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Articles divers et variés sur la chanteuse Colette Magny

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Ce n’est pas son art qu’on a rejeté (il était brillant et novateur), mais ses idées

Dans l'émission "Au fil des pages..." sur Radio Libertaire :

Colette Magny, une artiste qui intervenait souvent sur Radio Libertaire, dont le chant est un cri.

Jean-Paul Sartre disait : « Les messages qu’on n’entend pas sont souvent les plus importants. » Eh bien, cette phrase pourrait presque résumer la vie et l’œuvre d'une artiste incroyable, mais trop souvent oubliée : Colette Magny.

C’est à travers un livre écrit par sa nièce, Perrine Magny Lecoy, que nous allons redécouvrir son parcours. Cette biographie s’intitule « Colette Magny : Remettre le western à l’endroit. » Elle est accompagnée d’un CD inédit, un concert de 1988, et elle vient de paraître aux éditions Les fondeurs de briques.

Pourquoi ce titre un peu mystérieux, « Remettre le western à l’endroit » ?

Élisabeth, Radio Libertaire : Parce que toute la vie de Colette Magny a consisté à renverser les limites et à casser les codes.

Et c’est ce que nous découvrons dans ce livre. On a souvent voulu enfermer Colette Magny dans la chanson "Melocoton", un petit tube léger qui fut presque un accident pour elle dans son parcours. Mais très vite, elle a compris que ce succès était une cage dorée. Elle a choisi la liberté, un chemin bien plus exigeant.

Avec sa voix extraordinaire, elle s'est mise à chanter Rimbaud, Neruda, Victor Hugo à transformer le blues en arme de combat contre la guerre du Vietnam, le racisme, l'oppression. Elle hurlait les révoltes des autres, mais aussi ses propres blessures. Une voix puissante pour des messages que l’on s’est empressé d’étouffer.

L’oubli de Colette Magny n’est-il pas le résultat logique de ses positions extrêmes ?

Ses positions l'ont effectivement marginalisée. Elle dérangeait.

Perrine Magny Lecoy montre bien, comment elle a été censurée, boycottée. Pourtant, son cas est unique. La distinction est fondamentale : ce n’est pas son art qu’on a rejeté – il était brillant et novateur –, mais ses idées. Elle était trop libre pour rentrer dans les cases.

En quoi son cas se distingue-t-il de celui des autres grands oubliés de la chanson française ?

Elle était plus qu’une chanteuse : une artiste totale, intellectuelle, autodidacte. Là où d’autres ont disparu par manque de succès, elle, on l’a écartée parce qu’elle dérangeait trop.

On peut dire que le grand mérite du livre de Perrine Magny Lecoy est de nous faire enfin tendre l’oreille. Il s’agit d’une biographie documentée riche en archives et en photographies, mais c’est aussi surtout une quête intime, menée à travers le regard de sa nièce.

Qu’apporte ce livre de plus par rapport aux autres ouvrages sur elle ?

Il ne s’agit plus d’une biographie artistique ou militante, mais d’une biographie psychologique et émotionnelle, qui ose faire le lien entre l’intime et le politique, le personnel et le créatif. C’est un travail nécessaire qui redonne à Colette Magny, une profondeur humaine.

Le livre souligne cette singularité et une différence essentielle avec les autres ouvrages, c’est qu’il nous montre la femme derrière la voix.

On y découvre un être complexe et vulnérable, marqué par une enfance difficile. Le livre nous permet de comprendre pourquoi l’engagement fut pour elle une question de survie. L'exemple de « Melocoton » est frappant : un succès qu'elle a rejeté avant de se réconcilier bien plus tard avec cette chanson

Justement, quelle place a eu « Melocoton » dans sa vie ?

Une place paradoxale : un succès devenu un fardeau, puis finalement réapproprié.

L'analyse de l'autrice est très éclairante. Avec le recul, on comprend que dans cette chanson qui parle d'enfants invisibles, elle glissait déjà ses propres blessures, comme le viol qu'elle a subi à huit ans – un drame qu’elle n’a révélé que bien plus tard.

Avec quels artistes de son époque pourrait-on établir un parallèle ?

On peut citer Francesca Solleville ou Catherine Ribeiro « La passionaria rouge », mais la comparaison a ses limites.

Comme l'explique la biographie, elle reste unique. Elle ne chantait pas sur les luttes, elle chantait dans les luttes, avec une rage et une liberté inédite.

Et avec quels artistes d’aujourd’hui pourraient faire écho à ce qu'elle a été ?

Son héritage résonne fortement chez des artistes comme Orelsan, Camélia Jordana ou Rocé.

La force du livre, c'est de nous rendre palpable sa modernité. Ses chansons sur les violences policières « J’veux pas mourir pour quelques grammes », la condition des immigrés « Les migrants », l'émancipation des femmes (« Je suis une femme ») ou l’urgence écologique (« Au-delà de la ville ») sont d’une actualité brûlante. Écouter Magny aujourd’hui, comme l'écrit Perrine Magny Lecoy, c'est constater que les combats des années 70 ne sont pas clos et puiser une énergie brute pour les poursuivre.

En quoi ses combats résonnent-ils encore avec les grands enjeux de nos jours ?

Avec une prescience troublante, ses textes pourraient avoir été écrits aujourd’hui. Notamment sur ce qu'elle a pu écrire sur l'écologie.

Le livre nous amène à ce constat frappant : elle avait déjà identifié les grands combats structurels de notre époque. Son œuvre ne doit pas être une archive, c'est un appel.

Y a-t-il un point faible dans ce livre ?

On pourrait trouver que les aspects administratifs et juridiques sont un peu trop détaillés.

Mais ces aspects soulignent aussi le sérieux de la recherche. Au final, ce livre nous apporte bien plus qu'un hommage. C'est un acte de justice. Il nous oblige à nous demander, comme le souligne si bien la biographie : quels sont aujourd’hui les messages qu’on refuse encore d’entendre ?

Colette Magny–remettre le western à l’endroit
de Perrine Magny Lecoy
Ed. Les fondeurs de briques, 2025

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