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1 mai 1966 7 01 /05 /mai /1966 07:47

Critique parue dans Jazz Magazine de mai  1966 :

Jean-Robert Masson, spectateur du Meeting de la Mutualité (29 mars) raconte ce qu'il a vu.

Tendues a l'arrière-scène, deux longues banderoles aux lettres rouges et noires : « Paix au Viêt-nam, égalité raciale aux Etats-Unis ». Le  « Jazz-Meeting » qu'organisait, mardi soir à la Mutualité, le Comité d'Action du Spectacle, se voulait à l'origine un acte politique. Comme le précisait l'un des responsables, ce devait être un geste de « solidarité avec les différents courants libéraux et pacifistes de l'opposition américaine », une dénonciation du « génocide vietnamien » et de « la politique d'ingérence américaine dans l'évolution des pays d'Amérique latine, d'Afrique et du Sud-Est asiatique ».
Mais les intentions, si justifiées soient-elles, manquent parfois à déterminer les faits. La soirée du C.A.S., il faut le dire, fut un demi-échec — et pour des raisons qui ne sont pas toutes imputables à ceux qui l'ont conçue et réalisée. Ainsi les musiciens américains qui figuraient à l'affiche refusèrent-ils tous (leurs motifs semblent complexes et contradictoires) de participer à une manifestation qui les concernait pourtant au premier chef. On a longuement commenté entre deux levers de rideau, cette surprenante et massive abstention. Un tract de dernière heure dénonçait les pressions exercées par l'ambassade sur ses ressortissants. Un orateur voulut faire comprendre la prudence subite, tactique, d'une petite colonie d'artistes vivant a l'étranger et soumis à chantages policiers... Il ne nous appartient pas ici de discuter de tout cela.
Nous voudrions, en revanche, relever le danger d'un confusionisme que la soirée dle mardi vint illustrer de manière parfois cruelle. Une chose est de se solidariser avec les causes justes, les "combats sacrés", autre chose chose de traduire cet acte de solidarité sur le plan du spectacle (et plus particulièrement sur celui de la musique), autre chose enfin, de vouloir que se rejoignent, en une illusoire synthèse, action politique et action artistique. Suffit-il de chanter les horreurs de la guerre, l'angoisse de l'ère atomique ou les bienfaits futurs de la fraternité universelle, la main sur le cœur et d'une voix qui dépassa, chez certains, les bornes du ridicule, pour exorciser les horreurs de la guerre et le péril atomique, hâter l'avènement de la fraternité universelle ? Beaucoup en sont venus à le croire, qui accordent à la chanson "engagée" une valeur quasi mystique. Mais n'est pas Bob dylan qui veut. Et la réalité de toute manière échappe à ces simplifications rythmées. Au reste, personne n'a dû s'y tromper. Une distance infranchissable séparait (et il est dans la nature des choses que cette distance demeure infranchissable) la gravité des causes évoquées — la paix au Viêt-nam, l'égalité raciale aux Etats-Unis — et l'aspect anecdotique, fragmentaire, technique du « divertissement » qui nous était donné à entendre.
Il y eut aussi quelque abus dans la prétention de faire endosser au jazz la paternité de honteux bâtards. Le vrai jazz — celui d'un Jean-Louis Chautemps, d'un Bernard Vitet — dut partager la scène avec d'estimables vedettes du music-hall — Colette Magny, Claude Nougaro — et quelques pitres dont la présence à la Mutualité fut un scandale. Ce mélange désastreux des genres ne pouvait qu'aggraver le malentendu théorique. Il s'aggrava.
Au moins, Jean-Louis Chautemps, pendant le court quart d'heure qu'il joua, effaça-t-il nos réticences, pour nous faire accéder au cœur de cette question que le jazz d'aujourd'hui inlassablement, se pose. Admirable musicien, qui continue droit son chemin, près de l'ombre conjointe, obsédante, d'un Sonny Rollins et d'un John Coltrane. Mais après avoir ravi à l'un sa frénésie autodestructrice et, à l'autre, sa hantise de la pure magie sonore, Jean-Louis Chautemps achève de se dégager de trop étroites dépendances. En dépit de son paradoxal détachement, le musicien français le plus prodigue de soi, a montré, mardi, que le salut était possible, hors la présence des maîtres, à qui osait, ainsi que le recommandait Stendhal, sentir ce qu'il est. Un précepte d'où sont nées, en définitive, quelques révolutions. — J.-R. M.

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29 mars 1966 2 29 /03 /mars /1966 14:56

Annonce de spectacle publiée dans Le Monde du 29 mars 1966 :


Le Comité d'action du spectacle organise le mardi 29 mars, à partir de 20 h. 30, à la Mutualité, une soirée de jazz au profit des militants intégrationnistes américains et pour la paix au Vietnam. Au programme : Mezz Mezzrow, les trios de Ron Jefferson, Art Simmons, Michel Sadarby, Lou Bennet, Kenny Clarke, Johnny Griffin, Jean-Louis Chautemps, ainsi que Craeme Allwright, Margee Mac Glory, Trudy Peters, Colette Magny et Claude Nougaro. Le prix des places est fixé à 12 F (10 F pour les étudiants, et 6 F pour les adhérents).

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5 décembre 1965 7 05 /12 /décembre /1965 20:15

Article de Catherine Turlan paru dans "L'action" en décembre 1965 :

A la Mutualité Léo Ferré et Colette Magny

Léo Ferré s’était déjà imposé dans la chanson politique en interprétant Aragon, mais c’est l’auteur-compositeur qu’une salle enthousiaste accueillait avec ferveur au cours d’une soirée organisée par l’A.L.I.J. le mercredi 1er dé­cembre à la Mutualité. De façon paradoxale, Ferré, qui n’a plus à conquérir personne et connaît depuis longtemps un succès sans précédent dans la chanson dite « non commerciale », n’a jamais fait tant de concessions au public.

En premier lieu dans la présentation, tout est mis en œuvre pour « plaire » : jeux de lumière, allant jusqu’au ridicule lorsque pour accompagner « Thank You Satan », une rampe lumineuse s’allume sur la scène à intervalle régulier ; gestes savamment étudiés, mais (Ferré n’ayant rien du gymnaste) dont l’effet relève d’une grandiloquence facile et parfois ri­dicule. Le chanteur ne recule devant au­cun « truc » pour séduire le public : clins d’yeux, mimiques expressives, salut à la de Gaulle, etc.

Cette mise en scène soutient un texte à prétentions anarchistes mais que les fréquents jeux de mots, calembours, parenthèses et interpellations apparentent davantage au style «chansonnier». L’imposture est d’abord dans la forme : l’interpellation, loin de réveiller le public tend, au contraire, à l’endormir dans une complicité satisfaite. Au lieu de faire remonter les accusations à leur véritable origine, Ferré attaque le spectateur abruti par la télévision, l’admirateur inculte de Johnny Halliday, l’homme moyen qui « a payé » pour vivre cette vie absurde et menacée, toutes critiques qui visent un tiers absent… et invitent au rire facile un public qui n’a évidemment rien à voir avec ces gens…

Le contenu des chansons de Ferré se révèle illusoire et mystificateur ; ainsi la grotesque et révoltante glorification de l’amour mis en regard de la bombe qui peut bien éclater, puisque « nous deux » resterons tendrement unis envers et contre tout ; de la même façon mes- quine, Ferré ramène tout dans « Les temps modernes » à quelques irritations personnelles.

Sans avenir et sans ouverture, la critique de Léo Ferré se ferme sur elle-même, sur ses sarcasmes amers et limités.

Aux procédés démagogiques de Ferré, appose l’éclatante sincérité de Colette Magny. Avec elle, aucun jeu de scène, d’effets de lumière, ni de saluts intempestifs. Le plus souvent immobile, et même dressée face au public pour un affrontement, elle semble ne vouloir communiquer avec lui que par la voix et le contenu du message qu’elle apporte. Magny ne cherche pas à arracher l’adhésion du public par des détours, elle l’invite à réfléchir, elle développe dans des rythmes sobres une pensée. Elle lance un thème, par exemple : « Gens de la moyenne, pensez-y, sans vous on ne peut rien du tout », et l’enrichit à chaque couplet d’éléments nouveaux qui l’éclairent, le renforcent, lui donnent un poids irrécusable. Dans Le Mal de vivre, la pensée politique se ramasse dans un cri net, « Un grand espoir c’est Cuba », vers lequel convergent les évocations successives des réalités révoltantes du monde ( « Les chiens mordent toujours en Alabama », « La prison et le garrot tuent au pays de Goya », « L’ONU et les grands chefs d’Afrique, ils ont laissé tuer Lumumba »). A l’inverse de Ferré, lorsqu’elle part d’un fait individuel (« Un jeune homme de 18 ans s’est suicidé ») l’élargit aussitôt à des dimensions universelles. La critique brûlante de Colette Magny oblige à la réflexion objective, ouverte sur une action.

L’accès à une jeunesse qu’on veut politiser pourrait, entre autres, passer par la chanson - à condition que celle-ci ne demeure pas le monopole des commerçants, cabotins, braillards, faux anars, bohèmes de luxe et tutti frutti… Les Américains, comme souvent, ont montré la voie, lorsque les chanteurs beatniks, Bob Dylan en tête, se sont dressés contre la guerre du Vietnam. Avec quelques autres, tels Claude Vinci, Jean Ferrat, Jacques Douai, Monique Morelli, etc… Colette Magny enrichit la chanson de fécondes résonances politiques.

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Published by Jean-René Chauvin - dans Critiques disques-spectacles
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3 décembre 1965 5 03 /12 /décembre /1965 15:51

Article de Claude Fléouter paru dans Le Monde du 3 décembre 1965 intitulé "Léo Ferré à la Mutualité" :

Ce n'est pas leur premier meeting à la Mutualité. Chaque fois, dans l'enthousiasme, ils manifestent en faveur de la chanson, celle des poètes. Ceux-ci pour un soir viennent retrouver le plus merveilleux public qui soit et donnent le meilleur d'eux-mêmes.

Mercredi encore, ils étaient plusieurs milliers d'étudiants venus entendre Henry Gougaud, Colette Magny et Léo Ferré.

C'était un peu la rentrée de Ferré, que nous avons retrouvé avec toute sa virulence, avec ses mots simples qui frappent comme une massue et déversent une cascade d'émotions. Et l'on est entré comme avec un plaisir nouveau, dans la confidence d'un poète populaire qui chante la " reverdie ", l'espérance du lendemain, l'amour partagé et la robe de quatre sous...

Colette Magny, c'est d'abord une merveilleuse chanteuse de blues qui rejoint la tradition de Bessie Smith; c'est aussi un poète anarchiste qui chante selon les impulsions de son cœur. Elle raconte des histoires vécues, elle parle de l'injustice, des chiens qui mordent les Noirs en Alabama, de la mort de Lumumba et du péril atomique. Grâce à un sens étonnant de la musique de jazz et du blues, elle conquiert son public.

Henry Gougaud nous parle du " mal blanchi " et du " mal noir qui a vu le temps des cerises " ; c'est la révélation de l'année : il chante ses émotions dans de parfaits petits joyaux ; il s'affirme comme un disciple attachant de Brassens et Jean Ferrat.

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3 février 1965 3 03 /02 /février /1965 16:01

Article de Claude Fléouter intitulé "Léo Ferré à la Mutualité" paru dans Le Monde du 3 décembre 1965 :

Ce n'est pas leur premier meeting à la Mutualité. Chaque fois, dans l'enthousiasme, ils manifestent en faveur de la chanson, celle des poètes. Ceux-ci pour un soir viennent retrouver le plus merveilleux public qui soit et donnent le meilleur d'eux-mêmes (1).

Mercredi encore, ils étaient plusieurs milliers d'étudiants venus entendre Henry Gougaud, Colette Magny et Léo Ferré.

C'était un peu la rentrée de Ferré, que nous avons retrouvé avec toute sa virulence, avec ses mots simples qui frappent comme une massue et déversent une cascade d'émotions. Et l'on est entré comme avec un plaisir nouveau, dans la confidence d'un poète populaire qui chante la " reverdie ", l'espérance du lendemain, l'amour partagé et la robe de quatre sous...

Colette Magny, c'est d'abord une merveilleuse chanteuse de blues qui rejoint la tradition de Bessie Smith; c'est aussi un poète anarchiste qui chante selon les impulsions de son cœur. Elle raconte des histoires vécues, elle parle de l'injustice, des chiens qui mordent les Noirs en Alabama, de la mort de Lumumba et du péril atomique. Grâce à un sens étonnant de la musique de jazz et du blues, elle conquiert son public.

Henry Gougaud nous parle du " mal blanchi " et du " mal noir qui a vu le temps des cerises " ; c'est la révélation de l'année : il chante ses émotions dans de parfaits petits joyaux ; il s'affirme comme un disciple attachant de Brassens et Jean Ferrat.

(1) Prochain spectacle le 10 décembre, avec Hélène Martin, Guy Bedos et Mouloudji. S'adresser à l'A.L.I.J., 50, rue Jacob, Paris (6e)

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19 décembre 1964 6 19 /12 /décembre /1964 15:49

Billboard64.jpg

Critique publiée le 19/12/1964 dans Bilboard :

 

CBS released a new LP of the French artist Colette Magny. Althought the start of this very special singer (the only European woman who can really sing the blues), was very hard, sucess is becoming a reality now.

Jan Torfs

 

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Traduction approximative : CBS a publié un nouvel album de l'artiste française Colette Magny. Bien que le début de cette chanteuse très particulière (la seule femme européenne pouvant vraiment chanter le blues), a été très difficile, le succès devient aujourd'hui une réalité.

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13 décembre 1964 7 13 /12 /décembre /1964 15:17
La véhémence de Colette Magny émerveille

Article paru dans Les Lettres nouvelles (pages 182-183), Ed. Julliard en décembre 1964 :


La véhémence de Colette Magny émerveille : une voix nette, directe, sans miroitements, dit des choses nettes et directes; Magny mord à pleines dents dans la vie quotidienne, dans l'actualité politique, et elle va droit à ce qui est fondamental, crucial décisif ; ce sont les battements même du cœur de l’histoire qu’elle nous donne ainsi à entendre, dans Le Mal de Vivre :
… Ils ont laissé tuer Lumumba
les chiens mordent toujours en Alabama
la prison et le garrot tuent au pays de Goya…


Et la voix de Colette Magny se fait plus ample, plus chaleureuse encore pour saluer Un grand espoir et c'est Cuba, dans une répétition qui déferle comme la vague irrésistible du castrisme, et qu'éclaire cette savoureuse citation : Notre chance, disent les Cubains, c’est que l’Octobre Rouge ait eu lieu avant que nous ne fassions sauter Battista…


La citation chantée est une technique chère à Colette Magny et elle en tire des effets inattendus et qui feront certainement école ; des textes qu’on croyait figés dans la glace de l’histoire lointaine ou réservée à des veilles laborieuses et pénibles se réveillent, s’allument et affirment une actualité et une présence irrésistibles. Choisis ton opium et Frappe ton cœur sont ainsi construits avec des paroles d’Einstein : Dieu est subtil, mais pas malicieux ; Héraclite : Si ton âme est inculte, tes yeux, tes oreilles sont de mauvais témoins ; de Tchékhov : Une carotte est une carotte, et on ne sait rien d’autre ; de Lénine, de Souriau, Musse, Lamennais, Dostoïevski… et Jésus-Christ : Aime ton prochain comme toi-même ! Ce n’est évidemment pas sur un ton de catéchisme ou de prêche sacerdotal que le précepte de base du christianisme est modulé par Colette Magny.


Sur la voie de la révolte et de la vérité, Colette Magny ne pouvait pas ne pas rencontrer le péril atomique ; elle le dénonce dans la chanson intitulée 4 C… (Congrès mondial pour la santé mentale, Conférence internationale pour le cuir et la chaussure, Concile œcuménique, Conférence internationale pour l’arrêt des essais nucléaires), et salue avec fougue l’action et le courage de Bertrand Russel appelant les Anglais à manifester contre la bombe ; elle cite Radio Tokyo : Attention lavez bien vos légumes, attention, lavez bien vos poireaux... pour finir par dessiner, sur fond de champignons atomiques, les figures trop souvent ridicules des twisteurs.


En passant, Colette Magny, forte femme, renverse les petits-bourgeois, ceux qui se croient autorisés à dire « tu » aux Arabes et aux Noirs, ceux qui suintent la bêtise méchante et satisfaite ; le petit-bourgeois n’est qu’un modèle, largement imité. Comme pour toutes ses chansons, affirme-elle, Colette Magny s'est inspirée, dans le Beurre et la Frite, d'histoires vraies : un coiffeur qui refusait de couper les cheveux d'un médecin noir, un crémier qui tutoyait ses clients nord-africains et noirs.

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18 août 1964 2 18 /08 /août /1964 09:04

couv-cinemonde.jpgArticle de Françoise Varenne paru dans Cinémonde n° 1567 du mardi 18 août 1964 :

 

Maurice Fanon. Colette Magny et Jean-Michel Rivat, en dehors du fait qu'il sont tous les trois de grands amis, ont plus d'un point commun. Ils sont auteurs-compositeurs. Ils ont un style qui leur est très personnel. Ils ne vivent que pour leur métier, ont eu des débuts difficiles et sont prêts à lutter jusqu'à la limite de leurs forces pour faire triompher leur talent et pour défendre la chanson française. Nous leur avons rendu visite au restaurant « la Gaudriole », le quartier  général  de  Fanon.

 

cinemonde-magny.jpg

 

« Maurice Fanon, je crois qu'aucun auteur-compositeur n'a été plus attaqué que vous à la sortie de votre premier disque, l'année dernière. »


Magny-Fanon.jpg — C'est exact et, pour deux raisons. La première, c'est que le disque en question a obtenu le prix de l'Académie Charles-Cros. Et beaucoup de gens ont trouvé injuste qu'un chanteur obtienne un prix pour son premier enregistrement, alors que d'autres plus anciens dans le métier, et tout aussi valables, n'en ont jamais eu. La seconde raison, c'est que ma chanson "Avec fanaon" a déplu à pas mal de personnes. En effet, c'est une espècece de réquisitoire contre le monde de la chanson et ses injustices. J'ai eu contre moi tous ceux qui, plus ou moins, se sont sentis visés.On m'a traité d'aigri, d'ingrat, de « petit Don Quichotte sans envergure ». Et il y a  eu contre moi une levée de boucliers dont je commence à peine à me dégager.


— Etes-vous toujours aussi « grinçant »? 

 

— Bien sûr, ça m'arrive. Dans mon deuxième disque, il y a eu « Paris Cayenne » qui n'était pas très tendre non plus. Mais le troisième qui vient de sortir il y a un mois est composé de quatre chansons d'amour : « L'Echarpe », « Amour chiendent », « La Chanson blonde » et « Tu m'appartiens ». Que voulez-vous, en ce moment, je suis amoureux...


— Quels sont vos projets immédiats ?


— Je viens de terminer, pour Zizi Jeanmaire des adaptations en américain de chansons de Jean Ferrat (l'Américain est une langue qui m'est familière car j'ai été professeur d'anglais). A la rentrée, je « ferai » plusieurs cabarets, probablement Bobino, et peut-être l'Olympia.

 

Fanon-Magny.jpgColette Magny est aussi familière avec la langue américaine que Maurice Fanon. Et pour cause : elle est une des rares chanteurses françaises qui a un répertoire bilingue. Tous ses disques comportent autant de titres américains que de français.

 

— Vous êtes, Colette, peut-être la seule Européenne qui soit capable de chanter les blues comme les grandes dames de jazz américain.

 

— Quand j'étais fonctionnaire (il n'y a encore que deux ans), je m'ennuyais. Et pour me délasser, j'écoutais du jazz. Ce que je préférais, c'était le jazz première époque : les blues du répertoire Bessie Smith, les chants de travail, les négro spirituals. Puis je les ai chantés moi-même. Tout le monde me disait : « C'est bon, mais pas intéressant, trop « dépassé ». Mois, j'y croyais. Alors pour prouver que j'avais raison, j'ai donné ma démission et je me suis lancé dans la chanson. J'en ai composé dix titres en français. Bessie Smith et mes compositions : voilà le seul bagage que j'ai eu à mes débuts. Et tous les tours de chant que je fais sont bilingues.

» Je dois dire que le public accueille avec autant de faveur mes propres chansons : « Melocoton », « La Rose de Rilke », « Dents de lait, dents de loup », que des blues tels que « Nobodv knows you  well...» Ou alors il ne m'aime pas et sifflera tout sans exceptlon !

»  Au mois de septembre je sortirai un 30 cm : quatre titres américains et sept poèmes que j'ai mis en musique. Des poèmes de Victor Hugo, d'Aragon, de Machado, de Rilke, de Rimbaud.»

 

Jean-Michel Rivat, lui, possède la même foi en lui-même et en son métier que Colette et Fanon. Il aime la vie avec passion et toutes ses chansons sont de petites tranches d'existence qu'il a observées chez les autres et en lui. Mais bien avant de chanter, il composait pour les autres.  Des autres qui ont pour nom :  Brigitte Bardot, Jean-Claude Pascal, Johnny Hallyday.

 

— Quand je présentais mes chansons aux interprètes et aux directeurs artistiques, il fallait bien que je les leur chante pour qu'ils se rendent compte de ce que c'était. Alors, tout naturellement, on a fini par me demander pourquoi je ne les interpréterai pas moi-même. J'ai donc fait un premier disque : « Plus il est différent », « Hep, hep, ouvre-moi », «  Oublie-moi ». Et maintenant, j'en prépare un second, qui sortira en septembre : «  Moi je crois », « Tu vas tomber dans mes bras », « Bravo, yep, bravo ».

 

» Mon but dans la vie ? Comme Colette et Maurice, servir mon métier comme un bon soldat, faire le moins de concessions possibles... si je ne réussis pas, alors je crois je me ferai clochard !

 

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1 juin 1964 1 01 /06 /juin /1964 09:45

Bura-versoTémoignage de Paul Carrière publié au dos de la pochette 45 tours Bura-Bura :

 

"Colette Magny...

Une voix qui la classe comme la "seule" chanteuse de blues française, mais aussi une présence chaleureuse, une inspiration originale et généreuse...

Elle a représenté la France au dernier Folk Festival de Turin, Peter Seeger l'estime comme l'égale des meilleurs folksingers américains.

Colette Magny...

"...C'est  vraiment un cas. Il fallait qu'elle existe pour que notre petit monde à chansons "poétiques" puisse voir que sa pendule retarde" (Paul Carrière) 

 

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1 avril 1964 3 01 /04 /avril /1964 23:00

Article paru dans Témoignage Chrétien du 02/04/1964 :

C'est d'abord l'étonnement devant sa forte corpulence. Mais comme l'on possède, sa petite imagé d'Epinal, on se dit : "au fond la ressemblance est complète : voix, émotion, swing et physique, c'est bien la chanteuse de blues authentique". On se trouve alors sur un terrain connu, on s'asseoit désinvolte. Une, deux questions et on s'aperçoit que ce n'est pas aussi simple. Décontenancé, on ne sait plus quoi dire. C'est Colette Magny, elle-même, qui dissipe le brouillard.

Oui, je me suis d'abord fait connaître en tant que chanteuse de blues, j'ai enregistré le fameux "Nobody knows when you're down and out" que chantait Bessie Smith. Lors de mon passage à l'Olympia, l'année dernière, entre deux idoles, mon répertoire était essentiellement composé de blues et, c'est certain, j'ai envie de devenir une vraie chanteuse de blues. Une chanteuse de Blues française, avec des paroles françaises ! Combien de temps me faudra-t-il pour le devenir ? A vrai dire je ne sais pas. Trois années de travail encore. Mais ce qui m'intéresse avant tout, c'est de chanter des chansons que j'écris, de chanter ce que je pense.

   Et elle n'y va pas de main morte. Au temps du « Yé-Yé » et du « je m'en foutisme intégral », elle parle du racisme, de l'injustice, des chiens qui mordent les noirs en Alabama, de la mort de Lumumba, du péril atomique et de la faim dans le monde. Elle ne mâche pas ses mots : surpris, on n'en revient pas. Elle chante son aspiration à la fraternité : frappe ton cœur/c'est là qu'est le génie.

  Mais on ferait fausse note, en accolant à Colette Magny l'étiquette de chanteuse militante politique. Magny appartient à la classe des poètes anarchistes. Elle chante comme elle pense, suivant les impulsions du coeur. Elle chante notre histoire contemporaine. Et elle raconte les histoires qu'elle a vécues :

  Un jour, un coiffeur de mon quartier a refusé de couper les cheveux du médecin qui est noir. Ça m'a révolté. Comme je connaissais également un crémier qui tutoyait les Nord-Africains et les Noirs, j'ai éprouvé le besoin d'écrire une chanson là-dessus. Je l'ai intitulée "le beurre et la frite".

  Pour composer une chanson, dit Colette Magny, il faut que l'on me provoque. Vous comprenez, je dis ce que je sens, ce que je crois vrai.

   Elle pose sur le plateau de l'électrophone le microsillon qu'elle vient d'enregistrer . On l'écoute. "Le mal de vivre", "Le temps des oiseaux", "Je suis majeure", "Choisis ton opium"... Je m'étonne d'abord des citations de Tchékov, Dostoïevsky, Jésus-Christ même. Elle répond : Je lis beaucoup, je note les phrases qui me frappent et j'ai envie de mettre en musique dessus. Moi, je commence à trouver cela joliment arrangé. D'autant plus que ça swingue... "Aime ton prochain comme toi même : c'est une vérité qu'on nous a transmise, mais elle n'a pas pris". Colette Magny, elle, fredonne les paroles de ses chansons, bat le rythme avec la main sur la table, la tête qui balance. Bref, il y a dans tout cela une très grande sincérité et un remarquable talent. Quant à l'argent...

—  Je me suis ruinée dans une histoire, avec ma maison de disques qui m'avait fait enregistrer avec son orchestre plus ou moins « copain ». Le résultat, c'était de la guimauve qui n'avait rien, mais rien à voir avec mon style et les thèmes qie je chantais dans ce 45 Tour. Alors, avec mon argent, j'ai fait un disque pour mon usage personnel : pas question de le vendre dans le commerce puisque je suis liée par contrat. J'ai essayé en vain d'enlever la "guimauve" du marché. J'ai appris une chose : Je ne ferais plus d'enregistrement  que si j'ai la haute main sur l'orchestre, le son... Que si j'ai la responsabilité de l'ensemble de la séance".

Claude Fléouter

 

 

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