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1 janvier 1984 7 01 /01 /janvier /1984 14:25
Je voudrais tant être innocente, ignorer les abîmes. Je les contiens au ras de ma gorge.

Sur la pochette de disque "Feu et rythme", Colette Magny écrit lors de sa réédition en 1984 :

Je voudrais tant être innocente, ignorer les abîmes. Je les contiens au ras de ma gorge.
Ici, le compositeur Michel Puig m'ouvre à un chant dont je ne connaissais pas encore les possibles aventures. Le résultat, quelle épreuve ! Je n'avais pas écouté ce disque depuis une dizaine d'anné
es.

"Ces"essais" n'auraient pas dû être publiés", en avait jugé un ami. Son verdict était je crois d'ordre esthétique. Mais, plutôt que de parachever un défrichement dont j'aime l'état brut, j'ai toujours préféré loucher vers de nouvelles expériences.

Je reçois de moi une douleur, une inquiétude. Aujourd'hui, je reste perplexe.

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Published by Claude Richard - dans Témoignage
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8 novembre 1983 2 08 /11 /novembre /1983 10:41

Article de Claude Fléouter publié dans Le Monde du 8 novembre 1983 :

L'aventure de Colette Magny est exceptionnelle dans la chanson française. Après avoir débuté en 1962 à l'âge de trente-six ans avec le très beau blues Melocoton, Magny a évité les lois du show-business, s'est efforcée de ne pas vivre dans un univers clos et s'est laissée porter par sa sensibilité et sa générosité, s'engageant avec passion dans un remarquable travail sur la forme, sur les notes, les sonorités, chantant des chroniques du temps, des chansons - enquêtes des chansons-collages, des chansons-montages.

Ce chemin solitaire, et pas toujours facile, Colette Magny l'a emprunté avec un cœur immense et une voix où se mêlent la force, la puissance et le pathétique, la rage et la douceur.

Au dernier Festival d'Avignon, la chanteuse avait présenté en association avec la pianiste et compositrice Anne-Marie Fijal un spectacle éclectique où elle laissait aller sa fantaisie au gré de ses amours musicales anglophones ou françaises, mêlées à ses propres chansons nouvelles et aussi anciennes comme le fameux Melocoton. C'est ce récital où sont actuellement réunis Fauré, Antonin Artaud, Billie Holiday, Louise Labbé, Aragon, Elaine Brown et Verlaine que Magny propose au Théâtre de la Ville.

L'obligation du théâtre de Jean Mercure de maintenir strictement dans le cadre d'une heure le programme de variétés a contraint la chanteuse à resserrer son spectacle d'une quinzaine de minutes. Ce qui a pour conséquence à présent de faire apparaître un peu long le montage de textes d'Artaud, où Magny se révèle cependant étonnante dans un jeu de rêves et de folies.

Le blues est de nouveau à l'honneur avec Strange Fruit, la superbe chanson de Billie Holiday, et aussi Mon homme chanté en anglais, Any Woman's Blues et Saint-James Infirmary. Enfin, un hommage est rendu à Marilyn Monroe (My Heart belongs to Daddy) avec une vivacité et une malice qui courent le long d'un concert ovationné par un public en majorité composé de jeunes.

CLAUDE FLÉOUTER.

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6 novembre 1983 7 06 /11 /novembre /1983 10:21

Dépêche AFP du 06/11/1983 :

La chanteuse Colette Magny se produit jusqu'au 12 novembre au Théâtre de la Ville, à Paris (18H30), aux côtés de la pianiste Anne-Marie Fijal, dans un spectacle qui va de Louis Aragon à Antonin Artaud, en passant par un pot pourru de blues dédiés à Marylin Monroe, et bien-sûr, les propres compositions de la créatrice de "Melocoton".

Colette Magny arrive sur scène, imposante silhouette revêtue d'une longue tunique blanche. A ses côtés, installée derrière son piano, vêtue de noir, sa complice Anne-Marie Fijal apparaît toute menue. La chanteuse commence sur un long poème, "Cahier d'une tortue" de Sylvie Dubal, alternant les moments calmes et les cris. Colette Magny puise ensuite dans un répertoire qui va de Louis Aragon ("Richard II Quarante") à Louise Labbé ("Baise m'encor"), en passant par Antonin Arataud dont elle récite avec passion le "Thanakan". Elle interprétera bien évidemment la chanson qui l'a fait connaître auprès du grand public, Il y a maintenant 20 ans, "Melocoton", thème musical, qu'elle dédie "au gouvernement pour qu'il accomplisse un second septennat". "Ils auront besoin d'encouragement", commente, ironique, cette artiste dont l'engagement politique est bien connu. Anne-Marie Fijal passe à "L'étude révolutionnaire", de Chopin, thème qui débouche sur un classique du jazz, "Strange fruit". Autre temps fort: le pot-pourri en hommage à Marylin Monroe, au coeur duquel Colette Magny passe en revue des classiques qui ont pour nom: "You go to my head" et My heart belongs to daddy". Après un rappel chaleureux des quelque 700 spectateurs, elle revient pour interpréter "The meeting", hymne du mouvement radical américain noir "Les Panthères Noires", blues lancinant à la violence contenue.

 

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4 novembre 1983 5 04 /11 /novembre /1983 16:36

Colette-Magny-programme.jpgTexte publié sur le programme du concert de Colette Magny et Anne-Marie Fijal donné au Théâtre de la Ville du 4 au 12 novembre 1983 :

 

L'une des richesses du Théâtre de la Ville, l'un des plus beaux motifs de ses armoiries, sera d'avoir présenté quelques-unes de ces voix de femmes dont on dit qu'elles sont rares, trop rares dans le chant hexagonal et hors frontières. La Grecque Angélique lonatos, la Cornouaillaise Brenda Wootton, lItalienne Maria Carta et la Française Colette Magny, autant de personnalilés sonores originales, mélodieuses, mémorables.
Autant, aussi, d'interprètes. La chanson en a perdu l'habitude. On prétendait que le public n'en avait plus le goût. Colette Magny, pour ne parler que d'elle, dénie ce jugement. Sans doute parce que, depuis quelque vingt ans que sa voix magnifique explore les musiques, les rythmes, et témoigne avec exigence de l'humaine condition, son interprétation (de poèmes aussi bien que de " chroniques-collages" contemporaines) n'impose pas seulement un personnage singulier, mais un regard attentif à toutes les strates de la vie commune d'une société, une expression en forme de journal de bord. d'une vivante aux aguets.

 

Tout ce qui sourd de l'âme humaine

Pour Magny, Victor Hugo comme Violette Parra, Sylvie Dubal comme Bessie Smith, Louise Labé comme Elaine Brown, Cole Porter comme Antonin Artaud, donnent à entendre tout ce qui sourd de l'âme humaine, pliée à des travaux, à des tempos, a des désirs déchirants. Au travers d'un chant unique, d'une voix amoureuse et combattante, une foule de vies vivent et meurent, se prennent  et s'affrontent, se caressent et se mordent.
Colette Magny chante le temps, notre temps - comme il passe - plutôt mal, le plus souvent en travers de la gorge. L'interprète pourtant ne reste pas à la surface (confortable pour un artiste) des cris, des plaintes, des luttes et des aveux. Elle fouille avec une générosité, un désir de partager et de faire partager implacables, au fond des mots, au fond des dégoûts, des désespoirs, des revendications d'absolu.

 

 Antonin Artaud

Le nouveau montage qu'elle offre cette année, tissé de textes d'Antonin Artaud, est un fabuleux vertige qui brise nos souffles. pas le sien. Au bout d'une bande magnétique où Magny chante à quatre tons, quatre sons étranges, presque tibétains, la chanteuse met en scène une lecture crue et cruelle - car le désespoir est cruel : "Il n'y a plus de firmament ". On plonge au fil de sa voix, nous sommes dans la chair de l'histoire, le même désespoir brûle et glace ceux qui écoutent son chant.
Il faut ajouter que cette extraordinaire rencontre ne serait pas complète sans le jeu d'Anne-Marie Fijal. Pianiste, compositrice, Anne-Marie Fijal travaille depuis quelque temps avec Colette Magny. Elle a participé à son dernier album, et sa présence sur scène aux côtés de la chanteuse, fait de l'histoire un duo. 

Fijal effleure les touches d'ivoire et fait grincer les cordes du piano: complice et «connivente», elle mêle son propre regard, son propre témoignage artistique à celui de Magny : son interprétation de l'étude dite "révolutionnaire" de Chopin, qui fait suite à "Thanakan" (titre du montage Artaud), s'impose non plus comme une délivrance, mais comme une âpre, violente proposition d'énergie, l'avers de l'invite à la mort.

Magny-Fijal, c'est un moment hors espace et hors temps profondément créé par notre prison et notre présent.

 

ANNE-MARIE PAQUOTTE
Journaliste à Télérama

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Published by Pierre Prouveze - dans Critiques disques-spectacles
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12 août 1983 5 12 /08 /août /1983 12:42
Critique de disque parue dans le Nouvel Observateur n° 979 du 12/08/1983 (page 10) :


COLETTE MAGNY
• Elle revient, dans ses « Chansons pour Titine », à un genre qu'elle avait abandonné parce qu'on voulait l'y confiner. C'est une de nos rares chanteuses de blues. Elle laisse partir sa voix et elle nous prend aux tripes.
Elle a plus que du talent. A chaque audition on reste pantois.
33-tours, Chant du Monde.
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4 juillet 1983 1 04 /07 /juillet /1983 09:44
Les retrouvailles de Colette Magny avec le blues

Critique de Claude Fléouter publiée dans Le Monde du 4 juillet 1983 :

Cet album marque les retrouvailles de Colette Magny avec le blues qu'elle ne chantait plus qu'avec parcimonie, ces dernières années, dans ses concerts. Avec une belle équipe de musiciens - parmi lesquels on retrouve Maurice Vander au piano, Patrice Caratini à la contrebasse, Claude Pou au washboard, Kako Bessot à la trompette, Jean-Pierre Chaty et Richard Foy aux saxophones, et Alex Perdigon au trombone, - Colette Magny reprend bien sûr, dans une nouvelle version pleine d'énergie, son succès du début des années 60 : Mélo-coton. Puis de sa voix au timbre profond, poignant, qui plie les mots, Magny recrée Young Woman's Blues, de Bessie Smith, et Strange Fruit, l'extraordinaire chanson de Billie Holiday, qu'elle chante avec émotion.

D'autres titres traditionnels sont repris par la chanteuse : All of Me, The House of the Rising Sun, My Man (Mon homme, de Maurice Yvain, chanté en blues et en anglais), et aussi une chanson plus légère de Cole Porter (My Heart belongs to Daddy). Enfin, sur une mélodie de Gabriel Fauré, Magny chante un poème de Verlaine : Prison. (33 tours. Le Chant du monde. LDX 74 776. Distr. Harmonia Mundi.)

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8 janvier 1983 6 08 /01 /janvier /1983 13:51

Extrait d'un article de Lucien Roux paru dans le Nouvel Observateur n° 884 (p. 118) du 08/01/1983 :

Jusqu'à 'cette année, les ouvrages sur la chanson et le -music-hall s'attachaient surtout à en conter l'histoire et à en expliquer le sens social. En 1982, ce sont les vedettes qui ont fait l'objet de livres.
[...]
Colette Magny, rebelle, passionnée par les expériences difficiles, capable d'associer ses textes recherchés à des  musiques d'avant-garde, a choisi la voie étroite. Son expérience, sa quête, ses problèmes valaient d'être connus. C'est chose faite grâce au dossier établi pour « Paroles et Musique » par Jacques Vassal.

COLETTE MAGNY - Numéro spécial de la revue Paroles et Musique

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1 janvier 1983 6 01 /01 /janvier /1983 15:21

Extrait de l'interview de Roger Gicquel dans l'émission Vagabondages (à laquelle Colette Magny avait convié également Brenda Wootton et Angelique Ionatos):

 

Roger Gicquel : Il y a [dans ce disque "Chansons pour Titine"] des chansons de toutes les couleurs. Il y a Bessie Smith, un blues, il y a Gabriel Fauré, les Black Panthers, et il y a le fameux Melocoton. C'était votre tube il y a 20 ans, vous le chantiez à l'Olympia. C'est devenu un tube, mais vous ne vouliez plus le chanter. Et cette fois-ci ça recommence quand même. Pourquoi ?

 

Colette Magny : Parce que nous sommes sous un gouvernement socialiste.

 

RG : Ah bon ?!

 

CM : Oui, parceque sous Giscard d'Estaing, De Gaulle, Pompidou etc, c'était impossible de faire du divertissement. Et en plus les mass-média (on appelle ça comme ça non ?) ont fait croire que j'étais une personne fort paresseuse, parce que je n'aurais écrit qu'une chanson en 20 ans ! C'est la seule qui passait.

 

RG : Ca c'est vrai, on n'a entendu que cette chanson et vous avez écrit une douzaine d'albums

 

CM : Et oui, 14 !

 

[...]

 

RG : [En écoutant Colette Magny et Brenda Wotton], je nage dans le bonheur avec ces voix superbes, ces voix audacieuses et ces voix surtout indépendantes. Parce que le point commun, je crois entre Brenda Wootton et Colette Magny (et aussi Angelique Ionatos), c'est qu'elles chantent ce qu'elles aiment, et d'abord ce qu'elles aiment et uniquement ce qu'elles aiment.Il y a d'autres points communs, c'est leur vocation tardive. Vous avez commencé à 35 ans je crois...

 

CM : 36

 

RG : 36 ans donc et Brenda à 45 ans. Mais il y a un autre point commun dont il faut bien parler directement, simplement, c'est le volume que vous occupez dans l'espace. Alors pour moi, je trouve ça extraordinaire mais je suppose que ça vous a posé quelques problèmes et vous l'avez chanté d'ailleurs.

 

CM : Ca c'est vrai. Ceci dit, vu d'hélicoptère, vous et moi, c'est pareil ! Malheureusement, moi ça m'a fait énormément souffrir. Et ça continue. C'est ce que j'ai dit à des jeunes gens dans une MJC : "vous êtes là à ricaner la grosse dame, la grosse dame. Il se trouve que j'ai une sciatique et que je ne peux aller me baigner en piscine parce que vous êtes des ricaneurs". Et ça nous crève le coeur, on est tous méchant. J'en ai énormément souffert.

 

RG : C'était dur à l'école ?

 

CM : Oui, on disait que je ne pouvais pas jouer parce que j'étais trop grosse. C'est idiot

 

RG : La chanson vous aide de toute façon

 

CM : Oh ça m'aide... En quoi exactement (rires) ?

 

RG : A être vous même

 

CM : Oui, oui, c'est vrai

 

[...]

 

RG : Concernant votre vocation tardive à 36 ans, vous êtiez secrétaire à l'OCDE...

 

CM : Dactylographe bilingue à l'Organisation de coopération internationale de développement économique.

 

RG : C'est à dire que vous publiez des rapports sur l'inflation...

 

CM : Des tas de rapports. Sur les eaux saumâtres aussi (rires)... mais ça c'était moins drôle.

 

RG : Et puis, qu'est-ce qui s'est passé ?

 

CM : Tout le monde me disait que j'avais une belle voix et qu'il fallait chanter, alors un jour j'ai réfléchi pendant un an sur la notion, le concept de sécurité. Et je me suis aperçue qu'il n'y en avait pas alors je me suis dis que je vais essyé, j''ai demandé à des amis une audition n'importe où. Et puis j'ai été engagée à 15 francs tous les soirs à la Contrescarpe, le 14 juillet 1962 à minuit.

 

RG : Une heure tardive pour une vocation tardive. Et puis vous avez fait l'Olympia.

 

CM : Oui ça a fait pschitt. puis après ça a été un pétard mouillé parce que je n'ai pas voulu... Elles étaient très sympathiques les personnes avec qui je travaillais. Les préoccupations des gens avec qui je travaillais, les traducteurs, les interprètes, les dactylos, les gens qui faisaient le ménage, les huissiers, leurs précoccupations hors travail m'ont paru beaucoup plus intéressants que quand je suis tombée dans ce digne (ça s'appelle comme ça?) milieu de la chanson.

 

[...]

 

RG : Vos raisons de chanson ont été très souvent politiques : Vietnam 67, Chili, Cuba, récemment le conflit israélo-palestinien, les black panthers auparavant

 

CM : Excusez-moi, Roger, la principale raison c'est quand même le plaisir d'ouvrir la gueule. C'est un plaisir d'abord. Alors avoir envie d'y faire passer certaines choses, oui. Mais pas uniquement politiques. Enfin, l'amour c'est politique aussi.

 

RG : Mais les causes que vous avez défendues, dont j'ai énuméré quelques unes

 

CM : Je n'ai pas défendu les causes, Roger. J'ai rencontré des gens, des situations, qui m'ont fait un certain effet, j'ai eu envie de chanter ça. Je n'ai pas de cause à défendre. Je n'ai jamais eu de prétention d'être au service du peuple. Jamais, jamais.

 

RG : Mais vous êtes attachée à rendre service...

 

CM : Non pas du tout. Ca me fend le coeur. Il faut bien que je fasse quelque chose. Ce n'est pas pareil, je n'ai pas à rendre service.

 

RG : Et ça Colette, un disque que l'on ne connaît pas :"Colette Magny, je veux chânter". Ca a été fait avec les enfants de l'IMP de Fontenoy-le-Château, et je voudrais que vous nous racontiez cette expérience, c'est politique ça aussi. Vous êtes allée au service de ces enfants inadaptés, les faire chanter, les faire jouer de la musique.

 

CM : Mais non je ne suis pas allée au service. Je les ai rencontrés. On a sympathisé entre débiles. Ils sont catégorisés semi-débiles ces enfants là. J'ai été invitée au restaurant, j'ai sympathisé avec le psychiatre, les éducateurs, les infirmières, etc, j'ai trouvé que les gosses, on était dans le même bain eux et moi. J'aime bien quand je suis dans un lieu de campagne, faire quelque chose sur le tas puisque j'ai peu de travail extérieur. Et ces enfants étaient à deux cent mètres d'où j'habitais. Tiens j'ai dit si on faisait de la musique avec les enfants. Et après c'est parce qu'ils font une musique intéressante que j'ai produit le disque. Je ne suis pas une bonne dame !

 

RG : C'est ça qui est efficace finalement

 

CM : Oui mais les critiques n'ont pas osé faire une critique musicale dessus. Anne-Marie Fijal qui est une pianiste remarquable ne voulait même pas joué, elle disait "je ne veux pas gêner le travail des enfants". On trouve ça formidable ce qu'ils font. Ceci dit faudrait que tout le monde l'achète pour qu'on puisse faire une crêperie...

 

RG : Votre engagement politique, il existe. Mais quelque part, vous avez chanté : "les purs et durs m'en ont tellement fait baver que j'ai cru un moment ne plus jamais avoir envie de chanter"

 

CM : Oui mais seulement, c'est eux que j'aime. Je n'aimerai jamais les mollassons. Même s'ils m'ont fait du mal, même s'ils m'envoient à l'hôpital, même s'ils me fouttent des coups de barre de fer, c'est eux que j'aime. Parce qu'ils ont un souci qu'on soit tous bien ensemble. Ils ont le souci d'aller vers les autres, complet, total. Ils donnent leur vie, maladroitement. Et puis après ils me tapent dessus, c'est pas gai, ça fait rien. Mais c'est eux que j'aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 novembre 1982 3 03 /11 /novembre /1982 13:47

Article paru dans Paroles & Musique n° 24 de novembre 1982 :

Trop peu d'amateurs de chanson, aujourd'hui et ici, se rendent compte de tout ce qu'ils doivent à Colette Magny. Pour son engagement politique, certes (pour une fois que cette expression n'est pas usurpée !); mais aussi pour son travail sur la forme et sur la matière même qu'est la chanson. Si l'on ajoute à cela la personnalité très affirmée et attachante de cette femme, et le barrage dont elle a si souvent - pour ne pas dire systématiquement - été victime dans les grands média, on a déjà de sérieuses raisons pour qu'un jour ou l'autre s'imposât un dossier dans "PM". Et à ceux qui en douteraient encore, nous ne pouvons que conseiller de (re)découvrir cette œuvre riche et (ô combien) originale (1).

Née à Paris en 1926, Colette Magny fut pendant dix-sept ans secrétaire bilingue à l'OCDE avant d'entrer professionnellement dans la chanson, un beau jour de 1962. Jusqu'alors, elle n'avait pour ainsi dire chanté qu'à titre privé, pour son plaisir personnel, un répertoire constitué essentiellement d'une brochette de ces blues glanés chez les grandes initiatrices du genre (Bessie Smith, Billie Holiday), et de quelques-unes de ses propres chansons en français.
Engagée à l'Olympia en première partie d'une soirée yé-yé dont la vedette était... Sylvie Vartan, Colette Magny "vola le show" et y fit un triomphe des plus inattendus. Le jeune public habitué de SLC ("Salut les copains") fut sans doute spontanément ému, touché et pour tout dire épaté par le feeling exceptionnel de cette voix et par l'authenticité du
personnage. "Melocoton" (son unique tube !) fut quelque temps poussé par les radios, et son auteur-interprète figura même - oh, pas longtemps - dans le hit-parade de SLC.

Malheureusement pour elle (et peut-être, qui sait, pour nous ?), sa popularité s'éteignit aussi soudainement qu'elle avait surgi. C'est que l'intéressée ne jouait pas le jeu du star-system et refusait, en particulier, le rôle de "chanteuse de blues nationale" que d'aucuns voulaient lui faire endosser. Tout comme, plus tard, pendant quelques années elle refuserait de resservir en spectacle ce "Melocoton" trop souvent réclamé et devenu lassant pour elle. Mais, aux yeux des gens du show-business, il y avait plus "grave" : son engagement politique de plus en plus radical qui l'amenait à prendre position en chansons sur les grèves, les pollutions - bien avant la mode écologiste -, la guerre du Vietnam, Cuba, etc. Censurée par les média sous la droite, elle ne recueillait pas pour autant l'unanimité à "gauche". On le vit bien, par exemple, quand son album Magny 68/69 sortit sur un label de circonstance (2) ou, plus tard, lorsque certains militants (?) lui reprochèrent soit des divergences d'analyse, soit sa "récupération", soit encore tout bonnement ses cachets. Certains concerts furent d'ailleurs plus ou moins perturbés, voire à la limite sabotés, par diverses formes de contestations.

Il y avait de quoi être déconcertée. Colette le fut, au sens propre comme au figuré, puisque ces coups bas l'amenèrent pour un temps à ne plus chanter en public. Les thèmes de ses disques ultérieurs (en particulier Transit) en portent les stigmates, ainsi qu'on le verra. Si elle "s'en tira", sur le plan artistique, ce fut en faisant davantage appel à la création collective et à l'exploration de son être intérieur qu'aux commentaires trop personnalisés sur le politique et le social - sans pour autant renier ceux-ci.

Ce fragile équilibre - en plus de la présence d'une œuvre - fait d'elle, à une époque ou tant de chanteurs, notamment
de gauche - des noms ! des noms ! -, se contentent de poursuivre sur leur lancée sans remettre en question ni la forme, ni le fond de leur répertoire, ni leur pratique professionnelle, un "cas" décidément bien à part.

Jacques VASSAL

(1) Bientôt rééditée avec une nouvelle présentation par Chant du Monde, sous le titre "L'intégrale de Colette Magny".
(2) Probablement à cause de certaines "divergences d'analyse" avec le Parti Communiste.

 

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3 novembre 1982 3 03 /11 /novembre /1982 07:41

Article paru dans Paroles & Musique de novembre 1982 :

 • 1963 - Melocoton - Basin Street blues - Nobody knows you when you're down and out - Co-operation. (45 tours 77 cm, CBS 5601).
Il n'y a pas à tergiverser : dès ce premier disque, Colette Magny montre que le blues fait authentiquement partie de sa vie et même de son âme. Et, si l'étiquette est évidemment pesante en tant que telle, elle n'a pourtant rien d'abusif. On le sait par ses interviews, Colette Magny est déjà à cette date une connaisseuse et une vraie fan de blues et de jazz, mais les deux titres immortalisés par Bessie Smith qu'elle ose reprendre ici prouvent que son approche de l'idiome n'est pas purement intellectuelle : elle a la coloration vocale adéquate, le sens du swing et le phrasé souple qui manquent si souvent aux artistes français dans leurs tentatives analogues. "Nobody knows you..." (qu'il ne faut surtout pas confondre avec le negro-spiritual "Nobody knows" et qui signifie à peu près "Personne ne te connaît quand t'es dans la dèche"), en particulier, n'est pas un plagiat de son illustre créatrice, mais une version personnelle de cette chanson de misère et de déprime. Ce qui devrait être la règle chez ceux qui ont une prétention à être blues, notamment dans les bios variéteuses de chez nous, que recopient servilement certains journalistes aux oreilles en bois et au swing de catholiques français.
Mais il faut parler des deux premières chansons en français enregistrées par Colette Magny (et écrites par elle). "Melocoton" est si connue que l'on a presque perdu l'habitude de l'écouter. C'est dommage, car en pas plus d'1 '40", et avec son style elliptique, elle donne la parole à l'enfance, tout en posant d'humbles questions. "Co-operation" est la première de ses chansons "politiques" stricto sensu sensu :
    Tu peux pleurer tu peux crier tu peux vomir
    Tu ne sauras jamais pourquoi tu es né (...)
    Lorsque l'humanité sera enfin sage
    Nous passerons de la compétition dans l'individualisme
    A l'individualité dans la co-opération...

• 1964 - FRAPPE TON CŒUR - Frappe ton cœur - Le beurre et la frite - 4 C... - Colligeons - Le mal de vivre - Choisis ton opium - Je suis majeure - Le temps des oiseaux. (33 tours 25 cm, Chant du Monde LDZ-M 4289).
Huit titres originaux, tous en français, enregistrés avec le guitariste de blues noir américain Mickey Baker et, pour certains titres, une section rythmique, où Colette Magny confirme sa capacité très personnelle à "blueser" dans notre langue. "Frappe ton cœur" et "Choisis ton opium" - qui sera repris dans Vietnam 67 - sont composés de citations de différents auteurs, auxquelles Colette ajoute son propre grain de sel. Cette technique du collage de textes, déjà rare en soi dans la chanson française, surtout à cette date, sera réutilisée et plus élaborée dans certains disques ultérieurs. Pour l'heure, et puisque ce 25 cm est depuis longtemps épuisé, il sera éclairant de relire les commentaires de la chanteuse au verso de la pochette :
MUSSET : Frappe ton cœur, c'est là qu'est le génie.
JÉSUS-CHRIST : Aime ton prochain comme toi-même.
LÉNINE : L'âme vivante du marxisme,
l'analyse concrète d'une situation concrète...
LAMMENAIS : II n'y a de paix pour l'intelligence
que lorsqu'elle est certaine de posséder la vérité.
EINSTEIN : Dieu est subtil mais pas malicieux.
HERACLITE : Si ton âme est inculte, tes yeux,
tes oreilles sont de mauvais témoins.
TCHÉKHOV : On ne peut rien comprendre en ce monde.
Qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce qu'une carotte ?
Une carotte est une carotte et on ne sait rien d'autre.
Moi quand je vois le printemps,
je désire vraiment que dans l'autre monde il y ait un paradis.
Les thèmes des autres chansons concernent le racisme au quotidien ("Le beurre et la frite"), le danger nucléaire ("4 C..."), l'indifférence sociale ("Le mal de vivre", qui sera repris dans Vietnam 67 sous le titre "Viva Cuba"), l'incompréhension entre les générations ("Je suis majeure") et - bien avant qu'il soit question d'écologie dans l'information courante - les incidences du politique et de l'économique sur la détérioration du climat ("Le temps des oiseaux"). Au total, un disque sans concessions, à l'abri de tout risque de récupération - y compris celle du "recul historique". Car la manière de dire de Colette Magny y est tout entière contenue : chaleureuse et vibrante, mais jamais gentille ni en proie aux bons sentiments.
 
1965 - Les Tuileries - Monangamba - Rock me more and more - Chanson de la plus haute tour - La terre acquise - Saint James Infirmary - Melocoton - Any woman's blues - Heure grave - J'ai suivi beaucoup de chemins - Didn't my lord deliver Daniel - Chanson en canot - Richard II Quarante - Co-opération (33 tours 30 cm , CBS, 62.416)
L'exploration du blues continue dans ce premier trente, avec quatre titres américains. "Saint James Infirmary" est un standard archi-connu, en fait à la croisée du blues, du jazz et du folksong (les trois "familles" l'ont adopté, adapté et revendiqué). "Any woman's blues" ("le blues de n'importe quelle femme") provient du répertoire de Bessie Smith, tandis que "Rock me more and more" est un appel à l'amour qui ne déparerait pas aux côtés de "Baise m'encor" dans le disque suivant. Quant à "Didn't my Lord deliver Daniel", il s'agit d'un negro-spiritual. Ces titres sont traités avec le soutien d'une petite formation rappelant celles du "classic blues" des années 20 et 30.
Le reste de cet album, en dehors de trois chansons originales de Colette Magny (les deux du 45 tours, déjà citées, et "La terre acquise"), est entièrement consacré à la mise en musique des poètes. Et l'on doit reconnaître que la  chanteuse (et compositrice) a trouvé ici une expression musicale qui sied à ces textes tout en tranchant radicalement avec les tentatives parfois laborieuses des tenants de la poésie chantée. Là encore, la pratique du blues et du jazz aura été déterminante, puisqu'elle permet à Colette, par exemple, de faire swinguer un texte de Victor Hugo comme "Les Tuileries". Mais comprenons-nous bien : contrairement à une croyance répandue, de tels poèmes ont un rythme intérieur convenant tout à fait à ce genre de musique. Le vrai talent et le vrai mérite de Colette Magny en l'occurrence, c'est de s'en être aperçue et d'en avoir tiré toutes les conséquences. De même, avec Rimbaud ("Chanson de la plus haute tour") ou les traductions de "L'heure grave" de R.-M. Rilke et des "Chemins" d'A. Machado.
Tout cela fait de ce 30 cm, en plus de la voix qui s'affirme en gravité, en profondeur, en puissance et en polyvalence, un disque très à part mais aussi très en avance sur l'ensemble de la production française d'alors. Regrettons seulement (et ceci est une caractéristique d'époque !) l'omission du personnel sur la pochette, même si l'écoute de certaines parties de guitare ne laisse guère de doute sur la présence de Mickey Baker.

 • 1966 - AVEC (poème sur structure musicale d'André Almuro). (33 tours, 30 cm, Mouloudji/Festival EMZ 13.510).
"Avec" est un long poème enregistré sur la musique électronique d'André Almuro, dont on sait (cf. "PM" n° 22) qu'il a également, vers la même date, travaillé avec Jean Vasca. On pourrait plutôt parler d'un montage de textes, puisque, à ceux de Colette Magny, s'en ajoutent quelques autres qui s'inscrivent dans la continuité : un poème de Guy-Lévis Mano (1470 ? - 1539 ?) et un autre de R.-M. Rilke. Intercalées, plusieurs citations glanées dans la presse du moment, qui tournent pour l'essentiel autour du thème du sur-armement. Un de ces fragments, "Bura-Bura" - qui évoque les maladies causées par la contamination atomique -, sera repris isolé de son contexte d'origine dans l'album Vietnam 67. L'ensemble est pour le moins étrange, déroutant et angoissant. Le poème de Rilke est le seul oasis de paix au milieu de ce tableau d'un monde déchiré :
    S'il te semble amer de boire, fais-toi vin.
    Sois dans cette nuit de démesure
    la force magique au carrefour des sens
    et le sens de leur rencontre singulière...
Au milieu de ces récitatifs, quelques passages chantés. Mais pas une chanson proprement dite. L'écoute attentive de ce disque, soyons francs, est pour le moins éprouvante. On imagine qu'il a dû se vendre encore plus difficilement que la moyenne des autres. Quoi qu'il en soit, il ne risque pas d'être repressé, la bande originale qu'en possède son auteur ayant été endommagée.

 • 1967 - VIETNAM 67 - Vietnam 67 - Aurons-nous point la paix ? - Choisis ton opium - Désembourbez l'avenir - Viva Cuba - Je chanterai - Les gens de la moyenne - La blanche Aminte - La dame du Guerveur - Trois motifs - Bura-Bura - A l'origine - Baise m'encor - A Saint-Nazaire. (33 tours 30 cm. Chant du Monde LDX 74.319).
Ce disque est le premier où Colette Magny s'affirme pleinement comme chroniqueuse de son époque. Le choix de la chanson qui l'ouvre, par son sujet et son datage, n'est évidemment pas dû au hasard, mais il faut surtout relever les thèmes dominants de l'album : salut aux peuples en lutte dans le monde (Vietnam, Cuba) et en France (grévistes des chantiers navals de Saint-Nazaire); réflexions sur l'espoir révolutionnaire ("Désembourbez l'avenir"); prise en compte de la population des "sans grades", comme ces "Gens de la moyenne" sans lesquels rien n'est possible, ou cette "Dame du Guerveur" qui parle en mots très simples à sa fille partie à Paris; utilisation de deux poètes du XVIe siècle, l'un pour condamner la guerre (Olivier De Magny - un ancêtre ? - : "Aurons-nous point la paix ?"), l'autre pour revendiquer le droit à l'amour (Louise Labbé : "Baise m'encor").
Sur le plan musical, le blues n'est plus aux avant-postes, même si Mickey Baker participe encore à plusieurs titres. Disons qu'il est intégré une bonne fois pour toutes dans la manière de chanter de Colette Magny. Par contre, on relève ici d'autres audaces de la voix (expérimentation du cri dans "Trois motifs") ou de l'instrumentation (vibraphone dans "A l'origine", ou structure musicale d'André Almuro dans "Bura-Bura").
Le moins que l'on puisse dire de ce disque, c'est que le culot dont il fait preuve, sur le double plan de la forme et du fond, n'a rien pour inciter les programmateurs de radio à le matraquer sur les ondes, ni les responsables des variétés de la télé à inviter son interprète sur les plateaux ! Un journaliste de La Liberté (de Lille), dans un article reproduit au verso de la pochette, résume d'ailleurs bien la situation en ces termes : Chansons intellectuelles que tout cela ? Ce ne sont pas les refrains de tous les jours, mais il suffit de les écouter pour les aimer. Elles parlent au cœur...

 • 1969 - MAGNY 68/69 - Nous sommes le pouvoir (essai sur Mai/Juin 68; documents sonores William Klein et Chris Marker) - La pieuvre - Le boa - Ensemble - L'écolier-soldat - Dur est le blé - Lorsque s'allument les brasiers. (33 tours 30 cm, Prod. Taï-Ki TK 01, dist. Chant du Monde).
Au cœur, à la chair et à l'esprit tout à la fois, parlent les chansons et les montages documentaires de Magny 68/69 : on appellerait cela un "concept-album" en pop-music; centré d'abord autour des "événements", comme on les nomma dans le discours aseptisé des média, le disque s'élargit en face 2 vers l'évocation désormais familière des guerres anti-impérialistes ("L'écolier-soldat", "Lorsque s'allument les brasiers").
Mais c'est tout de même la révolte étudiante et ouvrière en France qui occupe plus de la moitié de la durée de ce disque-collage, disque-témoignage, courageux et émouvant. Rappelons (car certains ont mythifié par la suite) qu'il n'y eut pas de grandes chansons de Mai 68, et qu'il y en eut peu de mémorables surMai 68 (si l'on compare, par exemple, avec ce que la mémoire populaire a retenue de la Commune de 1871). Un peuple ne sort pas indemne de plusieurs années d'ElectroguyIux. Dans ces conditions, le mérite de Claude Nougaro ("Paris-Mai") ou de Léo Ferré ("Paris je ne t'aime plus") est d'autant plus éclatant.
L'originalité du travail de Colette Magny, dans ce contexte, est d'avoir intercalé entre plusieurs chansons sur la condition et la lutte des travailleurs en usine, des documents pris sur le vif pendant les manifs ou les occupations : le disque s'ouvre sur des clameurs de manifestants du Quartier Latin, puis entre la voix de la chanteuse qui culpabilise d'avoir eu peur de descendre dans la rue et se reproche d'avoir trouvé refuge en chantant dans les usines pour les grévistes. Pourtant, constate-t-elle, chanter, c'était devenu dérisoire. Une étudiante, depuis le standard de Censier, rassure la mère d'un camarade parti manifester; une chanson décrit à la première personne l'existence d'une ouvrière "chez Kadok, en chambre noire", et le potentiel de vraie vie gâché (Un jour chez Kadok, j'ai rêvé de construire un jardin); une autre, l'aliénation du travail à la chaîne, sur fond de guitares martelées (La machine nous enlace comme un boa); un délégué syndical, monté sur un mur, explique aux ouvriers de laYéma la portée historique du vote auquel ils vont prendre part: Ce n'est pas seulement un vote Yéma: vous êtes une parcelle...
Chroniques de l'instant, de luttes, d'espérances et d'amertumes envolées au vent de l'histoire immédiate, et pourtant représentatives de ces millions d'instants, de sursauts, de paroles et de jouissances, de mensonges et de souffrances, qui font le mouvement de l'histoire en général, elles font tour à tour sourire, s'émouvoir et réfléchir quand on réécoute aujourd'hui ce disque réellement extraordinaire (au sens premier du terme). Nous disions bien qu'il
 s'adresse au cœur, à la chair et à l'esprit tout à la fois...

1970 - FEU ET RYTHME - Feu et rythme - K3 blues - Brave nègre - U.S.A. Doudou - Jabberwocky - Soupe de poissons - Malachites - Prends-moi, me prends pas - A l'écoute - La marche - L'église de Taban - Conascor. (33 tours 30 cm. Chant du Monde LDX 74.444).
C'est un des albums réputés les plus "difficiles" de Colette Magny. Disons l'un des plus exigeants pour la chanteuse comme pour l'auditeur. Ici, l'originalité frise la provocation, d'abord par les thèmes : au contraire de 68/69 auquel l'auditeur français pouvait naturellement se raccrocher, le dépaysement est ici complet. Pourtant, aucune trace d'exotisme dans ce recueil. Le sujet qui domine la première face, c'est une sorte d'hommage à la race noire et à sa culture. Après un poème d'Agostinho Neto qui donne son titre et son style à l'ensemble, Colette Magny enchaîne trois chansons (?) qui précisent sa pensée sur la question : "K3 blues" rappelle ce que nous devons à cette musique, mais aussi à quel prix elle a pu exister :
    Y aurait pas eu d'blues
    si les captifs africains
    ne s'étaient pas transformés en captifs américains
    Y aurait pas eu d'blues
    pour te faire danser toi l'Européen...
Elle donne ensuite - par traduction interposée - la parole à Le Roi Jones, auteur notamment du livre B/ues People et de nombreux poèmes très virulents. Celui-ci énumère quelques-unes des injures racistes les plus grossières,
pour les clouer au pilori sans qu'il lui soit besoin de les commenter (Nègre vicieux et méchant / Nègre habile / Nègre noir, nègre à cran d'arrêt / Nègre empoisonneur, nègre dégoûtant / Nègre au cul noir). Colette Magny conlut ces réflexions par un autre texte d'elle-même, "U.S.A. Doudou", qui évoque successivement les ghettos d'Amérique du Nord et la culture orale d'Afrique noire. L'argument est habile, et le rapprochement saisissant.
Mais l'on trouve d'autres thèmes dans Feu et Rythme : un récitatif angoissant de solitude ("A l'écoute"); deux poèmes peu connus de Pabio Neruda ("Soupe de poissons" -!- et "L'église de Taban") viennent réaffirmer un intérêt soutenu à l'égard de l'Amérique Latine; "Jabberwocky" (d'après Lewis Carroll), avec ses explications sur les "mots-valises", constitue une audace inédite dans le langage de la chanson; et "La marche" (reprise texto de la définition qu'en donne le Larousse) en est une par le sujet et, peut-être plus encore, par son traitement.
Car il faut à nouveau, à propos de Feu et Rythme, dire le défi à la chanson française que représente, sur le plan formel, sa démarche d'ensemble : prenant en compte les apports du free-jazz récemment révélé en Europe, ignorant souverainement les règles "bien de chez nous" (plus de couplets/refrains, ni de versification structurée, ni même de mélodie), la chanteuse pousse sa voix et son cri aux limites de l'insoutenable pour cracher des vérités qui ne le sont pas moins : aidée par la voix d'une choriste noire américaine, Dane Belamy, et les contrebasses de Bernard dit "Beb"Guérin (qui a déjà plus que figuré dans les deux précédents disques) et de Barre Phillips, aux archets furieusement grinçants, elle nous semble tenter pour la "chanson" ce qu'Artaud réalisa pour le "théâtre".

 • 1972 - RÉPRESSION - Babylone/U.S.A. - Cherokee - Djoutche - Libérez les prisonniers politiques - Répression - Chronique du Nord - Camarade-curé. (33 tours 30 cm, Chant du Monde LDX 74.476).
Condamner cet album ou, au contraire, le revendiquer, relevait à l'époque de sa parution d'une prise de position avant tout politique. Les considérations esthétiques n'entraient qu'ensuite en ligne de compte - ou même n'y entraient pas du tout. Peu d'observateurs - qu'ils fussent ou non en accord avec les "causes" défendues dans Répression - s'avisèrent que les choix esthétiques de Colette Magny étaient ici, plus que jamais, des choix politiques.
Quand on le réécoute quelques années plus tard, il est clair que cet album (surtout pour la Face 1 "Oink-Oink", dont les textes sont pour l'essentiel empruntés aux écrits et slogans des "Black Panthers") repose sur un postulat dépassé, selon lequel le free-jazz serait la musique de la révolution négro-américaine. Dans les années 60, les principaux leaders du "Black Power" qui, ne l'oublions pas, sont avant tout des intellectuels gauchistes, privilégient - en tant que musiques de rupture avec la culture acceptée par les Blancs - les œuvres de Sun Ra, Albert Ayler, Don Cherry ou Archie Shepp. Mais, alors que le premier disque intitulé Free-Jazz (de Don Cherry et Omette Coleman) date de 61, en France ce n'est que vers 68-69, à la faveur de certains festivals et d'articles dans la presse spécialisée, que le public et même la critique commencent à découvrir ces musiciens... dont plusieurs, et non des moindres, sont revenus entretemps à des formes plus structurées. Exemple particulier du phénomène général de décalage entre le surgissement d'un mouvement aux Etats-Unis et sa reconnaissance (et/ou sa parodie) chez nous.
Colette Magny n'est évidemment pas responsable de ce décalage, mais elle est amenée à le subir tout en le retransmettant (à propos du free-jazz), comme nombre d'autres intellectuels de gauche en France (cf. les dithyrambes de Delfeil De Ton et de "Méchamment Rock" - pseudonyme derrière lequel se cache le nom de Méchamment Pop - dans Charlie Hebdo de la fin 69 à 72). Toute la Face 1 est enregistrée en continu, et les textes déclamés, avec l'accompagnement d'un des meilleurs groupes free qui se puisse réunir sur la place de Paris : Beb Guérin déjà cité, François Tusques (pno), Bernard Vitet (tpt), Juan Valoaz (ait), et Noël McGhee (dms).
Aujourd'hui, c'est la Face 2 (enregistrée avec le seul concours des deux contrebassistes de Feu et Rythme} qui reste la plus intéressante à ré-écouter : "Répression", dont la virulence, réjouissante déjà sous Pompidou-Marcellin, fut en partie réactualisée sous Giscard (par de légères modifications de texte), n'est pas une chanson périmée sous prétexte qu'on a un gouvernement de "gauche". Mais, comme toute chanson-tract ou chanson-journal, il y a lieu de la remodeler au fil de l'actualité (si Colette la chante encore lors de ses prochains concerts, il sera intéressant d'écouter attentivement...). "Camarade-curé", avec ses magnifiques chœurs en langue basque, est trop marqué par le langage militant d'avant la mort de Franco. En revanche, "Chronique du Nord" n'a pas pris une ride et Colette Magny a eu bien raison de le conserver dans son répertoire de scène : vocalement, elle est très difficile et impressionnante. Par son contenu, elle est un témoignage à la fois précis et émouvant sur la vie des mineurs, avec ce déchirant "Bou-bou-bou-yé-yé" crié par leurs femmes descendues dans la rue, et ce terrible constat de l'un d'eux :
    Comment ça se fait qu'à trente-huit ans j'suis là
    qu'je m'étouffe ?
    Mon copain, il m'appelle "le vieux"...

 • 1975 - CHILI-UN PEUPLE CRÈVE... (MAXIME LE FORESTIER / COLETTE MAGNY /MARA) - Un peuple crève... -
Gracias a la vida - Mazurquica modernica - El aparecido - Oda a la mordaza - Herminda de la Victoria - La carta
. (33 tours 30 cm, Prod. APCMUR, distr. Chant du Monde, LDX-74.599).
En juin 74, dans un village du Haut-Var, un concert collectif organisé à l'initiative de l'association "Information-Animation" et de Colette Magny réunissait autour d'elle Léo Ferré, Imanol, Larzabal, Maxime Le Forestier, Mouloudji et Joan-Pau Verdier. Une partie des fonds ainsi recueillis permit la réalisation de ce disque, l'un des plus beaux mais aussi l'un des plus utiles (par son contenu politique et culturel autant que par l'utilisation de ses "royalties" à des fins de solidarité) qu'ait suscités en France le traumatisme du coup d'état au Chili. Maxime Le Forestier y récite un très courageux et long texte ("Un peuple crève à l'autre bout du monde...") où les cris de Colette Magny viennent illustrer ce que les mots, dérisoires en l'occurrence-il le sait et s'en ouvre à l'auditeur-ne pourront jamais dire tout à fait : la douleur d'un peuple, et la honte et l'impuissance des autres à son spectacle.
Le reste du disque est un hommage aux deux grands disparus de la chanson chilienne : Violeta Parra - qui s'était suicidée en 67 - et Victor Jara (1) - assassiné par les militaires au stade "Chile" de Santiago en septembre 73. Cela donne à Colette Magny l'occasion d'interpréter trois de leurs chansons en espagnol, dont une en duo avec Mara: "El aparecido" (hommage de Victor Jara au "Che"Guevara); belle réussite à laquelle la contrebasse de Patrice Caratini n'est pas étrangère.
Loin de fantasmer sur le martyre (2) des autres, ce disque pose avec beaucoup de dignité le problème du témoignage et de la responsabilité collective, en offrant par ailleurs quelques exemples choisis de cette poésie et de cette musique populaires que les fascistes ont voulu étouffer... ce qui est plus utile, en tant qu'acte politique, que de répéter sur tous les tons combien ils sont méchants...
(1) Et non pas "Victor Parra"; comme le journaliste Lucien Rioux eut un jour la maladresse de le nommer en public, en présence de la fille de la première et de la veuve de ce dernier ! 
(2) Cf. pour plus de réflexion sur la polémique autour des circonstances de la mort de Jara, l'indispensable livre de Jean Clouzet : "La Nouvelle Chanson Chilienne" (Ed. Seghers), pp. 10-11

1976 - TRANSIT - La panade - Les cages à tigre - La bataille - Ras-la-trompe. (33 tours 30 cm, Chant du
Monde LDX-74.570).
Poursuivant ses expériences de groupe et renouant en partie avec l'esprit musical de Répression, Colette Magny a enregistré cette fois avec le Free Jazz Workshop de Lyon : Rémy Gevron et Patrick Viollat (pnos), Louis Sclavis (sax sop et cl bs), Christian Ville (dms), Jean Mereu (tpt), Maurice Merle (sax) et Jean Bolcato (contr ) Longue de 8'30", "La panade" est sous-titrée significativement : "chanson collective concoctée sur le tas au Hot-Club de Lyon en avril 75".
Le texte est trop construit pour nous permettre de le découper pour le citer; disons en gros qu'il s'agit d'une réflexion politique-et le fait est rare dans un disque ! - sur le métier de musicien sur la notion de musicien comme travailleur, et non plus en tant que marchandise-vedette. Rarement une telle cohérence entre le sujet d une "chanson" et la technique musicale employée pour la traiter aura été atteinte, et c'est là que l'expression de "chanteuse engagée - dans la façon de concevoir son travail - reprend tous ses droits.
Poursuivant son travail d'information sur ce qui se passe dans le monde et ne passe pas à la radio, elle lit un témoignage d'un Vietnamien sur les "cages à tigre" - précisant au passage qu'il s'agit d un brevet français. (Tiens, vous avez remarqué, pour les trucs de merde, là, la France réussit très bien à exporter sa production !).
Mais foin de chauvinisme, semble nous dire Colette Magny dans d'autres pays aussi - y compris ceux qui sont censés' avoir accompli une "révolution nationale progressiste" - l'armée et la prison restent les deux mamelles de l'état. C'est ainsi qu'elle déclame la traduction d'un texte génial de Negm, parolier du chanteur contestataire égyptien Cheikh lmam, censuré et incarcéré au moment du disque (nous ne savons plus ce qu'il en est actuellement) : "La bataille", qui raille avec une efficac'té incroyable la propagande belliciste du gouvernement, tout simplement en la citant directement. Ce texte, et l'interprétation française d'une Colette Magny qui révèle des talents de véritable comédienne est d un humour noir redoutable.
Par ailleurs, Colette a ressenti le besoin de s'expliquer et de répondre publiquement à ceux qui l'ont parfois très durement (mais presque toujours confusément) prise à partie et pour tout dire perturbée lors de plusieurs concerts. Ceux que vers 73-74 elle appelait les "anarcho-éthyliques", en qui elle voit pour la plupart des fils de bourgeois dont la contestation ne peut être que salonnarde, elle leur adresse une chanson satirique : "Les militants", sorte de mise au point en forme de droit de réponse. Sans rancune pourtant, puisqu'on conclusion elle ajoute doucement comme pour s'excuser de les avoir engueulés trop fort :
    Qu'est-ce qu'il faut pas faire pour se faire comprendre
    Fallait que je vous dise ça, laissez-moi travailler.
Mais Transit est aussi un disque drôle par moments : le monologue du "Pachyderme", le blues de "Ras-la-trompe" et même l'illustration de la pochette - due à Monique Abécassis, comme déjà pour Un Peuple Crève... et bientôt pour Visage-Village - montrent avec quelle liberté mais aussi quelle finesse Colette Magny est capable d'ironiser sur son aspect physique. Le fait d'oser parler publiquement de ce corps trop lourd est une autre sorte d'engagement courageux, qui va trouver des prolongements dans l'album suivant.


1977 - VISAGE-VILLAGE - De et avec Colette Magny (textes, guitare et voix); Monique Abecassis (peintures, sculpture, maquette, titre et textes); Lino Léonardi (accordéons, musiques et arrangements) et le Dharma Quintet : Gérard Marais (gt), François Méchali (bs), Patricio Villaroel (pno, père), Jean Querlier (sax, hautb, fl) et Jacques Rondreux (dms). (33 tours 30 cm, Chant du Monde LDX-74.619).
Comme déjà Magny 68/69, Visage-Village mérite l'appellation de "concept-album" puisqu'il s'agit d'une sorte de suite où les "chansons", disons plutôt les thèmes, s'enchaînent presque sans transition (les différentes plages ne portent d'ailleurs pas de titres). Mais il y a plus encore : le disque, condensé d'un spectacle de même titre, est entièrement une création collective. On sait que Colette Magny aime à travailler en groupe (son goût pour le jazz n'y est évidemment pas étranger). Mais cette fois, elle a voulu aller plus loin : l'idée de "Visage-Village" était née fin 75 àToulon, à l'occasion d'une exposition des peintures de Monique Abecassis. Quatre musiciens lyonnais participèrent à une première ébauche en compagnie des deux femmes et, au début 76, Colette Magny retravailla les textes et demanda des musiques au groupe Dharma et à Lino Leonardi (ce dernier bien connu dans le monde de la chanson, surtout pour sa longue et fructueuse collaboration avec Monique Morelli).
Ce spectacle, l'un des plus beaux de tout ce qu'a présenté Colette Magny, fut créé à la Cartoucherie de Vincennes au printemps 1976. Le fil conducteur est une tranche de la vie d'une femme dans un environnement rural (qui se trouve être la région de Canjuers dans le Var), avec les émotions et réflexions que ceci occasionne entre la solitude et le désir, le contact avec la nature, les conversations avec les paysans, la sensibilité des animaux et des hommes aux variations de climat. L'accordéon apporte quelques belles mélodies de Leonardi, certaines un peu ritournelles bien dans la tradition populaire française, qui produisent un contraste singulier avec les improvisations free du Dharma.
Colette Magny, qui n'a pas oublié la conscience politique au quotidien imbriquée dans l'exploration de son être intime, émerge de ce disque, plus encore que dans les autres, comme une femme de chair, de tête et de cœur. Le passage devenu célèbre - et pour cause - où, sur scène, elle tourne en serrant un ami / figurant dans ses bras sur l'air de "J'aurais tant aimé danser / Jusqu'à la fin de mes jours", ou encore le final de rires sarcastiques à propos du couple, sont des moments extrêmement poignants. Rarement, du moins en France, une femme aura osé livrer au public une part aussi profonde d'elle-même. Que les autres chanteuses qui se sentent concernées ne nous engueulent pas, nous avons dit "rarement", et non "jamais"...

 • 1979 - COLETTE MAGNY . JE VEUX CHAANTER - Y a trop de malheurs à la télé - Zoo story - Psycho-médico-tranquillo-sécurito - Un canal de l'Est-Gouzou-Via Saint-Dié-  Ça me fait du bien - Caout-chouc-maracas - Pipi-caca story - "C'est ma mère" - La tristesse de Christelle - Histoire d'orage-Sifflet à coulisses-Sandy-Guimbarde-épinette - Frikasia - b.a.-BA - Ah  les sales gosses - C'est ça qu'on a dans le coco - Marie-Thérèse Leclerc - Faudrait pas faire le cirque, y a une grand-mère en bas - L'amour, l'amour - Si je dis... - Abandon. (33 tours 30 cm, Chant du Monde LDX-74.669) (1).
Colette Magny nous a déjà habitués à toutes sortes d'audaces au fil de ses disques, renouant toujours avec le côté aventureux de sa création. L'une des caractéristiques les plus courageuses de son travail a consisté, en bien des occasions, à s'effacer ou du moins à se fondre au sein d'un groupe dont elle se faisait porte-parole ou, j'aimerais mieux dire, haut-parleur. Non point seulement "groupe" au sens musical (encore que cela se soit évidemment produit), mais au sens social et/ou politique (mineurs du Nord, travailleurs immigrés, étudiants en révolte, militants noirs américains, etc.).
Ce qu'elle nous propose ici est une de ses expériences les plus difficiles - on l'imagine douloureuse même - et peut-être l'une des plus radicales : un disque réalisé dans les Vosges avec un groupe d'enfants d'un institut médico-pédagogique, de ceux que l'on nomme pudiquement "inadaptés" pour ne pas dire "arriérés mentaux". Colette a servi d'élément provocateur à leurs désirs d'expression spontanée. Le mieux est de la citer : Non-interventionniste au maximum, j'ai peu suggéré, beaucoup écouté et pleinement enregistré ce que les enfants ont bien voulu exprimer. Pour le disque, j'ai choisi et imbriqué, parmi de nombreux enregistrements, les éléments sonores qui m'ont semblé le mieux traduire ce que j'ai cru comprendre de ces enfants. Je les aime.
Ce que vous entendrez, ce sont surtout des improvisations de mots, de cris, de rires et de sons que les enfants ont produits, en plus de leurs voix, à l'aide de divers instruments de musique dont certains fabriqués artisanalement par eux-mêmes. Il y a, entre autres, un morceau d'épinette par un garçon qui en joue pour la première fois de sa vie. Qu'ajouter d'autre à un disque qui défie toute tentative de "critique", sinon que le courage de Chant du Monde à le mettre dans le commerce n'a d'égal que celui de Colette a en avoir eu l'initiative, et que ce sont parfois les disques les plus humbles qui sont les plus révolutionnaires ?
(1) Chronique rédigée lors de la sortie du disque et à l'intention de "Rock & Folk", qui ne l'a pas publiée.


Jacques VASSAL

 

 

 

 

 

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