Articles divers et variés sur la chanteuse Colette Magny
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Article de L'Humanité du 03/09/2026 :
La Fête et l’association Zebrock s’associent pour rendre hommage à Colette Magny, dont on célèbre cette année le centenaire. Neuf musiciens et chanteuses se retrouveront dimanche 13 septembre à 14 h 10, sur la Scène Zebrock Nina Simone pour reprendre le répertoire et les combats de cette artiste majeure et indocile, mais gagnée par l’oubli.
« Je ne suis pas une chanteuse engagée mais politique », soutenait Colette Magny. La différence peut paraître ténue, mais la chanteuse, dont on célébrera le centenaire le 31 octobre, décédée en 1997, n’était pas du genre à épouser les cases, préférant embrasser le monde. La politique donc, dans son acception la plus large, a parcouru sa vie et sa carrière sans compromission et en fidélité à un idéal égalitaire. Et en connaissance de cause : elle savait devoir en subir censure et oubli.
Sa postérité en a pris un coup, bien que sa mémoire se soit discrètement réveillée, notamment grâce aux rappeurs : Rocé qui la célèbre et Orelsan qui samplait J’ai suivi beaucoup de chemins, l’une de ses premières chansons. « Étonnamment, elle aurait plus sa place aujourd’hui. Elle serait sûrement très attendue », avance Demi Mondaine, qui participera au concert hommage que lui rendront la Fête de l’Humanité et l’association Zebrock.
Connue pour sa participation à l’émission The Voice en 2018, la chanteuse titulaire de cinq albums de rock insolent a également été meneuse de revue pour Jean Paul Gaultier. C’est à elle qu’il reviendra de chanter l’un des rares titres de Colette Magny à avoir franchi le mur de l’audiovisuel, Melocoton, enregistré en 1963. « On s’est tous fait happer par le tube, magnifique au demeurant, mais qui ne résume pas son répertoire », souligne-t-elle.
Militante ouvrière et internationaliste, engagée contre le fascisme et le racisme, féministe qui a ouvertement déclaré son homosexualité, tôt portée sur la cause environnementale ou contre l’enfermement psychiatrique, elle semble avoir endossé tous les combats. « Elle est souvent ramenée à la musicienne engagée. Mais, quelque part, c’est trop évident, elle est bien plus que cela », pointe Demi Mondaine. Magny a chanté Aragon, Rilke, Artaud, Hugo ; puis s’est frottée au free-jazz avec la fine fleur de la scène française, François Tusques (piano), Bob Guérin (basse), Michel Portal et Louis Sclavis (clarinettes), Daniel Humair (batterie) ou Bernard Vitet (trompette) ; s’est lancée dans les aventures musicales du Groupe de recherches musicales (GRM) ; s’est même essayée au rap.
« Ce qui est formidable chez elle, c’est qu’elle mêlait esthétique et éthique », poursuit Demi Mondaine. À ses côtés, Jil Caplan, espoir féminin aux Victoires de la musique en 1992 qui trace depuis une carrière aussi riche que discrète. « On évoque souvent l’aspect militant de son parcours, mais il faut parler de sa voix, de son tempérament, de sa modestie et de sa ferveur. Tout ça avec un swing incroyable. C’est bien sûr une militante mais aussi une super musicienne », soulève-t-elle.
On se souvient de son dernier passage télévisé dans l’émission « sépia » la Chance aux chansons, devant un Pascal Sevran chagriné que la chanteuse ait suivi une trajectoire si politique. « Il ne faut pas oublier qu’on rayait ses disques à l’ORTF », souligne Lila Tamazit, qui défend de longue date le répertoire de Magny. Elle sera, elle aussi, sur la Scène Zebrock Nina Simone avec Vincent Viala (piano) et David Georgelet (batterie) pour rendre hommage à cette musicienne « insaisissable et indomptable ». « Elle échappe à plein de monde. Soit on ne la connaît pas du tout, soit on la connaît et on est estomaqué, qu’on aime ou pas », ajoute-t-elle.
Chemin inverse pour la jeune chanteuse Thérèse qui découvrait l’univers de Magny en même temps qu’on lui proposait de lui rendre hommage. Une histoire de caractère. « Je crois comme elle que la liberté a un prix et je me sens très proche de ses combats », avance-t-elle. Le trio sera augmenté de la participation de la chanteuse et accordéoniste Justine Jérémie, qui a déjà fondu sa voix dans la mélodie de Melocoton.
Pendant vingt ans dactylo, Colette Magny s’est lancée tardivement dans la musique. Elle frappe immédiatement avec sa carrure imposante et son chant inspiré du blues et des fêlures de Billie Holiday. Et par la qualité de ses compositions, sur ses propres textes ou ceux des poètes. Nous sommes au mitan des années 1960 et le fond de l’air rougit.
En 1967, elle chronique l’époque avec Vietnam 67. Se succéderont Magny 68/69 qui décline en musique la manière qu’eut Chris Marker de capter l’effervescence des événements du mois de mai, puis Feu et Rythme (1971), Répression (1972) en soutien aux Black Panthers (albums aux pochettes dessinées par Ernest Pignon-Ernest, président des Ami·es de l’Humanité), Chili-Un peuple crève avec Maxime Le Forestier (1975), Transit (1976), ou encore Colette Mâgny je veux chaanter (1979) avec les enfants d’un institut médico-éducatif. Il faut attendre la victoire de la gauche en 1981 pour qu’elle revienne à des chansons de facture plus classique et son amour du blues.
Le guitariste Hervé Legeay, pilier du groupe de Sanseverino et compositeur pour le spectacle vivant, orchestrera cet hommage. Révélé à la chanson par Francis Lemarque, Pierre Barouh ou Serge Rezvani, il s’est pris de passion pour le répertoire de Magny. Une manière de cultiver la marge. « Ce qui me séduit chez elle, c’est qu’elle casse la métrique. Ce n’est jamais carré, comme on dit. Et c’est quasiment la seule chanteuse française qui swingue. C’est comme une tangente entre Patti Smith et Nina Simone. »
À ses côtés, Seb Martel, guitariste émérite porté sur l’expérimentation qui apportera quelques saillies pour éviter « trop de politesse ». Cet hommage sera l’un des rares accordés cette année à Colette Magny. Habitée par la transmission de son histoire, sa nièce Périne Magny Lecoy a bien eu « l’impression de tourner en rond » et a failli désarmer devant l’indifférence polie des grands médias.
Elle a toutefois publié un ouvrage, Remettre le western à l’endroit (les Fondeurs de briques), qui explore le versant intime et familial de cette grande dame de la chanson, et a contribué à la réédition de l’ensemble de son œuvre avec le coffret Colette Magny-Anthologie 1958-1997 (Sony), qui bénéficie du remarquable travail éditorial du journaliste Jacques Vassal1. Un combat pour honorer cette figure à laquelle la Fête de l’Humanité, où elle a si souvent joué, ne pouvait rester insensible.
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