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18 novembre 1980 2 18 /11 /novembre /1980 10:59

Extrait de l'article de Francis Marmande publié dans Le Monde du 18 novembre 1980

On ne sait pas grand-chose ou on a peur de trop savoir, mais, d'une certaine façon, celui que Free Jazz-Black Power (de Carles et Comolli) présentait dans sa première édition " comme un des meilleurs musiciens français de free-jazz " est peut-être mort d'avoir rêvé. D'avoir voulu prendre ses rêves pour des réalités. D'avoir voulu l'égalité dans un monde qui s'affirme aujourd'hui anti-égalitariste. D'avoir été contrebassiste dans les années 60. Et il est mort, sans trop de hasard, au moment où triomphe cet immense déni, très nouvellement régressif des désirs récents de liberté absolue. [...]

Beb, qui jouait de la basse debout, on pouvait le voir aussi dans le monde de la chanson : avec Colette Magny, Yvan Dautin, Toto Bissainthe ou, plus récemment, Agnès De Brunhof....

Mort du contrebassiste Beb Guérin
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1 juin 1979 5 01 /06 /juin /1979 14:00

Dialogue avec Colette Magny (Désormais - n°1 - juin 1979)

Elle ne veut ni provoquer, ni choquer. L'ostentation, ce n 'est pas son style. Elle a bien trop peur de blesser qui que ce sait. Alors, raconter sa vie. ses pensées, ses sentiments ? Oui, si cela peut aider les autres à mieux s'accepter, à  mieux s'aimer...
Elle appelle un chat un chat ? Toujours. Mais avec pudeur et tendresse. Lorsqu 'elle va droit au but ce n'est que pour aller droit au coeur. Elle a le courage de ses idées aussi et, j'allais oublier, elle a un rire... Ecoutez !


DESORMAIS : Colette MAGNY, à votre vis. le fait d'être une femme vous a-t-il compliqué les choses on vous les a-t-il facilitées ?
C.M. : Je ne sais pas ! De toutes façons, je trouve que vivre c'est tragique. Alors.... femme/homme... A un certain moment j'aurais préféré être un homme.

Ah bon ! Pourquoi ?
Un désir de puissance "apparente". En vérité, c'est très pénible d'être un homme : service militaire, foyer à fonder, enfants à nouririr. Quel ennui!...

Avez-vous l'impression que les femmes ont changé depuis dix ans ?
Oui... Oui. Sans aucun doute ! Je me demande seulement jusqu'à quel type de femmes, jusqu'à quelle classe de femmes...

Vous avez l'impression que cela s'arrête à un certain niveau ?
Je ne sais pas ! De toutes manières les femmes qui ont fait un travail de remue-ménage (tiens, amusant!) c'est bien et cela passera forcément le cap des idées.

Que pensez-vous du féminisme ?
Je pense que les femmes, même dans les mouvements virulents, disons, ont obtenu certains avantages : l'avortement, la contraception... Encore que pour l'avortement ce ne soit pas très sûr ! Il y a des tas de médecins qui refusent de le pratiquer... Mais enfin, c'est dans l'air et les féministes ont permis par leur extravagance parfois, par leur courage souvent, toutes les transformations qui se sont opérées. Il me semble que cela parviendra jusqu'aux dames ouvrières. Elles en entendent parler même si on le fait de façon très retenue, très contrôtée à la télévision, à la radio.
Alors c'est bien! Je trouve toujours que c'est bien, d'ailleurs, que les gens se révoltent et manifestent !...

Lorsqu'on dit que le féminisme a vécu, le pensez-vous aussi ?
Ah non, ça je ne le pense pas du tout, non ! J'ai lu, il y a quelque temps, le livre d'une dame qui disait que la révolution arriverait par les femmes, les vieillards et les enfants. Elle disait aussi, cette dame, du moins c'est ce que j'ai cru comprendre (mais c'est peut-être parce que je suis "obsédée sexuelle''!!!) qu'on ne se touchait pas assez ; qu'on n'était pas assez aimable du corps, et je trouve que c'est plutôt vrai.
Par exemple, l'idée ne me viendrai jamais d'aller sangloter dans les bras de mes plus cher(e)s ami(e)s, même si ce sont des ami(e)s que je connais depuis trente ans. Non, il faut quelqu'un de privilégié : un amant ou une amante. C'est dommage !

Colette MAGNY. je vous ai entendue, l'autre après-midi à la radio ; parlant d'amour et des êtres qui avaient compté dans votre vie vous avez fait mention d'un Américain, d'un Ecossais et d'une Irlandaise. Voilà une affirmation dont on n'a guère l'habitude sur les ondes...
 Vous croyez ???... Ah bon...

D'ailleurs, votre interlocuteur n'a pas relevé le propos, ce qui est dommage car les gens ont sûrement pensé avoir mal entendu... une Irlandaise ? Les femmes ne disent jamais ces choses-là ; pourquoi ne l'osent-elles pas ?
Vous pensez qu'elles n'osent pas ?

Oh oui ! Peut-être parce qu'elles ont été conditionnées à faire toujours le jeu des hommes...
Eh bien moi. je vais sortir mon disque : c'est Disco-Méno-pause. Frisco-Ménopause : j'ai commencé le texte et la musique. D'abord je chanterai "a capella" comme on dit  :"parlez-moi d'amour"; je trouve que c'est une belle chanson; je ferai dans le genre-chanteuse-ovarienne. ensuite je passerai au disco. Je vous ai... me : disco : mois je suis bip-bip-bip-bip sessuelle...
Les femmes ne le disent pas assez, c'est exact et cela m'énerve d'une certaine façon; enfin "m'énerve". Oui, en gros. A cause du boulot, de la famille peut-être ? Je ne sais pas, moi, c'est arrivé très tôt, je veux dire mes rencontres avec des dames.

Avant les "messieurs" ?
Non non; après, parce que pour les hommes, hélas cela a commencé alors très très tôt. Je dis hélas parce que c'était un simili viol et forcément ce n'était pas gai-gai-gai. J'ai eu de la chance, oui, c'est vrai parce que... autrement ? J'ai eu aussi des flirts sympathiques, avant et ensuite il y eut l'Irlandaise... "charmante"!

On peut donc passer cornme ça de l'amour des messieurs à celui des dames ?
Mais c'est la même chose !!!

Pour vous la sexualité, c'est forcément lié à l'amour ?
Oui... Non ? Pourquoi ??...
C'est vrai, c'est en cela que je suis retardataire, rétrograde et tout et tout ; c'est une confusion d'organes, je suppose, parce que l'amour ça devrait être le coeur, la sexualité le sexe : ce n'est pas au même endroit et moi je mélange tout ! Sérieusement, je crois que nous avons tous, les hommes et les femmes, un sentiment amoureux, un besoin extravagant d'aimer et d'être airné(e) (tout ça parce qu'on a peur de crever) et que ce sentiment amoureux qui flotte ainsi, un beau jour se fixe sur quelqu'un. D'accord, faudrait pas que ce soit le coup de miroir mais qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?...


Etre à la fois "hétéro" et "homo" cela arrange-t-il les choses, en ouvrant le champs des possibles ?
Oui moi. j'ai de toutes façons un champ restreint puisque je suis de "conformation" surprenante mais non, cela n'arrange rien du fout ! Je trouve que c'est compliqué, tragique à tous coups enfin. C'est très à la mode de parler de ça...

C'est très à la mode, en tout cas, de prôner la bisexualité ; le côté "il faut tout essayer".
Ah ça, je trouve que c'est révoltant et j'en ai connu des communautés où les gens se ravageaient parce qu'ils n'étaient qu'hétéros !!!.

La. fidélité a-t-elle un sens à vos yeux ?
Il s'agit presque d'un jugement de valeur : cela signifie qu'on aime toujours...

Vous croyez ?
Oui c'est pour ménager la grande sensibilité de l'autre, sensibilité que l'on a soi-même...

On ne peut donc pas aimer plusieurs personnes ?
Si, sûrement... Moi. je ne sais pas. Je ne sais rien. On cherche... On cherche ce qui pourrait être bien pour tout le monde ; d'ailleurs on devrait pouvoir faire l'amour avec n'importe quel être. Personne ne devrait se trouver en manque sexuel ; le dégoût c'est quoi ? Je ne vois pas. En réalité, nous ne sommes que des pauvres minables....

Dans les milieux artistiques n'est-on cependant pas plus ouvert que dans les autres milieux ?
Rien que superficiellement, en fait, oui oui ; les homosexualités féminines ou masculines, ne sont pas du tout admises, même là!

La norme, qu'est-ce-que c'est ?
La majorité.

Et la majorité est hétéro... A quoi cela est-il lié justement ?
Ça arrange les gouvernements en place. Qui dit hétéro dit famille, enfants etc... Tous ces gens-là en ont pour jusqu'à la fin de leurs jours à être encombrés. Avec toutes leurs histoires familiales, ils sont coincés donc soumis.

Mais le choix de l'homosexualité ou de l'hélérosexualité de quoi dépent-il, de la nature ?...
De qui vous rencontrez dans la vie. Vous rencontrez soit un homme, soit une femme, et voilà.

Une relation avec une femme vous apporte-t-ell la même chose qu 'une relation avec un homme ou est-ce tout à fait différent ?
C'est-à-dire qu'en ce qui me concerne ma relation est très privilégiée par rapport aux femmes. Dans ma vie, il en a été ainsi. Je pourrais expliquer pourquoi (on essaie tous de s'expliquer le pourquoi de telle ou telle rencontre) ;d"abord, un mauvais démarrage à huit ans et demi avec une personne  de ma famille. C'était un peu... jeune. Maintenant cela  n'aurait plus les mêmes conséquences. Alors, cela a été  très grave !
Ensuite, la chance de rencontrer des hommes gentils, pas  dans un sens péjoratif, vraiment « gentils ». Tous les êtres
que j'aime me "surprennent" d'ailleurs ; je pense, elle a fait ça, il a fait ça !
Le premier amour de ma vie. mon ex-premier amour faisait des dessins, c'était superbe et la dame irlandaise, elle était... mais d'un drôle, d'un humour ; ce qu'on pouvait rire ensemble.
Vous croyez que cela peut intéresser quelqu'un ce que je raconte ??? Il y a une amie qui me disait à ce sujet : "parce que tu es comme tu es, tu devrais parler d'amour ; cela réconforterait les "handicapés" (.éclat de riie). Elle pensait que, étant donné que je suis une très grosse dame cela rassurerait déjà tous les obèses ; enfin les obèses "débutants" parce que moi je suis une obèse installée depuis longtemps... dès l'âge de six ans.

Cela vous a été un problème important ?
Oh oui ! Oui ! Grave même ! Aujourd'hui, j'ai cinquante-trois ans je suis bien obligée d'envisager la vie "avec" mais c'est dramatique de ne pas se sentir comme les autres (j'allais dire : surtout pour une femme !!!).

En fin de compte, Colette Magny, est-ce-que cela ne vous a pas "malheureusement" aidée d'être ainsi hors normes ? Certainement. Je me suis mise encore plus complètement hors de la norme en devenant artiste après... trente-six ans. Si je peux parler comme je le fais ce n'est pas du tout parce que je suis cette artiste ou n'importe quoi d'autre, c'est parce que j'ai ressenti une humiliation profonde, parce que j'ai été reniée. C'est pour cela, d'ailleurs, que je chante ce que je chante. Je ne peux plus supporter que l'on critique quelqu'un parce qu'il est jaune, noir ou je ne sais ; je m'identifie immédiatement.

Vous avez eu la chance "également ", de rencontrer des êtres particulièrement passionnants ?...
Oui, des êtres qui m'ont beaucoup appris, qui oui été merveilleux avec moi. Et je suis certaine d'avoir été aimée, certaine, ne serait-ce qu'une lois. C'est suffisant pour toute la vie !!!? Ça "devrait" l'être. Hélas, nous avons besoin de nous sentir constamment rassurés...
Je voudrais ajouter quelque chose. Moi, si j'aime une femme c'est parce que c'est une femme. On pourrait croire après ce que j'ai dit de mes ennuis avec certains messieurs que je me suis "rabattue" sur les femmes. Eh bien non non, pas du tout ; si c'est une femme que j'aime c'est bien parce que c'est une femme pas parce que c'est un "faux-mec", un petit "julot"!

Parce que... la féminité ?
Exactement, oui exactement ! II n'y a pas longtemps que j'en suis sûre mais j'en suis sûre.

Le meilleur facteur de bonheur, alors, ce serait quoi ?
Il y en a peut-être un ? La société est si lourde .. Je me demande pourtant comment l'on réagirait si l'on était conditionné à l'homosexualité ? Vous verriez qu'il y aurait encore des « hétéros-déviant s »...
                                    
Propos recueillis par Isabelle GUILHEM.

 

 

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31 mai 1979 4 31 /05 /mai /1979 07:31

Article paru dans 93 Actualités, journal du canton d'Aubervilliers, n° 80, 31 mai 1979

Chant du Monde est né du Front Populaire et on disait de lui : "Il défend ceux qu'on n'entend jamais, édite ce que les autres ne veulent pas éditer".
Chant du Monde et le Théâtre de la Commune d'Aubervilliers devaient se rencontrer en toute complicité. Il s'avérait nécessaire de trouver une forme originale, un contexte différent, pour présenter au public des artistes ayant trop rarement l'occasion de passages parisiens.
Le vendredi 8 juin, à 20h30, c'est Colette Magny puis Chantal Grimm et le groupe Sybil qui ouvriront cette série "Chant du Monde" au TCA.
Colette Magny dont le critique Claude Fleduter du "Monde" a dit qu'elle avait "une voix bouleversante, faite pour le blues " précédera Chantal Grimm qui dit les choses de la vie dans un climat qui est celui de l'ironie et de la douceur. Inspirée des rythmes et des sonorités celtiques, africaines, latino-américaines, elle a réussi avec les quatre musiciennes qui l'accompagnent - le groupe Sybil - à prouver que des femmes peuvent apporter quelque chose de plus dans la chanson.
Le cycle se poursuivra au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers jusqu'au vendredi 22 juin. Nous reviendrons dans nos prochains numéros sur la suite du programme.
Colette-Aubervilliers.jpg

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31 mai 1979 4 31 /05 /mai /1979 07:17

Article publié dans 93 actualités (journal du canton d'Aubervilliers), n°80, du 31 mai 1979 :

Pendant 15 jours, le "Chant du Monde" sera accueilli par le Théâtre de la Commune.
Après la défense du théâtre contemporain par Théâtre Ouvert animé par Lucien Attoun, place sera faite à la chanson française contemporaine.
Un grand nombre de créateurs et d'interprètes de talent n'accèdent pas pour des raisons idéologiques ou économiques au "show business". Ainsi, par cette tentative inhabituelle, reliée à un travail d'équipe d'édition, le Théâtre de la Commune en mettant à la disposition ses moyens techniques au "chant du monde" donnera à cet autre moyen d'expression grand public qu'est la chanson, la place qu'il devrait montrer.
Parallèlement au spectacle de variétés composé par des artistes de talent, le "chant du monde" fera une rétrospective de son action depuis 40 ans, né au temps du Front Populaire.
Cette exposition "40 ans d'histoire, 40 ans de musique" retrace les grands moments d'une maison de disque "pas comme les autres", porte-parole en France d'une nouvelle chanson.
A l'affiche du chant du monde, on pourrait noter au programme : Colette Magny et Chantal Grimm le vendredi 8 juin à 20h30 ; Stève Lacy (saxophonisme de jazz) le mardi 22 juin ; le vendredi 15 juin Gérard Peorron ; le mardi 19 juin Mireille Rivat, et vendredi 22 juin Guem et Zaha.

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1 mai 1979 2 01 /05 /mai /1979 07:49

Article paru dans "Séquence" (journal du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers), avril-mai 1979 :

aubervilliers-magny.jpg

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1 juillet 1978 6 01 /07 /juillet /1978 07:02

femmes-mouvements.jpgArticle paru dans Des femmes en mouvements n°7 de juillet 1978 :

J’adore la scène, bien plus que le disque…

Mes chansons : une chronique étonnante.
Colette Magny écrit, compose et chante.



•Moi, je suis une femme... inhabituelle  de structure, de volume ; quand je  chante, je suis là, comme ça, on m'écoute. J'ai eu une adolescence épouvantable, alors j'ai dû trouver cette issue... Si je chante les opprimés, c'est parce que moi je suis dans une minorité opprimée : les obèses sont opprimés, ne pas pouvoir sortir un jour sans quolibet...
Ça se transforme... par exemple, j'ai fait une émission avec Michel Drucker un dimanche ; après, dans la rue, on se dit : « Tiens, cette femme énorme, je l'ai vue à la télévision »... Je suis sauvée... c'est un peu mesquin... mais c'est ça... c'est pour se défendre...

Femmes-CM2Je chante ce qui se dit : le pays, le langage
Quand j'ai commencé à chanter, j'avais écrit une chanson sur Cuba en 62, certains autour de moi pensaient que j'étais militante. C'était une erreur... J'ai eu un éveil politique très tardif ; à 30 ans, j'étais encore à mon bureau ! En fait, certaines de mes chansons, je les ai faites après une véritable enquête, à partir de rencontres... je ne suis pas une voyeuse comme certains qui veulent absolument faire de l'ouvriérisme ; par exemple, j'ai fait une chanson sur les mineurs dans le nord. Je parle de celle-là parce que c'est la plus réussie, me semble-t-il, les gens croient que je suis du nord ; quand je chante, ce n'est pas l'accent, mais ce qui se dit, le pays, le langage... c'est le concierge de ma cour, un mineur à la retraite qui m'en a donné envie... Parmi mes amis, il y avait une majorité de gauchistes, alors tout le monde discutait de ce que je faisais, de bien, de mal... en 66, c'était le début de la gauche prolétarienne, tous ces gens s'agitaient, se lançaient des citations de Lénine à la tête... j'en recevais aussi... alors j'ai pris quatre livres de Lénine, un de Marx   — pas des morceaux choisis ! — et je les ai lus. Moi qui n'avais pas de formation universitaire, il fallait vraiment que je m'accroche, je relisais les phrases dix fois... enfin ça m'a quand même éclairée... je suis entrée au P.C. J'en suis sortie parce que je n'étais pas d'accord avec eux ; à l'époque ils disaient : « paix au Vietnam » et moi je pensais « FNL vaincra »... Il y a une nuance importante.

...plus des insultes, plus des pierres
Pour moi, le politique, c'est ce qui dégage du terme < engagé » c'est tout ce qui concerne la vie dans la cité. Tant de gens viennent ici me seriner ce que je devrais faire, ce qu'il faudrait faire.
Depuis quelques années, pour les « gauchistes » entre guillemets, je suis une crapule stalinienne et réactionnaire... Pour les zonards, loubards, anars, gauche prolétarienne, dévissés, trotskystes déprimés, plus quelques mecs d'extrême-droite pour attiser le feu ; tout ça fait beaucoup de chahut parce qu'il faut payer sa place pour aller au concert... Ils me reprochent de ne pas chanter gratuitement... des concerts « gratuits pour le peuple »... Je viens d'en faire un, ça m'a coûté 100.000 francs, plus des insultes, plus des pierres... Il y avait des contestataires, situationnistes je suppose : « est-ce que tu as fait l'analyse du pouvoir »... je n'ai pas compris... j'ai demandé au guitariste. « Qu'est-ce qu'il a dit ? »... « II te dit : est-ce que tu as fait l'analyse du pouvoir ! » Ah, en voilà une question ! « Allumez tout» et je dis « c'est quoi l'analyse du pouvoir, qui a parié de ça ? Venez ici, vous avez sûrement des trucs à dire...». Il y en a un qui m'a répondu : « tu te rends compte le pouvoir que tu as d'avoir un micro ! » Et moi, je trouve que ce n'est pas facile d'être debout devant un micro, s'il faut en plus que  je me gare à droite et à gauche, que j'aie  un gilet pare-balles ! J'ai un ami  « commissaire du peuple »... il dirait « Colette, on va la fusiller, elle est gentille, elle comprendra » et il pleurera après ; c'est ça le truc...
Mais ça me bouleverse terriblement ; la première fois, il y a cinq ans, j'ai cru mourir de chagrin... une grosse bagarre sanglante entre trotskystes et union communiste ; ils s'étaient bien servis de moi l'un et l'autre, chaque groupe, je ne me pardonne pas mes naïvetés... j'aurais dû être beaucoup plus prudente... au début je n'y connaissais rien, je discutais même avec des fascistes... et toujours, je discute, je discute.
Je travaille avec des femmes, mais c'est un hasard. La pianiste, ça fait très longtemps que je la connais, on avait envie de travailler ensemble ; elle, elle connaissait une bassiste avec qui elle avait envie de travailler et moi j'ai rencontré par hasard la percussionniste... comme ça aussi, une infirmière qui fait la sonorisation, rien que « des poulettes »... ; ah ! Ça se passe très bien, je ne sais pas si c'est parce que ce sont des femmes, je n'en sais rien si ça joue ; elles sont de formation classique contemporaine, ce sont des femmes qui travaillent !... J'ai tellement l'habitude d'être seule, surtout dans les situations difficiles, les chahuts, les « t'es qu'une pute ! »... ces attaques-là qui nous arrivent sur la scène. Là, je sais que je peux compter sur elles, elles sont solidaires.

Femmes-CM1De jouer avec des femmes, la musique est autrement
De jouer avec des femmes, la musique est autrement, c'est la même musique qu'on joue, mais d'abord elle est arrangée par la pianiste. Avant, j'ai travaillé avec un bassiste, on était vraiment tous les deux ensemble ; mais après, ça s'est dégradé, il n'était pas concerné par ce que je faisais. Avec elles, il y a une cohérence dans la musique justement, et puis on s'entend bien, enfin, elles sont là quoi... elles ont envie d'être là, et ça se voit, et, forcément, les gens sont contents, de nous voir bien ensemble : on sourit, on rigole, enfin on ne fait pas d'extravagance, on communique au moment du travail, et après d'ailleurs, il n'y a jamais de discussions violentes... Je ne suis pas féministe, je ne sais pas ce que c'est... j'ai pourtant lu quelques bouquins, il y a une espèce de comédie qui me déplaît... des femmes qui font semblant de s'intéresser à des problèmes de mères de famille, comme on se branche sur le sort des ouvriers. On m'a reproché d'être trop intellectuelle pour les ouvriers, c'est peut-être vrai pour certaines choses, mais après tout, c'est mon langage.
Le côté positif de chanter... c'est l'amour... le plaisir est immense ; je bénéficie en majorité d'un public extraordinaire, sympa comme tout. Il y a beaucoup de choses qui font bien plaisir, les soirées sous le chapiteau : on chante, on rechante, et puis il faut bien s'en aller... comme ça à Angers, une dame est venue me retrouver, une dame de mon âge : « Ah ! On aurait bien aimé rester avec vous ! » Mais qu'est-ce que vous voulez, il faut bien partir... mais il peut y avoir une seule personne qui soit touchée ou un vieil ouvrier qui pleure parce qu'il ne pensait pas que quelqu'un pouvait chanter ses conditions de travail.

J'aime parler, je suis une conteuse
Chanter ça passe dans tout le corps ; j'adore la scène bien plus que le disque ; mais le plus grand plaisir pour moi, c'est de faire avant d'être sur scène... fabriquer une chanson, fabriquer une chose qui est de la musique et des paroles, c'est ça qui me donne la plus grande joie.
Je bénéficie d'une voix naturelle qui est bonne, qui est intéressante ; il faut bien que ça serve à quelque chose ; mais moi ce qui me plaît, c'est parler, j'aime parler, je suis une conteuse. Je voudrais être une conteuse qui se trouve être une femme qui chante... ça me retire le trac de parler... j'arrive, je suis inquiète... je ne sais pas si je vais pouvoir sortir certains sons, alors je raconte un petit peu tout ça, ça me désangoisse... Il y a quelques années, je ne parlais pas du tout, le bassiste avait dit : « la musique parle d'elle-même, tu n'as besoin de rien dire ! ». Maintenant je parle avec de plus en plus de plaisir, chanter c'est bien... chanter finalement c'est rencontrer des gens. Moi je chante pour qu'on m'aime, chanter c'est l'amour, et oui, aussi râler, c'est vrai...
En ce qui concerne le chant, je n'ai fait strictement que ce que je voulais, sauf peut-être quelques exceptions pour faire plaisir à quelqu'un, mais je suis responsable de tous ce qu'il y a dans mes disques, absolument,  même quand il y a du déchet et que je les écoute quatre ans après... C'est une chronique assez étonnante, je trouve... c'est un travail de journaliste, presque. J'ai eu assez de mal à savoir ce que je voulais mais quand on est vraiment déterminée c'est sûr que quelque chose va se produire.
J'aime tout quand même dans ce que j'ai fait. Je sais comment je l'ai fait à l'époque, ça venait de moi, j'ai mis très longtemps à m'aimer un petit peu ; on met très longtemps à s'aimer soi-même....
Avant je ne m'aimais pas du tout, et pas seulement parce que j'ai cette apparence physique, je me trouvais conne, enfin on a tout fait pour ça... on m'a dit un jour : « sale petite bourgeoise on t'a toujours dit de penser avec ton ventre il faut penser avec ça ». J'ai lu Lénine, etc... pour apprendre à penser avec ma tête, et bien je viens de m'apercevoir que de toutes façons je n'en ai pas... ce n'est pas la peine que je continue d'essayer, j'y perds.

Un opéra à propos de la pintade
Je voudrais faire un opéra à propos de la pintade, parce que pendant deux ans un ami m'a parlé avec passion, de pintades, il a écrit dans tous les musées du monde ; dans les rites africains, il y a la déesse de la rivière et de l'amour, avec une robe très belle comme les dessins sur la pintade, et le sang qui coule par-dessus, ah ! Très beau tout ça, j'étais dans les plumes, j'étais contente... et il y a une amie qui me dit : « est-ce que tu as pensé à la lutte des paysans ?» ah ! J’ai dit non, je ne pensais qu'aux plumes, aux africains, à la musique, au Niger, etc. je lui dis : « tu as raison ». J'ai lu 10 bouquins... pendant deux ans, j'ai pris des notes que je ne peux pas relire, que je ne comprends pas, et j'ai perdu les plumes... carrément... j'ai perdu une envie de faire... Je me suis perdue...
Là, je me suis laissée influencer, et je ne peux pas continuer ; maintenant, je suis résignée, si je veux aborder un sujet, je l'aborderai à ma manière, d'une manière analphabète mais tant pis.
Dans la presse, un silence épouvantable à mon égard
Dans la presse à mon égard, il y a une espèce de silence épouvantable. Le spectacle à la Cartoucherie, même si ce n'est pas bien réalisé, cette tentative de faire se balader des peintures, des sculptures, ça ne s'était fait nulle part dans le monde ; il n'y rien eu sur le contenu, mais rien. J'avais toujours une belle voix, mais sur la tentative elle-même : rien... pourtant j'essaie de faire du ramdam, c'est pour des gosses psychotiques, ils ont fait un disque, et moi je faisais l'ingénieur du son ; quand même, je ne comprends pas que ça ne les intéresse pas... un montage avec ces enfants-là, un truc sur la peinture/sculpture, c'est quand même étrange, ce n'est pas une chanson. Si c'est mauvais, autant le dire, mais pourquoi on n'en parle pas, quelque part, de ça... non ça me choque... Ce sont d'autres modes « de dire », et de chanter, moi je ne l'ai pas fait exprès, c'est ça que j'ai envie de faire... Eh bien, j'ai été 18 ans en analyse, c'est beaucoup ; ça fait bien rigoler toute la famille, ils ont tous commencé après et ils ont tous terminé avant, on me disait : « alors, Colette, cette analyse au long cours, comment ça marche !? ». Oh, je les emmerde parce que eux ils ont repris des tranches, ils n'ont rien à dire, moi j'ai pris une grosse tranche d'un coup, cul sec !...
 

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29 avril 1978 6 29 /04 /avril /1978 12:57
Article paru dans le Nouvel Observateur n°703 (p 61) du 29/04/1978

Avec sa voix comme une armée en marche, une femme chante pour tous ceux qu'on a privés de la parole.

L'année de la femme, c'était il y a un siècle. Aujourd'hui, voici une femme. Une femme à voix de femme chanteuse à voix : Colette Magny. Un monstre de femme blanche, « célèbre » depuis quinze ans, bien qu'on ne l'entende jamais plus à la radio depuis que José Artur fit passer pendant une semaine un extrait de son "Mai-68", bien qu'on ne la voie jamais à la télé, « une fois, peut-être, tous les trois ans », bien qu'elle n'ait pas été une seule fois la vedette d'un « Grand Echiquier » de Jacques Chancel, elle, « la seule chanteuse de blues occidentale ».
Elle chante et crie et hurle et geint, elle dénonce et ordonne, elle s'encelère souvent et murmure toujours : voix de femme et voie des femmes. Mardi 21 mars, au théâtre des Amandiers à Nanterre, elle chante les. «- semi-débiles ». Quel homme chante anjourd'hui les semi-débiles :ou Ies débiles totaux ? Magny chante lachanson de Christiane, une éducatrice d'un I.M.P. (Institut médico-pédagogique) des Vosges où elle s'est rendue, chaque fois qu'elle a pu, pendant un an et demi pour écouter, respirer, chanter et faire de la musique avec les « enfants » et les « soignants » de cet institut spécialisé.
Du bien au cerveau
« Tu parles, il parle, vous parlez [...] Ce sont les autres, qui parlent bien et qui trouvent que pas parler, c'est pas normal [...] Je suis pas normal, je sais pas parler, ou si je parle je dis ce qui me passe dans ma tête, parce que dans ma tête il y a ma vie à moi et que ma vie à moi, c'est pas la même que les autres. »
C'est l'extrait d'un disque en cours de fabrication dont Czlette Magny m'a fait entendre le montage définitif, découpé dans des dizaines d'heures d'enregistrement: « A débile, débile et demi » sortira dans deux ou trois mois, il faudra l'acheter. Un petit garçon y raconte le meilleur moment de sa semaine, quand il sort pour prendre le train, au week-end. Plus loin, Colette essaie de comprendre ce que représente la musique pour une petite fille. « Ça te plaît ? » Il faudra cinq questions et réponses pour que l'essentiel soit dit à cette petite fille, la musique fait du bien « au cerveau ». Ailleurs, les gosses chantent et scandent « Pipi Caca ». Bruits et sifflets, Pi, Pi, oiseaux et forêts, Ca, Ca, litanies et répons, mélopée enfantine qu'on dirait africaine, chant primitif : c'est beau parce que ça nous révèle un inconnu, un ailleurs aussi interdit de la vie « normale », que le cri de Magny, un peu plus loin sur le disque, étouffé, déformé, modulé au rythme d'un noir orage des Vosges - rauque voix, tonnerres fracassés d'éclairs, cri du loup, solitude.
Pour ces enfants enclos, elle a le même cri que pour les ghettos, pogroms et autres formes à inventer de mêmes monstruosités. Dans la salle passa soudain le chant de la bête des Vosges... Elle chante. avec une telle violence quà, entendre son cri archaïque,- c'est à ne plus s'étonner de ses formes callipyges. « L'Ella Fitzgerald blanche », écrivait-on et ça l'agaçait.
Elle pèse trois cent vingt livres, en effet, avec tous les handicaps qui s'ensuivent, sciatique paralysante, rhumatismes et cartilages des doigts qui disparaissent. « Simple effet d'un traitement de cinq ans en clinique d'amaigrissement. » C'est ainsi. Elle écrit en ce moment l'histoire de sa longue obésité, « à douze ans, je pesais quatre-vingt-dix kilos », dont elle a arrêté le titre : « La joie de rester obèse tout en continuant son régime ». C'est une vie. « Comme je n'ai pas de ronds pour aller dans une piscine privée, c'est à cause de petits cons comme vous que je ne peux pas aller faire certains exercices qui me seraient indispensables dans une piscine publique. ». Comme elle dit, « il suffit d'être de bonne humeur et de pouvoir s'expliquer  ». « Ils » ne sent pas vraiment méchants, « seuIement un peu bêtes », par simple réflexe social.
Mais comme Ella, de Vénus elle n'a pas que la voix. Elle-même est une Vénus. « C'est bizarre, remarque-t-elle, que dans les grandes amoureuses il n'y ait pas de grosses femmes... Ce n'est pourtant pas mal, une femme-caoutchouc :
les chats, les chiens et les enfants adorent se mettre dans les coins tièdes. » J'ai cru comprendre qu'elle est une grande amoureuse puisque, en parlant d'elle, elle m'a parlé de ses amours et il m'a ,semblé qu'elle ne se pose jamais de question sur le sexe de l'Ange.
Elle chante, l'amour et si elle chante encore plus « la lutte », c'est seulement par manque de temps. Jeudi 16 mars à la Mutualité, elle est avec les opposants an chah d'Iran. « Répression, répression », blues de 1969, qu'elle remet à l'ordre du jour chaque fois qu'elle le chante. Les Iraniens fêtent leur Nouvel An, le No-Rouz, qui est la fête du printemps. « Où est la cuisinière à qui Lénine promet de diriger l'Etat ? [...] Cancer, cancer, douce France, terre d'asile, droit d'asile pour Klaus Croissant, suspicion, attention ! »
Contradiction, attention à la tendance, répression... D'autres Iraniens se réunissaient à la salle Wagram, elle avait  déjà dit oui aux autres, ils ne furent pas contents. « Ils exagèrent, ils m'exaspèrent les militants ; ils sont insatiables : c'est , d'ailleurs pour ça qu'ils ne tiennent pas le coup plus de deux ans.» On l'a catégoriée « mao », elle passe maintenant pour une « crapule stalinienn et reactionnaire ». Elle s'en moque.En mars 1977, elle a fait entendre la voix d'un chanteur palestinien, Mustapha el-Kurd, et celle d'un enfant inconnu du ghetto de Varsovie, « dans un temps compté à la seconde près et qu'est-ce que j'ai trouvé au bout ? De l'antisémitisme en particulier et du racisme en général ». Tristesse.
Deux bons petits
Elle s'est fatiguée d'être l'occasion de bagarres, comme à Montpellier, aux législatives de 1973. Huit cents typés à  l'intérieur et trois cents à la porte qui veulent entrer. Trotskistes et communistes, canettes de bière et barres de fer, « culture bourgeoise, chanteuse bourgeoise ». A moi, dit-elle ? Elle ne veut pas non plus de brigade canine. S'il faut avoir une brigade canine à la porte pour pouvoir chanter, je fais de la peinture. C'était un concert à Toulouse, j'ai préféré y renoncer. »
Elle était dactylo bilingue à l'O.C.D.E. L'ambiance lui plaisait. Elle était une excellente dactylo, « pas une virtuose, mais j'étais très très bonne dactylo ». Mais il vint un moment où elle comprit de moins en moins « pourquoi les points virgules du conseil des ministres » qu'elle tapait, « le document tombe à cinq heures », étaient tellement top secret... On comprend qu'elle ait eu envie de se recycler.
Une semaine à là Contrescarpe et Colette entra à l'Olympia en avril 1963.« Robe violette qui prenait la lumière, c'est les mômes qui me l'ont fait remarquer à la sortie, moi je n'y avait vu que du bleu, cheveux rouges, oh là là, j'étais perdue... » Elle chantait avec Johnny et Sylvie. « Les idoles des jeunes, c'était sur l'affiche... Alors les mômes me prenaient pour une idole, ils voulaient des autographes et, devant ma "2 CV", ils ne comprenaient plus rien. Moi non plus. Johnny et Sylvie étaient d'ailleurs deux bons petits. On s'aimait bien, on s'estimait mutuellement. » Pleins feux dans « Paris-Presse », critiques partout, branle-bas de combat dans le show-biz, et puis ils décidèrent qu'elle n'était pas leur genre.
Elle a continué. Seule, désert total, faim. Et puis elle a « tout laissé de côté pendant quatre ans pour que les masses s'expriment » . Mais les militants l'ont « usée », dit-elle, à ce point que, aujourd'hui, elle est « heureuse d'être enfin imposable », Colette Magny qui chante « Un tout petit pachyderme de sexe féminin, ras la trompe ›. Trop voyante, sans doute, trop grande voix.
KATIA D. KAUPP
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31 janvier 1978 2 31 /01 /janvier /1978 23:00

Colette-MAGNY---Lille-1978.jpgArticle paru en février 1978 dans Liberté :

 

A l'affiche - Samedi 4 février salle de la Marbrerie : Forum et gala des travailleurs sociaux en lutte

 

Les collectifs d'animation de l'école d'éducateurs spécialisés (EES) de Lille et du centre de formation d'éducateurs (CFE) de Phalempin organisent (suite aux grèves menées dans leurs établissements) un forum sur le thème : Quel travail social ? Les luttes des travailleurs sociaux.

Ce forum débutera à 16h ensuite dès 20h gala avec : Colette Magny; Papinsky; Petitcollin; Jean Bodart; Cric, Allel et utfut; La Gayolle.

Salle des fêtes de la Marbrerie Fives-Lille le samedi 4 février.

PS : Pour contact Michèle Decoutray CFE Phalempin tél 90.25.16.

 

 

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1 décembre 1977 4 01 /12 /décembre /1977 10:59

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 Interview parue dans Canal n°10 de décembre 1977 :

 

Colette Magny présente jusqu' au 10 décembre un nouveau récital de chantons et une expérience sonore réalisée avec des enfants psychotiques.
A l'Elysée-Montmartre, 72 bd de Rochechouart, Paris 18.

 

J'accepte tout-à-fait d'être reconnue comme une chanteuse politique dans la mesure où une partie de mon répertoire s’en mêle et où c'est très important dans ma vie. N'importe quel évènement me met en branle sur ce qu'on appelle la politique, au sans large du Piscator. J'avais lu ça, et cela m’avait bien réconfortée : à savoir que la politique, c’est ce qui concerne la cité, tout le monde, la ville entière.

 

Et la politique au sens étroit du terme ?
Actuellement, tous les discours politiques m’emmerdent, qu’ils soient écrits ou parlés. Et pas seulement les discours du pou voir, ça ne serait pas grave, mais ceux de la gauche et de l'extrême gauche. En France, ce sont tous des pisse-vinaigre. De plus, sauf à l'extrême-gauche où ils sont plus sévères, ils se serrent tous la main. Je ne peux pas comprendre cela. Il n'y a rien : ni parti, ni groupe, ni mouvement qui puisse me donner l’envie de mourir avec eux contre les gens du capital. Je ne veux pas être un martyr, et c'est en effet sur ce point que l'on m'attaque. Il y a des gens, même des militants, qui attendent non pas de moi mais d’autres ; quelqu'un qui nous parlerait vraiment ! Moi aussi, j'attends cela. Mais c'est aussi facile d’attendre l'orateur splendide, ou l'oratrice, les mouvements extraordinaires où je vais pouvoir m'insérer comme un gros lapin. Je me dis : quel dommage que je ne sois pas Rosa Luxembourg. Je foncerais et je dirais : mes sœurs, mes frères,  mes camarades, debout !
Parce que le monde est insupportable ; on compose avec soi tout le temps, tous les jours, tous les matins. Face à n'importe quel événement, on devrait tous être dehors. Le Vietnam, le Chili, c'était des choses monstrueuses. Pourquoi n'étions-nous pas tous dehors, dans la rue, tous à hurler ?
Je voudrais savoir expliquer pourquoi il faut tous aller dans la rue, l’expliquer par des choses fortes et pas seulement avec l’émotion.

 

canal-4.jpgL’importance de la théorie est donc si grande !
C'est absolument nécessaire : de pouvoir théoriser, d'être capable de structurer une pensée. Même s'il faut que des gens comme moi se cassent la tête pour comprendre ce qui est dit. Il y a quelques années, j’ai rencontré un homme qui avait été très ému par Vietnam 67.Pourtant, quand on s'est mieux  connus, par la suite, il m'a dit « tu n'es qu'une sala bourgeoise, tu penses par ton ventre et la pensée, elle se trouve là : dans la tête». Et je me suis dit qu'il avait raison, «j'ai un déplacement d'organes ». Depuis, j'ai essayé de continuer à comprendre plus sérieusement. Dans mes chansons, plutôt que de partir sur le seul sentiment, j'ai essayé de me documenter. Il faudrait que je maîtrise mon émotion, que je la distille suivant l’utilité que ça peut avoir…Eh bien, je n’en suis pas capable !

 

Est-ce une position qu’on peut dire « morale » ?
Je ne veux pas avoir les mains sales, mais c'est une façon faible et individualiste de s'opposer au pouvoir. C'est pour ça que je ne suis pas «politique». La morale en politique, c'est mauvais signe. Il sera pendu l’homme moral, ou la femme morale. Et tant pis pour moi. Il faut être armé contre ceux d'en face, armé physiquement, matériellement, mais aussi théoriquement.

 

Une émotion demeure dans ton travail : cette réaction cette réaction tellement aigüe que tu as de vibrer à toute souffrance…
Ça, ça fait absolument toute ma vie. Par le fait d’avoir beaucoup souffert d'une différence dans mon enfance, dans mon adolescence. Maintenant, ça passe un peu. J'étais profondément humiliée, tous les jours, comme un travailleur émigré ; mais d'une autre manière, mais c'est pareil. Et chaque fois que cela se produit pour quelqu’un d’autre ça me remue les sangs.

 

Mais paradoxalement, cette souffrance chantée procure un espoir...
C'est ce qu'on m'a dit : certains sortent de mon spectacle épuisés, fatigués, mais pas désespérés. Au lieu de provoquer des suicides, j'ai davantage provoqué des adhésions au Parti communiste. C'est un exemple. Et puis il y a les déprimés qui écoutent mes disques ; peut-être parce qu'ils entendent quelqu'un d'encore plus malheureux qu'eux, ou dans le même merdier.

 

Entre le public et toi, c’est également une relation affective, d’émotion, même. Et ceux qui viennent te voir après le spectacle ?
Oui, c'est à cause de la voix, de la musique de la voix, de l'émotion. Il y a des militants qui se sont adressés à moi pour rencontrer la dame qui chante Village/visage, une chanson où justement je parle surtout de moi. Et c’est ça qui les intéresse. L'Émotion, j'en suis sûre, est accessible à tout le monde ; mais cet ami, dont je parlais, avec sa tête, il est furieux quand il est pris par l'émotion parce que ça brouille les problèmes.

 

canal-2Et toi, quand tu chantes ?
On dit que les planches nous brûlent.  C'est vrai, on est dans un tel état émotif qu'on décuple notre énergie. Charles Dullin arrivait dans son petit fauteuil ; il jouait sur la scène, après quoi il retombait dans son fauteuil. Mais c'est les gens qui nous la communiquent, nous la donnent cette énergie. Pendant le spectacle à la Cartoucherie, j’étais sous cortisone, sans force ; alors je leur ai dit : si vous ne me donnez pas d’énergie, je chanterai mal et ce sera votre faute. Tout le monde a ri et ils m’ont échangé leur chaleur.

 

Depuis plusieurs mois, les tours de chant sont plus fréquents qu’auparavant…
C’est une façon de me demander ce que je pense du show-business de gauche ? C'est ce que nous faisons, c'est vrai, moi et d'autres. Nous produisons un travail qui intéresse suffisamment de gens pour remplir une salle de telle ou telle dimension ; on est une marchandise et on se vend aux gens d’en face. Et une partie de ces gens, un pour cent, ceux qui exigent les concerts gratuits pour le peuple, se retournent contre nous. Mais je n’ai plus la force physique, à mon âge, de ne chanter qu’en circuit militant, c’est-à-dire, après huit heures de travail chaque jour, aller chanter.
Je me réjouis de voir mon public s’agrandir, d’avoir de plus en plus d’occasions de chanter. J’aime tellement chanter… Et puis je n’ai plus tellement d’années devant moi.

Tu passes à la télévision…
Ça va être un réconfort pour les grosses dames ; c’est un peu comme si un travailleur émigré passait à Antenne 2, aux informations. Il y a 10 ans, quand j’étais déjà passée à la télévision, des gens m’avaient dit que les grosses dames de France étaient rudement contentes ; maintenant, elles vont être épanouies qu’une encore plus grosse qu’elle passe à l’écran i dimanche après-midi! Mais c’est vrai, toutes ces télés, c'est suspect.  En toute sincérité, j’ai proposé un programme à Antenne 2, sûre qu’ils allaient refuser. Mais non, et c’est tout aussi claire qu’un refus : ils peuvent ainsi se dire ou se prétendre libéraux.
Que dois-je faire ? Je ne sais pas très bien, sinon que je me sens complètement désintéressée.

 

Entretien : Hélène Villers.


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Published by Pierre Prouvèze - dans Interview
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28 novembre 1977 1 28 /11 /novembre /1977 11:09

Article de Claude Fléouter publié dans Le Monde du 28 novembre 1977 :

Colette Magny, généreuse et fraternelle, est à l'Élysée-Montmartre jusqu'au 10 décembre, dans un spectacle sensiblement différent de celui qui fut présenté au Théâtre de la Ville en mars dernier.

D'abord seule avec sa guitare et ses grands cris de lutte et d'espoir, ses chansons-montages, ses chansons-tracts, ses chansons-enquêtes, ses chroniques qui parlent de la violence dans la société, d'une femme de mineur dans le Nord de la France au début du siècle, de la grève exemplaire d'un O. S. marocain, Colette Magny présente ensuite Mara, une autre femme auteur-compositeur-interprète au tempérament passionné, qui chante des drames encore récents de son pays, l'Espagne. Puis, accompagnée par Jean Bolcato à la contrebasse, par Gérard Marais à la guitare électrique et acoustique, par Christian Ville à la batterie et aux percussions et par Michel Kus à l'accordéon, Colette Magny offre des extraits d'une expérience sonore tentée avec des enfants psychotiques des Vosges, chante " Visage, Village ", d'après les peintures et les dessins de Monique Abécassis, sur une musique écrite par Léonardi.

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