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5 décembre 1969 5 05 /12 /décembre /1969 17:47
Faire carrière, avoir du succès, plaire : je m'en fous !

Interview du JT de Montpellier :

Colette Magny, ce n'est plus Melocoton et pourtant ce que vous venez de chanter s'en rapproche.

Non, non, non. Ça c'est une idée publicitaire des journaleux.

Ce n'est pas gentil "les journaleux".

C'était des journaleux car le journaliste avait fait un article sérieux sur mon travail et avait pris la peine de m'appeler pour s'excuser du titre fait par le rédacteur en chef : "L'Ella Fitzgerald blanche" ! Grosse dame noire, grosse dame blanche chantant en anglais : et voilà c'est la même chose. Et bien non. Je n'ai ni la maîtrise vocale d'Ella Fitzgerald, ni son répertoire. En plus, je ne suis pas une chanteuse de blues. Une chanteuse de blues, ça improvise. Et je peux vous donner un exemple, je commence seulement après 7 ans de travail d'improviser sur des toiles de jeunes peintres.

Pourquoi chantez-vous ?

Par passion. Je me suis embêté pendant 17 ans dans un bureau. Faire des compromissions, des concessions, tous ces machins là, ça ne m'intéresse pas. Faire carrière, avoir du succès, plaire, tout cela, je m'en fous. Ce que je veux, c'est m'exprimer et avoir un dialogue avec les gens que ça peut intéresser. Un dialogue au niveau le plus profond. Ce n'est pas facile. J'ai participé par erreur, l'ORTF m'a engagée sûrement au festival international de variétés de Rennes. A Rennes, il y a peu de manifestations artistiques. Pendant trois jours, les gens ont pris des billets et ils s'enfilent tout ce qui passe. Et moi je suis arrivée comme une grosse tache là dedans, avec des chansons d'actualité politique et des exercices de musique contemporaine que je fais maintenant. Ça gueulait dans la salle. Il y en a qui disait : 'Ouh sortez la". Et il y en a qui était pour : "Bravo, merci madame..." Ça paraissait bizarre à côté de la connerie tout ce que l'on passe à la télé, à la radio qui est un zinzin immonde. Ce qui fait que ce je fais peut paraître inhabituel. A Rennes, il y avait une scène divisée. Rien de mieux, rien de plus merveilleux : que les gens s'expriment ! Quand je chante pour les étudiants, ça se termine avec les discussions politiques, avec tous les chefs des groupes ou groupuscules qui savent causer et noyauter les autres. Les gens timides ne parlent jamais.

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1 octobre 1969 3 01 /10 /octobre /1969 15:50

CCPP-1969.jpgExtrait de "Culture en trois-huit - Pol Cèbe, une mémoire militante 1959-1968" - Les Cahiers des amis de la maison du peuple et de la mémoire ouvrière de Besançon, n°7, octobre 2009 :

 

extraits p. 153-154 :


Mai 1968 - Le 1er mai en chansons
Le CCPPO avait décidé de célébrer la fête des travailleurs par un nouveau spectacle au Théâtre municipal.
Au programme, Les ballets tchèques Skoda, et Colette Magny.
Colette nous avait fait savoir qu’elle voulait profiter de son passage à Besançon pour discuter avec les militants CGT de Rhodia.
Nous l'accueillons avec Yoyo et Geo Binétruy. Elle veut que nous lui parlions de notre grève, de nos problèmes et puis elle nous demande ce qu’elle peut faire pour nous.
Depuis, Colette est devenue une amie, mais ce jour-là elle n’était encore pour nous que la grande chanteuse dont Yoyo connaissait les disques par cœur. C’était déjà tellement extraordinaire de l’avoir en face de nous que nous ne pouvions pas espérer qu’en plus elle nous demanderait des conseils avec cette soif de comprendre et surtout cette sorte d’humilité qui est la forme supérieure de l'honnêteté intellectuelle, et qui fait tellement défaut à ces « communistes » qui vont en ligne pourfendre les organisations ouvrières, incapables qu’ils sont d'accepter autrement que dans l'abstrait (et dans les salons) que la classe ouvrière soit dirigée par les cadres qu’elle se donne.
Colette ne nous demandait pas du tout ce qui pourrait nous faire plaisir, mais bien de quelle façon elle pourrait prendre place dans notre combat.
Question vaste à laquelle nous n’avons pas encore répondu et qui reste depuis un an au centre de toutes nos discussions et nos correspondances.
Cependant, ce jour-là, nous disons à Colette que nous aimerions entendre sa voix chanter nos petits problèmes.
Nous lui expliquons que nous aimerions aussi pouvoir consacrer beaucoup de place aux problèmes du Viêt-nam ou de la révolution cubaine dans notre notre presse, nos tracts, mais que nous avons tant à nous préoccuper de nos revendications  immédiates de salaires, de conditions de travail et de vie, et que notre combat de chaque jour, s’il n’est pas très glorieux, mérite peut-être d'être quelquefois mis en chanson.
Notre soirée Premier Mai  fut un gros succcès populaire et un mois plus tard Colette nous téléphonait pour nous dire qu'elle aimerait revenir à Besançon chanter pour les grévistes avec Francesca Solleville.

extraits p 174-175 :

 

CCPO-livre-d-or-p149.jpgColette Magny et Francesca Solleville nous ont téléphoné qu'elles voulaient venir à leurs frais pour les grévistes de Besançon.
Dans le combat que nous menons ensemble, ouvriers, étudiants, enseignants, les artistes ont pris leur place.
[...]
La culture populaire aujourd'hui ce n'est pas le billet à tarif réduit pour l'ouvrier, c'est la lutte des travailleurs et son expression, que ce soit dans un meeting d'entreprise ou ici.
Colette Magny et Francesca Solleville ont voulu être ce soir avec vous non pas en vedettes, mais en camarades.
Tout ce que, depuis des semaines, nous ressentons au plus profond de nous-mêmes, Colette et Francesca sont venues nous le traduire; écoutons leur chant de fraternité, de lutte et d'espoir, c'est le nôtre".
Plus de 1500 travailleurs en grève entendront ce soir-là Colette Magny et Francesca Solleville.

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1 juin 1969 7 01 /06 /juin /1969 13:21

maudite.jpgInterview parue dans Rock & Folkn°29 du 01/06/1969 :

— « Melocoton », je ne la renie pas; je l'ai écrite, d'accord, mais ça me fait mal au ventre de savoir que les radios  passent de moi cette seule chanson qui ne correspond plus du tout à ce que je fais à présent. J'ai fait des progrès depuis!
— Dans la mesure où les gens ne connaissent qu'une chanson de vous, ils vous consomment, comme tant d'autres?
— Oui, exactement. Mais je ne peux leur on vouloir; je n'en veux d'ailleurs à personne: en somme, j'emmerde le système et il me le rend bien, c'est tout ! »
Ainsi parle Colette Magny. Nous l'avons rencontrée il y a quelques semaines au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles oùelle présentait un très curieux montage sonore consacré au mois de mai 68 à Paris. Il fallait donc s'expatrier un week-end pour entendre parler de la poussée révolutionnaire française. La première partie du programme consistait en un récital de l'ami Julos qui, accompagné par Didier Levallet à la contrebasse, triompha devant son public. Car Beaucarne est prophète en son pays, et c'est tant mieux. La matière choisie par Colette Magny et sa présentation sans artifice, très anti-commerciale allait rendre la seconde partie quelque peu houleuse...
COLETTE MAGNY: Je présente ici un spectacle en trois séquences. Première séquence: diffusion d'une bande magnétique enregistrée au mois de mai dernier dans les rues de Paris, par William Klein et Chris Marker; deuxième séquence: j'interprète quatre ou cinq chansons (cette limitation est voulue) ; troisième séquence : un jeune comédien de mes amis, Marcel Tassimot, dit des poèmes de Bertold Brecht.
ROCK & FOLK : On dit qu'en France, vous êtes absolument censurée avec ce spectacle ?
C. M.: Non, pas absolument; j'ai quand même pu le faire trois fois chez nous : à Lyon, à Saint-Ouen, et dans une petite
salle de Paris. Dans le dernier cas, j'ai eu l'impression d'avoir été méchamment  sabotée, néanmoins j'avais eu l'autorisation. Les gens n'ont pas tellement apprécié ce spectacle parce qu'ils venaient pour me consommer. Vous savez, le genre: «Je vous connais par vos disques, je veux vous entendre chanter ». Or. dans ce spectacle, je ne chante pas (ou presque) ; je me démystifie. Alors, les gens ne suivent plus.
R. & F. : Vous chantez depuis...
C. M.: ...1963. Mes débuts professionnels remontent à 63. Avant de chanter, j'avais été dix-sept ans fonctionnaire à l'O.C.D.E.
R. & F.: Qu'est-ce qui vous a poussée vers la chanson, alors ?
C. M.: Je ne voulais pas attendre d'avoir soixante-dix ans pour m'exprimer. Et la chanson a été mon mode d'expression à moi. La chanson en général, du reste, ne m'intéresse pas. Je n'écoute pas les autres chanteurs, ou alors une fois de temps en temps pour faire plaisir à des amis. Actuellement, je m'intéresse de plus en plus à des activités comme le théâtre ou l'opéra moderne. Pour moi la chanson n'est pas une fin en soi,
R. & F. : Et les journaux ?
C. M. : A l'époque où la presse avait attiré sur moi l'attention du grand public (idiotement d'ailleurs, cf. titre de « France-Dimanche »: « L'Ella Fitzgerald française »...), on a voulu absolument me faire passer et repasser à l'Olympia. Par quatre fois. « France-Dimanche » est revenu à la charge. Finalement, j'en avais marre, un jour un ami me donne l'idée suivante : « Au prochain coup de téléphone, tu les menaces; tu leur dis que s'ils ne te foutent pas la paix tu leur envoies ton tueur ». Ils ont rappelé, je leur ai dit ça au téléphone : « Ne publiez plus rien sur moi, ou je vous envoie mon tueur ». Je n'en ai plus jamais entendu parler ».
JACQUES VASSAL.

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1 mai 1969 4 01 /05 /mai /1969 17:51

à la maison de la culture de Grenoble

La poésie parmi nous, le 1er mai 69
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20 mars 1969 4 20 /03 /mars /1969 16:03

combat.jpgArticle (extrait) paru dans Combat n°12 du 20/03/1969 :


On sait quel effort produit le Théâtre de la Communauté, dirigé par Roger Delaybe, afin de présenter à un public populaire, au Centre culturel de Seraing, 44, rue Renaud Strivay, des spectacles de grande qualité. Ces jeudi 20 et mardi 25 mars à 20 heures - dans le cadre de cette politique de véritable promotion culturelle - ont été programmées successivment une soirée dramatique et une soirée de chanson française qui, toutes deux, promettent d'être vraiment intéressantes.

[...]

COLETTE MAGNY
Mardi, en collaboration avec la Jeunesse de la chanson, la Communauté offrira à son public un nouveau spectacle de chanson française. Quand on sait combien les précédentes expériences en la matière furent de parfaites réussites, nul doute qu'une fois encore nous ayons droit à un régal en guise de récital ainsiq eu ce fut le cas antérieurement à Seraing avec des artistes ayant pour nom : Barbara, Fanon Maurice, Ferré Léo, Hustin Jacques (qui vient -seul dans notre pays avec Jacques Brel- de recevoir un des Grands Prix de la Chanson française décerné par l'Académie Charles Cros), Leclerc Félix, Mouloudji, Sauvage Catherine, Sylvestre Anne, etc...
En première partie du programme, nous entendrons cette fois Jules Beaucarne, bien connu non seulement dans les cabarest de style "rive gauche" mais aussi notamment dans les maisons de jeunesse.
Ett en vedette, on nous présentera pour la première fois, à notre connaissance, en Wallonie une chanteuse qui évoquera entre autres dans ses interprétations, les évènements de mai : Colette Magny.
Vous ne la connaissez pas ? Voici alors comment nous la présente un hebdomadaire connu pour sa rigueur de jugement "Les Lettres Françaises" :
"Que Mme Colette Magny n'est-elle née aux Etats-Unis, elle serait aujourd'hui une des premières du monde, et les ponts d'or qu'on jetterait par dessus l'Atlantique pour qu'elle vienne se faire entendre en France rendraient jalouse la Callas elle-même ! Mais cette prodigieuse voix a le tort d'être française, handicap insurmontable dans un pays sensible, avant tout, à l'exotisme. Il faut dire aussi que Mme Colette Magny ne se contente pas de chanter pour le plaisir de se faire entendre : elle a à dire. Et son répertoire est l'un des plus difficiles qui soient. Réaliste, poétique ou politique, il reste toujours de la plus exceptionnelle qualité. Quant aux musiques qu'elle compose, il y a beau temps qu'on les a situées, à l'avant-garde de la recherche et il faudrait être vraiment sourd pour rester indifférent au climat qu'elles créent, ou bien soit pour ne pas s'en émerveiller."
Ajoutons à ces propos deux extraits de textes de chansons écrites par Colette Magny, en espérant que cela achèvera de vous convaincre de la nécessité d'aller passer une excellente soirée au Centre culturel de Seraing, ce mardi. Voici un passage de "Qui reste au coin du feu quand la lutte commence" :
"Et laisse d'autres défendre sa cause,
"Qu'il prenne garde, car
"S'il n'a pris part à la lutte,
"Il luttera pour la cause ennemie
"Il n'échappera même pas
"A la lutte en voulant l'évitant, car
"Il luttera pour la cause ennemie
"Celui qui n'a pas lutté pour la sienne."

Et, enfin, tiré de "Chanson grave (pour se donner du courage)", citons :
"Nous ne voulons plus de Nous
"Enfants du Pouvoir
"Nous sommes sans visage
"Il décide. Nous frappons. Qui tombe ?
"Nous disons : "Chère nous est la liberté"
"Nous parlons, la porte se ferme.
"C'était hier.
"Aujourd'hui nous arrachons nos vieilles peaux
"Fils de cadavres
"Nous n'enfanterons pas des assassins
"Non ! nous disons non !
"Et la porte s'ouvre au grand consentement."

 

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Published by Pierre Prouveze - dans Critiques disques-spectacles
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19 février 1968 1 19 /02 /février /1968 17:32

Première page du programme dédicacé par John William :

 

Concert-Lille.jpg

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1 janvier 1968 1 01 /01 /janvier /1968 10:23

larousse68.jpgExtrait du Journal de l'année 1968, paru chez Larousse, page 273 :

 

Succès également du disque de Colette Magny, la seule chanteuse française de blues (Viêt-Nam-67, les Gens de la moyenne).

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21 juin 1967 3 21 /06 /juin /1967 15:00

Article paru dans Le Monde du 21/06/1967 relayant l'appel d'écrivains et d'artistes :

Le comité Vietnam national, créé à l'initiative de MM. Henri Bartoli, Alfred Kastler, J.-P. Sartre, Laurent Schwartz et P. Vidal-Naquet, organise le 28 juin à 20 h. 30 au palais de Chaillot à Paris, une soirée artistique en faveur du Vietnam. Parmi les artistes qui viendront sur scène figurent Barbara, Raymond Devos, Maurice Fanon, Francis Lemarque, Hélène Martin, Monique Morelli, Mouloudji, Georges Moustaki, Marie-José Nat, Catherine Sauvage et Jean Vilar.

À l'occasion de cette manifestation, deux cents écrivains et artistes ont signé l'appel suivant:

" Tous les jours, à des milliers de kilomètres, la plus grande force militaire du monde attaque et bombarde le Vietnam.

" L'escalade est quotidienne. Nous refusons d'en prendre l'habitude.

" Nous nous élevons contre l'agression d'un petit peuple de paysans pauvres par une grande nation.

" Les accords de Genève prévoyaient des élections générales préalables à la réunification du Vietnam. Les États-Unis ont refusé de laisser se dérouler ces élections et donc de résoudre pacifiquement le problème vietnamien.

" Les États-Unis ont approuvé le verdict de Nuremberg établissant la définition des crimes de guerre. Ils violent chaque jour au Vietnam, par leurs bombardements et leurs actions militaires criminelles, la souveraineté du peuple vietnamien.

" La victoire des États-Unis menacerait tous les peuples dans leur indépendance et leur droit à disposer d'eux-mêmes.

" Il n'y a pas de juste milieu entre l'injustice et le droit, de compromis entre le bourreau et la victime.

" C'est pourquoi nous voulons affirmer clairement que la seule issue au drame du Vietnam est la reconnaissance absolue du droit des Vietnamiens à vivre libres chez eux et à décider eux-mêmes de leur destin.

" Cette reconnaissance implique l'arrêt des bombardements de la République démocratique du Vietnam, le retour chez eux des envahisseurs, la liberté pour le peuple vietnamien de réaliser lui-même l'objectif des accords de Genève : un Vietnam libre, uni, indépendant et pacifique. "

Ont notamment signé cet appel : les écrivains K. Axelos, Colette Audry, G. Balandier, S. de Beauvoir, B. Beck, J.-L. Bory, M. Butor, J. Cabanis, J. Cayrol, G. - E. Clancier, M. Duras, P. Emmanuel, C. Faux, J.-P. Faye, D. Fernandez, M. Foucault, P. Gascar. B. Gay-Lussac, J. - B. Goytisolo, J. Green, H. Guillemin, R. Jean, K. - S. Karol, M. Leiris, C. Magny, D. Mascolo, A. Memmi. R. Merle, A. Phillpe, A. Pieyre de Mandiargues, B. Pingaud, P. Prévert, C. Roy, N. Sarraute, J.-P. Sartre, J. Semprun, Vercors, M. Vianey, M. Zeraffa, et les artistes H. Aufray, J. Bazaine, Sophie Bedos, Loleh Bellon, S. Bourguignon, A. Bourseiller, P. Brasseur, P. Brook, A. Cuny. L. Daquin, P. Débauche, C. Deneuve, P. Dmitrienko, J. Effel, Max Ernst, S. Flon, H. Gignoux, William Klein, N. Louvier, Matta, S. Montfort. Y. Montand, M. Ohana, C. Otzenberger, R. Pic, M. Piccoli,

E. Pigon, A. Resnals. M. Riboud,

F. Rosay, M. Saint-Saëns, C. Sellers, Siné. H. Tazieff, A. Varda, Vasarely.

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1 juin 1967 4 01 /06 /juin /1967 20:24

  CM2.jpg

Critiques publiées au dos de la pochette :

 

"... On a assez dit et répété que Colette Magny est la seule chanteuse française (voire européenne) de blues. C'est vrai. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que Colette Magny est en avance sur tout le monde en ce qui concerne la recherche musicale, la création d'un climat sonore... Elle est vraiment, à l'heure actuelle, la chanteuse qui va le plus loin dans le domaine de la recherche et de la qualité..." (Diapason)

 

"... Dans cette musique de science-fiction, ou plutôt de demain, elle introduit d'abord sa voix qui, déjà singulière, prend ici toutes les colorations, comme ces instruments classiques auxquels le jazz arrache des expressivités nouvelles. Cette voix torturée dit des mots, des pensées, des poèmes... Une oeuvre déroutante mais puissante..." (Panorama chrétien)

 

"... C'est vraiment un cas. Il fallait qu'elle existe pour que notre petit monde à chansons "poétiques" puisse voir que sa pendule retarde..." (Le Figaro)

 

"... Elle seule est capable de nous proposer des textes aussi prenants et de les chanter de son admirable voix profonde..." (L'Humanité)

 

pochette-Vietnam67-dos.jpg 

"... Que tout cela est beau, parce que derrière ces mots parfois féroces, il y a une infinie tendresse, un grand amour de tout ce qui vit, de ce qui souffre, peine, mais aussi espère. Avce un poème de Victor Hugo, Colette Magny "voit des pleurs sur les fleurs", avec Maïakowski, elle "chante la puissance de l'avenir", puis sur une chanson composée de citations de Lénine et Tchékov, "quand je vois le printemps, je désire vraiment que dans l'autre monde il y ait un paradis". D'autres citations mises au bout les unes des autres se transforment en un hymne à la paix, pour "ces idées qui changent le monde et viennent sur des pattes de colombes". On comprend mieux à l'entendre pourquoi Colette Magny est boycottée sournoisement ou certaines chansons interdites sur les ondes... Chansons intellectuelles que tout ceci ? Ce ne sont pas les refrains de tous les jours, mais il suffit de les écouter pour les aimer. Elles parlent au coeur..." (Liberté Lille)

 

 

 

 

dédicace-copie-1"... Une voix très étrange qui monte de loin, des grandes émotions cruelles, des premières douleurs... Une voix basse et virile et soudain ces accents sont noyés dans les tendresses voilées, les douceurs frêles, tendres, doucement modulées par le souffle... A mon sens elle reprend (et elle est seule à le faire) la tradition des colporteurs qui chantaient les faits divers sur le mode de la complainte. Des phrases du journal, des mots d'enfants entendus dans un jardin, des citations empruntées à ses lectures, la lettre d'une vieille paysanne à sa petite fille racontant ce qui se passe à la ferme, sont pour elle la voix d'une chanson tout auntant qu'un poème d'Essenine ou de Maïakovski. Il y a là un art extraordinaire de ce qu'on pourrait appeler le "blues politique", art qui, bravant toutes les conventions mièvres, donne de la chair vive à la chanson... (Le Progrès Lyon)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Guillaume Chapheau - dans Critiques disques-spectacles
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1 juin 1966 3 01 /06 /juin /1966 16:24
Article paru dans Jazz Magazine de juin 1966 :

Jean-Robert Masson répond à une lettre de Colette Magny :
Le compte rendu du "Jazz Meeting" de la Mutualité que j'avais donné aux Lettres françaises et que Jazz Mag a repris le mois dernier, sur la demande amicale de son rédacteur en chef, m'a valu de Colette Magny cette missive :

   « Je tiens à vous préciser que je ne suis pas une vedette, mais une artiste. Le music-hall m'ignore (récemment Bobino, programme Mouloudji) parce que je refuse d'amputer mon répertoire des quatre chansons que, peut-être, vous avez entendues à la Mutualité. Vous pouvez ne pas aimer ma voix et ma manière de chanter, mais je suis une chanteuse de jazz. J'ai toujours refusé de « faire des adaptations » des thèmes classiques que j'interprète. Vieux style, c'est entendu. Quant à Bernard Vitet et  Jean-Louis Chautemps, ils ont participé, sans en paraître déprimés, à l'avant-dernier disque que j'ai enregistré avec Francois Tusques : CBS EP 6008.
   « Si un jour vous écoutez l'enregistrement (que je viens de terminer pour Mouloudji, Avec, vous comprendrez peut-être alors que le sens de mon travail évolue vers des recherches très éloignées des préoccupations d'un artiste de music-
hall. N'est pas Bob Dylan qui ne saurait le vouloir.
   « Par ailleurs, je constate que vous avez complètement passé sous silence le grand orchestre « free jazz ». C'est
pourtant un événement. Les musiciens — français et bêtement blancs — sont écœurés. Quant au C.A.S., les militants
se sont donné beaucoup de mal — vous pouvez comprendre que le ton de votre « papier » ne leur a pas fait plaisir.
Désolée, Colette Magny.  »
   Trois fois mis en cause sur trois questions différentes, je vais donc trois fois répondre, en commençant par la fin.
   1) Les militants du Comité d'Action du Spectacle, je n'en ai jamais douté, ont donné de leur personne pour organiser cette soirée. Mais toute la peine que requiert une entreprise maladroitement engagée, exposée, par son principe même, aux dangers de la confusion des genres, des idées et des valeurs, ne saurait contrebalancer l'échec, inévitable et prévisible, qu'elle façonne de ses propres mains. A moins d'en appeler à une éthique de la. B.A., la bonne volonté militante, en politique et en jazz, n'est pas, ne peut pas être, une fin en soi ni la caution d'un acte nécessairement réussi. Elle se doit d'être critiquée si, comme ce fut le cas l'autre soir, elle patauge dans l'inefficacilé et dessert, la cause qu'elle est censée défendre. Des amis, plus pointilleux que les animateurs du C.A.S. sur ces problèmes d'action politique, ont jugé de la même manière. L'affaire me paraît entendue.
   2) C'est, en effet, volontairement que je n'ai rien dit de l'exhibition « free jazz » du grand orchestre de François Tusques. J'ai toujours estimé que devant un mauvais film, un mauvais livre, un mauvais disque, le silence est préférable à un inutile, éreintement. Mais, puisqu'on m'y force, je préciserai ceci : l'improvisation qu'ont ébauchée Tusques et ses camarades tenait, d'une farce pas même joyeuse, qui se situait aussi loin de l'authentique jazz « free » que peuvent l'être, l'un de l'autre, Willy Rozier et Jean-Luc Godard. Et qu'on ne vienne pas m'assener la rengaine : sous peine d'être accusés de forfaiture, nous devons, nous les critiques, encourager, soutenir, célébrer, exalter chacun des gestes, chacune des esquisses créatrices de nos compatriotes. De cette autosatisfaction, béate et stupide, de ce conformisme stalinien, le jazz français a failli crever et je ne suis pas sûr qu'il s'en soit tout à fait guéri. J'ajouterai que la trajectoire personnelle de certaoins des musiciens de l'orchestre Tusques -nous tairons charitablement les noms-donne plutôt à rêver : hoppers endurcis à l'époque où Miles Davis venait de graver les séances "Prestige", apôtres résolus du soul quand les Messengers et Cannonball Adderley faisaient recette, les voici aujourd'hui bruyants porte voix d'un jazz qu'ils imaginent libre parce qu'ils copient, avec quelques années de retard, l'esthétique du double quartette d'Ornette Coleman. Le désir effréné d'être "dans le vent" oblige, semble-t-il, à de bien étranges métamorphoses...
   3) Colette Magny ne veut pas qu'on l'appelle, comme je l'avais écrit, « une estimable vedette du music-hall ». Elle
revendique pour son art une spécificité jazziste que nous découvrirons, vous et moi, je l'espère, à l'écoute des disques
qu'elle nous signale. Les lecteurs de Jazz Magazine ont maintenant en main les pièces du dossier. Chacun jugera
selon  ses  préférences.  Après tout, Colette Magny, chanteuse de jazz, pourquoi pas ? —- J.-R. M.


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Published by Pierre Crépon - dans Critiques disques-spectacles
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