journaliste, essayiste et critique dramatique installé à Paris. C'est lui qui a couvert pour The Telegraph la catastrophe de Courrières du 10 mars 1906. Voici ce qu'il écrit, à la page 98 du chapitre IV ("England, France, and Socialism") :

To this day open-air meetings are forbidden, and public opinion on the whole approves of their being dispersed instantly by armed force. I have seen three workmen knocked down and carried kicking away by the Paris police on the deserted Place de la Concorde because some strike committee had announced a meeting there. In the coal- mining districts of Northern France one heard for years at strike times mystic and childish chants of " Bou, bou, bou ye ye ! ' The explanation was that " Vive la greve ! " until a few years ago was a " seditious " cry, rendering the utterer liable to some six months' imprisonment, so the men translated the words into a gibberish of their own invention. Now " Vive, vive, vive la greve ! " is tolerated, while dragoons, hussars, and mounted gendarmes look grimly on, pouncing every few moments on rassemblements of three or four men arm-in-arm, " dispersing " them, and running them in if they " commit rebellion," which they always do.

(Ma traduction) A ce jour, les réunions en plein air sont interdites, et l'opinion publique dans l'ensemble approuve qu'elles soient sur le champ dispersées par la force armée . A Paris, sur une Place de la Concorde déserte, j'ai vu trois ouvriers jetés à terre et molestés à coups de pied par la police parce que un obscur comité de grève avait annoncé la tenue d'un meeting à cet endroit. Dans les districts miniers du Nord de la France, on entendit pendant des années lors des grèves scander ce slogan à la fois cabalistique et enfantin : « Bou , bou, bou ye ye ! » A cela, une explication : « Vive la grève ! » jusqu'à il ya quelques années était considéré comme un cri « séditieux» , et qui le proférait était passible d'une peine de quelques six mois de prison, de sorte que la population l'a traduit dans un charabia inventé pour la circonstance. Maintenant «Vive , vive , vive la grève ! » est toléré... sous la surveillance sinistre de dragons , hussards et gendarmes à cheval , prêts à s'abattre à chaque instant sur tout rassemblement de trois ou quatre hommes bras dessus, bras dessous , prêts à opérer leur « dispersion », et à les arrêter au cas où ils se « rebelleraient », ce qu'ils ne manquent jamais de faire.

Ainsi donc scander "Bouyéyé !" comme fait Colette Magny est une manière déguisée de crier : "Vive la grève !". Nulle part ailleurs, je n'ai trouvé d'autre commentaire sur cette information. Comment la chanteuse en a-t-elle eu connaissance ?

Il est évident que Colette Magny a su respectueusement être à l'écoute d'ces gins qu'elle a pu rencontrer. Elle a ainsi gardé trace de l'espièglerie populaire de ses informateurs : la graphie faussement aléatoire de Oisier, mis pour Waziers, rappelle le surnom (le "nom jeté") donné aux Douaisiens : "les vint' d'osier" (ventres d'osier) ; autre facéties avec Wagnonville, dite la ville des oignons, et surtout ce qu'elle a noté à propos de Sin-le-Noble. Cette anecdote croise à la fois le souvenir historique du siège de Douai en présence du roi Louis XIV (début juillet 1667) et l'affabulation (quoique... On sait que Louis XIV était friand de choux), dans la veine des mythologies populaires visant à expliquer tel toponyme ou telle particularité géographique. Pour expliquer l'origine du nom Sale-Village, commune du Maine-et-Loire, les habitants des environs racontaient que la Pompadour y était descendue de son carrosse... les pieds directement dans la boue : « Ah, quel sale village ! » aurait-elle lâché. Et cette autre légende pour expliquer comment Rebreuve-sur-Canche, dans l'arrondissement d'Arras possède un Bois de Gargantua et deux petites collines (dites Monts Blancs) : le géant s'y serait arrêté et y aurait décrotté ses souliers ; quant à la Canche, elle serait le produit de son pissat. Et cet autre exemple cette fois (comme pour Sin) dans la veine scatologique. Je l'ai entendu dans mon enfance à Armentières pour expliquer le nom de deux communes voisines : Gargantua (encore lui) cherche ses fils disparus près de la rivière (la Deûle) ; il les appelle, ils répondent : « Père, in chie ! » et il vit "d'eux les monts". Voilà Pérenchies et Deûlémont rhabillés pour l'hiver, autant que Sinle-Noble (En fait, le toponyme Sin est attesté dès 1117 et mérita l'extension "le Noble" en 1355 pour son soutien à Jean le Bon).

Je n'ai malheureusement rien trouvé à propos de l'identité du premier informateur de Colette Magny. Le hasard m'a donné cependant le nom d'un autre concierge parisien (je n'ose imaginer qu'il s'agisse du même), Félix Picques, ancien mineur et qui se souvint de la mine en peignant des tableaux qu'on qualifiera de naïfs, tableaux récupérés par un galeriste parisien.

Un commentaire maintenant sur la démarche artistique de Colette Magny. Elle écrivait, composait et chantait comme, en son temps et aujourd'hui, agit le plasticien Ernest-Pignon- Ernest : rendre à la rue sa mémoire, à la fois en la magnifiant (jeu de mot facile) et en refusant toute appropriation artistique.

On connaît d'Ernest-Pignon-Ernest le portrait grandeur nature d'Arthur Rimbaud collé sur des murs parisiens et voué à l'usure du temps. Ce n'est pas une surprise de le retrouver dans l'illustration de la pochette de l'album Répression : -un terril, un chevalement, un groupe de mineurs- et, sur un format plus grand, une tête d'homme (un mineur) non pas signé ErnestPignon-Ernest mais identifié par les initiales de l'homme représenté (J.B.).

1972 : Colette Magny chante Chronique du Nord
1972 : Colette Magny chante Chronique du Nord

Colette Magny mêle à sa narration des phrases entendues lors de ses reportages préliminaires, donnant la parole à ceux qui ne l'ont jamais, ou si rarement. Elle s'efface derrière ces propos d'autant plus forts qu'ils sont rapportés sans apprêt aucun. Les critiques ont parlé de chanson-collage qui, peut-être, a son origine dans le genre du poèmeconversation cultivé par Guillaume Apollinaire (un exemple : le poème Les Femmes dans le recueil Alcools). Manière ensuite cultivée par les surréalistes et, plus récemment, par les poètes de la Beat-Generation (le procédé du cut-up, lui-même repris à certaines occasions par le poète natif de Guarbecque Lucien Suel).

Comme l'écrit Jacques Vassal dans son essai "Français si vous chantiez" (Ed.Albin Michel, 1976), « Cette tranche de vie d'une famille de mineurs du Nord de la France est à notre réalité ce que le « North country blues » de Bob Dylan est à celle des Américains. Et le parallèle n'a rien de gratuit : non seulement le sujet est presque le même mais, dans un cas comme dans l'autre, l'auteur au lieu de parler des mineurs et de leurs familles, les fait parler eux-mêmes. Répercutant leurs propos entendus sur place, il n'est plus que leur porte-voix, leur interprète auprès du monde extérieur.»

Un mot enfin sur la musique. Les autres chansons de l'album Répression sont très marquées Free-Jazz. En effet, 1972 a connu un bel essor des expérimentations musicales que d'ailleurs ne programmaient pas les radios de l'époque : pour entendre Brigitte Fontaine (Ah! Comme à la radio - 1969), Catherine Ribeiro ou Colette Magny, il fallait se contenter du disque ou, mieux, du concert. Pour Chronique du Nord, Colette Magny a pris le parti du minimalisme à la fois vocal et instrumental : d'un côté un sorte de parlé-chanté bluesy idéalement servi par une voix chaude et grave, de l'autre une guitare et deux discrètes contrebasses (Beb Guerin et Barre Phillips).

Justement, à propos de concerts, voici ce que j'ai retrouvé des passages de la chanteuse Colette Magny dans le Nord de la France (et au-delà) :

- le 19 février 1968 : au théâtre Sébastopol à Lille (avec John William)
- en mars 1969 : à Seraing, en Belgique
- en 1971: à la MJC de Croix
- le 15 mai 1973 : à l'Université de Louvain, avec les dockers en grève
- en 1975 pour le 1er Mai à Dunkerque, avec Ernest-Pignon-Ernest elle fait spectacle pour les dockers : peintures, affiche, concert
- le samedi 4 février 1978 : à Lille, salle de la Marbrerie
- et quelques autres occasions de l'entendre sur scène : à Ronchin, à Aulnoye-Aymeries...

Par ailleurs le chanteur Jacques Douai avait mis à son répertoire une composition de Colette Magny sur le poème de Victor Hugo, Les Tuileries et, dans un disque réalisé avec d'autres artistes, on peut entendre Colette Magny donner sa propre interprétation de la berceuse du P'tit Quinquin. (Pour écouter -à 5'56"- cliquez ici).

En conclusion, ces deux lignes tirées du Maîtron (déjà cité). Colette Magny : née le 31 octobre 1926 à Paris, morte le 12 juin 1997 à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) ; auteur-compositeur-interprète ; figure majeure de la chanson engagée dans les années 1960-1980.

Jean-Luc Doutrelant

Published by Jean-Luc Doutrelant - dans Critiques disques-spectacles
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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 18:43
à l'angle de la rue Raspail, à Nantes
à l'angle de la rue Raspail, à Nantes

Extrait d'un article paru dans Le Télégramme du 18/12/2015 :

Noms de rue.

La « petite fiancée de l'Atlantique », disparue cette année, a désormais une rue à son nom. Ou plutôt une digue, en l'occurrence celle qui se situe à l'arrière de la capitainerie du Moulin-Blanc. Toujours au port de plaisance, la voie en impasse de la rue Eugène-Berest, a été baptisée rue Peter-Blake, du nom du navigateur néo-zélandais disparu en 2001. Tandis que dans le quartier de Lambézellec, Zac de Marréguès, une voie en impasse devient la rue Colette-Magny, du nom de l'ancienne secrétaire bilingue de l'OCDE, par ailleurs personnage singulier de la chanson contemporaine. Enfin, dans le quartier des Quatre-Moulins, la rue Curie, dénommée ainsi en 1936, est enrichie des deux prénoms du couple prix Nobel.

Published by Claude Richard
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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 12:14
Traitée de "vieille gauche"

Rediffusion sur France Culture d'une émission sur Colette Magny :

cliquez ici pour l'écouter

Published by Claude Richard
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 15:49

Guidés par l’œuvre de Colette Magny, poétesse chanteuse musicienne, les musiciens du trio “Imprivoisé” Marie Fraschina, voix - Anaïs Pin, violoncelle - Vincent Dumangin, contrebasse, interprètent des arrangements ciselés, sur mesure, se jouent de textes sensibles et énigmatiques, improvisatoires et incantatoires, non sans quelques détours par l’univers fantasque et foisonnant du compositeur et poète contemporain Jacques Rebotier.

Magnytude est un hommage à la fougue et à la douceur : au travers de textes de Louise Labé, Arthur Rimbaud, Victor Hugo ou Colette Magny elle-même.
On découvre sous un jour nouveau cette compositrice influencée par les jazz les plus variés, les musiques improvisées et les sonorités contemporaines de son temps. Chansons savantes mais toujours touchantes, berceuses bretonnes qu’on dirait sorties des folk songs de Luciano Berio, chansons suaves sans fioritures, chansons engagées sans concessions…

Précisions :

Lieu : La nouvelle Galerie, 26 rue de la côte Chalonnaise, 71640 Jambles
Contact : Réservation indispensable au 06 21 31 29 24 ou lesratsdarts@orange.fr


Plus de détail : cliquez ici

Published by Claude Richard - dans Autour de l'oeuvre
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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 07:25
Sa voix qui donnait le frisson

Lue dans Le Télégramme, la critique littéraire de Louis Gildas sur Le Rappel des jours de Denise Le Dantec, édité chez La Part Commune :

Ce n'est ni un roman, ni un journal mais une suite de souvenirs agréablement désordonnés. Un voyage dans la vie et les rencontres d'une intellectuelle discrète, originaire des Côtes-d'Armor dans une famille de résistants. Elle raconte avec des mots justes la guerre et ses drames au village de Plufur. Elle parle aussi de Mai-68 et de son amitié avec Colette Magny, cette chanteuse à la voix qui donnait le frisson. Elle évoque ses chroniques à « La Quinzaine Littéraire » et son affection pour Maurice Nadeau, les liens forts qu'elle tissa avec Robert Antelme, Dionys Mascolo, Marguerite Duras... Des rencontres inoubliables avec Samuel Beckett, Georges Perec, Paul Ricoeur, Maurice Blanchot et d'autres encore. Elle évoque son engagement contre la guerre en Algérie, sa rupture avec le Parti Communiste et Aragon qui gémissait contre la misère dans les pays de l'Est. L'histoire d'une vie exceptionnelle, celle de Denise Le Dantec, peintre et poète, auteure d'une oeuvre remarquable tant romanesque que philosophique. Louis Gildas

Published by Pierre Prouveze
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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 06:54
© Martine Franck/Magnum Photos
© Martine Franck/Magnum Photos

Deux émissions de Radio Galère (88.4 FM) à réécouter :

- celle du 24/08/2015 : cliquez ici pour y accéder

Colette Magny, cris, chants, musiques, actes de parole, sur fond de grèves ouvrières à la Rhodiaceta (Besançon). Extraits du fi,m Medvekine sur les luttes à la Rhodiaceta", chansons Répression 72, Vietnam 67, Chroniques du Nord, la Pieuvre (flamenco de la rhodiaceta), le Boa ,Jabberwoccky, La Marche,Les Militants. Interviews INA de Colette et participation de pierre Prouvèze. Insrumental F. Tusques et F. Bass.

- celle du 07/09/2015 : cliquez ici pour l'écouter

Poursuite de la cartographie politique, poétique de Colette Magny, St Nazaire et surtout les grèves de la Penaroya, fief des Rotschild et tombeau des ouvriers immigrés.Chansons : St Nazaire, homme-singe, Marche ou crève, Djoutche 72, Babylone 72, et Co-opération. Lettre à Colette Magny par jean Marc Le Bihan, extraits du film "Penaroya le double visage du trust", participation de Pierre Prouvèze, Instrumental F Tusques et F. Bass.

Published by Annie-Claude Jeandot
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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 12:01

Lu dans La Dépêche du Midi :

Le Skeleton Band se produit un peu partout en France, et en Europe, principalement en Angleterre, en Suisse et au Portugal, «pour confronter notre musique à un maximum de personnes». Tantôt décrit comme de la «folk noir», du «blues baston» ou encore du «blues métaphysique», il est certain que Le Skeleton Band mélange les genres et les influences, mêlant rock garage, folk, blues et chanson française. «On aime le blues en tout cas. C'est ça qui nous touche». nous dit Alex, chanteur et guitariste du groupe, qui cite pour l'exemple Colette Magny, chanteuse de blues des années soixante. De plus, Le Skeleton Band s'essaie à d'autres expériences musicales. Le groupe crée un ciné-concert, joue dans des spectacles de théâtre, réalise en collaboration avec le dessinateur zurichois Thomas Otto un BD-concert. «On a eu l'occasion de rencontrer pas mal de gens, qui ont formé des collectifs, et dont on aime le travail. Des auteurs, des cinéastes… Du coup on mélange nos savoir-faire».

Pour lire l'article complet, cliquez ici

Published by Pierre Prouveze
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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 09:37

Maxime Delcourt répond aux questions de Paulette Magazine au sujet de son livre "Il y a des années où l'on a envie de ne rien faire" :

Si certains de ces musiciens sont des "filles de" ou "fils de", d'autres sortent carrément de nulle part. Et notamment Colette Magny qui a passé 17 dans dans le secrétariat avant d'être mise sur le devant de la scène. Tu crois pas que certains artistes se sont retrouvés populaires un peu par hasard et qu'ils ne désiraient pas forcément être connus en tant que chanteur mais plutôt en tant que contestataire ?

En effet, on peut facilement déceler deux catégories parmi les chanteurs expérimentaux de cette décennie. Ceux qui refusaient toute notion de célébrité et étaient des fervents contestataires et revendicateurs. Comme Dominique Grange Colette Magny, et même Brigitte Fontaine qui avait refusé de poser nue en Une de "Lui" pour la simple et bonne raison qu'elle ne désire pas être reconnue pour autre chose que ses chansons. A l'inverse, il a des gens comme Christophe qui a sans cesse su se renouveler et changer d'univers sans jamais vraiment défendre telle ou telle cause. Il s'agissait d'une époque où l'audace et la créativité avaient beaucoup de succès. Du coup, même ceux qui composaient des chansons protestataires faisaient en sorte de produire quelque chose d'anticonformiste et original, par amour de l'expérimentation.

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Extrait de son livre (pages 186-187) :

Colette Magny - Répression ( Le Chant du Monde - 1972)

Répression n’est ni le début, ni la fin de Colette Magny mais son incroyable sommet, le pertinent cri marginal qui prend enfin le monde entier à témoin et lui offre un catéchisme total: des précis (l’esclavagisme, la discrimination politique et policière etc.), une esthétique free jazz et un son qui défie le conformisme grâce aux compositions et aux arrangements de François Tusques. Cette évolution illustre l’impatience chronique d’une insoumise qui, lasse de simplement aiguiller les bonnes consciences, va s’ingénier à tordre les mélodies dans tous les sens, comme elle le fera en 1975 avec le Free Jazz Workshop de Lyon sur le tout aussi exaltant Transit.
Plus qu’une révolte, Répression est un outil intellectuel et émotionnel au service du changement social. « Babylone-U.S.A. », placé en ouverture, résume l'éclectisme de ce personnage singulier de la chanson contestataire française, nichant sa voix bouillante dans un emballage sonore contemporain - arrangements tordus, rythmiques tribales, free jazz transgressif. Première pièce d’une suite de dix-neuf minutes écrite par François Tusques et intitulée « Oink-oink », « Babylone-U.S.A. », au même titre que « Cherokee», « Djoutche » et « Libérez les prisonniers politiques », reprend des fragments de discours des différents responsables du Black Panther Party. Si le clin d’œil au mouvement de Bobby Seale et Huey P. Newton est évident sur la pochette de l’album, signée Ernest Pignon-Ernest, il l’est donc tout autant dans les propos, où il est question de « faire taire les voix de la prudence », de considérer les États-Unis comme « un gouvernement de capitalistes internationaux » ou encore de l’esclavage des Noirs américains.
Au sein de ces sept morceaux, il n’y a jamais de tentative pour apprivoiser, dompter ou occidentaliser les revendications. Au contraire: tout se passe comme si les compositions de Tusques étaient d’abord des cadres libres à l’intérieur desquels Colette Magny peut exprimer toute sa rage et où fermenté une musique presque anarchique. Mais l’insoumise ne vire pas tout-expérimental pour autant, et donne corps par la suite à des compositions au minimalisme certain. À l’image de l’épique « Chronique du Nord » et de « Camarade-curé », qui achève de prouver que Répression est un best-of à lui seul. Sept morceaux, et pas un moment de creux.

À écouter aussi:
Colette Magny (1967), Magny 68/69 (1969), Feu et Rythme (1971), Transit (1975 ), Colette Mâgny, Je veux chaanter (1979)
Également conseillé:
Francesca Solleville, Aujourd’hui les femmes (1975)

Published by Claude Richard - dans livre
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 16:44
Emotion poétique de Mélocoton

Mélocoton de Colette Magny figure parmi les "souvenirs d'émotion poétique suggérés par l'écoute de compositions hétéroclites" de Mady Kissine (in page 10 de Muse à musique - poèmes) :

Les deux gosses dans un jardin
Mélocoton, un regard sombre
Une question d'enfant, demain
La mère tient son cœur à l'ombre
On ne sait pas ce qu'il contient :
L'univers, toutes les étoiles
Qui nous disent que tout va bien
Et la lune qui se dévoile
Avec une grande élégance.
Elle connaît bien les enfants,
Gardienne de leur innocence
Grand-mère du ciel, grand-maman...
"Crois-tu qu'on grandira vraiment ?
Donne-moi la clé de ta porte,
Un jour je reviendrai, avant
Avant que la folie m'emporte."
Une boule d'or infinie
Dans le grand lit vert du ruisseau
Scintille avec les reflets gris
Des arbres berçant leurs oiseaux.

Pour se procurer le recueil de Mady Kissine, dont ce poème est extrait, cliquez ici. Et pour découvrir son volume 2, contenant d'autres chansons et poèmes inspirés par la musique sous différentes étiquettes, cliquez ici

Published by Claude Richard - dans Autour de l'oeuvre
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