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1 novembre 1982 1 01 /11 /novembre /1982 17:12

Article publié dans Paroles & Musique de novembre 1982 :


- L'enfance est, mine de rien, un sujet qui revient souvent dans tes disques - depuis "Melocoton". Comment te souviens-tu de ton enfance ?

- J'étais une superbe enfant jusqu'à six ans. Mais le danger d'une superbe enfant, c'est que... j'étais un peu rondelette. C'est charmant jusqu'à un certain âge, après beaucoup moins. A huit ans et demi, j'ai eu un grave ennui, qui a dû déterminer toute ma vie : j'ai été violée par mon oncle. Mais ce n'était pas violent physiquement, pas brutal, c'était fait gentiment; peut-être que j'y ai même pris un certain plaisir; seulement c'est la tête après qui a déconné. Il m'a dit : Si tu ne viens pas avec moi, je le dirai à ton père! Cet homme s'intéressait aux petites fiIles, pas violemment, mais il a eu une histoire une autre fois et il est allé en prison. Et, dans ma famille, en parlant de lui, on disait : Pauvre Marcel. On ne devrait pas raconter sa vie, mais moi je suis comme ça. Les artistes disent : Les planches me brûlent; moi, ça me brûle pas. J'ai une responsabilité parce que les gens se dérangent pour me voir chanter. Mais je n'ai pas de "vie privée". Ma vie privée se confond avec mon métier.

- Le disque avec les enfants de l'I.M.P. semble t'avoir beaucoup marquée, beaucoup appris : quelles réflexions en tires-tu aujourd'hui ?

- Je pense que ces gosses doivent absolument pouvoir travailler. Il faut qu'ils puissent avoir du fric pour monter une crêperie qu'ils ont en projet. Ça nécessiterait que ce disque soit programmé à l'antenne, passe, se vende et leur rapporte de quoi faire leur crêperie.
Parce que si ça ne se fait pas, ils n'ont pas d'autre solution que l'hosto psychiatrique à vie. Je suis restée en contact avec certains enfants du disque, en particulier avec une fille qui a dix-huit ans aujourd'hui. On s'écrit régulièrement. J'ai failli en adopter un, d'ailleurs. On s'aimait bien tous, mais on ne s'est pas raconté de bobards. Je ne me suis pas laissée faire. Ils m'ont fait chier, parfois, à chanter des tas de trucs de variétés, tard, avec une énergie incroyable. Je me suis demandée quelle image ils pouvaient avoir de moi, une grand-mère à cheveux blancs ! Alors je les ai fait venir à un de mes spectacles. Ils étaient étonnés : Oh, Colette !...

Dans le cas du disque pour le Chili, les artistes ont-ils pu contrôler pour de bon l'utilisation des fonds ?

- Ah oui ! Avec Maxime, on avait fait une association dont j'étais secrétaire-trésorière. Quand je recevais un chèque de Chant du Monde, je l'envoyais à un avocat qui le faisait parvenir à la CIMADE, en accord avec Maxime et Mara. Il y a eu finalement très peu d'argent et par la suite, en accord avec les autres, le peu qui rentrait encore, après que l'association ait été dissoute, on l'a transféré aux enfants de l'IMP. Ce disque pour le Chili, on a été déçus d'ailleurs, s'est vendu très peu... je vais peut-être dire une bêtise, mais probablement pas plus de 3.000. Celui du Secours Populaire Français, il s'en est vendu 150.000.

- Plus généralement, est-ce que tu réussis à maintenir le contact, longtemps après la sortie d'un disque, avec les individus ou les groupes directement concernés ?

- Non, parce que l'année suivante, on passe à autre chose. Je travaille très, très longtemps sur un même sujet, je suis lente et c'est vrai que je n'ai pas le temps de rester en contact avec tout à la fois. Sauf pour les enfants de l'IMP, mais c'est parce qu'il y a un travail administratif. Dans les autres cas, si j'en ai vraiment le désir, je retrouverais les gens.
De toutes façons, au moment de faire le travail sur une "cause", j'en prends plein la gueule. Quand j'ai travaillé au Théâtre de la Ville sur le conflit israélo-palestinien, ils étaient tous à me surveiller au chrono : Les Palestiniens ont eu 30 secondes... Les Israéliens ont eu 30 secondes...
J'étais quand même là pour chanter avec des musiciens (qui étaient d'ailleurs très compréhensifs avec moi), et des gens venaient chaque jour me dire de rajouter ci ou d'enlever ça, en fonction des nouvelles reçues : par exemple, quand il y a eu la poignée de mains entre Arafat et Hussein de Jordanie, certains voulaient que je coupe un passage qui critiquait Hussein. Et je ne pouvais pas faire des trucs comme ça, parce que ça décalait complètement la musique. Je me suis fait traiter de "fasciste rouge". Je leur ai dit : Vous pouvez me foutre des bombes, je m'en fiche, je ne change rien ! Et j'en suis fière. J'aimerais que ça sorte sur disque, d'ailleurs. Ça et les enfants de l'IMP, ce sont les deux choses dont je suis le plus fière.

- On a souvent eu l'impression à ton sujet d'une carrière à éclipses : est-ce voulu ou accidentel ?

- (éclats de rire) Ah ha ha ! Tout à fait accidentel ! J'ai eu un certain succès au tout début, mais après il n'y a pas l'éclipsé, il y a la panade et... je ne dirais pas la misère, mais la pauvreté.

Qu'en est-il au juste, concrètement, de la censure dont tu as été - ou es encore - l'objet à la radio-télé nationale ?

- J'ai une copine qui travaille à la discothèque de l'ORTF, enfin l'ex-ORTF, et on m'a expliqué : Vos disques sont rayés transversalement au stylet. Ça, ça fait peur quand même, ça rappelle certaines méthodes totalitaires. Il y a deux autres exemples typiques, déments : quand j'avais fait un spectacle, trois jours à la Salle Gaveau, avec Atahualpa Yupanqui (sous l'égide de l'ORTF), le concert a été annoncé sur l'antenne sans que mon nom soit prononcé à côté du sien ! Un jour où Maxime faisait l'émission des Carpentier à la télé, il m'a demandée comme invitée, et ils lui ont répondu : Mais elle va incendier le studio ! Tout cela parce qu'un jour, pour. rigoler, dans un spectacle enregistré par France-Culture où il y avait Catherine (Ribeiro) avec ses bougies sur la scène, et où le producteur n'avait pas voulu que je chante une impro avec elle, j'avais dit : Ce serait facile de foutre le feu. Tu penses bien que je n'en avais pas la moindre intention ! Mais ça s'est répété un peu partout dans le milieu radio-télé et ça m'a valu une réputation absolument fausse. Et aujourd'hui, par exemple récemment à FR3 Strasbourg, on m'a dit que j'étais encore sur les "listes noires". On a sans doute oublié d'enlever mon nom ! Les producteurs ont la pétoche de perdre leur place, mais il faut leur accorder qu'ils ont des raisons pour cela. Une fois, à 3 h du matin, j'ai dit "merde" à l'émission de Foulquier. Ça a fait toute une histoire dans la maison...

- Qu'as-tu essayé de conclure dans les arguments - quand ils étaient audibles ! - des contestataires de tes spectacles ?

- Il y a d'abord eu une première contestation, aux tout débuts, qui venait des fascistes. J'étais naïve à l'époque, je ne me rendais pas compte du risque que je prenais à accepter de les recevoir pour parler sans témoins. Ils me parlaient à trois en même temps, me disant des choses comme : Vous défendez les Noirs, alors qu'ils vont nous envahir! Un moment, je leurai répondu : Vous perdez le respect de vous-mêmes. Là, ça les a calmés, ils étaient surpris.
Réglos à leur manière, ils sont repartis tranquillement en me disant qu'ils casseraient la gueule, non pas à moi, mais à ceux des spectateurs qui m'applaudiraient, le lendemain soir. Finalement, ils ne sont pas revenus... La phase suivante, c'est : J'veux pas payer ma place !

- Mais, en dehors des fachos ou de ceux qui ne veulent pas payer, il y a aussi les "divergences d'analyse" ?

- Une fois, il y en a un qui me dit : Camarade, as-tu fait l'analyse du pouvoir ? J'ai fait allumer la salle, c'est la seule fois qu'on a pu se voir au grand jour parce que d'habitude, ça se passe dans le noir. Ce sont des jeunes gens, jeunes filles, tous fils de bourgeois, tous bien planqués dans leur université. Pour être plus généreuse à leur égard, disons qu'ils n'ont pas pris la peine de s'interroger sur ce que c'est que le "métier d'artiste".
Il est vrai que c'est à nous, aussi, de faire une information là-dessus. Mais d'autre part, dans quelle mesure suis-je la sainte qu'ils attendent de moi ? Je suis une femme comme les autres. Je veux bien, si ça se trouve, qu'on en discute ensemble, en connaissance de cause, et qu'on essaie de faire quelque chose ensemble. Mais là, je réclame leur imagination autant que la mienne. N'empêche que, quand j'ai fait "Ras-la-trompe" et "Les militants", c'était une histoire d'amour. Il y en a qui ont été très émus par ce que je disais d'eux.  
Des "divergences d'analyse" ? Il y a eu : Tu chantes les Panthères Noires, pourquoi tu chantes pas l'impérialisme français au Tchad ? 0n ne peut pas tout connaître ni chanter sur tout; c'est quand même très compliqué, tout ça. Il y a eu : Ta musique n'est pas populaire ! Mais qu'est-ce que ça veut dire, "populaire" ? Là, je n'ai pas cédé et j'ai bien fait. Il y a eu des expressions comme "les sales intellectuels" de la part de gens qui nous réclament de signer des pétitions, même parfois sans nous laisser le temps de lire ce dont il s'agit...

- Un autre sujet de contestation courant - et peut-être, dans certains cas au moins, tout à fait compréhensible - concerne l'argent, les cachets, le prix des billets. Alors ?

- J'ai fait l'analyse : moi, ma petite personne, un peu connue tout de même, comment j'ai pu me retrouver dans la merde, financièrement, après vingt ans de chansons ? Il est vrai que j'ai choisi de ne faire que ce que je voulais, je ne m'en plains donc pas. Mais qu'on sache que je n'ai la qualité d'auteur, au point de vue couverture sociale, que depuis deux ans. Si je partais aujourd'hui en retraite, après vingt ans de secrétariat et vingt ans de chansons, j'aurais droit à une retraite de 700 (sept cents) francs par mois ! On m'a même menacé de me retirer la sécu en tant qu'auteur parce que je ne gagnais pas assez de droits !
Alors, j'ai réfléchi sur tout ça, sur les gens qui m'ont reproché de vivre (ou de m'acheter une maison) "sur le sang du Chili ou du Vietnam". Seulement il faut dire aux gens : c'est sur 50 ans qu'il faut juger la vie d'un artiste (moins dans mon cas, puisque je n'ai commencé qu'à 36 ans). Il peut arriver les pires choses, en cours de route. En ce moment, je sens un grand vent favorable autour de moi, je ne sais pas expliquer pourquoi mais c'est ainsi. Seulement ça tombe alors que je n'ai plus rien à dire. Et je ne veux pas céder à ce truc de blues où l'on essaie de me faire revenir. Je me dois donc de faire autre chose. Par exemple, je n'ai pas décroché pour l'écologie. Je pense aussi à la Pologne. Comment se fait-il qu'en 67 par exemple, j'étais au courant de ce qui se passait dans les pays d'Europe de l'Est mais je ne disais rien; pourquoi ? Je me laissais emporter par le mouvement. Je ne veux pi us, moins que jamais, me
laisser dicter une conduite.

Quelle(s) réflexion(s) t'inspire le fait que Chant du Monde s'apprête à publier une "intégrale" de ton "œuvre" ? Ça ne risque pas de faire un peu pompier ?

- Non, je suis flattée, parce que je trouve que ce n'est pas une œuvre considérable. Mais c'est une œuvre que j'estime et ce qui m'a rabattu le caquet (NDLA : d'une possible réticence), c'est qu'il y en a d'autres qui l'ont fait. Mais, surtout, c'est un moyen de sauver mes disques. Parce que j'y tiens, et quand les stocks actuels seront épuisés, ils risqueraient de ne pas être repressés. Alors, disons l'intégralité plutôt ! Si tu veux que ça ne fasse pas "pompier", fais-moi confiance pour le choix des termes de la présentation ! Et en plus, il y aura j'espère, en principe, deux inédits : le spectacle sur le conflit israélo-palestinien, dont on a déjà la bande, et un montage sur les travailleurs immigrés de Pennaroya. Et celui-
là ne coûterait pas cher à enregistrer, il suffit de peu de chose.

Justement, à propos d'"œuvre", n'avais-tu pas le projet d'écrire un livre ?

- Si, j'avais commencé, puis j'ai renoncé. Et je vais finalement le faire faire par un copain, enfin on va le faire à plusieurs et j'écrirai quelques passages. Je pense que la vie de tout le monde peut être intéressante, mais ça dépend comment c'est raconté. Or, je ne suis pas bonne juge de ce qui est anecdotique ou pas. Il ne faut pas tomber dans la biographie chiante. Alors il y aura différents éléments par différentes personnes, dont un passage d'analyse musicale.

Il faudrait dire un mot de tes musiques sur les poètes.

- Pourquoi j'ai fait ça ? La première fois, c'était après avoir été violemment prise à partie par des amis qui me disaient (à propos de mes premières chansons politiques) : T'as un style anti-poétique. Alors, je leur ai répondu : Apportez-moi des livres de poèmes. Et ce qui fut dit fut fait, ce qui a donné le disque CBS. Après, j'en ai fait quelques autres.

- Quelle est au juste l'incidence de... c'est délicat... du "complexe de la grosse dame" et, plus généralement, des problèmes de santé sur l'exercice de ton métier ?

- Vis-à-vis de ce métier, c'est justement là qu'on peut être foutue n'importe comment. Au début ça me gênait, un jour j'avais demandé à la patronne d'un cabaret : Que diront les gens à cause de mes jambes ? Elle m'a répondu : Ils diront "vos jambes !" si vous chantez mal. Non, j'en ai souffert surtout quand j'étais jeune. En scène, si je dois rester assise la plupart du temps, je me débrouille pour me lever, bouger quand il le faut. Et je te ferai remarquer que cette sciatique, ça s'améliore en vieillissant. Je serai une vieillarde diabolique ! Non, une fois seulement, quelqu'un m'a dit : On ne veut pas de toi à la télé parce que t'es trop grosse; ça m'a fait rire tellement c'est ridicule ! Ou une autre fois, on ne me prenait pas à l'Ecluse, j'ai M parce que je suis trop grosse pour passer la porte ? Ça m'a fait rigoler. C'est peut-être pour ça aussi que je suis antiraciste; il ne faut pas se laisser emmerder par des trucs qui n'en valent pas la peine.

- Est-ce qu'on t'a déjà dit que tu avais un rire pénétrant, qui faisait mal parfois ? Est-ce par exorcisme ?

- Oui, maintenant il fait mal. Quand j'étais plus jeune, il ne faisait que rire. On me disait que j'avais un rire très frais. Maintenant il est grinçant. Peut-être depuis que j'ai l'habitude d'ouvrir le journal Alors, exorcisme ? Oui, sans doute'.

- Le côté "féministe" est-il une préoccupation consciente de ton travail, par exemple quand tu écris ?

- Pas du tout. D'ailleurs, il n'y a plus actuellement qu'une catégorie de personnes pour venir m'engueuler, ce sont les féministes. Elles sont curieuses; ce sont des féministes qui n'aiment pas les femmes. Moi, si j'aime une femme, c'est parce que c'est une femme... ou un homme, parce que c'est un homme.

- Je voudrais que tu nous parles un peu des musiciens avec lesquels tu as travaillé ou vas travailler.

- Il y a eu Beb Guérin, bien sûr (1). En dehors d'un remarquable contrebassiste, je pense que c'était un homme trop fin, trop délicat pour la vie inhumaine qu'on doit mener. C'est aussi un exemple pour ces petits cons qui viennent nous faire chier. Beb est mort à 39 ans, il n'avait rien devant lui, tout juste une voiture depuis trois, quatre ans. Enfin n'exagérons pas, ce n'était pas la misère, mais la pauvreté alors qu'il aurait pu gagner beaucoup plus. Seulement voilà, il refusait de faire du studio, pour ne jouer que la musique qu'il aimait. Cela dit, il était sans doute suicidaire au fond de lui-même, mais la vie lui a été difficile, matériellement, et ça a dû jouer.
Il y a eu François Tusques, Bernard Vitet, qui m'ont beaucoup appris. Mickey Baker ? Il a voulu faire mon bonheur malgré moi, parce qu'il avait ses idées, il ne pensait qu'au commerce. Je lui disais pour le premier disque : C'est un peu twistant, non ? Il me répondait : Non, c'est rhythm'n'blues. Alors, je lui faisais confiance parce que je n'avais pas d'expérience musicale et en plus j'étais raciste à l'envers : un Noir devait savoir mieux que moi ce qu'il convenait de faire !
André Almuro m'a fait progresser, m'a apporté des choses, car je ne connaissais pas du tout la musique électronique. Avec Michel Puig, j'ai fait quatre titres en musique contemporaine. Et, présentement, ça devrait être Anne-Marie Fijal, pianiste et compositrice, avec laquelle je souhaite une association comme ça a été avec Beb. J'ai d'ores et déjà écrit un petit texte de présentation sur elle :
    Une femme-piano
    un piano-femme
    la maîtrise du porte à bout de bras
    l'audace du porte à bout d'amour

- J'ai entendu parler d'un projet de spectacle et de disque sur Antonin Artaud : où en est-on exactement ?

- Le prochain spectacle s'appelle Le Périphérique est malade, mais la cité reste entière. Cela commence par un montage de textes d'Artaud (cette partie fera l'objet du nouveau disque), ensuite ce sont des choses de moi pour la plupart, mais... qui ne sont pas encore toutes écrites. C'est prévu pour être créé en janvier 83 au Dejazet. Artaud, c'est mon frère. Plein de gens se reconnaissent en lui. J'ai un petit texte de présentation... :

ANTONIN, mon frère, je t'eus connu, je t'eus tue
Momo, môme chiant, je t'ai aimé à première écoute
Je t'aime encore
Tu as craché, vomi, excrémenté pour tous les enfants du monde
Fruit préféré, tu es mon noyau de cerise
La terre, la garce, a tourné autour de toi
Je suis fîère de toi, pépère,
Moi, sur le pèse-nerfs, j'ai cassé la bascule
 1/2 siècle passé à doubler de volume
par grands paquets en plus en moins
Je me suis bousculée le tempérament
Au secours, ma douceur, je me démuraille
On court dans te désert, on court dans la steppe
On est toujours au coin de la rue, misérable
D'espace en espace on pédale, toujours dans la semoule
Je t'aime, Momo, parce que lu as osé basculer dans le manque total
Rien de pire, rien de plus beau ne peut me faire exister
J'en meurs.  
                                                                                     (CM.)

Une de tes récentes "bios" de presse disait que tu ne te considérais plus "en état d'urgence, politiquement, depuis le 10 mai 81 ". Ça m'a plutôt... surpris. Alors, aujourd'hui ?

- C'est devenu faux. Je l'ai cru un mois peut-être. Ça m'a fait une joie parce que je ne m'y attendais pas sur le moment, mais c'est vite devenu caduc. Ça n'a pas de rapport avec le gouvernement, mais j'étais contente pour la France. Je pense qu'il y a beaucoup de gens honnêtes parmi les membres du gouvernement, seulement ça ne suffit pas ! L'honnêteté, en politique, ça ne paye pas. Quand ils veulent faire une campagne d'explication, comme récemment Mitterrand, j'ai trouvé ça très touchant, tout en me disant : Mais est-ce qu'on va les entendre ?
Tu me demandes si, sur la police, les "libertés", etc., je crois qu'il y a vraiment un changement ? Eh bien oui, malgré les conneries de Monsieur Defferre, je me sens mieux dans les rues de Paris, je crains moins la police qu'avant. Mais c'est comme ça que je le sens, je me fais peut-être des illusions...

Il y a quand même eu des tas de promesses électorales non tenues : sur la remise en cause du programme électronucléaire, par exemple. Ça ne te fait pas chier qu'ils continuent à très peu près la même chose que sous Giscard ?

- Eh oui, mais je pense qu'ils y sont acculés. Ou alors, si on dit : Il faut tout foutre en l'air, que ce soit avec des citoyens pleinement conscients des dangers, et prêts à sacrifier une part de leur confort ou de leur bien-être matériel pour les conjurer. Juste un exemple : dans mon bled du Sud-Ouest, on organise une soirée antinucléaire : 250 personnes. Juste à côté, il y a le moto-cross : 11.000 personnes. Je me dis, je leur dis : Tant que cette proportion ne sera pas inversée, c'est comme ça qu'ils auront (ou qu'ils se préparent à accepter) la guerre nucléaire. Cela dit, est-ce un gouvernement socialiste qui peut, qui doit à lui seul provoquer un tel renversement ? Alors, peut-être qu'il y aura un soulèvement sur des bases qui concernent le bifteck, et que ça débouchera sur un capitalisme d'état ? Bon, et puis après ? Est-ce qu'il y aura pour ça des rapports plus beaux entre les gens ?

Quand tu écoutes d'autres chanteuses françaises, t'arrive-t-il de penser en avoir influencé certaines ?

- Non, ça ne m'est jamais venu à l'esprit. Il y a eu des gens qui me l'ont dit, alors si c'est vrai, ça me fait plaisir. Et pas forcément des femmes, d'ailleurs. Récemment, il y a un type quia fait écouter une de ses bandes chez Chant du Monde, et il avait la même façon de chanter. On me l'a fait remarquer, c'est marrant d'ailleurs. Mais moi, je ne m'en rends pas tellement compte.

- S'il était possible de remettre le compteur à 1962, mais en sachant ce qui a suivi, est-ce que tu te lancerais dans la chanson ?

- Ah oui, sincèrement. Pourtant c'est dur, ça l'a été surtout ces deux dernières années. Mais j'ai été gratifiée au-delà de ce que j'aurais pu espérer. J'étais déjà contente, quand je travaillais à mon bureau, qu'il y ait deux ou trois copains pour aimer ce que je chantais. Maintenant, je reste peut-être inconnue du "grand public", mais il y a mettons 40.000 personnes qui connaissent ce que je fais, c'est fabuleux, même s'il faut supporter les difficultés que ça entraîne.
J'ai pris des goûts de liberté, non seulement d'expression, mais de vie, tels qu'il me serait impossible de revenir en arrière, de faire autre chose. Quoique j'aie du mal à le faire, en ce moment. Il y a plus de douleur que de jouissance, au moment d'écrire. Pourtant, cette fois-ci, il s'agit d'écrire non plus sur les autres, mais sur moi.
Là, je sais de quoi je parle, quand même ! Au fond, peut-être que j'ai du mal parce que ça engage plus, quand on parle de soi-même

Propos recueillis par Jacques VASSAL

- Contact : Béatrice Soulé / Nicole Higelin, 10, impasse Chandon, 75015 Paris (tél. 558.45.32/557.40.54), ou Le Chant
du Monde, 24/32, rue des Amandiers, 75020 Paris (tél. 797.25.39). 

(1) Beb Guérin s'est suicidé en 1981.

 

         

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8 juin 1982 2 08 /06 /juin /1982 15:30

Article de Christian Colombani intitulé "L'anti-sommet" publié dans Le Monde du 08/06/1982 :

A l'aune de calicot, la manifestation fut réussie. Des mètres de drap de coton, de rayonne, l'art de la lettre bâton sur fond rouge révolution, des emblèmes au pochoir sans une bavure, des dessins appliqués, des trous faits au compas contre un vent qui ce jour-là ne souffla pas dans les banderoles. Ici, la "Ligue communiste " se détachait sur un champ violet, là " Des emplois pas des bombes " éclataient dans de l'ocre jaune, et la banderole parme du M.L.F. portait ces mots, qu'on aurait dits brodés : " Femmes, nous sommes un peuple. " Mille slogans comme cent fleurs pour un bel et chaud après-midi de printemps, une armée de drapeaux, une vraie foison de coquelicots.

Les ateliers de l'extrême gauche réunie à l'appel du Comité pour le désarmement nucléaire en Europe (CODENE) avaient dû forcer les cadences pour produire, samedi 5 juin, cette marche nationale de la paix. Ils étaient peut-être vingt mille de la place Clichy à la Bastille. Autant de tendances, d'analyses marxistes de drames étrangers, de peuples asservis qu'or découvrait au passage des pancartes. Les organisations politiques ouvraient et fermaient le défilé - le P.S.U., Lutte ouvrière. Ligue communiste révolutionnaire. - tandis qu'au centre du cortège les émigrés, des Turcs, des Palestiniens, des Iraniens, des Latino - Américains, marchaient, certains portaient le drapeau d'une armée de libération, d'autres - parmi eux un petit enfant - ne montraient que les photographies agrandies de leurs torturés ou de leurs disparus, " A bas Khomeiny ! ", " Halte aux tortures en Turquie ! ", " Mitterrand complice des juifs assassins ! "

On pouvait en lire et en lire sur la trame des étoffes, des simples mots de ceux qui militaient " contre les armes nucléaires " à des formules plus idéologiques : " Menez la guerre de classe contre l'impérialisme.' " ou " Si tu veux la paix prépare la révolution ! " Des slogans imprévus aussi, des causes qu'on croyait oubliées : ' Albanie socialiste force de paix dans le monde ! ", " l'Alsace contre l'impérialisme ! " " Aujourd’hui, lançait à la sono d'une voix de meeting un " camarade responsable ", le mouvement de la paix non aligné est en train de naître. " On en voulut surtout à M. Reagan et au sommet de Versailles :

" A Versailles au fromage On nous sert le chômage. A Versailles au dessert C'est la crise qu'on nous sert. "

Ils s'acheminaient ainsi vers la Bastille, où Colette Magny et un groupe de musiciens chiliens attendaient de pied ferme que la fête continue. Pour l'instant la fête s'enlisait un peu à la hauteur du boulevard Magenta, où le service d'ordre des manifestants, débordé, ne put empêcher que des vitrines soient cassées, où la jeune garde n'avait pas pris garde qu'on venait d'incendier une agence de la B.N.P. En bout de course, place de la Bastille, les mêmes " incontrôlés " recommenceront contre les forces de l'ordre à lancer, faute de pavés, des cailloux et, pour finir, ils auront leur affrontement sec et violent avec, en plus, un lancer de grenades lacrymogènes.

Tandis qu'on écoutait vaguement les orateurs, on enroulait soigneusement les calicots autour des hampes de bois rond. Puis il n'y eut plus qu'à vider la place et une militante enleva ses oreilles de Mickey. On avait bien travaillé contre l'impérialisme américain. On n'entendait plus que le son désagréable des boîtes de Coca-Cola que les derniers manifestants poussaient machinalement du pied.

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11 mai 1982 2 11 /05 /mai /1982 09:54

Article paru dans Le Monde du 11 mai 1982 sous le titre "Camarade curé":

Colette Magny la magnifique. Accrochée à sa guitare comme une montagne aux nuages. Souveraine. Mais les premiers sifflets fusent quand elle prononce le nom de Louis Aragon. Certains, du côté des militants du parti communiste internationaliste (trotskiste), ne supportent pas. Ce n'est rien encore. Quand elle évoque la lutte du peuple basque et le soutien de prêtres aux combattants, quand elle traduit un poème parlé en basque sous sa musique, dès les premiers mots : "Camarade curé ", ils ne se retiennent plus : " Pas de curés, pas de patrons à l'école ! "

Alors, sur fond de free-jazz, elle improvise : " Faut vous engager dans les brigades d'intervention... On pouvait espérer qu'au Bourget, à l'école laïque, on pourrait commencer à s'exprimer. " Un instant, il semble qu'elle devra abandonner la partie. Les hommes politiques invités n'ont pas encore exalté la laïcité-tolérance-pluralisme-et respect - des - différences. Mais elle tient bon et, devant la répétition entêtée du même slogan, leur lance : " Il serait souhaitable que nous inventions autre chose que des trucs nazis. "

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1 février 1981 7 01 /02 /février /1981 06:45

Article paru dans la revue portugaise Mundo da Canção n°52 de février 1981 :

COLETTE MAGNY- une voix insérée dans une riche tradition appelée "chanson poétique" française avec des "points" de référence comme Agnès Capri, Stéphane Golmann, Félix Leclerc, Georges Brassens, Jacques Douai, Léo Ferré, Pierre Louki, Jacques Brel, Jean Ferrat etc. Voix maudite? sans aucun doute;  il suffit de voir comment elle est marginalisée par les grands moyens de communication sociale. Ecrire sur cette voix est en même temps facile et difficile : facile car dans son oeuvre il n'y a pas de place pour les mystifications, les imaginations ou les tromperies ; difficile car dans ses chansons est présent tout un monde complexe et problématique, surtout à travers la dénonciation vigoureuse et incommodante de la répression, de l'exploitation et de l'injustice, quelque soient les formes/les masques qu'elle revêt dans telle ou telle société.

 
Colette Magny est née en 1926 et entre 1948 et 1962 elle fut assistante du service de traductions de l'OCDE. En 1962, à 36 ans, elle a abandonné son statut de fonctionnaire international pour se consacrer à la vie artistique (soit en chantant du "blues" soit en interprétant ses propres compositions en français). On peut considérer que sa carrière a débuté à La Contrescarpe, un cabaret situé sur le flanc de la montagne Sainte-Geneviève, où la chanson appelée style "rive gauche" a toujours sa place d'honneur (par là sont passés Graeme Allwright, Michel Aubert, Hélène Martin et Francesca Solleville).
 
Grâce à l'invitation de la célèbre Mireille (créatrice en 1955, avec l'aide de l'ORTF, du "Petit conservatoire de la chanson"), elle s'est présentée à la télévision en interprétant "Saint James Infirmary". Le succès obtenu lui a permis de monter sur la scène de l'Olympia lors d'un spectacle "yé-yé" dans lequel le public était surtout venu écouter et applaudir Sylvie Vartan et Claude François.
 
Suivant de près les appréciations de certains historiens de la chanson comme Vernillat/Charpentreau, nous distinguons dans son répertoire certains courants basiques, avec des influences à différents niveaux de la chanson contemporaine:
 
1)  la facette du "blues" qu'elle interprète avec une telle patte et une telle expressivité enracinée dans les origines qu'il est difficile de faire un parallèle avec les interprètes européens du genre (en fait ce qu'ils veulent dire c'est qu'elle interprète le blues comme les créateurs du blues et pas du tout comme les autres interprètes de blues européens), écoutez par exemple le fameux "K3 blues".
 
2) l'interprétation de textes de grands noms de la poésie, mis en musique par elle même, comme ceux de Aragon, Hugo, Maïakovski, Essenine, Rimbaud, entre autres, ce qui a beaucoup contribué au "courant" de l'étude des relations entre poésie et musique/chanson ("courant" dans lequel nous retrouvons Brassens, Ferré...)
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Published by L. Cilia - P. Prouveze - I. Natario - dans Article
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1 janvier 1981 4 01 /01 /janvier /1981 13:03
Extrait de l'ouvrage de Louis-Jean Calvet, "Chanson et société", p78, Paris, Ed. Payot, 1981 :

Le manque d'attention aux problèmes de société de la part de nombreux acteurs du commerce musical fut remis en cause au cours des années 68. De nombreux chanteurs impliqués politiquement ne vivaient qu'avec difficulté de leur métier, se produisent pour des partis ou des syndicats proches de leurs idées, comme Claude Vinci, Francesca Solleville ou Colette Magny.
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18 novembre 1980 2 18 /11 /novembre /1980 10:59

Extrait de l'article de Francis Marmande publié dans Le Monde du 18 novembre 1980

On ne sait pas grand-chose ou on a peur de trop savoir, mais, d'une certaine façon, celui que Free Jazz-Black Power (de Carles et Comolli) présentait dans sa première édition " comme un des meilleurs musiciens français de free-jazz " est peut-être mort d'avoir rêvé. D'avoir voulu prendre ses rêves pour des réalités. D'avoir voulu l'égalité dans un monde qui s'affirme aujourd'hui anti-égalitariste. D'avoir été contrebassiste dans les années 60. Et il est mort, sans trop de hasard, au moment où triomphe cet immense déni, très nouvellement régressif des désirs récents de liberté absolue. [...]

Beb, qui jouait de la basse debout, on pouvait le voir aussi dans le monde de la chanson : avec Colette Magny, Yvan Dautin, Toto Bissainthe ou, plus récemment, Agnès De Brunhof....

Mort du contrebassiste Beb Guérin
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1 juin 1979 5 01 /06 /juin /1979 14:00

Dialogue avec Colette Magny (Désormais - n°1 - juin 1979)

Elle ne veut ni provoquer, ni choquer. L'ostentation, ce n 'est pas son style. Elle a bien trop peur de blesser qui que ce sait. Alors, raconter sa vie. ses pensées, ses sentiments ? Oui, si cela peut aider les autres à mieux s'accepter, à  mieux s'aimer...
Elle appelle un chat un chat ? Toujours. Mais avec pudeur et tendresse. Lorsqu 'elle va droit au but ce n'est que pour aller droit au coeur. Elle a le courage de ses idées aussi et, j'allais oublier, elle a un rire... Ecoutez !


DESORMAIS : Colette MAGNY, à votre vis. le fait d'être une femme vous a-t-il compliqué les choses on vous les a-t-il facilitées ?
C.M. : Je ne sais pas ! De toutes façons, je trouve que vivre c'est tragique. Alors.... femme/homme... A un certain moment j'aurais préféré être un homme.

Ah bon ! Pourquoi ?
Un désir de puissance "apparente". En vérité, c'est très pénible d'être un homme : service militaire, foyer à fonder, enfants à nouririr. Quel ennui!...

Avez-vous l'impression que les femmes ont changé depuis dix ans ?
Oui... Oui. Sans aucun doute ! Je me demande seulement jusqu'à quel type de femmes, jusqu'à quelle classe de femmes...

Vous avez l'impression que cela s'arrête à un certain niveau ?
Je ne sais pas ! De toutes manières les femmes qui ont fait un travail de remue-ménage (tiens, amusant!) c'est bien et cela passera forcément le cap des idées.

Que pensez-vous du féminisme ?
Je pense que les femmes, même dans les mouvements virulents, disons, ont obtenu certains avantages : l'avortement, la contraception... Encore que pour l'avortement ce ne soit pas très sûr ! Il y a des tas de médecins qui refusent de le pratiquer... Mais enfin, c'est dans l'air et les féministes ont permis par leur extravagance parfois, par leur courage souvent, toutes les transformations qui se sont opérées. Il me semble que cela parviendra jusqu'aux dames ouvrières. Elles en entendent parler même si on le fait de façon très retenue, très contrôtée à la télévision, à la radio.
Alors c'est bien! Je trouve toujours que c'est bien, d'ailleurs, que les gens se révoltent et manifestent !...

Lorsqu'on dit que le féminisme a vécu, le pensez-vous aussi ?
Ah non, ça je ne le pense pas du tout, non ! J'ai lu, il y a quelque temps, le livre d'une dame qui disait que la révolution arriverait par les femmes, les vieillards et les enfants. Elle disait aussi, cette dame, du moins c'est ce que j'ai cru comprendre (mais c'est peut-être parce que je suis "obsédée sexuelle''!!!) qu'on ne se touchait pas assez ; qu'on n'était pas assez aimable du corps, et je trouve que c'est plutôt vrai.
Par exemple, l'idée ne me viendrai jamais d'aller sangloter dans les bras de mes plus cher(e)s ami(e)s, même si ce sont des ami(e)s que je connais depuis trente ans. Non, il faut quelqu'un de privilégié : un amant ou une amante. C'est dommage !

Colette MAGNY. je vous ai entendue, l'autre après-midi à la radio ; parlant d'amour et des êtres qui avaient compté dans votre vie vous avez fait mention d'un Américain, d'un Ecossais et d'une Irlandaise. Voilà une affirmation dont on n'a guère l'habitude sur les ondes...
 Vous croyez ???... Ah bon...

D'ailleurs, votre interlocuteur n'a pas relevé le propos, ce qui est dommage car les gens ont sûrement pensé avoir mal entendu... une Irlandaise ? Les femmes ne disent jamais ces choses-là ; pourquoi ne l'osent-elles pas ?
Vous pensez qu'elles n'osent pas ?

Oh oui ! Peut-être parce qu'elles ont été conditionnées à faire toujours le jeu des hommes...
Eh bien moi. je vais sortir mon disque : c'est Disco-Méno-pause. Frisco-Ménopause : j'ai commencé le texte et la musique. D'abord je chanterai "a capella" comme on dit  :"parlez-moi d'amour"; je trouve que c'est une belle chanson; je ferai dans le genre-chanteuse-ovarienne. ensuite je passerai au disco. Je vous ai... me : disco : mois je suis bip-bip-bip-bip sessuelle...
Les femmes ne le disent pas assez, c'est exact et cela m'énerve d'une certaine façon; enfin "m'énerve". Oui, en gros. A cause du boulot, de la famille peut-être ? Je ne sais pas, moi, c'est arrivé très tôt, je veux dire mes rencontres avec des dames.

Avant les "messieurs" ?
Non non; après, parce que pour les hommes, hélas cela a commencé alors très très tôt. Je dis hélas parce que c'était un simili viol et forcément ce n'était pas gai-gai-gai. J'ai eu de la chance, oui, c'est vrai parce que... autrement ? J'ai eu aussi des flirts sympathiques, avant et ensuite il y eut l'Irlandaise... "charmante"!

On peut donc passer cornme ça de l'amour des messieurs à celui des dames ?
Mais c'est la même chose !!!

Pour vous la sexualité, c'est forcément lié à l'amour ?
Oui... Non ? Pourquoi ??...
C'est vrai, c'est en cela que je suis retardataire, rétrograde et tout et tout ; c'est une confusion d'organes, je suppose, parce que l'amour ça devrait être le coeur, la sexualité le sexe : ce n'est pas au même endroit et moi je mélange tout ! Sérieusement, je crois que nous avons tous, les hommes et les femmes, un sentiment amoureux, un besoin extravagant d'aimer et d'être airné(e) (tout ça parce qu'on a peur de crever) et que ce sentiment amoureux qui flotte ainsi, un beau jour se fixe sur quelqu'un. D'accord, faudrait pas que ce soit le coup de miroir mais qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?...


Etre à la fois "hétéro" et "homo" cela arrange-t-il les choses, en ouvrant le champs des possibles ?
Oui moi. j'ai de toutes façons un champ restreint puisque je suis de "conformation" surprenante mais non, cela n'arrange rien du fout ! Je trouve que c'est compliqué, tragique à tous coups enfin. C'est très à la mode de parler de ça...

C'est très à la mode, en tout cas, de prôner la bisexualité ; le côté "il faut tout essayer".
Ah ça, je trouve que c'est révoltant et j'en ai connu des communautés où les gens se ravageaient parce qu'ils n'étaient qu'hétéros !!!.

La. fidélité a-t-elle un sens à vos yeux ?
Il s'agit presque d'un jugement de valeur : cela signifie qu'on aime toujours...

Vous croyez ?
Oui c'est pour ménager la grande sensibilité de l'autre, sensibilité que l'on a soi-même...

On ne peut donc pas aimer plusieurs personnes ?
Si, sûrement... Moi. je ne sais pas. Je ne sais rien. On cherche... On cherche ce qui pourrait être bien pour tout le monde ; d'ailleurs on devrait pouvoir faire l'amour avec n'importe quel être. Personne ne devrait se trouver en manque sexuel ; le dégoût c'est quoi ? Je ne vois pas. En réalité, nous ne sommes que des pauvres minables....

Dans les milieux artistiques n'est-on cependant pas plus ouvert que dans les autres milieux ?
Rien que superficiellement, en fait, oui oui ; les homosexualités féminines ou masculines, ne sont pas du tout admises, même là!

La norme, qu'est-ce-que c'est ?
La majorité.

Et la majorité est hétéro... A quoi cela est-il lié justement ?
Ça arrange les gouvernements en place. Qui dit hétéro dit famille, enfants etc... Tous ces gens-là en ont pour jusqu'à la fin de leurs jours à être encombrés. Avec toutes leurs histoires familiales, ils sont coincés donc soumis.

Mais le choix de l'homosexualité ou de l'hélérosexualité de quoi dépent-il, de la nature ?...
De qui vous rencontrez dans la vie. Vous rencontrez soit un homme, soit une femme, et voilà.

Une relation avec une femme vous apporte-t-ell la même chose qu 'une relation avec un homme ou est-ce tout à fait différent ?
C'est-à-dire qu'en ce qui me concerne ma relation est très privilégiée par rapport aux femmes. Dans ma vie, il en a été ainsi. Je pourrais expliquer pourquoi (on essaie tous de s'expliquer le pourquoi de telle ou telle rencontre) ;d"abord, un mauvais démarrage à huit ans et demi avec une personne  de ma famille. C'était un peu... jeune. Maintenant cela  n'aurait plus les mêmes conséquences. Alors, cela a été  très grave !
Ensuite, la chance de rencontrer des hommes gentils, pas  dans un sens péjoratif, vraiment « gentils ». Tous les êtres
que j'aime me "surprennent" d'ailleurs ; je pense, elle a fait ça, il a fait ça !
Le premier amour de ma vie. mon ex-premier amour faisait des dessins, c'était superbe et la dame irlandaise, elle était... mais d'un drôle, d'un humour ; ce qu'on pouvait rire ensemble.
Vous croyez que cela peut intéresser quelqu'un ce que je raconte ??? Il y a une amie qui me disait à ce sujet : "parce que tu es comme tu es, tu devrais parler d'amour ; cela réconforterait les "handicapés" (.éclat de riie). Elle pensait que, étant donné que je suis une très grosse dame cela rassurerait déjà tous les obèses ; enfin les obèses "débutants" parce que moi je suis une obèse installée depuis longtemps... dès l'âge de six ans.

Cela vous a été un problème important ?
Oh oui ! Oui ! Grave même ! Aujourd'hui, j'ai cinquante-trois ans je suis bien obligée d'envisager la vie "avec" mais c'est dramatique de ne pas se sentir comme les autres (j'allais dire : surtout pour une femme !!!).

En fin de compte, Colette Magny, est-ce-que cela ne vous a pas "malheureusement" aidée d'être ainsi hors normes ? Certainement. Je me suis mise encore plus complètement hors de la norme en devenant artiste après... trente-six ans. Si je peux parler comme je le fais ce n'est pas du tout parce que je suis cette artiste ou n'importe quoi d'autre, c'est parce que j'ai ressenti une humiliation profonde, parce que j'ai été reniée. C'est pour cela, d'ailleurs, que je chante ce que je chante. Je ne peux plus supporter que l'on critique quelqu'un parce qu'il est jaune, noir ou je ne sais ; je m'identifie immédiatement.

Vous avez eu la chance "également ", de rencontrer des êtres particulièrement passionnants ?...
Oui, des êtres qui m'ont beaucoup appris, qui oui été merveilleux avec moi. Et je suis certaine d'avoir été aimée, certaine, ne serait-ce qu'une lois. C'est suffisant pour toute la vie !!!? Ça "devrait" l'être. Hélas, nous avons besoin de nous sentir constamment rassurés...
Je voudrais ajouter quelque chose. Moi, si j'aime une femme c'est parce que c'est une femme. On pourrait croire après ce que j'ai dit de mes ennuis avec certains messieurs que je me suis "rabattue" sur les femmes. Eh bien non non, pas du tout ; si c'est une femme que j'aime c'est bien parce que c'est une femme pas parce que c'est un "faux-mec", un petit "julot"!

Parce que... la féminité ?
Exactement, oui exactement ! II n'y a pas longtemps que j'en suis sûre mais j'en suis sûre.

Le meilleur facteur de bonheur, alors, ce serait quoi ?
Il y en a peut-être un ? La société est si lourde .. Je me demande pourtant comment l'on réagirait si l'on était conditionné à l'homosexualité ? Vous verriez qu'il y aurait encore des « hétéros-déviant s »...
                                    
Propos recueillis par Isabelle GUILHEM.

 

 

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31 mai 1979 4 31 /05 /mai /1979 07:31

Article paru dans 93 Actualités, journal du canton d'Aubervilliers, n° 80, 31 mai 1979

Chant du Monde est né du Front Populaire et on disait de lui : "Il défend ceux qu'on n'entend jamais, édite ce que les autres ne veulent pas éditer".
Chant du Monde et le Théâtre de la Commune d'Aubervilliers devaient se rencontrer en toute complicité. Il s'avérait nécessaire de trouver une forme originale, un contexte différent, pour présenter au public des artistes ayant trop rarement l'occasion de passages parisiens.
Le vendredi 8 juin, à 20h30, c'est Colette Magny puis Chantal Grimm et le groupe Sybil qui ouvriront cette série "Chant du Monde" au TCA.
Colette Magny dont le critique Claude Fleduter du "Monde" a dit qu'elle avait "une voix bouleversante, faite pour le blues " précédera Chantal Grimm qui dit les choses de la vie dans un climat qui est celui de l'ironie et de la douceur. Inspirée des rythmes et des sonorités celtiques, africaines, latino-américaines, elle a réussi avec les quatre musiciennes qui l'accompagnent - le groupe Sybil - à prouver que des femmes peuvent apporter quelque chose de plus dans la chanson.
Le cycle se poursuivra au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers jusqu'au vendredi 22 juin. Nous reviendrons dans nos prochains numéros sur la suite du programme.
Colette-Aubervilliers.jpg

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31 mai 1979 4 31 /05 /mai /1979 07:17

Article publié dans 93 actualités (journal du canton d'Aubervilliers), n°80, du 31 mai 1979 :

Pendant 15 jours, le "Chant du Monde" sera accueilli par le Théâtre de la Commune.
Après la défense du théâtre contemporain par Théâtre Ouvert animé par Lucien Attoun, place sera faite à la chanson française contemporaine.
Un grand nombre de créateurs et d'interprètes de talent n'accèdent pas pour des raisons idéologiques ou économiques au "show business". Ainsi, par cette tentative inhabituelle, reliée à un travail d'équipe d'édition, le Théâtre de la Commune en mettant à la disposition ses moyens techniques au "chant du monde" donnera à cet autre moyen d'expression grand public qu'est la chanson, la place qu'il devrait montrer.
Parallèlement au spectacle de variétés composé par des artistes de talent, le "chant du monde" fera une rétrospective de son action depuis 40 ans, né au temps du Front Populaire.
Cette exposition "40 ans d'histoire, 40 ans de musique" retrace les grands moments d'une maison de disque "pas comme les autres", porte-parole en France d'une nouvelle chanson.
A l'affiche du chant du monde, on pourrait noter au programme : Colette Magny et Chantal Grimm le vendredi 8 juin à 20h30 ; Stève Lacy (saxophonisme de jazz) le mardi 22 juin ; le vendredi 15 juin Gérard Peorron ; le mardi 19 juin Mireille Rivat, et vendredi 22 juin Guem et Zaha.

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1 mai 1979 2 01 /05 /mai /1979 07:49

Article paru dans "Séquence" (journal du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers), avril-mai 1979 :

aubervilliers-magny.jpg

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