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14 avril 1976 3 14 /04 /avril /1976 10:27

Article de Claude Fléouter publié dans Le Monde du 14 avril 1976 :

Colette Magny est une grande bonne femme fraternelle qui, depuis quinze ans, a choisi de suivre sa générosité, de satisfaire à l'envie d'écrire et de chanter à sa façon une chronique de notre temps. Animée par un profond engagement politique, elle s'est choisi une voie sans détour qui l'a amenée à pousser loin des recherches formelles, à travailler la voix, les notes, les sonorités, le mot, à s'efforcer de découvrir une expression pleine et libre avec des chansons d'actualité en forme de blues, avec des chansons-collage, des chansons-montage, des chansons-enquête auprès des travailleurs dans les entreprises.

Paradoxalement, Magny s'est lancée sur cette route difficile à une époque où l'on voyait la musique populaire, la musique folklorique et la musique politique rompre leur cloisonnement et ne plus faire qu'une seule et même musique (rock et folk), parfois divertissante et parfois politique et vraie parce que reflétant la vie sans avoir peur. Bien entendu, l'apport et l'originalité de Colette Magny ne sont pas pour autant en question. Mais enfin, la plupart de ses chansons, qui se veulent des véhicules d'agitation, ne sont pas à la portée du premier venu, sont ardues, ne sont pas populaires.

Le spectacle donné à la Cartoucherie de Vincennes tranche heureusement avec l'image habituelle de Magny. Avec la voix au timbre profond, poignant qui plie les mots, les syllabes à la manière des chanteuses de blues, Colette Magny chante d'abord Kobody knows you when you're down and out, Melocoton, Strange fruit, Louise Labbé (Baise m'encor), Victor Hugo (Tuileries) et une de ses meilleures chroniques, une des plus solides et des plus fortes, celle consacrée au Nord. Puis, passionnée, émouvante, elle réussit magnifiquement à intégrer chansons, éléments visuels et scéniques construits à partir d'un ensemble de dessins, peintures et sculptures de Monique Abecassis sur le thème " Visage-village ". Là, soutenue par une belle musique de Leonardi, Colette Magny mêle avec superbe rêves et réalités, odeurs de la terre, douleurs attentives et vision, souvenir qui serre, déchire le cœur.

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9 avril 1976 5 09 /04 /avril /1976 09:04

MAGNY-Unite.jpgArticle paru dans L'unité du 09/04/1976 :


Magny. ce bel instrument. Colette, cette belle voix qui lança un jour : « J'en sais rien, viens, donne-moi la main ». Ce « Melocoton » que chacun garde dans un coin de sa  mémoire... Cotette Magny a avancé depuis. Elle a changé ses textes, ses musiques. Sa voix est restée, unique, profonde, la seule grande voix du pays de France, avec celle de Catherine Ribeiro. Sa voix inchangée pour un spectacle new style à la Cartoucherie de Vincennes. Eh oui ! Colette Magny se lance dans l'aventure : « tenir » longtemps dans un lieu habituellement réservé au théâtre est gageure. Elle s'installe chez Ariane Mnouchkine jusqu'au 27 avril. En première partie. elle est seule avec ses blues, ses chroniques, ses chansons-enquêtes et les poètes qu'elle a mis en musique. En seconde partie, elle s'intègre dans un spectacle collectif intitulé « Visage-village» : la musique et les textes ont eté construits pour et autour de dessins, de peintures et de sculputures de Monique Abecassis. Nouveauté : Colette est maintenant accompagnée par les trois musiciens du groupe Dharma. En outre, l'accordéoniste Lino Léonardi est à la direction musicale de l'ensemble. Un ensemble qui vaut vraiment qu’on se dérange. Qui a peur de Colelte Magny ? Qui a peur de son « Ras-la-trompe » ? A ceux qui sont partants pour l'expédition, « la Magny » réserve de grands moments ! Les autres peuvent se rabattre plus calmement sur « Transit », disque Chant du monde LDX 74570, diffusé par le Club socialiste du disque. Ou écouter, sur France-lnter, la retransmission du spectaclede la Cartoucherie : le 12 avril dans «Pas de panique» (entre 20 et 22h) et le 18 avril dans «On sort ce soir» (à partir de 22 h).

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5 avril 1976 1 05 /04 /avril /1976 13:58
Au sujet de l'annonce d'un concert à la Cartoucherie de Vincennes, le Nouvel Observateur n°595 du 05/04/1976, écrit :

COLETTE MAGNY
Cette puissante contestataire, débordante de franchise et de tendresse, offre, en plus de son tour de chant, un spectacle total, « Visage-Village », avec textes, musique, dessins, peintures, sculptures, etc.
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3 janvier 1976 6 03 /01 /janvier /1976 15:45

Extrait de "Français si vous chantiez" (Ed.Albin Michel, 1976) de Jacques Vassal  (pages 18 à 26) :

 

Allwright, Magny. D'aucuns s'en étonneront peut-être, mais pour moi ces deux noms restent associés dans le souvenir de cette période. Entre l'océan de médiocrité de l'après-yé-yé et la renaissance de la chanson post-68, ils se tinrent fermement comme deux phares indiquant le sens d'une « certaine idée » de la chanson, deux raisons d'espérer que d'autres allaient suivre : Graeme annonçant le renouveau du folk américain parvenant grâce à lui sain et sauf jusqu'à nos rives, montrant son influence mais aussi son dépassement ; Colette, seule alors, préfigurant le rôle croissant des femmes dans les luttes libératoires, et du même coup les diverses chanteuses qui, de Catherine Ribeiro à Claire, lui doivent tant.
II est du reste symptomatique que Colette Magny ait été, lorsque Graeme Allwright arriva à Paris, l'une des premières et rares personnes du « métier » à l'encourager et à croire à ce qu'il faisait. Leur position (te francs-tireurs, à l'un et à l'autre, favorisa sans doute cette passagère complicité. Tous deux débutèrent très tardivement dans la chanson, après diverses expériences qui avaient eu le temps de les mûrir : Colette Magny était secrétaire bilingue à l'OCDE ; elle jouait des blues à la guitare, comme un violon d'Ingres. Au moment de son premier et unique succès populaire (« Melocoton », 1962), elle fut cataloguée par les fabricants d'images comme « chanteuse de blues » et même « la Bessie Smith française ».
magny-chantez1Premier malentendu, car elle faisait aussi de la chanson « poétique » (mettant en musique, dès son premier album, des œuvres de Rilke, de Hugo et d'Aragon par exemple), et d'autre part elle avait déjà entamé une prise de conscience politique d'autant plus résolue qu'elle était tardive. Plus tard, au contraire, ce furent les gauchistes purs et durs qui reprochèrent à Colette ses préoccupations esthétiques, en particulier son flirt avec le free-jazz et ses audaces parfois jugées « gratuites » voire « démobilisatrices » (!). Entre ces deux pôles se situait Magny 68/69, disque-charnière et témoignage irremplaçable d'une tranche d'histoire contemporaine.
Déjà Vietnam 67, remarquable disque de chanson politique, constituait une sorte de répétition générale. Colette y reprenait son « Viva Cuba » de 1963, donnait la parole aux combattants de la « guerre des vélos » et, pour la première fois à ma connaissance dans la chanson française (longtemps avant que cela fût devenu à la mode) évoquait le drame de la Bretagne, dans « A Saint-Nazaire » et dans « La dame du Guerveur ». La seconde chanson était tirée d'une lettre écrite par une paysanne bretonne à sa petite-fille partie à Paris, et il y était question du problème de l'arasement des talus voulu par les technocrates du remembrement. Ce disque faisait déjà parler les gens, mais Magny 68/69 allait plus loin encore dans le sens d'un retrait de la chanteuse (ou si l'on veut, de sa mise en situation) au milieu d'un montage de documents sonores enregistrés sur le vif par les cinéastes William Klein et Chris Marker : un disque-collage, où les chansons étaient prises en sandwich entre la voix d'une étudiante, pathétique et drôle à la fois, rassurant par téléphone la mère d'un camarade parti à la manif, et l'intervention d'un délégué syndical devant une assemblée houleuse d'ouvriers. On ne savait plus très bien lequel des deux éléments, parole ou chanson, illustrait l'autre. Cette dualité, en plus de son thème évidemment, fit de Magny 68/69 peut-être le premier « concept-album » réalisé en France (1).
Or Colette Magny ne s'arrêta pas en si bon chemin. Dans son album suivant. Feu et Rythme (paru en décembre 70), elle dérouta une nouvelle fois, en grande partie à cause de sa redécouverte d'un instrument de musique vieux comme le monde : la voix humaine, et son cri (« Jabberwocky »). C'était aussi la première fois en France (pardon pour cette énumération de « premières fois », mais ainsi est Colette) que l'on mariait la chanson aux étranges incantations du free-jazz, et ce avec l'aide de deux formidables contrebassistes, Beb Guérin et Barre Phillips, et de la chanteuse Dane Belamy.
Mais l'originalité de Feu et Rythme, déjà bien assurée avec cela, s'étendait au choix des textes : en plus de ses propres œuvres (comme « K 3 blues », où elle notait : « Y aurait pas eu d'blues/si les captifs africains/ne s'étaient pas transformés en captifs américains »), Colette faisait appel à des auteurs aussi différents que Pablo Neruda, LeRoi Jones, Max Jacob, Lewis Carroll et... le dictionnaire Larousse. La définition de « La marche » demeure, sans doute possible, l'une des plus grandes audaces de la chanson contemporaine (et pas seulement « française ») : chanson déclamatoire, déchirée et antimélodique au possible. Même le style de guitare de la chanteuse s'était transformé pour la circonstance, haché et saccadé, pour faire de ce disque un hymne à l'angoisse de ce temps.
Avec Répression (paru en avril 72), autre tableau, double d'ailleurs : comparaison et opposition entre deux civilisations, l'américaine et la française. Le titre de l'album autorise le parallèle, et celui-ci est également audacieux, dans la mesure  où peu de chanteurs, même « contestataires », ont osé s'attaquer de front à ces deux têtes d'une même hydre ; rappelons- nous, ce n'est pas vieux, la France de Pompidou et l'Amérique  de Nixon. Il n'est pas difficile de crier « Paix au Vietnam »  quand on habite en France (bien que la police française frappe aussi en ces occasions) ; il est plus facile encore de faire preuve, comme on le verra plus tard pour Yves Simon, d'une admiration béate pour cette « fascinante » Amérique. Dans Répression, Colette Magny donne un bon coup de balai à ces deux vieilles tentations.
La première face de ce disque-chronique, « Oink-oink », est sous-titrée « adaptation-découpage-tentative de pillage d'extraits de textes de Bobby Seale, Huey P. Newton, Eidridge Cleaver, journaux divers, individus et publications " sans domicile fixe " ». L'auditeur est déjà prévenu par l'illustration de la pochette, qui représente une panthère noire sortant, toutes griffes dehors, d'une cage décorée du drapeau américain. La musique de « Oink-oink » est due à l'un des meilleurs musiciens « free » français, François Tusques, qui y joue du piano, accompagné par Bernard Vitet (trompette), Juan Valoaz (alto), Beb Guérin (basse) et Noël McGhee (batterie).
Cette face est une suite de quatre morceaux (on ne peut plus guère les appeler « chansons »), qui résument autant que faire se peut les analyses politiques des Panthères Noires, leurs méthodes, leur stratégie révolutionnaire et leurs revendications immédiates d'alors (« Libérez les prisonniers politiques »), puisque cela se passait au plus fort de la campagne pour la libération d'Angela Davis, des Frères de Soledad et de tous leurs semblables. Le rythme particulier du free-jazz, bien sûr, donne à ces déclarations une urgence qu'elles n'auraient pas eue avec un simple traitement mélodique.
magny-chantez2.jpgLa face 2 s'ouvre sur une violente invective : Alors, on garde son sang-froid ? ... bientôt suivie d'un saisissant raccourci historique : On a supprimé les pavés, on a bitumé la chaussée pour faciliter la circulation...
Pas de doute, cette fois nous sommes bien en France. Pour apprécier pleinement le contenu assez riche de « Répression », il faut se rappeler le climat de la France pompidolienne, pays oublié où subsistaient encore quelques pots-de-vin, un peu de propagande et de démagogie, une pointe de racisme, un zeste de violence policière, une légère censure de la presse et de la chanson, une pincée d'injustice dans certains procès, une loi permettant de « trouver » de la drogue en perquisitionnant chez les gens (de préférence ceux de gauche), à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, un président qui ne savait même pas chanter « A la pêche aux moules » et aussi — le croirait-on ? — un soupçon de mécontentement populaire. Fort heureusement, ces quelques imperfections de détail ont depuis été balayées par un régime libéral « avancé » (en existait-il de « reculés » ?), élu dans l'allégresse et avec la large majorité que l'on sait, et l'on ne compte plus les changements radicaux intervenus dans la société française : nouveaux arrangements pour « La Marseillaise », nouveaux coloris chez Citroën pour la « GS », nouveau triomphe pour Sylvie Vartan au Palais des Congrès, nouvelles speakerines à la télévision, nouvelles montres chez Lip, nouvelles centrales nucléaires chez EDF, nouvelles bombes chez Défense nationale et même nouveau directeur au Figaro : la place manque pour les citer tous ici. C'est pourquoi « Répression » est une pièce véritablement historique.
« Répression » est une sorte de journal populaire à mêler aux cris de la rue, antidote salutaire à l'intox subie quotidiennement par toute une population. La version originale cite des faits précis et récents à l'époque de sa parution : Jean-Paul Sartre qui, alors qu'il a naguère refusé le prix Nobel, grimpe « sur un tonneau chez Renault » ; l'interdiction de l'hebdo Hara-Kiri par le ministre de l'Intérieur, l'acharnement de la police contre les garçons à cheveux longs, le procès de la vitesse (émission vue à la télévision) en sont les principaux exemples. Mais la souplesse de son écriture permet d'envisager de faire évoluer ce texte au gré de l'actualité, un peu à la manière des « Temps difficiles » de Léo Ferré.
« Chronique du Nord » est une tout autre expérience, et certainement la chanson de ce disque que le temps consacrera, même lorsque l'intérêt pour les autres témoignages qui l'accompagnent se sera étiolé. Cette tranche de vie d'une famille de mineurs du Nord de la France est à notre réalité ce que le « North country blues » de Bob Dylan est à celle des Américains. Et le parallèle n'a rien de gratuit : non seulement le sujet est presque le même mais, dans un cas comme dans l'autre, l'auteur au lieu de parler des mineurs et de leurs familles, les fait parler eux-mêmes. Répercutant leurs propos entendus sur place, il n'est plus que leur porte-voix, leur interprète auprès du monde extérieur.
Le disque se clôt sur « Camarade-curé », hommage au bas clergé basque qui refuse les « appels au calme » de l'épiscopat et ses compromissions avec le régime fasciste espagnol. Le refrain, où la voix de la chanteuse est accompagnée par des chœurs basques, vaut aussi évidemment pour les non-Basques : Non, non, je ne veux pas d'une civilisation comme celle-là...
Pendant les quelques mois qui suivirent la parution de Répression, Colette Magny garda l'habitude de terminer ses récitals par un « Camarade-curé » au cours duquel des banderoles apparaissaient au fond de la scène, portant des slogans en faveur de l'ETA et de la résistance populaire basque. Ce côté « meeting » indisposa souvent les spectateurs (le disque ayant été, comme à l'habitude pour Colette, boycotté par les programmateurs de radio, avec les exceptions que l'on sait, la surprise était complète). Cela se produisit, bien sûr, dans les salles bourgeoises : on se souvient peut-être des récitals à Gaveau où, après la première partie assurée par l'admirable chanteur-guitariste argentin Atahualpa Yupanqui, les rangs se vidaient à mesure que Colette et ses deux contrebassistes imposaient leurs audaces ; même devant des publics supposés « avertis », style MJC, il se trouvait souvent quelques gauchistes de service (2) pour chahuter et interrompre la chanteuse, exigeant parfois la parole, ce qu'au début elle leur concédait bien volontiers. Mais invariablement le contradicteur, ayant obtenu un micro, s'avérait incapable de dire quoi que ce fût de cohérent (rien à dire, ou incapacité à le formuler ?). Alors, que faire quand on est responsable devant une assemblée ? Risquer de gâcher une soirée en se laissant déborder par les intervenants, ou bien s'y refuser et se faire alors traiter de « fasciste », ce qui est tout de même un comble lorsque l'on est Colette Magny (3).
Troublée par ce genre nouveau de cas de conscience, prise de doutes quant au sens de sa création et de son rôle, Colette Magny est revenue pendant quelque temps à ses premières amours, tels « Melocoton » et le blues, réservant parfois son activité politique à des occasions moins publiques, par exemple dans une collaboration avec des travailleurs immigrés ou des militants syndicalistes, apparaissant de nouveau à la fin 75 dans des meetings et des galas de soutien à diverses causes, notamment la solidarité avec les peuples d'Espagne et du Chili. Ces hésitations et revirements apparents sont peut-être la raison principale du délai singulièrement long (trois ans et demi) qui s'est écoulé entre la sortie de Répression et celle de l'album suivant : Transit, qui est intervenu très peu de temps après l'espèce de consécration officielle que constitue le passage de la chanteuse sur la grande scène de la Fête de L'Humanité.
Transit révèle une fois encore beaucoup d'originalité, de puissance et de courage, autant sur le plan artistique que  politique (on ne saurait d'ailleurs impunément dissocier ces  deux « plans », il faut se souvenir que la forme et le fond,  chez Colette Magny comme chez tous les créateurs parvenus  à une grande maturité, constituent un ensemble cohérent). Pour ce disque, elle s'entoure des musiciens du Free Jazz  Workshop, tout en continuant à jouer de la guitare, et plus  que jamais elle chante, crie et s'indigne : par exemple, contre les cages à tigres utilisées contre les prisonniers au Vietnam, elle déclame un témoignage signé Nguyên Duc Thuân et daté de 1964. Celui-ci est accablant, insoutenable et nous savons malheureusement bien qu'il n'est pas « périmé ». Pour ne pas le diffuser, les programmateurs de radio pourront toujours invoquer l'excuse de sa longueur (9' 00"), de même que pour « La panade » (8' 30"), qui introduit le recueil : ici, l'engagement de la chanteuse est plus personnel, et l'on peut dire total. Rien à voir, bien entendu, avec la notion éculée de « chanson engagée ». L' « engagement » se situe au niveau physique, à celui de l'écriture, de l'élaboration et des méthodes de travail, et c'est ici que nous retrouvons la cohérence de Colette Magny : de même que l'inoubliable « Chronique du Nord » avait été écrite avec l'assentiment et les réflexions des travailleurs que cela concernait, de même « La panade » est une réflexion POLITIQUE sur le « métier » de musicien et ses implications, la notion de musicien en tant que travailleur parmi d'autres, et non plus en tant que marchandise-vedette ; et elle porte le sous-titre significatif de « Chanson collective concoctée sur le tas au Hot-Club de Lyon en avril 75 ». Le texte est trop bien construit pour permettre d'en isoler des extraits, mais « La panade », comme avant elle « Chronique du Nord », dérange les habitudes d'écoute (y compris celles des intellectuels de gauche) en démontrant avec éclat, par la force conjuguée du verbe, de la voix de Colette et des instruments du FJW, ce que peut être une chanson politique populaire.
« La bataille » est une expérience différente, où l'on entend une chanson égyptienne psalmodiée en arabe par un groupe d'hommes, cependant que la voix de Colette récite la traduction française en surimpression et a cappella. Elle fustige l'hypocrisie belliciste du gouvernement égyptien, et ses auteurs se sont déjà retrouvés en prison pour de telles déclarations. Dans « Les militants », elle fait une importante mise au point sur les révolutionnaires de salon qui prétendent dicter une conduite à des artistes comme elle, avec une invective particulière à l'adresse de certains Occitans (allusion aux démêlés dont a été victime son ami Joan-Pau Verdier ?). Après avoir mis ces gens en scène avec ironie et fermeté, elle conclut avec sa sérénité retrouvée et une sorte de tendresse désolée dans la voix : Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour se faire comprendre. Fallait que je vous dise ça, laissez-moi travailler.
On ne peut être plus clair et plus lucide. Mais Transit est aussi un disque drôle par moments : le monologue du « Pachyderme », le blues de « Ras-la-trompe » et l'illustration de la pochette, notamment, montrent avec quel sens de l'humour, avec quelle pudeur aussi, Colette est capable d'ironiser sur elle-même, révélant par là une qualité étonnante chez elle (du moins, pour ses chansons !) et, il faut bien le dire, un peu trop rare chez ses confrères. Colette Magny reste décidément une chanteuse d'aujourd'hui et de demain.

 

(1)- II semble que même la courageuse marque Chant du Monde ait eu peur pour une fois, puisque Magny 68/69 parut d'abord sous un label de circonstance : Taï-Ki, distribué par Chant du Monde. Depuis, l’album a reparu sous une pochette différente.
(2)- Alan Stivell et le cinéaste René Vauthier font pour leur part état de témoignages selon lesquels la police paierait des provocateurs aussi pour aller semer la zizanie dans les récitals de certains chanteurs de gauche. Dur à croire, n'est-ce pas ? Mais qui sait ?
(3)- Cf. entretien avec Colette Magny, par l'auteur, in Rock & Folk, n° 75, avril 73, et lettre de C.M., « Courrier des lecteurs », n- 76.


 

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1 janvier 1976 4 01 /01 /janvier /1976 08:29

francais.jpgDans "Français si vous chantiez" (Ed.Albin Michel, 1976), Jacques Vassal distinguent trois courants pour les "chansons occasionnées par les évènements" de mai 68. Premièrement, "les chansons nées au coeur de la mêlée, et enregistrée ultérieurement dans un souci de clarification politique et éventuellement de simple militantisme". Deuxièmement, "les chansons sur Mai 68 apparues après coup". Et enfin "les chansons plus généralement inspirées par l'esprit qui souffla à partir de Mai 68".

Parmi ces 3 catégories, Jacques Vassal reconnait qu'il existe une exception, ne pouvant rentrer dans ces courants. Il écrit ainsi page 16 :

 

"On rangera à part (à moins qu'elle ne constitue un "courant" à elle seule) l'expérience de Colette Magny, qui consacra un 33 tours entier à ce qui venait de se produire (Magny 68/69). Cette expérience déboucha sur une autre conséquence, à savoir une sorte de traumatisme pour elle et pour quelques autres chanteurs professionnels (dont Graeme Allwright) : la remise en cause de ce métier lui-même, et l'analyse du rôle du personnage public qu'est le chanteur, lorsqu'il se trouve confronté dans son propre pays à des événements qui secouent toute la société, et dont la dialectique imprévisible peut à la limite conduire à son absorption pure et simple..."

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27 novembre 1975 4 27 /11 /novembre /1975 11:19

Annonce publiée dans Le Monde du 27 novembre 1975 :

Le parti socialiste chilien et le Mouvement de gauche révolutionnaire (MIR) organisent, le jeudi 4 décembre, à 20 heures, un " gala de solidarité avec la résistance au Chili ", au Palais des sports de Paris. Les chanteurs Serge Reggiani, Maxime Le Forestier, Colette Magny, Raimon, Paco Ibañez, José Alfonso, Claude Vinci, Daniel Viglietti et Patricio Mans, apporteront leur présence solidaire et fraternelle. Ils seront présentés par Jean-Louis Trintignant.

Les billets sont en vente au Palais des sports, à la FNAC Chatelet, à la FNAC Etoile et à la FNAC Montparnasse. (Parti socialiste chilien, P. Valenzuela, 30, rue des Volontaires.)

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20 octobre 1975 1 20 /10 /octobre /1975 15:02
Critique de disque paru dans le Nouvel Observateur n°571 du 20/10/1975 :


COLETTE MAGNY
Un disque politique où cette femme puissante et combative associe au combat des peuples prisonniers une manière de révolte contre un certain gauchisme verbal. Son "Blues ras-le-bol du petit pachyderme", alerte et corrosif; devrait
provoquer quelques ravages.
33 tours, 30 cm, Chant du Monde.
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2 juin 1975 1 02 /06 /juin /1975 16:35
A la fête du PSU, à La Courneuve
 © JP Roche - Colette Magny, Fête du PSU, La Courneuve, 1975

© JP Roche - Colette Magny, Fête du PSU, La Courneuve, 1975

A la fête du PSU, à La Courneuve
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30 janvier 1975 4 30 /01 /janvier /1975 23:00

Article paru dans L'Unité du 31/01/1975 :

Le business a tué le show. L'argent a tué le spectacle. C'est à coups d'opération de guerillas que la jeune chanson tente de remonter le courant.

Chaque année le show-business français produit plusieurs dizaines de disques. Un nouvel interprète naît chaque semaine. Si on se contentait de laisser parler les statistiques, le bulletin de santé de la chanson frnaçaise serait plutôt réjouissant. En fait, ces chiffres ne montrent que l'aspect économique du problème : Eddie Barclay fait de bonnes affaires et Philips-France a quadruplé son chiffre d'affaires en huit ans.Derrière ce rideau de satisfaction, un critère : la rentabilité ; et une politique : le "tube".
Le phénomène a pris son élan dans les années 1955-60. La radio et la télévision se sont alors substituées aux salles de spectacles. La consommation "chansonnière" se fait désormais à domicile, selon le bon vouloir des animateurs radios ou des Guy Lux de service, selon les recommandations des directeurs de maisons de disques et des patrons de radio. Dans le cas de Sylvain Floirat qui dirige à la fois Europe 1 et Disc'Az, les recommandations ne sont même pas contradictoires...
Dans un tel système, tout passe désormais par le disque. En studi d'enregistrement, on fabrique une "vedette" dont l'étoile va briller trois semaines au firmament des juke-boxes et des hit-parades : le temps d'un tube, le temps d'une opération financière. Amour a rimé avec toujours. Le malheureux chanteur peut retourner à ses oubliettes.
Qui ne vend pas de disques ne vit pas. Qui ne vend pas de disques n'intéresse ni les maisons de disques ni les radios. Qui ne passe pas sur les radios  n'est pas connu du public. Qui n'est pas connu du public ne remplit pas les salles. Qui ne remplit pas les salles ne peut prétendre à faire un disque. Qui ne peut pas faire un disque est réduit au silences, etc. Voilà comment de jeunes artistes ont fini employés de banque ou sapeurs-pompiers. Ce serpent qui se mort la queue, cet infernal cercle vicieux, tous ceux qui ont refusé les dessous de table et les trafics du show-business le connaissent. Refuser de donner dans la médiocrité, refuser de faire un tube est une chose. Tenir bon, resteur chanteur malgré ce refus est autrement difficile.
Marginaux ou parallèles
Le "matraquage" radiophonique tend à faire croire que la "jeune chanson française de qualité" (sic!) se réduit à 5 noms : les "persévérants" Michel Delpech, Serge lama et Daniel Guichard ; les "météores" Alan Stivell et Maxime Le Forestier. On s'aperçoit parfois que "Maxime a des enfants" : Yves Simon, Dick Annegarn et Michel Caradet. On s'en aperçoit parce que "ça commence à se vendre". Bien sûr, ces gens-là sont, chacun à leur façon, chanteurs de qualité. Mais comment oser réduire la "jeune chanson" à leurs seuls noms ? Comment oser balayer les autres avec un anathème commode : "Ce sont des marginaux" ? La faute à qui ? La chanson est un art public ; pourquoi des ribambelles de chanteurs se complairaient-ils dans l'ombre de l'anonymat ? La vérité est autre : en laissant écolre un Le Forestier de temps à autre, les requins du show-business se donnent un alibi ; mais si trop de talents surgissaient à l'avant-scène, si le public découvrait autre chose que la guimauve qu'on lui jette en pâture avec mépris, c'en serait fini des tubes à la petite semaine et des avantages financiers qui s'ensuivent...
Le business a tué le show. L'argent a tué le spectacle. C'est à contre-courant de cette décimation que l'on voit, depuis un an, des initiatives diverses tenter d'abatrre le mur de silence qui entoure certains noms. A Paris, au moment où fermait le cabaret l'Ecluse, on a vu naîtrre la Pizza du Marais ; elle a servi de porte-voix à quelques francs-tireurs : à Henri Tachan, à Jacques Yvart, à Jacques Higelin, à Henri Gougaud. A Avignon, au cours du dernier Festival, Jean-François Millier lançait l'opération "Chansons pour aujourd'hui" : dans la foulée de Claude Nougaro, Léo Ferré et Alan Stivell, il lançait Jean Sommer, Colette Magny et Catherine Ribeiro, le breton Gilles Servat et l'Occitan Marti. Il a récidivé à la rentrée 1974 dans un vieux théâtre de boulevard, à la Renaissance ; là se sont succédé Mouloudji, Pauline Julien, François Béranger et Anne Sylvestre ; avec en prime, Gilles Vigneault. Tous ont rempli la salle. "La situation est ambiguë, dit Jean-François Millier. Mais c'est la seule voie possible. Nous en sommes arrivés à détourner à son profit le rôle d'asservissement joué par les mass-média. Aux chanteurs eux-mêmes d'accélérer le mouvement."
Passer à l'attaque : c'est exactement ce qu'on fait les "marginaux" en octobre et novembre derniers au Théâtre des Deux-Portes, à Paris, et à la Maison pour tous Pablo-Neruda, à Bagnolet. Sur le thème "La chanson doit être sortie du ghetto dans lequel le plonge l'industrie", l'intervention d'Action-Chanson a permis à Serge Kerual, Anne et Gilles, Brigitte Sauvane, Christian Dente, Pantchenko, Joan Pau Verdier et 20 autres de se faire entendre. En écho, le Sigma-Chanson de Bordeaux est parti "à la recherche du chant perdu et de la chanson populaire". Il y avait là toutes les expressions ethniques : l'Alsace avec Roger Siffert, la Bretagne avec les Diaouled Ar Menez, l'Occitanie avec Eric Fraj, mais aussi Rosito et Martina De Peire, la Catalogne avec Ramon Muns et surtout l'étonnante Teresa Rebull, le Pays basque enfin avec Maïté Idirin et Bernard Sarralosa. Le Sigma a également fait le tour du non-parisianisme : Jacques Barthes venu de Montpellier, Jean-François Morange de La Bourboule, Patrick Ochs de Périgueux, Claire de Besançon, Jean Sommier est venu un soir. Jacques Yvart aussi. Et Bernard Lavilliers. La fête a eu son feu d'artifice avec le spectacle "Femmes en lutte" de Colette Magny - Catherine Ribeiro - Toto Bissainthe : des solos, des chants communs et des improvisations en "chabada" ; Dieu, quelle soirée !
Assaut sur l'Olympia
Sur leur lancée de Bordeaux, Catherine Ribeiro, puis Colette Magny, en compagnie de Toto Bissainthe, ont pris d'assaut le sanctuaire inviolable de la chanson commerciale : l'Olympia, gadget du mercantile Bruno Coquatrix. Dans le même temps, le Théâtre Mouffetard devenit lieu quotidien de rencontres avec la chanson : Juols Beaucarnes, Jean Sommer, Bernard lavilliers et Henri Gougaud s'y succédaient ; Gilles Elbaz va bientôt prendre le reais. Et, dans les Maisons de jeunes et de la culture, dans les Foyers, auprès des comités d'entreprise, d'autres trouvaient des lieux pour les accueillir : Annie Nobel et Philippe Richeux, Jean-Claude Monnet, etc. Toutes ces manifestations prouvent que le harcèlement finit par payer : les marginaux sont devenus des "parallèles" ; ils ont forcé des portes, mis en place leurs propres circuits et mis au point leur propre mode d'intervention.
L'offensive avait réellement commencé il y a 5 ans autour de l'émission (sur France-Inter) de Luc Bérimont, "La fine fleur". C'est à cette occasion que s'étaient faits connaître Jean-Luc Juvin, Jean Vasca, Gilles Elbaz et Jacques Bertin. De petites maisons de disques, sans rapport avec les trusts français ou américains, ont pris la suite de Bérimont : Moshe Naïm a diffusé Luc Romann ; La Chant du monde, Claude Réva, Colette Magny et Jean-Max Brua ; les disques du Cavalier, Henri Gougaud et Jean Moisiard ; le Studio SM, Jean Humenry et Bernard Maillant ; Savarah (dirigé par Pierre Barouh), Areski, Brigitte Fontaine et beaucoup d'autres ; les disques Aluarez ont repris "l'écurie de la fine fleur". Un animateur de radio a avoué récemment : "Ces disques-là, nous les apportons chez nous ; ce sont les seuls que nous écoutons avec joie". Mais ils ne les passent pas à l'antenne !
La jeune chanson a des réserves considérables. En s'organisant ou en improvisant des opérations de guerilla contre le show-business, elle a marqué des points. Mais l'essentiel de sa force est dans la véhémence et le "feu sacré" de ses troupes. Si le complot de silence qui l'entoure perd du terrain, elle le doit surtout à quelques éléments forts. Humainement, et artistiquement forts. Elle le doit à Jacques Bertin et Bernard Lavilliers, à Jean Sommer et François Béranger, à Colette Magny et Catherine Ribeiro. Ceux-là, en ne cédant pas devant le chantage des faiseurs de tube, en tenant contre vents financiers et marées démagogiques, ont ouvert le chemin aux autres. La jeune chanson n'a pas gagné son paradis. Mais elle a déjà vaincu le découragement. C'est important en des temps où - pour prendre un seul exemple - Christian Dente a mis sur pied un tour de chant de 30 chansons (dont il est l'auteur et le compositeur)... que personne ne connaît, que personne n'a voulu enregistrer !
JEAN-PAUL LIEGEOIS

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22 janvier 1975 3 22 /01 /janvier /1975 07:09

Article de Jacques Bertrand paru dans Télérama n°1306 du 22/01/1975 :

Elles passent d'une chaîne à l'autre, les « vedettes ». Quelquefois dans la même semaine. Dans la chanson, en particulier, quelques-uns ne vivent que du disque et du petit écran. Il y en a d'autres pourtant, et qui remplissent les salles de spectacle, à Paris et en province, mais dont on se dit peut-être qu'ils dérangeraient les téléspectateurs. Il faut tout de même savoir qu'ils existent. Télérama aimerait rappeler cette semaine que l'on n'a pas vu depuis très longtemps à la télévision « une grande dame de la chanson française » qui s'est toujours refusée à tronquer son répertoire : Colette Magny.

Colette Magny
Véhémente, farouche, elle chante le blues de l'amour

Melocoton, dis, où elle est maman ? J'en sais rien, viens, donne-moi la main... Oui, c'était elle. Il y a longtemps. Mais la grande horloge du show-business s'est arrêtée là. Colette Magny, qui changeait de métier à trente-six ans, troquait sa machine à écrire contre une guitare, était en passe de de-venir la « première grande chanteuse de blues française » : un mois de cabaret et puis l'Olympia — belle voix chaude, puissante, incantatoire — le blues qui fond dans la bouche, pas dans la main... On s'était lourdement trompé. Sur les blues. Mais à la radio, aujourd'hui encore, on ne connaît de Colette Magny que Melocoton. Belle chanson sans doute. Et ce qu'elle a chanté depuis est trop — comment dirais-je.? — trop peu rassurant. Chronique du Nord, Répression, Babylone U.S.A., Cherokee, avec Beb Guérin qui danse avec sa contrebasse, ce n'est pas — dit-on dans les milieux généralement bien informés — pour ceux qui ont de la confiture dans les oreilles. Ça déborde pourtant d'une tendresse immense, Magny la colère. Elle prend des notes ici et là, ce que les gens disent de leur vie, et musique. Chansons semi-coilectives, chroniques « ouvrières » au plein sens du mot : des textes pour lesquels tout un monde a « oeuvré ».
Mais commençons par le commencement.

L'INTERVIEW

Dans son petit appartement, sobrement décoré, du XIXe arrondissement de Paris, une silhouette noire sur le mur du couloir : Maïakovsky. « L'avenir ne viendra pas tout seul. Il faudra prendre des mesures... »
J'aime bien la conversation, mais on dit parfois, au fil de la discussion, des choses un lâches qui, une fois écrites, donnent une idée fausse de la réalité... Mais où est
ton micro ?
— Il est incorporé.
— Et tu crois que ça prend ?
— J'espère.
— On n'arrête pas le progrès...
Tiens, tu vois, ce genre de phrase, « on n'arrête pas le progrès » : si tu écris ça, de quoi j'ai l'air ? Pourtant, je ne peux pas nier l'avoir dit.
Elle ne peut pas nier l'avoir dit.

LE DERISOIRE

C'est triste, je n'ai rien écrit depuis trois ans. J'ai des dossiers, des enquêtes... je n'ai pas rien fait. Mais le sentiment du dérisoire, quoi... Et puis aussi un certain malentendu.... Tout ce que j'ai écrit, je ne l'ai pas écrit parce que je lis le journal ou parce que je me dis que je suis au service de la classe ouvrière, mais parce qu'un jour j'ai rencontré des gens et que j'ai été frappée par des situations. Seulement II y a toujours quelque part des prisonniers politiques qui risquent gros. La torture ici, là un insoumis. On me téléphone. J'ai fini par me sentir une espèce de distributeur à chansons politiques : une chanson pour le Chili, une chanson pour les Indiens, une chanson pour l'insoumis... Excuse-moi, je m'énerve.

LE BREVET

Alors, pour se détendre, elle a levé la jambe. Oui. En mesure. C'était à Bordeaux, pour Sigma Chanson III, en compagnie de Toto Bissainthe et de Catherine Ribeiro. Composition libre sur le thème de Comme les rois mages en Galilée... Sheila ne s'en est jamais remise. Il va bien falloir en sortir, de « la grande panade »
Je ne pense pas que parler de moi ait beaucoup d'intérêt. Toutes les vies se ressemblent. Les mêmes échecs, les mêmes réussites, à des époques différentes, c'est tout. Je dis je pour un Vietnamien, je pour un Cubain. Moi, je suis derrière, ou à côté...
» Mais je ne veux pas recommencer les mêmes choses. Je suis en retard sur moi. Il faut que je retrouve mon souffle.
Le public, elle se demande ce que c'est, et quel peut être le sien. Mais lorsque, véhémente, farouche, c'est le blues de l'amour qu'elle chante : on l'accuse de trahison — elle sort son brevet.
Je le répète souvent, c'est un peu mesquin de ma part, mais je m'adresse à tous ceux qui passent leur temps à me donner des leçons, à m'asséner leurs vérités et patati et patata : j'ai travaillé pendant vingt ans. Je sais : le pool dactylographique de l'O.C.D.E. ce n'est pas l'usine. Il y avait Charles Denner parmi les huissiers et Jean-Marie Drot aux stencils. Mais ça fait mal à la tête et au dos. C'est pourquoi je me permets d'y faire allusion parce que, bon, j'ai eu mon brevet, les copains, la barbe, j'ai vécu.
» Je n'ai pas à écrire pour les gens : il y a cent mille sensibilités. Mais je me demande comment le public reçoit mes chansons. Je le saurais peut-être si elles étaient diffusées par la radio ou par la télévision...

LA PINTADE

Pas chanteuse « militante », Colette Magny, chanteuse tout entière. Exigeante, insatisfaite, elle se retire dans le Midi pour une saison studieuse. Dans sa pile de dossiers, un vieux rêve : la pintade.
Sur la pintade, que l'on retrouve dans de nombreux rites et contes africains, elle sait tout, ses maladies, son élevage, les statuts des coopératives d'éleveurs. Avec cet animal — qui, bien que domestiqué pendant plusieurs générations, peut redevenir sauvage en un an — elle a remonté le fil de l'histoire de la paysannerie. Cela donnera peut-être, dit-elle, une chose musicale.
Blues de la pintade ou blues de la répression, il faudra bien que Colette Magny se fasse entendre.

AVERTISSEMENT

Gens du spectacle, publics en tous genres, n'oubliez pas Colette Magny. Elle travaille, dans son coin de Provence, le cri de la pintade sur fond de chants révolutionnaires. Mais si dans un an, elle était encore seule, ce diable de bonne femme pourrait bien redevenir sauvage.

Jacques BERTRAND

Colette Magny a enregistré au Chant du monde : Vietnam 67 (74319), Magny 68 (TK 01), Feu et rythme (74444), Répression (74476).

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Published by CR - dans Interview
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