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21 juin 1967 3 21 /06 /juin /1967 15:00

Article paru dans Le Monde du 21/06/1967 relayant l'appel d'écrivains et d'artistes :

Le comité Vietnam national, créé à l'initiative de MM. Henri Bartoli, Alfred Kastler, J.-P. Sartre, Laurent Schwartz et P. Vidal-Naquet, organise le 28 juin à 20 h. 30 au palais de Chaillot à Paris, une soirée artistique en faveur du Vietnam. Parmi les artistes qui viendront sur scène figurent Barbara, Raymond Devos, Maurice Fanon, Francis Lemarque, Hélène Martin, Monique Morelli, Mouloudji, Georges Moustaki, Marie-José Nat, Catherine Sauvage et Jean Vilar.

À l'occasion de cette manifestation, deux cents écrivains et artistes ont signé l'appel suivant:

" Tous les jours, à des milliers de kilomètres, la plus grande force militaire du monde attaque et bombarde le Vietnam.

" L'escalade est quotidienne. Nous refusons d'en prendre l'habitude.

" Nous nous élevons contre l'agression d'un petit peuple de paysans pauvres par une grande nation.

" Les accords de Genève prévoyaient des élections générales préalables à la réunification du Vietnam. Les États-Unis ont refusé de laisser se dérouler ces élections et donc de résoudre pacifiquement le problème vietnamien.

" Les États-Unis ont approuvé le verdict de Nuremberg établissant la définition des crimes de guerre. Ils violent chaque jour au Vietnam, par leurs bombardements et leurs actions militaires criminelles, la souveraineté du peuple vietnamien.

" La victoire des États-Unis menacerait tous les peuples dans leur indépendance et leur droit à disposer d'eux-mêmes.

" Il n'y a pas de juste milieu entre l'injustice et le droit, de compromis entre le bourreau et la victime.

" C'est pourquoi nous voulons affirmer clairement que la seule issue au drame du Vietnam est la reconnaissance absolue du droit des Vietnamiens à vivre libres chez eux et à décider eux-mêmes de leur destin.

" Cette reconnaissance implique l'arrêt des bombardements de la République démocratique du Vietnam, le retour chez eux des envahisseurs, la liberté pour le peuple vietnamien de réaliser lui-même l'objectif des accords de Genève : un Vietnam libre, uni, indépendant et pacifique. "

Ont notamment signé cet appel : les écrivains K. Axelos, Colette Audry, G. Balandier, S. de Beauvoir, B. Beck, J.-L. Bory, M. Butor, J. Cabanis, J. Cayrol, G. - E. Clancier, M. Duras, P. Emmanuel, C. Faux, J.-P. Faye, D. Fernandez, M. Foucault, P. Gascar. B. Gay-Lussac, J. - B. Goytisolo, J. Green, H. Guillemin, R. Jean, K. - S. Karol, M. Leiris, C. Magny, D. Mascolo, A. Memmi. R. Merle, A. Phillpe, A. Pieyre de Mandiargues, B. Pingaud, P. Prévert, C. Roy, N. Sarraute, J.-P. Sartre, J. Semprun, Vercors, M. Vianey, M. Zeraffa, et les artistes H. Aufray, J. Bazaine, Sophie Bedos, Loleh Bellon, S. Bourguignon, A. Bourseiller, P. Brasseur, P. Brook, A. Cuny. L. Daquin, P. Débauche, C. Deneuve, P. Dmitrienko, J. Effel, Max Ernst, S. Flon, H. Gignoux, William Klein, N. Louvier, Matta, S. Montfort. Y. Montand, M. Ohana, C. Otzenberger, R. Pic, M. Piccoli,

E. Pigon, A. Resnals. M. Riboud,

F. Rosay, M. Saint-Saëns, C. Sellers, Siné. H. Tazieff, A. Varda, Vasarely.

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1 juin 1967 4 01 /06 /juin /1967 20:24

  CM2.jpg

Critiques publiées au dos de la pochette :

 

"... On a assez dit et répété que Colette Magny est la seule chanteuse française (voire européenne) de blues. C'est vrai. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que Colette Magny est en avance sur tout le monde en ce qui concerne la recherche musicale, la création d'un climat sonore... Elle est vraiment, à l'heure actuelle, la chanteuse qui va le plus loin dans le domaine de la recherche et de la qualité..." (Diapason)

 

"... Dans cette musique de science-fiction, ou plutôt de demain, elle introduit d'abord sa voix qui, déjà singulière, prend ici toutes les colorations, comme ces instruments classiques auxquels le jazz arrache des expressivités nouvelles. Cette voix torturée dit des mots, des pensées, des poèmes... Une oeuvre déroutante mais puissante..." (Panorama chrétien)

 

"... C'est vraiment un cas. Il fallait qu'elle existe pour que notre petit monde à chansons "poétiques" puisse voir que sa pendule retarde..." (Le Figaro)

 

"... Elle seule est capable de nous proposer des textes aussi prenants et de les chanter de son admirable voix profonde..." (L'Humanité)

 

pochette-Vietnam67-dos.jpg 

"... Que tout cela est beau, parce que derrière ces mots parfois féroces, il y a une infinie tendresse, un grand amour de tout ce qui vit, de ce qui souffre, peine, mais aussi espère. Avce un poème de Victor Hugo, Colette Magny "voit des pleurs sur les fleurs", avec Maïakowski, elle "chante la puissance de l'avenir", puis sur une chanson composée de citations de Lénine et Tchékov, "quand je vois le printemps, je désire vraiment que dans l'autre monde il y ait un paradis". D'autres citations mises au bout les unes des autres se transforment en un hymne à la paix, pour "ces idées qui changent le monde et viennent sur des pattes de colombes". On comprend mieux à l'entendre pourquoi Colette Magny est boycottée sournoisement ou certaines chansons interdites sur les ondes... Chansons intellectuelles que tout ceci ? Ce ne sont pas les refrains de tous les jours, mais il suffit de les écouter pour les aimer. Elles parlent au coeur..." (Liberté Lille)

 

 

 

 

dédicace-copie-1"... Une voix très étrange qui monte de loin, des grandes émotions cruelles, des premières douleurs... Une voix basse et virile et soudain ces accents sont noyés dans les tendresses voilées, les douceurs frêles, tendres, doucement modulées par le souffle... A mon sens elle reprend (et elle est seule à le faire) la tradition des colporteurs qui chantaient les faits divers sur le mode de la complainte. Des phrases du journal, des mots d'enfants entendus dans un jardin, des citations empruntées à ses lectures, la lettre d'une vieille paysanne à sa petite fille racontant ce qui se passe à la ferme, sont pour elle la voix d'une chanson tout auntant qu'un poème d'Essenine ou de Maïakovski. Il y a là un art extraordinaire de ce qu'on pourrait appeler le "blues politique", art qui, bravant toutes les conventions mièvres, donne de la chair vive à la chanson... (Le Progrès Lyon)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Guillaume Chapheau - dans Critiques disques-spectacles
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18 mars 1967 6 18 /03 /mars /1967 15:02
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1 juin 1966 3 01 /06 /juin /1966 16:24
Article paru dans Jazz Magazine de juin 1966 :

Jean-Robert Masson répond à une lettre de Colette Magny :
Le compte rendu du "Jazz Meeting" de la Mutualité que j'avais donné aux Lettres françaises et que Jazz Mag a repris le mois dernier, sur la demande amicale de son rédacteur en chef, m'a valu de Colette Magny cette missive :

   « Je tiens à vous préciser que je ne suis pas une vedette, mais une artiste. Le music-hall m'ignore (récemment Bobino, programme Mouloudji) parce que je refuse d'amputer mon répertoire des quatre chansons que, peut-être, vous avez entendues à la Mutualité. Vous pouvez ne pas aimer ma voix et ma manière de chanter, mais je suis une chanteuse de jazz. J'ai toujours refusé de « faire des adaptations » des thèmes classiques que j'interprète. Vieux style, c'est entendu. Quant à Bernard Vitet et  Jean-Louis Chautemps, ils ont participé, sans en paraître déprimés, à l'avant-dernier disque que j'ai enregistré avec Francois Tusques : CBS EP 6008.
   « Si un jour vous écoutez l'enregistrement (que je viens de terminer pour Mouloudji, Avec, vous comprendrez peut-être alors que le sens de mon travail évolue vers des recherches très éloignées des préoccupations d'un artiste de music-
hall. N'est pas Bob Dylan qui ne saurait le vouloir.
   « Par ailleurs, je constate que vous avez complètement passé sous silence le grand orchestre « free jazz ». C'est
pourtant un événement. Les musiciens — français et bêtement blancs — sont écœurés. Quant au C.A.S., les militants
se sont donné beaucoup de mal — vous pouvez comprendre que le ton de votre « papier » ne leur a pas fait plaisir.
Désolée, Colette Magny.  »
   Trois fois mis en cause sur trois questions différentes, je vais donc trois fois répondre, en commençant par la fin.
   1) Les militants du Comité d'Action du Spectacle, je n'en ai jamais douté, ont donné de leur personne pour organiser cette soirée. Mais toute la peine que requiert une entreprise maladroitement engagée, exposée, par son principe même, aux dangers de la confusion des genres, des idées et des valeurs, ne saurait contrebalancer l'échec, inévitable et prévisible, qu'elle façonne de ses propres mains. A moins d'en appeler à une éthique de la. B.A., la bonne volonté militante, en politique et en jazz, n'est pas, ne peut pas être, une fin en soi ni la caution d'un acte nécessairement réussi. Elle se doit d'être critiquée si, comme ce fut le cas l'autre soir, elle patauge dans l'inefficacilé et dessert, la cause qu'elle est censée défendre. Des amis, plus pointilleux que les animateurs du C.A.S. sur ces problèmes d'action politique, ont jugé de la même manière. L'affaire me paraît entendue.
   2) C'est, en effet, volontairement que je n'ai rien dit de l'exhibition « free jazz » du grand orchestre de François Tusques. J'ai toujours estimé que devant un mauvais film, un mauvais livre, un mauvais disque, le silence est préférable à un inutile, éreintement. Mais, puisqu'on m'y force, je préciserai ceci : l'improvisation qu'ont ébauchée Tusques et ses camarades tenait, d'une farce pas même joyeuse, qui se situait aussi loin de l'authentique jazz « free » que peuvent l'être, l'un de l'autre, Willy Rozier et Jean-Luc Godard. Et qu'on ne vienne pas m'assener la rengaine : sous peine d'être accusés de forfaiture, nous devons, nous les critiques, encourager, soutenir, célébrer, exalter chacun des gestes, chacune des esquisses créatrices de nos compatriotes. De cette autosatisfaction, béate et stupide, de ce conformisme stalinien, le jazz français a failli crever et je ne suis pas sûr qu'il s'en soit tout à fait guéri. J'ajouterai que la trajectoire personnelle de certaoins des musiciens de l'orchestre Tusques -nous tairons charitablement les noms-donne plutôt à rêver : hoppers endurcis à l'époque où Miles Davis venait de graver les séances "Prestige", apôtres résolus du soul quand les Messengers et Cannonball Adderley faisaient recette, les voici aujourd'hui bruyants porte voix d'un jazz qu'ils imaginent libre parce qu'ils copient, avec quelques années de retard, l'esthétique du double quartette d'Ornette Coleman. Le désir effréné d'être "dans le vent" oblige, semble-t-il, à de bien étranges métamorphoses...
   3) Colette Magny ne veut pas qu'on l'appelle, comme je l'avais écrit, « une estimable vedette du music-hall ». Elle
revendique pour son art une spécificité jazziste que nous découvrirons, vous et moi, je l'espère, à l'écoute des disques
qu'elle nous signale. Les lecteurs de Jazz Magazine ont maintenant en main les pièces du dossier. Chacun jugera
selon  ses  préférences.  Après tout, Colette Magny, chanteuse de jazz, pourquoi pas ? —- J.-R. M.


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Published by Pierre Crépon - dans Critiques disques-spectacles
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1 mai 1966 7 01 /05 /mai /1966 16:46
Critique parue dans Jazz Hot de mai 1966 :

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Le 29 mars, en plus du trio d'Oscar Peterson à Pleyel et des Rolling Stones à l'Olympia, on pouvait assister à Paris au Jazz Meeting organisé à la Mutualité par le Comité d'Action du Spectacle. Au dernier moment, la participation américaine s'était démise, sans doute à cause de certaines pressions. On put tout de même apprécier Colette Magny, Claude Nougaro (ces artistes se produisirent bénévolement), ainsi que le grand orchestre de François Tusques (ci-dessus) groupant des jazzmen réputés qui se défoulèrent sur une œuvre Intitulée « Hiroshima ». Une impression de désastre qui fut fort bien rendue par l'orchestre et ressentie par la salle.

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Published by Pierre Crépon - dans Critiques disques-spectacles
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1 mai 1966 7 01 /05 /mai /1966 07:47

Critique parue dans Jazz Magazine de mai  1966 :

Jean-Robert Masson, spectateur du Meeting de la Mutualité (29 mars) raconte ce qu'il a vu.

Tendues a l'arrière-scène, deux longues banderoles aux lettres rouges et noires : « Paix au Viêt-nam, égalité raciale aux Etats-Unis ». Le  « Jazz-Meeting » qu'organisait, mardi soir à la Mutualité, le Comité d'Action du Spectacle, se voulait à l'origine un acte politique. Comme le précisait l'un des responsables, ce devait être un geste de « solidarité avec les différents courants libéraux et pacifistes de l'opposition américaine », une dénonciation du « génocide vietnamien » et de « la politique d'ingérence américaine dans l'évolution des pays d'Amérique latine, d'Afrique et du Sud-Est asiatique ».
Mais les intentions, si justifiées soient-elles, manquent parfois à déterminer les faits. La soirée du C.A.S., il faut le dire, fut un demi-échec — et pour des raisons qui ne sont pas toutes imputables à ceux qui l'ont conçue et réalisée. Ainsi les musiciens américains qui figuraient à l'affiche refusèrent-ils tous (leurs motifs semblent complexes et contradictoires) de participer à une manifestation qui les concernait pourtant au premier chef. On a longuement commenté entre deux levers de rideau, cette surprenante et massive abstention. Un tract de dernière heure dénonçait les pressions exercées par l'ambassade sur ses ressortissants. Un orateur voulut faire comprendre la prudence subite, tactique, d'une petite colonie d'artistes vivant a l'étranger et soumis à chantages policiers... Il ne nous appartient pas ici de discuter de tout cela.
Nous voudrions, en revanche, relever le danger d'un confusionisme que la soirée dle mardi vint illustrer de manière parfois cruelle. Une chose est de se solidariser avec les causes justes, les "combats sacrés", autre chose chose de traduire cet acte de solidarité sur le plan du spectacle (et plus particulièrement sur celui de la musique), autre chose enfin, de vouloir que se rejoignent, en une illusoire synthèse, action politique et action artistique. Suffit-il de chanter les horreurs de la guerre, l'angoisse de l'ère atomique ou les bienfaits futurs de la fraternité universelle, la main sur le cœur et d'une voix qui dépassa, chez certains, les bornes du ridicule, pour exorciser les horreurs de la guerre et le péril atomique, hâter l'avènement de la fraternité universelle ? Beaucoup en sont venus à le croire, qui accordent à la chanson "engagée" une valeur quasi mystique. Mais n'est pas Bob dylan qui veut. Et la réalité de toute manière échappe à ces simplifications rythmées. Au reste, personne n'a dû s'y tromper. Une distance infranchissable séparait (et il est dans la nature des choses que cette distance demeure infranchissable) la gravité des causes évoquées — la paix au Viêt-nam, l'égalité raciale aux Etats-Unis — et l'aspect anecdotique, fragmentaire, technique du « divertissement » qui nous était donné à entendre.
Il y eut aussi quelque abus dans la prétention de faire endosser au jazz la paternité de honteux bâtards. Le vrai jazz — celui d'un Jean-Louis Chautemps, d'un Bernard Vitet — dut partager la scène avec d'estimables vedettes du music-hall — Colette Magny, Claude Nougaro — et quelques pitres dont la présence à la Mutualité fut un scandale. Ce mélange désastreux des genres ne pouvait qu'aggraver le malentendu théorique. Il s'aggrava.
Au moins, Jean-Louis Chautemps, pendant le court quart d'heure qu'il joua, effaça-t-il nos réticences, pour nous faire accéder au cœur de cette question que le jazz d'aujourd'hui inlassablement, se pose. Admirable musicien, qui continue droit son chemin, près de l'ombre conjointe, obsédante, d'un Sonny Rollins et d'un John Coltrane. Mais après avoir ravi à l'un sa frénésie autodestructrice et, à l'autre, sa hantise de la pure magie sonore, Jean-Louis Chautemps achève de se dégager de trop étroites dépendances. En dépit de son paradoxal détachement, le musicien français le plus prodigue de soi, a montré, mardi, que le salut était possible, hors la présence des maîtres, à qui osait, ainsi que le recommandait Stendhal, sentir ce qu'il est. Un précepte d'où sont nées, en définitive, quelques révolutions. — J.-R. M.

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29 mars 1966 2 29 /03 /mars /1966 14:56

Annonce de spectacle publiée dans Le Monde du 29 mars 1966 :


Le Comité d'action du spectacle organise le mardi 29 mars, à partir de 20 h. 30, à la Mutualité, une soirée de jazz au profit des militants intégrationnistes américains et pour la paix au Vietnam. Au programme : Mezz Mezzrow, les trios de Ron Jefferson, Art Simmons, Michel Sadarby, Lou Bennet, Kenny Clarke, Johnny Griffin, Jean-Louis Chautemps, ainsi que Craeme Allwright, Margee Mac Glory, Trudy Peters, Colette Magny et Claude Nougaro. Le prix des places est fixé à 12 F (10 F pour les étudiants, et 6 F pour les adhérents).

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5 décembre 1965 7 05 /12 /décembre /1965 20:15

Article de Catherine Turlan paru dans "L'action" en décembre 1965 :

A la Mutualité Léo Ferré et Colette Magny

Léo Ferré s’était déjà imposé dans la chanson politique en interprétant Aragon, mais c’est l’auteur-compositeur qu’une salle enthousiaste accueillait avec ferveur au cours d’une soirée organisée par l’A.L.I.J. le mercredi 1er dé­cembre à la Mutualité. De façon paradoxale, Ferré, qui n’a plus à conquérir personne et connaît depuis longtemps un succès sans précédent dans la chanson dite « non commerciale », n’a jamais fait tant de concessions au public.

En premier lieu dans la présentation, tout est mis en œuvre pour « plaire » : jeux de lumière, allant jusqu’au ridicule lorsque pour accompagner « Thank You Satan », une rampe lumineuse s’allume sur la scène à intervalle régulier ; gestes savamment étudiés, mais (Ferré n’ayant rien du gymnaste) dont l’effet relève d’une grandiloquence facile et parfois ri­dicule. Le chanteur ne recule devant au­cun « truc » pour séduire le public : clins d’yeux, mimiques expressives, salut à la de Gaulle, etc.

Cette mise en scène soutient un texte à prétentions anarchistes mais que les fréquents jeux de mots, calembours, parenthèses et interpellations apparentent davantage au style «chansonnier». L’imposture est d’abord dans la forme : l’interpellation, loin de réveiller le public tend, au contraire, à l’endormir dans une complicité satisfaite. Au lieu de faire remonter les accusations à leur véritable origine, Ferré attaque le spectateur abruti par la télévision, l’admirateur inculte de Johnny Halliday, l’homme moyen qui « a payé » pour vivre cette vie absurde et menacée, toutes critiques qui visent un tiers absent… et invitent au rire facile un public qui n’a évidemment rien à voir avec ces gens…

Le contenu des chansons de Ferré se révèle illusoire et mystificateur ; ainsi la grotesque et révoltante glorification de l’amour mis en regard de la bombe qui peut bien éclater, puisque « nous deux » resterons tendrement unis envers et contre tout ; de la même façon mes- quine, Ferré ramène tout dans « Les temps modernes » à quelques irritations personnelles.

Sans avenir et sans ouverture, la critique de Léo Ferré se ferme sur elle-même, sur ses sarcasmes amers et limités.

Aux procédés démagogiques de Ferré, appose l’éclatante sincérité de Colette Magny. Avec elle, aucun jeu de scène, d’effets de lumière, ni de saluts intempestifs. Le plus souvent immobile, et même dressée face au public pour un affrontement, elle semble ne vouloir communiquer avec lui que par la voix et le contenu du message qu’elle apporte. Magny ne cherche pas à arracher l’adhésion du public par des détours, elle l’invite à réfléchir, elle développe dans des rythmes sobres une pensée. Elle lance un thème, par exemple : « Gens de la moyenne, pensez-y, sans vous on ne peut rien du tout », et l’enrichit à chaque couplet d’éléments nouveaux qui l’éclairent, le renforcent, lui donnent un poids irrécusable. Dans Le Mal de vivre, la pensée politique se ramasse dans un cri net, « Un grand espoir c’est Cuba », vers lequel convergent les évocations successives des réalités révoltantes du monde ( « Les chiens mordent toujours en Alabama », « La prison et le garrot tuent au pays de Goya », « L’ONU et les grands chefs d’Afrique, ils ont laissé tuer Lumumba »). A l’inverse de Ferré, lorsqu’elle part d’un fait individuel (« Un jeune homme de 18 ans s’est suicidé ») l’élargit aussitôt à des dimensions universelles. La critique brûlante de Colette Magny oblige à la réflexion objective, ouverte sur une action.

L’accès à une jeunesse qu’on veut politiser pourrait, entre autres, passer par la chanson - à condition que celle-ci ne demeure pas le monopole des commerçants, cabotins, braillards, faux anars, bohèmes de luxe et tutti frutti… Les Américains, comme souvent, ont montré la voie, lorsque les chanteurs beatniks, Bob Dylan en tête, se sont dressés contre la guerre du Vietnam. Avec quelques autres, tels Claude Vinci, Jean Ferrat, Jacques Douai, Monique Morelli, etc… Colette Magny enrichit la chanson de fécondes résonances politiques.

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Published by Jean-René Chauvin - dans Critiques disques-spectacles
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3 décembre 1965 5 03 /12 /décembre /1965 15:51

Article de Claude Fléouter paru dans Le Monde du 3 décembre 1965 intitulé "Léo Ferré à la Mutualité" :

Ce n'est pas leur premier meeting à la Mutualité. Chaque fois, dans l'enthousiasme, ils manifestent en faveur de la chanson, celle des poètes. Ceux-ci pour un soir viennent retrouver le plus merveilleux public qui soit et donnent le meilleur d'eux-mêmes.

Mercredi encore, ils étaient plusieurs milliers d'étudiants venus entendre Henry Gougaud, Colette Magny et Léo Ferré.

C'était un peu la rentrée de Ferré, que nous avons retrouvé avec toute sa virulence, avec ses mots simples qui frappent comme une massue et déversent une cascade d'émotions. Et l'on est entré comme avec un plaisir nouveau, dans la confidence d'un poète populaire qui chante la " reverdie ", l'espérance du lendemain, l'amour partagé et la robe de quatre sous...

Colette Magny, c'est d'abord une merveilleuse chanteuse de blues qui rejoint la tradition de Bessie Smith; c'est aussi un poète anarchiste qui chante selon les impulsions de son cœur. Elle raconte des histoires vécues, elle parle de l'injustice, des chiens qui mordent les Noirs en Alabama, de la mort de Lumumba et du péril atomique. Grâce à un sens étonnant de la musique de jazz et du blues, elle conquiert son public.

Henry Gougaud nous parle du " mal blanchi " et du " mal noir qui a vu le temps des cerises " ; c'est la révélation de l'année : il chante ses émotions dans de parfaits petits joyaux ; il s'affirme comme un disciple attachant de Brassens et Jean Ferrat.

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3 février 1965 3 03 /02 /février /1965 16:01

Article de Claude Fléouter intitulé "Léo Ferré à la Mutualité" paru dans Le Monde du 3 décembre 1965 :

Ce n'est pas leur premier meeting à la Mutualité. Chaque fois, dans l'enthousiasme, ils manifestent en faveur de la chanson, celle des poètes. Ceux-ci pour un soir viennent retrouver le plus merveilleux public qui soit et donnent le meilleur d'eux-mêmes (1).

Mercredi encore, ils étaient plusieurs milliers d'étudiants venus entendre Henry Gougaud, Colette Magny et Léo Ferré.

C'était un peu la rentrée de Ferré, que nous avons retrouvé avec toute sa virulence, avec ses mots simples qui frappent comme une massue et déversent une cascade d'émotions. Et l'on est entré comme avec un plaisir nouveau, dans la confidence d'un poète populaire qui chante la " reverdie ", l'espérance du lendemain, l'amour partagé et la robe de quatre sous...

Colette Magny, c'est d'abord une merveilleuse chanteuse de blues qui rejoint la tradition de Bessie Smith; c'est aussi un poète anarchiste qui chante selon les impulsions de son cœur. Elle raconte des histoires vécues, elle parle de l'injustice, des chiens qui mordent les Noirs en Alabama, de la mort de Lumumba et du péril atomique. Grâce à un sens étonnant de la musique de jazz et du blues, elle conquiert son public.

Henry Gougaud nous parle du " mal blanchi " et du " mal noir qui a vu le temps des cerises " ; c'est la révélation de l'année : il chante ses émotions dans de parfaits petits joyaux ; il s'affirme comme un disciple attachant de Brassens et Jean Ferrat.

(1) Prochain spectacle le 10 décembre, avec Hélène Martin, Guy Bedos et Mouloudji. S'adresser à l'A.L.I.J., 50, rue Jacob, Paris (6e)

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