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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 13:11

Dans le numéro 15 de La Revue Dessinée, Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog consacrent 8 pages à retracer la vie de Colette Magny.

"Chanteuse libre, elle sert les textes des grands poètes avec des choix musicaux audacieux, brisant le moule de la chanson française". "Répression, suspicion, attention, où va-ton, jusqu'où ira-t-on" prévenait-elle dès 1971. En ces temps d'état d'urgence, la réécouter file le blues"...

 

 

La vie de Colette Magny en dessins
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Published by Pierre Prouveze - dans livre
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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 09:37
L'expérimentation musicale des seventies

Maxime Delcourt répond aux questions de Paulette Magazine au sujet de son livre "Il y a des années où l'on a envie de ne rien faire" :

Si certains de ces musiciens sont des "filles de" ou "fils de", d'autres sortent carrément de nulle part. Et notamment Colette Magny qui a passé 17 dans dans le secrétariat avant d'être mise sur le devant de la scène. Tu crois pas que certains artistes se sont retrouvés populaires un peu par hasard et qu'ils ne désiraient pas forcément être connus en tant que chanteur mais plutôt en tant que contestataire ?

En effet, on peut facilement déceler deux catégories parmi les chanteurs expérimentaux de cette décennie. Ceux qui refusaient toute notion de célébrité et étaient des fervents contestataires et revendicateurs. Comme Dominique Grange Colette Magny, et même Brigitte Fontaine qui avait refusé de poser nue en Une de "Lui" pour la simple et bonne raison qu'elle ne désire pas être reconnue pour autre chose que ses chansons. A l'inverse, il a des gens comme Christophe qui a sans cesse su se renouveler et changer d'univers sans jamais vraiment défendre telle ou telle cause. Il s'agissait d'une époque où l'audace et la créativité avaient beaucoup de succès. Du coup, même ceux qui composaient des chansons protestataires faisaient en sorte de produire quelque chose d'anticonformiste et original, par amour de l'expérimentation.

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Extrait de son livre (pages 186-187) :

Colette Magny - Répression ( Le Chant du Monde - 1972)

Répression n’est ni le début, ni la fin de Colette Magny mais son incroyable sommet, le pertinent cri marginal qui prend enfin le monde entier à témoin et lui offre un catéchisme total: des précis (l’esclavagisme, la discrimination politique et policière etc.), une esthétique free jazz et un son qui défie le conformisme grâce aux compositions et aux arrangements de François Tusques. Cette évolution illustre l’impatience chronique d’une insoumise qui, lasse de simplement aiguiller les bonnes consciences, va s’ingénier à tordre les mélodies dans tous les sens, comme elle le fera en 1975 avec le Free Jazz Workshop de Lyon sur le tout aussi exaltant Transit.
Plus qu’une révolte, Répression est un outil intellectuel et émotionnel au service du changement social. « Babylone-U.S.A. », placé en ouverture, résume l'éclectisme de ce personnage singulier de la chanson contestataire française, nichant sa voix bouillante dans un emballage sonore contemporain - arrangements tordus, rythmiques tribales, free jazz transgressif. Première pièce d’une suite de dix-neuf minutes écrite par François Tusques et intitulée « Oink-oink », « Babylone-U.S.A. », au même titre que « Cherokee», « Djoutche » et « Libérez les prisonniers politiques », reprend des fragments de discours des différents responsables du Black Panther Party. Si le clin d’œil au mouvement de Bobby Seale et Huey P. Newton est évident sur la pochette de l’album, signée Ernest Pignon-Ernest, il l’est donc tout autant dans les propos, où il est question de « faire taire les voix de la prudence », de considérer les États-Unis comme « un gouvernement de capitalistes internationaux » ou encore de l’esclavage des Noirs américains.
Au sein de ces sept morceaux, il n’y a jamais de tentative pour apprivoiser, dompter ou occidentaliser les revendications. Au contraire: tout se passe comme si les compositions de Tusques étaient d’abord des cadres libres à l’intérieur desquels Colette Magny peut exprimer toute sa rage et où fermenté une musique presque anarchique. Mais l’insoumise ne vire pas tout-expérimental pour autant, et donne corps par la suite à des compositions au minimalisme certain. À l’image de l’épique « Chronique du Nord » et de « Camarade-curé », qui achève de prouver que Répression est un best-of à lui seul. Sept morceaux, et pas un moment de creux.

À écouter aussi:
Colette Magny (1967), Magny 68/69 (1969), Feu et Rythme (1971), Transit (1975 ), Colette Mâgny, Je veux chaanter (1979)
Également conseillé:
Francesca Solleville, Aujourd’hui les femmes (1975)

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Published by Claude Richard - dans livre
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