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1 juillet 1978 6 01 /07 /juillet /1978 07:02

femmes-mouvements.jpgArticle paru dans Des femmes en mouvements n°7 de juillet 1978 :

J’adore la scène, bien plus que le disque…

Mes chansons : une chronique étonnante.
Colette Magny écrit, compose et chante.



•Moi, je suis une femme... inhabituelle  de structure, de volume ; quand je  chante, je suis là, comme ça, on m'écoute. J'ai eu une adolescence épouvantable, alors j'ai dû trouver cette issue... Si je chante les opprimés, c'est parce que moi je suis dans une minorité opprimée : les obèses sont opprimés, ne pas pouvoir sortir un jour sans quolibet...
Ça se transforme... par exemple, j'ai fait une émission avec Michel Drucker un dimanche ; après, dans la rue, on se dit : « Tiens, cette femme énorme, je l'ai vue à la télévision »... Je suis sauvée... c'est un peu mesquin... mais c'est ça... c'est pour se défendre...

Femmes-CM2Je chante ce qui se dit : le pays, le langage
Quand j'ai commencé à chanter, j'avais écrit une chanson sur Cuba en 62, certains autour de moi pensaient que j'étais militante. C'était une erreur... J'ai eu un éveil politique très tardif ; à 30 ans, j'étais encore à mon bureau ! En fait, certaines de mes chansons, je les ai faites après une véritable enquête, à partir de rencontres... je ne suis pas une voyeuse comme certains qui veulent absolument faire de l'ouvriérisme ; par exemple, j'ai fait une chanson sur les mineurs dans le nord. Je parle de celle-là parce que c'est la plus réussie, me semble-t-il, les gens croient que je suis du nord ; quand je chante, ce n'est pas l'accent, mais ce qui se dit, le pays, le langage... c'est le concierge de ma cour, un mineur à la retraite qui m'en a donné envie... Parmi mes amis, il y avait une majorité de gauchistes, alors tout le monde discutait de ce que je faisais, de bien, de mal... en 66, c'était le début de la gauche prolétarienne, tous ces gens s'agitaient, se lançaient des citations de Lénine à la tête... j'en recevais aussi... alors j'ai pris quatre livres de Lénine, un de Marx   — pas des morceaux choisis ! — et je les ai lus. Moi qui n'avais pas de formation universitaire, il fallait vraiment que je m'accroche, je relisais les phrases dix fois... enfin ça m'a quand même éclairée... je suis entrée au P.C. J'en suis sortie parce que je n'étais pas d'accord avec eux ; à l'époque ils disaient : « paix au Vietnam » et moi je pensais « FNL vaincra »... Il y a une nuance importante.

...plus des insultes, plus des pierres
Pour moi, le politique, c'est ce qui dégage du terme < engagé » c'est tout ce qui concerne la vie dans la cité. Tant de gens viennent ici me seriner ce que je devrais faire, ce qu'il faudrait faire.
Depuis quelques années, pour les « gauchistes » entre guillemets, je suis une crapule stalinienne et réactionnaire... Pour les zonards, loubards, anars, gauche prolétarienne, dévissés, trotskystes déprimés, plus quelques mecs d'extrême-droite pour attiser le feu ; tout ça fait beaucoup de chahut parce qu'il faut payer sa place pour aller au concert... Ils me reprochent de ne pas chanter gratuitement... des concerts « gratuits pour le peuple »... Je viens d'en faire un, ça m'a coûté 100.000 francs, plus des insultes, plus des pierres... Il y avait des contestataires, situationnistes je suppose : « est-ce que tu as fait l'analyse du pouvoir »... je n'ai pas compris... j'ai demandé au guitariste. « Qu'est-ce qu'il a dit ? »... « II te dit : est-ce que tu as fait l'analyse du pouvoir ! » Ah, en voilà une question ! « Allumez tout» et je dis « c'est quoi l'analyse du pouvoir, qui a parié de ça ? Venez ici, vous avez sûrement des trucs à dire...». Il y en a un qui m'a répondu : « tu te rends compte le pouvoir que tu as d'avoir un micro ! » Et moi, je trouve que ce n'est pas facile d'être debout devant un micro, s'il faut en plus que  je me gare à droite et à gauche, que j'aie  un gilet pare-balles ! J'ai un ami  « commissaire du peuple »... il dirait « Colette, on va la fusiller, elle est gentille, elle comprendra » et il pleurera après ; c'est ça le truc...
Mais ça me bouleverse terriblement ; la première fois, il y a cinq ans, j'ai cru mourir de chagrin... une grosse bagarre sanglante entre trotskystes et union communiste ; ils s'étaient bien servis de moi l'un et l'autre, chaque groupe, je ne me pardonne pas mes naïvetés... j'aurais dû être beaucoup plus prudente... au début je n'y connaissais rien, je discutais même avec des fascistes... et toujours, je discute, je discute.
Je travaille avec des femmes, mais c'est un hasard. La pianiste, ça fait très longtemps que je la connais, on avait envie de travailler ensemble ; elle, elle connaissait une bassiste avec qui elle avait envie de travailler et moi j'ai rencontré par hasard la percussionniste... comme ça aussi, une infirmière qui fait la sonorisation, rien que « des poulettes »... ; ah ! Ça se passe très bien, je ne sais pas si c'est parce que ce sont des femmes, je n'en sais rien si ça joue ; elles sont de formation classique contemporaine, ce sont des femmes qui travaillent !... J'ai tellement l'habitude d'être seule, surtout dans les situations difficiles, les chahuts, les « t'es qu'une pute ! »... ces attaques-là qui nous arrivent sur la scène. Là, je sais que je peux compter sur elles, elles sont solidaires.

Femmes-CM1De jouer avec des femmes, la musique est autrement
De jouer avec des femmes, la musique est autrement, c'est la même musique qu'on joue, mais d'abord elle est arrangée par la pianiste. Avant, j'ai travaillé avec un bassiste, on était vraiment tous les deux ensemble ; mais après, ça s'est dégradé, il n'était pas concerné par ce que je faisais. Avec elles, il y a une cohérence dans la musique justement, et puis on s'entend bien, enfin, elles sont là quoi... elles ont envie d'être là, et ça se voit, et, forcément, les gens sont contents, de nous voir bien ensemble : on sourit, on rigole, enfin on ne fait pas d'extravagance, on communique au moment du travail, et après d'ailleurs, il n'y a jamais de discussions violentes... Je ne suis pas féministe, je ne sais pas ce que c'est... j'ai pourtant lu quelques bouquins, il y a une espèce de comédie qui me déplaît... des femmes qui font semblant de s'intéresser à des problèmes de mères de famille, comme on se branche sur le sort des ouvriers. On m'a reproché d'être trop intellectuelle pour les ouvriers, c'est peut-être vrai pour certaines choses, mais après tout, c'est mon langage.
Le côté positif de chanter... c'est l'amour... le plaisir est immense ; je bénéficie en majorité d'un public extraordinaire, sympa comme tout. Il y a beaucoup de choses qui font bien plaisir, les soirées sous le chapiteau : on chante, on rechante, et puis il faut bien s'en aller... comme ça à Angers, une dame est venue me retrouver, une dame de mon âge : « Ah ! On aurait bien aimé rester avec vous ! » Mais qu'est-ce que vous voulez, il faut bien partir... mais il peut y avoir une seule personne qui soit touchée ou un vieil ouvrier qui pleure parce qu'il ne pensait pas que quelqu'un pouvait chanter ses conditions de travail.

J'aime parler, je suis une conteuse
Chanter ça passe dans tout le corps ; j'adore la scène bien plus que le disque ; mais le plus grand plaisir pour moi, c'est de faire avant d'être sur scène... fabriquer une chanson, fabriquer une chose qui est de la musique et des paroles, c'est ça qui me donne la plus grande joie.
Je bénéficie d'une voix naturelle qui est bonne, qui est intéressante ; il faut bien que ça serve à quelque chose ; mais moi ce qui me plaît, c'est parler, j'aime parler, je suis une conteuse. Je voudrais être une conteuse qui se trouve être une femme qui chante... ça me retire le trac de parler... j'arrive, je suis inquiète... je ne sais pas si je vais pouvoir sortir certains sons, alors je raconte un petit peu tout ça, ça me désangoisse... Il y a quelques années, je ne parlais pas du tout, le bassiste avait dit : « la musique parle d'elle-même, tu n'as besoin de rien dire ! ». Maintenant je parle avec de plus en plus de plaisir, chanter c'est bien... chanter finalement c'est rencontrer des gens. Moi je chante pour qu'on m'aime, chanter c'est l'amour, et oui, aussi râler, c'est vrai...
En ce qui concerne le chant, je n'ai fait strictement que ce que je voulais, sauf peut-être quelques exceptions pour faire plaisir à quelqu'un, mais je suis responsable de tous ce qu'il y a dans mes disques, absolument,  même quand il y a du déchet et que je les écoute quatre ans après... C'est une chronique assez étonnante, je trouve... c'est un travail de journaliste, presque. J'ai eu assez de mal à savoir ce que je voulais mais quand on est vraiment déterminée c'est sûr que quelque chose va se produire.
J'aime tout quand même dans ce que j'ai fait. Je sais comment je l'ai fait à l'époque, ça venait de moi, j'ai mis très longtemps à m'aimer un petit peu ; on met très longtemps à s'aimer soi-même....
Avant je ne m'aimais pas du tout, et pas seulement parce que j'ai cette apparence physique, je me trouvais conne, enfin on a tout fait pour ça... on m'a dit un jour : « sale petite bourgeoise on t'a toujours dit de penser avec ton ventre il faut penser avec ça ». J'ai lu Lénine, etc... pour apprendre à penser avec ma tête, et bien je viens de m'apercevoir que de toutes façons je n'en ai pas... ce n'est pas la peine que je continue d'essayer, j'y perds.

Un opéra à propos de la pintade
Je voudrais faire un opéra à propos de la pintade, parce que pendant deux ans un ami m'a parlé avec passion, de pintades, il a écrit dans tous les musées du monde ; dans les rites africains, il y a la déesse de la rivière et de l'amour, avec une robe très belle comme les dessins sur la pintade, et le sang qui coule par-dessus, ah ! Très beau tout ça, j'étais dans les plumes, j'étais contente... et il y a une amie qui me dit : « est-ce que tu as pensé à la lutte des paysans ?» ah ! J’ai dit non, je ne pensais qu'aux plumes, aux africains, à la musique, au Niger, etc. je lui dis : « tu as raison ». J'ai lu 10 bouquins... pendant deux ans, j'ai pris des notes que je ne peux pas relire, que je ne comprends pas, et j'ai perdu les plumes... carrément... j'ai perdu une envie de faire... Je me suis perdue...
Là, je me suis laissée influencer, et je ne peux pas continuer ; maintenant, je suis résignée, si je veux aborder un sujet, je l'aborderai à ma manière, d'une manière analphabète mais tant pis.
Dans la presse, un silence épouvantable à mon égard
Dans la presse à mon égard, il y a une espèce de silence épouvantable. Le spectacle à la Cartoucherie, même si ce n'est pas bien réalisé, cette tentative de faire se balader des peintures, des sculptures, ça ne s'était fait nulle part dans le monde ; il n'y rien eu sur le contenu, mais rien. J'avais toujours une belle voix, mais sur la tentative elle-même : rien... pourtant j'essaie de faire du ramdam, c'est pour des gosses psychotiques, ils ont fait un disque, et moi je faisais l'ingénieur du son ; quand même, je ne comprends pas que ça ne les intéresse pas... un montage avec ces enfants-là, un truc sur la peinture/sculpture, c'est quand même étrange, ce n'est pas une chanson. Si c'est mauvais, autant le dire, mais pourquoi on n'en parle pas, quelque part, de ça... non ça me choque... Ce sont d'autres modes « de dire », et de chanter, moi je ne l'ai pas fait exprès, c'est ça que j'ai envie de faire... Eh bien, j'ai été 18 ans en analyse, c'est beaucoup ; ça fait bien rigoler toute la famille, ils ont tous commencé après et ils ont tous terminé avant, on me disait : « alors, Colette, cette analyse au long cours, comment ça marche !? ». Oh, je les emmerde parce que eux ils ont repris des tranches, ils n'ont rien à dire, moi j'ai pris une grosse tranche d'un coup, cul sec !...
 

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29 avril 1978 6 29 /04 /avril /1978 12:57
Article paru dans le Nouvel Observateur n°703 (p 61) du 29/04/1978

Avec sa voix comme une armée en marche, une femme chante pour tous ceux qu'on a privés de la parole.

L'année de la femme, c'était il y a un siècle. Aujourd'hui, voici une femme. Une femme à voix de femme chanteuse à voix : Colette Magny. Un monstre de femme blanche, « célèbre » depuis quinze ans, bien qu'on ne l'entende jamais plus à la radio depuis que José Artur fit passer pendant une semaine un extrait de son "Mai-68", bien qu'on ne la voie jamais à la télé, « une fois, peut-être, tous les trois ans », bien qu'elle n'ait pas été une seule fois la vedette d'un « Grand Echiquier » de Jacques Chancel, elle, « la seule chanteuse de blues occidentale ».
Elle chante et crie et hurle et geint, elle dénonce et ordonne, elle s'encelère souvent et murmure toujours : voix de femme et voie des femmes. Mardi 21 mars, au théâtre des Amandiers à Nanterre, elle chante les. «- semi-débiles ». Quel homme chante anjourd'hui les semi-débiles :ou Ies débiles totaux ? Magny chante lachanson de Christiane, une éducatrice d'un I.M.P. (Institut médico-pédagogique) des Vosges où elle s'est rendue, chaque fois qu'elle a pu, pendant un an et demi pour écouter, respirer, chanter et faire de la musique avec les « enfants » et les « soignants » de cet institut spécialisé.
Du bien au cerveau
« Tu parles, il parle, vous parlez [...] Ce sont les autres, qui parlent bien et qui trouvent que pas parler, c'est pas normal [...] Je suis pas normal, je sais pas parler, ou si je parle je dis ce qui me passe dans ma tête, parce que dans ma tête il y a ma vie à moi et que ma vie à moi, c'est pas la même que les autres. »
C'est l'extrait d'un disque en cours de fabrication dont Czlette Magny m'a fait entendre le montage définitif, découpé dans des dizaines d'heures d'enregistrement: « A débile, débile et demi » sortira dans deux ou trois mois, il faudra l'acheter. Un petit garçon y raconte le meilleur moment de sa semaine, quand il sort pour prendre le train, au week-end. Plus loin, Colette essaie de comprendre ce que représente la musique pour une petite fille. « Ça te plaît ? » Il faudra cinq questions et réponses pour que l'essentiel soit dit à cette petite fille, la musique fait du bien « au cerveau ». Ailleurs, les gosses chantent et scandent « Pipi Caca ». Bruits et sifflets, Pi, Pi, oiseaux et forêts, Ca, Ca, litanies et répons, mélopée enfantine qu'on dirait africaine, chant primitif : c'est beau parce que ça nous révèle un inconnu, un ailleurs aussi interdit de la vie « normale », que le cri de Magny, un peu plus loin sur le disque, étouffé, déformé, modulé au rythme d'un noir orage des Vosges - rauque voix, tonnerres fracassés d'éclairs, cri du loup, solitude.
Pour ces enfants enclos, elle a le même cri que pour les ghettos, pogroms et autres formes à inventer de mêmes monstruosités. Dans la salle passa soudain le chant de la bête des Vosges... Elle chante. avec une telle violence quà, entendre son cri archaïque,- c'est à ne plus s'étonner de ses formes callipyges. « L'Ella Fitzgerald blanche », écrivait-on et ça l'agaçait.
Elle pèse trois cent vingt livres, en effet, avec tous les handicaps qui s'ensuivent, sciatique paralysante, rhumatismes et cartilages des doigts qui disparaissent. « Simple effet d'un traitement de cinq ans en clinique d'amaigrissement. » C'est ainsi. Elle écrit en ce moment l'histoire de sa longue obésité, « à douze ans, je pesais quatre-vingt-dix kilos », dont elle a arrêté le titre : « La joie de rester obèse tout en continuant son régime ». C'est une vie. « Comme je n'ai pas de ronds pour aller dans une piscine privée, c'est à cause de petits cons comme vous que je ne peux pas aller faire certains exercices qui me seraient indispensables dans une piscine publique. ». Comme elle dit, « il suffit d'être de bonne humeur et de pouvoir s'expliquer  ». « Ils » ne sent pas vraiment méchants, « seuIement un peu bêtes », par simple réflexe social.
Mais comme Ella, de Vénus elle n'a pas que la voix. Elle-même est une Vénus. « C'est bizarre, remarque-t-elle, que dans les grandes amoureuses il n'y ait pas de grosses femmes... Ce n'est pourtant pas mal, une femme-caoutchouc :
les chats, les chiens et les enfants adorent se mettre dans les coins tièdes. » J'ai cru comprendre qu'elle est une grande amoureuse puisque, en parlant d'elle, elle m'a parlé de ses amours et il m'a ,semblé qu'elle ne se pose jamais de question sur le sexe de l'Ange.
Elle chante, l'amour et si elle chante encore plus « la lutte », c'est seulement par manque de temps. Jeudi 16 mars à la Mutualité, elle est avec les opposants an chah d'Iran. « Répression, répression », blues de 1969, qu'elle remet à l'ordre du jour chaque fois qu'elle le chante. Les Iraniens fêtent leur Nouvel An, le No-Rouz, qui est la fête du printemps. « Où est la cuisinière à qui Lénine promet de diriger l'Etat ? [...] Cancer, cancer, douce France, terre d'asile, droit d'asile pour Klaus Croissant, suspicion, attention ! »
Contradiction, attention à la tendance, répression... D'autres Iraniens se réunissaient à la salle Wagram, elle avait  déjà dit oui aux autres, ils ne furent pas contents. « Ils exagèrent, ils m'exaspèrent les militants ; ils sont insatiables : c'est , d'ailleurs pour ça qu'ils ne tiennent pas le coup plus de deux ans.» On l'a catégoriée « mao », elle passe maintenant pour une « crapule stalinienn et reactionnaire ». Elle s'en moque.En mars 1977, elle a fait entendre la voix d'un chanteur palestinien, Mustapha el-Kurd, et celle d'un enfant inconnu du ghetto de Varsovie, « dans un temps compté à la seconde près et qu'est-ce que j'ai trouvé au bout ? De l'antisémitisme en particulier et du racisme en général ». Tristesse.
Deux bons petits
Elle s'est fatiguée d'être l'occasion de bagarres, comme à Montpellier, aux législatives de 1973. Huit cents typés à  l'intérieur et trois cents à la porte qui veulent entrer. Trotskistes et communistes, canettes de bière et barres de fer, « culture bourgeoise, chanteuse bourgeoise ». A moi, dit-elle ? Elle ne veut pas non plus de brigade canine. S'il faut avoir une brigade canine à la porte pour pouvoir chanter, je fais de la peinture. C'était un concert à Toulouse, j'ai préféré y renoncer. »
Elle était dactylo bilingue à l'O.C.D.E. L'ambiance lui plaisait. Elle était une excellente dactylo, « pas une virtuose, mais j'étais très très bonne dactylo ». Mais il vint un moment où elle comprit de moins en moins « pourquoi les points virgules du conseil des ministres » qu'elle tapait, « le document tombe à cinq heures », étaient tellement top secret... On comprend qu'elle ait eu envie de se recycler.
Une semaine à là Contrescarpe et Colette entra à l'Olympia en avril 1963.« Robe violette qui prenait la lumière, c'est les mômes qui me l'ont fait remarquer à la sortie, moi je n'y avait vu que du bleu, cheveux rouges, oh là là, j'étais perdue... » Elle chantait avec Johnny et Sylvie. « Les idoles des jeunes, c'était sur l'affiche... Alors les mômes me prenaient pour une idole, ils voulaient des autographes et, devant ma "2 CV", ils ne comprenaient plus rien. Moi non plus. Johnny et Sylvie étaient d'ailleurs deux bons petits. On s'aimait bien, on s'estimait mutuellement. » Pleins feux dans « Paris-Presse », critiques partout, branle-bas de combat dans le show-biz, et puis ils décidèrent qu'elle n'était pas leur genre.
Elle a continué. Seule, désert total, faim. Et puis elle a « tout laissé de côté pendant quatre ans pour que les masses s'expriment » . Mais les militants l'ont « usée », dit-elle, à ce point que, aujourd'hui, elle est « heureuse d'être enfin imposable », Colette Magny qui chante « Un tout petit pachyderme de sexe féminin, ras la trompe ›. Trop voyante, sans doute, trop grande voix.
KATIA D. KAUPP
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31 janvier 1978 2 31 /01 /janvier /1978 23:00

Colette-MAGNY---Lille-1978.jpgArticle paru en février 1978 dans Liberté :

 

A l'affiche - Samedi 4 février salle de la Marbrerie : Forum et gala des travailleurs sociaux en lutte

 

Les collectifs d'animation de l'école d'éducateurs spécialisés (EES) de Lille et du centre de formation d'éducateurs (CFE) de Phalempin organisent (suite aux grèves menées dans leurs établissements) un forum sur le thème : Quel travail social ? Les luttes des travailleurs sociaux.

Ce forum débutera à 16h ensuite dès 20h gala avec : Colette Magny; Papinsky; Petitcollin; Jean Bodart; Cric, Allel et utfut; La Gayolle.

Salle des fêtes de la Marbrerie Fives-Lille le samedi 4 février.

PS : Pour contact Michèle Decoutray CFE Phalempin tél 90.25.16.

 

 

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1 décembre 1977 4 01 /12 /décembre /1977 10:59

canal-1.jpg

 Interview parue dans Canal n°10 de décembre 1977 :

 

Colette Magny présente jusqu' au 10 décembre un nouveau récital de chantons et une expérience sonore réalisée avec des enfants psychotiques.
A l'Elysée-Montmartre, 72 bd de Rochechouart, Paris 18.

 

J'accepte tout-à-fait d'être reconnue comme une chanteuse politique dans la mesure où une partie de mon répertoire s’en mêle et où c'est très important dans ma vie. N'importe quel évènement me met en branle sur ce qu'on appelle la politique, au sans large du Piscator. J'avais lu ça, et cela m’avait bien réconfortée : à savoir que la politique, c’est ce qui concerne la cité, tout le monde, la ville entière.

 

Et la politique au sens étroit du terme ?
Actuellement, tous les discours politiques m’emmerdent, qu’ils soient écrits ou parlés. Et pas seulement les discours du pou voir, ça ne serait pas grave, mais ceux de la gauche et de l'extrême gauche. En France, ce sont tous des pisse-vinaigre. De plus, sauf à l'extrême-gauche où ils sont plus sévères, ils se serrent tous la main. Je ne peux pas comprendre cela. Il n'y a rien : ni parti, ni groupe, ni mouvement qui puisse me donner l’envie de mourir avec eux contre les gens du capital. Je ne veux pas être un martyr, et c'est en effet sur ce point que l'on m'attaque. Il y a des gens, même des militants, qui attendent non pas de moi mais d’autres ; quelqu'un qui nous parlerait vraiment ! Moi aussi, j'attends cela. Mais c'est aussi facile d’attendre l'orateur splendide, ou l'oratrice, les mouvements extraordinaires où je vais pouvoir m'insérer comme un gros lapin. Je me dis : quel dommage que je ne sois pas Rosa Luxembourg. Je foncerais et je dirais : mes sœurs, mes frères,  mes camarades, debout !
Parce que le monde est insupportable ; on compose avec soi tout le temps, tous les jours, tous les matins. Face à n'importe quel événement, on devrait tous être dehors. Le Vietnam, le Chili, c'était des choses monstrueuses. Pourquoi n'étions-nous pas tous dehors, dans la rue, tous à hurler ?
Je voudrais savoir expliquer pourquoi il faut tous aller dans la rue, l’expliquer par des choses fortes et pas seulement avec l’émotion.

 

canal-4.jpgL’importance de la théorie est donc si grande !
C'est absolument nécessaire : de pouvoir théoriser, d'être capable de structurer une pensée. Même s'il faut que des gens comme moi se cassent la tête pour comprendre ce qui est dit. Il y a quelques années, j’ai rencontré un homme qui avait été très ému par Vietnam 67.Pourtant, quand on s'est mieux  connus, par la suite, il m'a dit « tu n'es qu'une sala bourgeoise, tu penses par ton ventre et la pensée, elle se trouve là : dans la tête». Et je me suis dit qu'il avait raison, «j'ai un déplacement d'organes ». Depuis, j'ai essayé de continuer à comprendre plus sérieusement. Dans mes chansons, plutôt que de partir sur le seul sentiment, j'ai essayé de me documenter. Il faudrait que je maîtrise mon émotion, que je la distille suivant l’utilité que ça peut avoir…Eh bien, je n’en suis pas capable !

 

Est-ce une position qu’on peut dire « morale » ?
Je ne veux pas avoir les mains sales, mais c'est une façon faible et individualiste de s'opposer au pouvoir. C'est pour ça que je ne suis pas «politique». La morale en politique, c'est mauvais signe. Il sera pendu l’homme moral, ou la femme morale. Et tant pis pour moi. Il faut être armé contre ceux d'en face, armé physiquement, matériellement, mais aussi théoriquement.

 

Une émotion demeure dans ton travail : cette réaction cette réaction tellement aigüe que tu as de vibrer à toute souffrance…
Ça, ça fait absolument toute ma vie. Par le fait d’avoir beaucoup souffert d'une différence dans mon enfance, dans mon adolescence. Maintenant, ça passe un peu. J'étais profondément humiliée, tous les jours, comme un travailleur émigré ; mais d'une autre manière, mais c'est pareil. Et chaque fois que cela se produit pour quelqu’un d’autre ça me remue les sangs.

 

Mais paradoxalement, cette souffrance chantée procure un espoir...
C'est ce qu'on m'a dit : certains sortent de mon spectacle épuisés, fatigués, mais pas désespérés. Au lieu de provoquer des suicides, j'ai davantage provoqué des adhésions au Parti communiste. C'est un exemple. Et puis il y a les déprimés qui écoutent mes disques ; peut-être parce qu'ils entendent quelqu'un d'encore plus malheureux qu'eux, ou dans le même merdier.

 

Entre le public et toi, c’est également une relation affective, d’émotion, même. Et ceux qui viennent te voir après le spectacle ?
Oui, c'est à cause de la voix, de la musique de la voix, de l'émotion. Il y a des militants qui se sont adressés à moi pour rencontrer la dame qui chante Village/visage, une chanson où justement je parle surtout de moi. Et c’est ça qui les intéresse. L'Émotion, j'en suis sûre, est accessible à tout le monde ; mais cet ami, dont je parlais, avec sa tête, il est furieux quand il est pris par l'émotion parce que ça brouille les problèmes.

 

canal-2Et toi, quand tu chantes ?
On dit que les planches nous brûlent.  C'est vrai, on est dans un tel état émotif qu'on décuple notre énergie. Charles Dullin arrivait dans son petit fauteuil ; il jouait sur la scène, après quoi il retombait dans son fauteuil. Mais c'est les gens qui nous la communiquent, nous la donnent cette énergie. Pendant le spectacle à la Cartoucherie, j’étais sous cortisone, sans force ; alors je leur ai dit : si vous ne me donnez pas d’énergie, je chanterai mal et ce sera votre faute. Tout le monde a ri et ils m’ont échangé leur chaleur.

 

Depuis plusieurs mois, les tours de chant sont plus fréquents qu’auparavant…
C’est une façon de me demander ce que je pense du show-business de gauche ? C'est ce que nous faisons, c'est vrai, moi et d'autres. Nous produisons un travail qui intéresse suffisamment de gens pour remplir une salle de telle ou telle dimension ; on est une marchandise et on se vend aux gens d’en face. Et une partie de ces gens, un pour cent, ceux qui exigent les concerts gratuits pour le peuple, se retournent contre nous. Mais je n’ai plus la force physique, à mon âge, de ne chanter qu’en circuit militant, c’est-à-dire, après huit heures de travail chaque jour, aller chanter.
Je me réjouis de voir mon public s’agrandir, d’avoir de plus en plus d’occasions de chanter. J’aime tellement chanter… Et puis je n’ai plus tellement d’années devant moi.

Tu passes à la télévision…
Ça va être un réconfort pour les grosses dames ; c’est un peu comme si un travailleur émigré passait à Antenne 2, aux informations. Il y a 10 ans, quand j’étais déjà passée à la télévision, des gens m’avaient dit que les grosses dames de France étaient rudement contentes ; maintenant, elles vont être épanouies qu’une encore plus grosse qu’elle passe à l’écran i dimanche après-midi! Mais c’est vrai, toutes ces télés, c'est suspect.  En toute sincérité, j’ai proposé un programme à Antenne 2, sûre qu’ils allaient refuser. Mais non, et c’est tout aussi claire qu’un refus : ils peuvent ainsi se dire ou se prétendre libéraux.
Que dois-je faire ? Je ne sais pas très bien, sinon que je me sens complètement désintéressée.

 

Entretien : Hélène Villers.


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Published by Pierre Prouvèze - dans Interview
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28 novembre 1977 1 28 /11 /novembre /1977 11:09

Article de Claude Fléouter publié dans Le Monde du 28 novembre 1977 :

Colette Magny, généreuse et fraternelle, est à l'Élysée-Montmartre jusqu'au 10 décembre, dans un spectacle sensiblement différent de celui qui fut présenté au Théâtre de la Ville en mars dernier.

D'abord seule avec sa guitare et ses grands cris de lutte et d'espoir, ses chansons-montages, ses chansons-tracts, ses chansons-enquêtes, ses chroniques qui parlent de la violence dans la société, d'une femme de mineur dans le Nord de la France au début du siècle, de la grève exemplaire d'un O. S. marocain, Colette Magny présente ensuite Mara, une autre femme auteur-compositeur-interprète au tempérament passionné, qui chante des drames encore récents de son pays, l'Espagne. Puis, accompagnée par Jean Bolcato à la contrebasse, par Gérard Marais à la guitare électrique et acoustique, par Christian Ville à la batterie et aux percussions et par Michel Kus à l'accordéon, Colette Magny offre des extraits d'une expérience sonore tentée avec des enfants psychotiques des Vosges, chante " Visage, Village ", d'après les peintures et les dessins de Monique Abécassis, sur une musique écrite par Léonardi.

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14 juillet 1977 4 14 /07 /juillet /1977 10:09
Si j'en avais le courage ou l'intelligence, je serais constamment une chanteuse politique

Interview de la chanteuse Colette Magny, chez elle par le journaliste Thierry Calmettes pour l'émission "Aujourd'hui madame" (Antenne 2, réalisateur Daniel Wronecki) :

Colette Magny, est-ce que vous êtes une chanteuse engagée ?

Non. Je dis ça, cela a l'air d'une plaisanterie mais le terme est très galvaudé, cela est devenu très à la mode. Si j'en avais le courage ou l'intelligence, je serais constamment une chanteuse politique.

Quel est le contenu de vos chansons ?

Cela dépend. Ce sont des poésies, ou ce que j'appelle, cela peut paraître un peu prétentieux, des "chansons-enquêtes", ou on pourrait dire "collectives" dans une certaine mesure. Après mai 68, j'ai assisté à des rencontres entre des ouvriers dans une quarantaine d'entreprises. Et de tous les feuillets que j'ai accumulés, j'ai tiré trois chansons.

En quoi votre métier de chanteuse politique diffère-t-il des autres chanteurs traditionnels du show business ?

Ils ont des impératifs que je n'ai pas. Je suis libre. Par exemple, je n'ai pas d'impératif de sortir un disque, je ne suis jamais contrôlé à savoir combien j'ai sorti de disque. Je ne me force pas à aller à tel ou tel endroit. Je ne vois personne qui me déplaît dans la vie quotidienne.

Mais il y a un revers de la médaille à tout ça...

Ah oui. il y en a un seul : c'est que pendant une dizaine d'années, j'ai été non-imposable. Vous voyez quelqu'un vouloir payer des impôts, c'est rare. Mais être non-imposable, c'est difficile quand même.

Ça ne vous manque pas un peu la gloire, la reconnaissance ?

La gloire, la grande audience, ça peut-être Hitler, il ne faut pas l'oublier. Je trouve extraordinaire, qu'avec très peu de presse, de radio, qu'il y ait 10.000 ou 40.000 personnes qui puissent m'entendre dans l'année.

Est-ce que les gens viennent vous voir après un spectacle ?

Oui souvent.

Quels sont les rapports que vous avez avec eux ? ils viennent vous faire signer un autographe ?

Oh non, ça c'est assez rare. C'est pour me poser des questions difficiles parfois.

Du genre ?

Pourquoi parles-tu de la Guadeloupe alors qu'il y a la Martinique ? Pourquoi fais-tu quelque chose sur les Panthères noires aux États-Unis au lieu de l'impérialisme français au Tchad ?

Vous vous adressez à des convaincus ?

Non, non. Les personnes qui aiment Claude François, vont l'écouter alors il prêche des convaincus. Pour moi, c'est pareil. Il y a toujours des opposants. Quand j'ai commencé à chanter, c'était les fascistes. C'est légitime, nous n'avons pas les mêmes avis et ils venaient manifester. Bon maintenant, l'audience est un peu plus grande. Ceux qui sont "à gauche" sont un peu plus nombreux, donc il sont rarement là. Non, il y a toujours une exigence.

Est-ce que vous appartenez à un parti politique ?

Eh non !

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9 mars 1977 3 09 /03 /mars /1977 11:14

Critique du spectacle donné au Théâtre de la Ville, écrit par Claude Fléouter et publié dans Le Monde du 9 mars 1977 :

Colette Magny a une voix bouleversante, faite pour le blues. Elle aurait sans doute pu avoir une carrière populaire sans problèmes. Mais cette chanteuse hors du commun, qui enregistre pour ses débuts, en 1962, à l'âge de trente-six ans, une très belle chanson (Melocotton), dont le succès l'a fait monter aussitôt sur la scène de l'Olympia devant le public de Sylvie Vartan, rompt vite avec ce que l'on a coutume d'appeler le " show-business " et commence une aventure longtemps solitaire, se laissant porter par sa sensibilité, sa générosité, s'engageant avec passion dans la recherche d'une expression pleine et libre, avec des chansons d'actualité en forme de blues, avec des chansons-collage, des chansons-montage, des chansons-enquête réalisées auprès des travailleurs dans les entreprises, chantant à sa manière une chronique de notre temps.

Cette grande bonne femme fraternelle, qui casse à sa manière les structures traditionnelles de la chanson française, qui pousse très loin un travail sur la forme, sur les notes, les sonorités, le mot, qui s'efforce de ne pas vivre dans un univers clos et garde le goût d'être disponible, a choisi une voie difficile qui la laissera toute une époque sans un contrat pour se produire sur une quelconque scène.

Pourtant, en quatorze ans, Colette Magny a enregistré dix albums, et son audience s'est peu à peu élargie. Cette semaine, elle chante, pour la première fois depuis 1962, dans une grande salle de Paris.

Pour le grand public, le nom de Colette Magny reste associé à Melocotton qu'elle criait comme un vrai blues. Mais pendant quatorze ans, elle n'a pas voulu l'inscrire à son répertoire: " Je disais que Melocotton était mort, qu'il était parti pour le Vietnam. Je tenais à cette chanson, mais je ne voulais pas que l'on me colle sur le dos l'étiquette de chanteuse de blues. " Aujourd'hui seulement, avec sa voix au timbre profond qui plie les mots, les syllabes, elle la chante de nouveau, à côté d'autres chansons comme Nobody knows you when you're down and out ou Baise m'encore de Louise Labbé, ou sa Chronique du Nord, un de ses meilleurs, de ses plus solides blues d'actualité - écrit après un véritable reportage dans des entreprises du nord de la France et qui mêle images, témoignages, émotions.

Ce n'est pas la seule fois où Colette Magny a travaillé à partir de choses vues dans des usines. Un jour, des travailleurs immigrés- en majorité des Tunisiens - lui ont demandé de venir à Lyon pour faire une chanson avec eux : " Je suis allée les voir dans leurs baraquements minables, pas très loin de l'entreprise. Et puis je leur ai dit : ce qui serait bien, ce serait d'écrire une chanson sur la grève que vous êtes en train de faire pour obtenir de meilleures conditions de travail et de sécurité. On a mangé, on a dansé, on a fait de la musique, on a essayé des tas de choses. Quelqu'un, par hasard, a enregistré. À Paris, on m'a traduit en français la bande magnétique : ils avaient dans leur langue effectivement chanté la grève. Je suis retournée à Lyon. Je les ai revus plusieurs fois. Ce n'était pas toujours facile de se comprendre. J'ai pris beaucoup de notes. J'ai convaincu deux d'entre eux d'écrire des chansons. L'un (Miloud Amrami) en a écrit une d'une heure et demie. Avec son accord, on l'a réduite à dix minutes, où il raconte son existence, son arrivée à Lyon, à l'usine (1). "

Parfois rencontres avec des éléments de musique concrète et électronique ou avec le free-jazz, les chansons de Colette Magny n'ont pas toujours été faciles d'accès. Mais leur originalité est indéniable : " Je viens d'enregistrer une chanson à partir des peintures de Monique Abécassis. J'ai gueulé des mots comme ça. En français et en anglais. Le tout venant sur quatre accords. Comme une sorte de dérision. J'avais toujours refusé jusqu'ici le plaisir dans la gueule. À cause des mots. Par peur d'être prise pour ce que je ne suis pas. J'ai peut-être eu tort. "

Colette Magny n'est au Théâtre de la Ville que pour cinq jours. Il faut aller la voir, passionnée, dans un tour de chant en trois partie : des chansons de son répertoire, d'autres a partir des dessins et peintures de Monique Abécassis et enfin des textes consacrés au conflit israélo-palestinien.

(1) 45 tours, Chants du monde.

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7 mars 1977 1 07 /03 /mars /1977 14:54
Au sujet de l'annonce d'un concert au Théâtre de la Ville à Paris, le Nouvel Observateur n°643 du 07/03/1977 écrit :

COLETTE MAGNY
Sa chanson, c'est un cri de révolte. Elle chante pour convaincre. Jamais elle ne plie. Elle bouleverse.
Théâtre de la Ville 1977 - Paris - © Guy Le Querrec-Magnum Photos

Théâtre de la Ville 1977 - Paris - © Guy Le Querrec-Magnum Photos

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18 juin 1976 5 18 /06 /juin /1976 12:59

Texte publié dans Libération, le 18 juin 1976 :


«Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple "joint" de cannabis (sous ses différentes formes: marijuana, haschich, kif, huile) peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre.
Des dizaines de documents officiels (notamment les rapports La Guardia aux Etats-Unis, Wootton en Grande-Bretagne, le Dain au Canada) ont démontré que le cannabis n'engendre aucune dépendance physique, contrairement aux drogues dites "dures", telles que l'héroïne, mais aussi au tabac ou à l'alcool, et n'a aucun effet nocif comparable ("Pas même une bronchite, sauf chez les grands fumeurs", a écrit aux Etats-Unis le directeur de l'Institut national contre l'abus des drogues). Le contenu de ces documents n'a jamais été porté à la connaissance du public français, on a préféré laisser la grande presse mener des campagnes d'intoxication fondées sur des mensonges ineptes.
Dans de nombreux pays déjà : Etats-Unis (Californie, Oregon, Alaska), Pays-Bas, Canada... la législation sur le cannabis a été considérablement adoucie. En France, on continue d'entretenir la confusion entre drogues dures et drogues douces, gros trafiquants, petits intermédiaires et simples usagers. Cela permet de maintenir et de renforcer une répression de plus en plus lourde: depuis 1969, la police peut perquisitionner chez n'importe qui, sans mandat, à toute heure du jour ou de la nuit, sous prétexte de drogue. Cela permet des arrestations massives de jeunes et des quadrillages policiers. Cela sert à justifier la détention de centaines de personnes, petits revendeurs ou fumeurs de cannabis, quand tout le monde sait que des gros bonnets de l'héroïne sont en liberté. Ces emprisonnements, bien sûr, sont sélectifs et frappent en priorité la jeunesse, surtout la jeunesse ouvrière et les immigrés, particulièrement dans les régions.
Or, des milliers et des milliers de personnes fument du cannabis aujourd'hui en France, dans les journaux, les lycées, les facultés, les bureaux, les usines, les ministères, les casernes, les concerts, les congrès politiques, chez elles, dans la rue. Tout le monde le sait. C'est pour lever ce silence hypocrite que nous déclarons publiquement avoir déjà fumé du cannabis en diverses occasions et avoir, éventuellement, l'intention de récidiver. Nous considérons comme inadmissible toute forme de répression individuelle, soumise à l'arbitraire policier, et entendons soutenir activement tous ceux qui en seraient victimes. Nous demandons que soient prises les mesures suivantes:
- Dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantités de consommation courante.
- Ouverture de centres d'information sur les substances psychotropes, en ordre alphabétique: alcool, cannabis, cocaïne, héroïne, LSD, médicaments, tabac, etc.
Nous n'avons que faire de la légalisation de la marijuana, ni de sa commercialisation. Si des trusts à joints s'en  emparent, c'est une question de société. Ce texte n'est pas un appel à la consommation. Il vise seulement à mettre fin à une situation absurde.»

Signataires :
Abrahams Jean-Jacques, Annabel, Areski, Dr Atlan H., Alessandrini Paul, Alessandrini Marjorie, Arietta Adolfo, Anquetil Gilles, Backman René, Bourgeade Pierre, Béranger François, Berger Claude, Bizot Jean-François, Baratier Jacques,  Bastide Jean-Pierre, Bouteille Romain, Bardet Vincent, Bodevent Jean-Louis, Barouh Pierre, Bost Jacques-Laurent,  Bok Philippe (médecin), Colombel Jeannette, Coste Patricia, Chesneaux Jean, Copi, Clémenti Pierre, Castagnet Paul, Copferman Emile, Carpentier Jean (médecin), Cahiers du cinéma, Calvet Louis-Jean, Cullaz Maurice, Deleuze Gilles, Duits Charles, Dollé Jean-Paul, Dupré Jean-Louis, Dubois Bernard, Davezies René, Devy Michel, Dachy Marc, Dautin Yvon, Delessert Philippe, Dosse Roger, Druillet Philippe, Dietlin Eric, Dubenton Anne, Erlinguer Serge (médecin), Fromanger Gérard, Font Patrick, Ferré René, de Fréminville Bernard (médecin), Fluence, Fourastié Philippe, Glucksmann André, Grasset Jean-Baptiste, Geismar Alain, Guattari Félix, Gotlib, Gébé, Gir Múbius, Haines Jim, Held Jean-Francis, Houdart Blandine, Huppert Isabelle, Isserman Dominique, Ithurriaque Jean (médecin), Jaubert Alain, Jacquot Benoît, Kalfon Jean-Pierre, Kouchner Bernard (médecin), Karsenty Serge, Kan Alain, Levy-Leblond Jean-Marc, Levy-Leblond Elisabeth (médecin), Le Forestier Maxime, Landau Maria (médecin), Letté Jean-Paul, Lyotard Jean-François, Lauten Elodie, Lacroix Hugo, Levaillant Yvon, Lagrange Valérie, Laperrousaz Jérôme, Lafont Bernadette, Leclerc Henri (avocat), Mandryka, Mallerin Daniel, Marc'O, Matricon, Mercadet Léon, Matzis Costas, Meunier Jean-Louis, Magny Colette, Muchnik Nicole, Morello Dominique, Maulineux Maud, Mercanton Isabelle, Morin Edgar, Manceaux Michèle, Mémmi Michael, Merleau-Ponty (avocate), Negroni François, Najman C., Nicoulaud Gilles, Oswald P.-J., Oswald Hélène, Ogier Bulle, Orla, Pinhas Richard, Pleyney Marcellin, Pradalié Philippe, Pasquet Sylvaine, Rauch Alain, Revault d'Allonnes, Reed Will, Renault Philippe, Rouzaud Jean, Ribbes Jean-Paul, Rochefort Christiane, Roche Denis, Raguenès Jean, Righini Marielle, Rosso Serge-Bruno, Richard Jean-Vincent, Sollers Philippe, Saint-James Daniel, Sarduy Severo, Sery Patrick, Samuel Laurent, Savary Jérôme, Simmonet Dominique, Szejer Myriam (médecin), Tavernier B., Timsit (avocat), Topor, Tobias, Thérame Victoria, Verlhomme Hugo, Vannoni Patrice, Varela José, Van Eersel Patrice, Vasca Jean, Verdier Joan Pau, Val Philippe, Yelnik Jean-Benoît, Zouzou, France Léa, Sami Ayari, Châtelet François.

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3 mai 1976 1 03 /05 /mai /1976 13:24

Extrait de "Français si vous chantiez" (Ed.Albin Michel, 1976) de Jacques Vassal  (page 248) :

A bordeaux, c'est l'inoubliable soirée "Chants de Femmes" et ce trio avec Catherine [Ribeiro], Colette Magny (l'orageuse mais solide amitié de Catherine avec Colette, qui peut soulever des montagnes d'indifférence...) et la chanteuse haïtienne Toto Bissainthe.

 

 

© JP Roche

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