Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 18:26

Extrait de l'interview dans Les Allumés du jazz de François Tusques par Jean-Jacques Birgé :

Ta révolte, suite à la guerre d'Algérie, marque ta musique, comme celle des noirs américains dessine un nouveau jazz.

C’était en plein Mai 68, en plein dans l'histoire des droits civiques aux USA. On voyait rappliquer ici quantité de types qui jouaient du free. Mais, à part Clifford Thornton, Archie Shepp ou Max Roach, c'était un milieu qui n'était pas si politisé. Les autres faisaient ça parce que c’était ce qui se jouait à New York, c'était un produit de la société américaine parmi d’autres. Mais si on enlève le côté idéologique sur lequel tu insistes et qui est très important, nous avions des conventions musicales communes. J'ai beaucoup joué avec Sunny Murray. De sa personnalité, j'ai retenu le blues et la musique d'église noire américaine qui est très forte dans le jazz de Mingus ou même d'Archie Shepp.


Oink oink, la Suite des Black Panthers, sort à ce moment-là. Tu fais ce disque avec Colette Magny, qui avait, en tant que directrice artistique, proposé au label Mouloudji de produire Free Jazz.

Je lui dois beaucoup. C’est aussi une formidable musicienne de free jazz. Il y a des gens à Marseille qui forment un club de soutien à Colette Magny, bien qu'elle ait disparu, et qui essaie de propager son œuvre, en chantant ses chansons, en exposant sa peinture, en diffusant ses disques. Ils m'ont commandé une suite de 3/4 d'heure, avec Hélène Bass au violoncelle, que je dois jouer au mois d'avril à Marseille, puis chez Colette. Et donc, je me suis mis à réécouter tous ses disques, et j'ai redécouvert cet aspect free jazz de sa musique.

La première fois que je t'ai entendu, c'est justement dans ce disque, Répression.

J'ai découvert une forme musicale très revendicatrice et très cohérente avec les paroles que chantait Colette. C'est un disque qui a très bien marché, beaucoup de gens s'y sont intéressés, nous avons beaucoup tourné avec ça. Mais il y avait aussi beaucoup de critiques. Et c'est vrai que par rapport aux Panthères, à l'époque, c'était assez idéaliste...

 

Plus tard tu as travaillé avec des musiciens bretons. Ton parcours a souvent été lié à des revendications culturelles.


Mai 68, contrairement aux autres, m'a calmé. Peut-être parce que les autres se révoltaient à ma place. Je me suis mis un peu à militer. J’ai commencé à utiliser la musique pour soutenir des organisations auxquelles j’étais rattaché. Je jouais dans des meetings, des usines, comme le faisait Colette. On était dans une période révolutionnaire, on s'imaginait tous que la société allait changer. On essayait d'être partie prenante. J'ai toujours eu besoin de raisons pour faire de la musique. Il faut que j'y trouve un sens, une motivation.

Repost 0
Published by Pierre Crépon - dans Témoignage
commenter cet article
22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 15:38

Extrait de l'article écrit par Jean-Jacques Birgé et publié sur les Allumés du Jazz :

"Colette Magny me manque, j’espérais toujours qu’on recommencerait à jouer ensemble, comme lorsque nous improvisions à deux sur le même piano, elle tenant la main gauche et chantant tandis que je papillonnais avec la droite… Il reste un Comedia dell’Amore (1) du 15 mars 1991 et des bandes enregistrées à la maison en 1979, c’est tout.

(1) Un d.m.i. Urgent Meeting (GRRR 2018)


 

Repost 0
1 décembre 2005 4 01 /12 /décembre /2005 19:41

Paru dans Chanson Mag n°1, décembre 2005

solleville-copie-1.jpg

Repost 0
1 mars 2004 1 01 /03 /mars /2004 20:38

rappelez-moi.jpgExtrait de "Rappelez-moi votre nom" de Jacques André Bertrand (Ed. Julliard), pages 15 à 17 :


Colette Magny donne un récital au Théâtre de la Ville, place du Châtelet. Elle répète une très belle chanson qui dit : "J'aurais tant aimé danser / Jusqu'à la fin de mes jours..." Elle a une idée :
- Tu serais dans la salle, comme un spectateur ordinaire, équipé d'un micro. Aux premières mesures, tu monterais sur scène et tu m'inviterais à valser. Je chanterais sur ton épaule. Comment refuser ?
Nous valsons avec succès.

Cette maîtresse femme est boudée par la télévision. Or ils se trouve que, pour une fois, on lui propose une brève prestation dans l'émission de variétés du dimanche après-midi. Elle a une idée, la même : nous valserons.
Rendez-vous avec les musiciens à quatorze heures sur un plateau des Buttes-Chaumont. Deux ou trois techniciens nous attendent sans nous attendre, l'air las, autour d'une caméra et de quelques projecteurs. - Où sont les micros ? demande Colette. Stupeur générale. - Quoi, elle ne fait pas de play-back ? C'était pas prévu ! Au bout de trois quarts d'heure, miracle, on a pu installer deux microphones. Nous valsons. Une seule prise de trois minutes. J'entends un technicien chuchoter :
- C'est son gigolo. Sur ces contrefaites le réalisateur revient de déjeuner, havane en bouche et pouces dans les poches de son gilet. - Alors, tout s'est bien passé ?
La semaine suivante je publie l'anecdote dans Télérama.
Michel Drucker, présentateur de l'émission, refusera longtemps tout entretien au journal que j'ai pourtant quitté peu après l'incident.
Désolé Michel. Désolé Télérama.
Salut Colette.

A  Londres, des années plus tard, j'apprends par une radio française la mort de Colette Magny. Michel Drucker est convoqué aux obsèques médiatiques : - C'était une très grande dame de la chanson, dit-il.
Morte, on l'a tout de suite trouvée moins grosse et plus grande.

 

Repost 0
26 janvier 2002 6 26 /01 /janvier /2002 11:32

François-Eric Valentin, éclairagiste, explique la conception de son travail :

 

"Colette Magny, pour l'un de ses spectacles, se définissait comme "une femme qui chante dans sa cuisine"; j'ai donc reconstitué sa cuisine sur scène (fenêtre, intensité de la lumière évoluant comme celle du jour).

[...]

 

"L'oeil du spectateur est le même au théâtre que pour la variété. Cézanne disait qu'il ne peignait pas des fruits ou des fleurs, mais des cubes ou des sphères. De même, je n'éclaire pas des comédiens ou des chanteurs, mais des formes. Je n'ai pas éclairé Colette Magny chantant dans un décor, j'ai suggéré celui-ci par des lumières. Il n'y a pas de différence entre la chanson et le théâtre, mais entre un chanteur et un autre. Le premier travail d'un éclairagiste est de comprendre que Colette Magny chante dans sa cuisine".

Repost 0
3 mai 2001 4 03 /05 /mai /2001 12:40

lglogo1.gifExtrait de l'interview de Jean Ferrat publiée dans Rouge n° 1921 du 03/05/2001 :

 

Quels chanteurs écoutez-vous ?

Jean Ferrat - J’écoute souvent Allain Leprest, qui est un vrai auteur, un homme, un homme de caractère, qui a son style, son monde. J’écoute Juliette, qui est un homme elle aussi [rires] ! Ces gens-là sont complètement exclus des médias, je n’ai jamais vu Leprest à la télévision. Et il y en a plein d’autres. C’est insupportable.

Les grosses maisons de production, les gros diffuseurs, les télés qui ont aussi des filiales d’édition musicales, veulent tout. Si l’artiste, à un bout de la chaîne, signe avec le producteur, qui signe avec le diffuseur, qui signe pour vous faire tant d’émissions, on arrive à se faire entendre. Mais si tu n’es pas dans cette chaîne, on ne t’entend pas. Il y a encore des circuits parallèles, mais ça fait vivoter. Allez dans la rue ou dans la France profonde, demandez qui est Allain Leprest : personne ne va savoir qui c’est. Pour certains chanteurs, ça dure depuis 40 ans. On peut aimer ou non une fille comme Anne Sylvestre, mais il faut reconnaître ses qualités d’écriture formidables. Jamais, jamais, ses chansons n’ont été programmées à la télé. C’est honteux. Je pourrais en citer des copains, des gens qui sont morts, qui n’ont jamais eu l’accès aux médias !

 

Colette Magny, par exemple. C’était quelqu’un d’important pour vous ?

Jean Ferrat - Colette Magny, c’était une grande. Mais elle avait un talent qui n’était peut-être pas très populaire. Sa façon d’envisager sa carrière et ses choix de textes, c’était une démarche difficile, pas très grand public. Elle aurait pu avoir une renommée plus importante, elle avait une grande aura, mais elle avait de grandes exigences, dans ses textes comme dans les musiques. Ce n’était pas de la chansonnette. Elle a choisi une voie originale, à elle, un peu en dehors de la chanson française. Francesca Solleville aussi , elle en a fait des disques, des concerts, mais jamais elle n’a été diffusée sur les radios, les télés. Cela tient, peut-être plus que Colette, à son engagement politique. Jamais on ne lui a donné la possibilité de se faire entendre et connaître d’un grand public.

 

Propos recueillis par Naoufel, Joël F. Volson et Laure Favières

 

Repost 0
Published by Pierre Prouveze - dans Témoignage
commenter cet article
1 novembre 1997 6 01 /11 /novembre /1997 19:02

Courrier des lecteurs paru dans Chorus n°22 de l'hiver 1997/98 :

 

Notre amie Colette Magny est partie... Comme tous les amateurs de chanson, nous l'avions entendue en concert et sur disque, mais quand parut sa souscription pour Kevork, nous fûmes outrés qu'aucune maison de disques n'enregistre et ne produise plus cette grande dame de la chanson. Au sein de notre association, Chansons de l'événement, nous avions alors envoyé une commande groupée... et nous avons correspondu avec Colette à partir de ce moment-là.

A l'image de ses chansons, sa correspondance était sans complaisance, même si amicale, très forte... Etait-ce le temps qui lui manquait ? Non ! Elle avait une exigence en amitié qui lui faisait dire les choses comme elle les pensait, même si elle pouvait se tromper (et elle était capable alors de faire amende honorable et de s'excuser). Et ce malgré une certaine solitude qu'elle avait choisie par l'éloignement de sa campagne du Quercy, mais où chacun pouvait lui téléphoner pour parler, prendre de ses nouvelles... ceux-là étaient peu nombreux.

Nous étions sur ses pas depuis longtemps et, le 22 novembre 1996, au Théâtre du Merlan (scène nationale de Marseille), nous avons voulu aller sur les siens en une soirée mémorable (que Chorus avait annoncée...) de plus de trois heures de chanson et de musique. Dédée de Marseille (ainsi que l'avait surnommée Colette), Jean-Paul Florens et son trio de jazz, Jean-Marc Le Bihan, Gréco et les insectes, devant 250 personnes venues de Marseille mais aussi d'Avignon ou de Lyon, avaient marché sur ses pas avec leurs musiques, leurs chansons... et une communication téléphonique en direct avec Colette, suivie de quelques-unes de ses chansons par chaque participant. Ce fut "le plus beau cadeau" qu'on ait pu lui faire, dira-t-elle. Cela lui redonna du ressort, et elle commença à préparer un concert pour l'Olympia...

Aujourd'hui, on peut trouver l'intégralité de cette communication téléphonique avec Colette et des extraits de cette soirée dans une plaquette de 48 pages, Sur les pas de Colette Magny, et une cassette enregistrée (disponibles auprès de l'association au prix de 100F : MPT Saint-Barnabé, rue Gustave Salicis, 13012 Marseille; tél. 04.91.93.67.46). Et nous invitons tous ceux et celles qui le souhai tent à étudier son oeuvre avec nous. Des soirées seront organisées à cet effet, un document paraîtra prochainement, etc. Nous continuerons en effet notre propre route en marchant sur les pas de "la seule chanteuse qui ait porté le débat aussi haut par la chanson".

Pierre Prouvèze (Marseille)

 

 

Note de la rédaction :

A Chorus, fidèles au principe qui veut (pour éviter un coup d'épée dans l'eau, qui satisfait seulement les inconditionnels) que nous parlions d'un artiste au moment où cela peut lui être le plus utile, nous espérions toujours une actualité de Colette (concert ou nouveau disque) pour concrétiser un dossier en projet... En fouillant dans notre correspondance avec elle, nous avons retrouvé cette lettre où elle répondait favorablement à notre suggestion de lui consacrer, jadis, un dossier dans Paroles et Musique : elle y fait allusion à celui que nous avions déjà consacré à "Catherine" (Ribeiro) ainsi qu'à son producteur d'alors, Philippe Gavardin, le directeur du Chant du Monde, qui a lui-même disparu cet été, d'une crise cardiaque, à l'âge de 52 ans [voir p. 174]. Après le décès, aussi, de Jacques Canetti, les temps sont durs décidément (et les médias fort discrets) pour la chanson française.

Repost 0
22 décembre 1996 7 22 /12 /décembre /1996 09:20
Par Jean-Marc Le Bihan :
 
Elle porte en elle ce qui est nous
Une musique, elle est partout
Elle nous réinvente la vie
Elle fait le jour quand il fait nuit
Elle est la voix, elle est le cri
Elle dit ce que l'on n'a pas dit
Et quand elle révolte les mots
Toute la chanson vibre
Elle ne prend pas de raccourci
Elle dit la vie comme elle la vit
Elle blues de l'âme des paumés
Elle démenotte les sans papiers
Elle est tendresse, elle est colère
Elle bouge le cul des grabataires
Quand elle se fâche, c'est pour de bon
Mais elle est tendresse, tous nos frissons
Comprenez la merde à Vauban
Merde aux pourris qui se disent grands
Elle est du côté des petits
Ses mots sont plus forts que nos fusils
Elle est en nous
On ne la quitte plus
Tous ceux qui l'ont connu parlent d'elle avec passion
Tant pis pour la télévision
Elle décensure toutes les censures
Elle fait se lever tous les ..
Son cri puissant réveille en nous
Tous les combats jusqu'au plus fou
Le temps sans âge, grande soeur courage
Vos chansons sont mes voyages
Mon rêve s'est réalisé :
J'ose vous écrire, j'ose vous parler
Peu imorte ce qu'il adviendra
Eternellement elle chantera
Avec tendresse, on vous salue Colette Magny
Un soir de novembre au théâtre du Merlan
Marseille en gris, Marseille en blanc
Malgré nos joies, malgré nos larmes
Pour saluer une grande dame
Tous les grands mots ne suffisent pas
Il fallait marcher sur ses pas
 
 
Repost 0
1 janvier 1984 7 01 /01 /janvier /1984 14:51

Lors de la ré-édition du disque "Répression" en 1984, Colette Magny écrit sur sa pochette de disque :

"Non, je ne veux pas d'une civilisation comme celle-là".

On braque notre attention sur des actes de terrorisme, guère plus horribles que les paricides, infanticides et autres crimes passionnels des "faits divers"; alors que famines, génocides, ethnocides prospèrent dans les 3/4 de la planète.

Je rêve d'une grève générale mondiale qui empêcherait de sévir les quelques monstrueux crétins à qui nous avons laissé le pouvoir de nous faire crever à petit feu. "The day after", il n'y aurait plus ni sapeurs no pompiers pour éteindre l'incendie.

Repost 0
1 janvier 1984 7 01 /01 /janvier /1984 14:25
Je voudrais tant être innocente, ignorer les abîmes. Je les contiens au ras de ma gorge.

Sur la pochette de disque "Feu et rythme", Colette Magny écrit lors de sa réédition en 1984 :

Je voudrais tant être innocente, ignorer les abîmes. Je les contiens au ras de ma gorge.
Ici, le compositeur Michel Puig m'ouvre à un chant dont je ne connaissais pas encore les possibles aventures. Le résultat, quelle épreuve ! Je n'avais pas écouté ce disque depuis une dizaine d'anné
es.

"Ces"essais" n'auraient pas dû être publiés", en avait jugé un ami. Son verdict était je crois d'ordre esthétique. Mais, plutôt que de parachever un défrichement dont j'aime l'état brut, j'ai toujours préféré loucher vers de nouvelles expériences.

Je reçois de moi une douleur, une inquiétude. Aujourd'hui, je reste perplexe.

Repost 0
Published by Claude Richard - dans Témoignage
commenter cet article