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1 décembre 1977 4 01 /12 /décembre /1977 10:59

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 Interview parue dans Canal n°10 de décembre 1977 :

 

Colette Magny présente jusqu' au 10 décembre un nouveau récital de chantons et une expérience sonore réalisée avec des enfants psychotiques.
A l'Elysée-Montmartre, 72 bd de Rochechouart, Paris 18.

 

J'accepte tout-à-fait d'être reconnue comme une chanteuse politique dans la mesure où une partie de mon répertoire s’en mêle et où c'est très important dans ma vie. N'importe quel évènement me met en branle sur ce qu'on appelle la politique, au sans large du Piscator. J'avais lu ça, et cela m’avait bien réconfortée : à savoir que la politique, c’est ce qui concerne la cité, tout le monde, la ville entière.

 

Et la politique au sens étroit du terme ?
Actuellement, tous les discours politiques m’emmerdent, qu’ils soient écrits ou parlés. Et pas seulement les discours du pou voir, ça ne serait pas grave, mais ceux de la gauche et de l'extrême gauche. En France, ce sont tous des pisse-vinaigre. De plus, sauf à l'extrême-gauche où ils sont plus sévères, ils se serrent tous la main. Je ne peux pas comprendre cela. Il n'y a rien : ni parti, ni groupe, ni mouvement qui puisse me donner l’envie de mourir avec eux contre les gens du capital. Je ne veux pas être un martyr, et c'est en effet sur ce point que l'on m'attaque. Il y a des gens, même des militants, qui attendent non pas de moi mais d’autres ; quelqu'un qui nous parlerait vraiment ! Moi aussi, j'attends cela. Mais c'est aussi facile d’attendre l'orateur splendide, ou l'oratrice, les mouvements extraordinaires où je vais pouvoir m'insérer comme un gros lapin. Je me dis : quel dommage que je ne sois pas Rosa Luxembourg. Je foncerais et je dirais : mes sœurs, mes frères,  mes camarades, debout !
Parce que le monde est insupportable ; on compose avec soi tout le temps, tous les jours, tous les matins. Face à n'importe quel événement, on devrait tous être dehors. Le Vietnam, le Chili, c'était des choses monstrueuses. Pourquoi n'étions-nous pas tous dehors, dans la rue, tous à hurler ?
Je voudrais savoir expliquer pourquoi il faut tous aller dans la rue, l’expliquer par des choses fortes et pas seulement avec l’émotion.

 

canal-4.jpgL’importance de la théorie est donc si grande !
C'est absolument nécessaire : de pouvoir théoriser, d'être capable de structurer une pensée. Même s'il faut que des gens comme moi se cassent la tête pour comprendre ce qui est dit. Il y a quelques années, j’ai rencontré un homme qui avait été très ému par Vietnam 67.Pourtant, quand on s'est mieux  connus, par la suite, il m'a dit « tu n'es qu'une sala bourgeoise, tu penses par ton ventre et la pensée, elle se trouve là : dans la tête». Et je me suis dit qu'il avait raison, «j'ai un déplacement d'organes ». Depuis, j'ai essayé de continuer à comprendre plus sérieusement. Dans mes chansons, plutôt que de partir sur le seul sentiment, j'ai essayé de me documenter. Il faudrait que je maîtrise mon émotion, que je la distille suivant l’utilité que ça peut avoir…Eh bien, je n’en suis pas capable !

 

Est-ce une position qu’on peut dire « morale » ?
Je ne veux pas avoir les mains sales, mais c'est une façon faible et individualiste de s'opposer au pouvoir. C'est pour ça que je ne suis pas «politique». La morale en politique, c'est mauvais signe. Il sera pendu l’homme moral, ou la femme morale. Et tant pis pour moi. Il faut être armé contre ceux d'en face, armé physiquement, matériellement, mais aussi théoriquement.

 

Une émotion demeure dans ton travail : cette réaction cette réaction tellement aigüe que tu as de vibrer à toute souffrance…
Ça, ça fait absolument toute ma vie. Par le fait d’avoir beaucoup souffert d'une différence dans mon enfance, dans mon adolescence. Maintenant, ça passe un peu. J'étais profondément humiliée, tous les jours, comme un travailleur émigré ; mais d'une autre manière, mais c'est pareil. Et chaque fois que cela se produit pour quelqu’un d’autre ça me remue les sangs.

 

Mais paradoxalement, cette souffrance chantée procure un espoir...
C'est ce qu'on m'a dit : certains sortent de mon spectacle épuisés, fatigués, mais pas désespérés. Au lieu de provoquer des suicides, j'ai davantage provoqué des adhésions au Parti communiste. C'est un exemple. Et puis il y a les déprimés qui écoutent mes disques ; peut-être parce qu'ils entendent quelqu'un d'encore plus malheureux qu'eux, ou dans le même merdier.

 

Entre le public et toi, c’est également une relation affective, d’émotion, même. Et ceux qui viennent te voir après le spectacle ?
Oui, c'est à cause de la voix, de la musique de la voix, de l'émotion. Il y a des militants qui se sont adressés à moi pour rencontrer la dame qui chante Village/visage, une chanson où justement je parle surtout de moi. Et c’est ça qui les intéresse. L'Émotion, j'en suis sûre, est accessible à tout le monde ; mais cet ami, dont je parlais, avec sa tête, il est furieux quand il est pris par l'émotion parce que ça brouille les problèmes.

 

canal-2Et toi, quand tu chantes ?
On dit que les planches nous brûlent.  C'est vrai, on est dans un tel état émotif qu'on décuple notre énergie. Charles Dullin arrivait dans son petit fauteuil ; il jouait sur la scène, après quoi il retombait dans son fauteuil. Mais c'est les gens qui nous la communiquent, nous la donnent cette énergie. Pendant le spectacle à la Cartoucherie, j’étais sous cortisone, sans force ; alors je leur ai dit : si vous ne me donnez pas d’énergie, je chanterai mal et ce sera votre faute. Tout le monde a ri et ils m’ont échangé leur chaleur.

 

Depuis plusieurs mois, les tours de chant sont plus fréquents qu’auparavant…
C’est une façon de me demander ce que je pense du show-business de gauche ? C'est ce que nous faisons, c'est vrai, moi et d'autres. Nous produisons un travail qui intéresse suffisamment de gens pour remplir une salle de telle ou telle dimension ; on est une marchandise et on se vend aux gens d’en face. Et une partie de ces gens, un pour cent, ceux qui exigent les concerts gratuits pour le peuple, se retournent contre nous. Mais je n’ai plus la force physique, à mon âge, de ne chanter qu’en circuit militant, c’est-à-dire, après huit heures de travail chaque jour, aller chanter.
Je me réjouis de voir mon public s’agrandir, d’avoir de plus en plus d’occasions de chanter. J’aime tellement chanter… Et puis je n’ai plus tellement d’années devant moi.

Tu passes à la télévision…
Ça va être un réconfort pour les grosses dames ; c’est un peu comme si un travailleur émigré passait à Antenne 2, aux informations. Il y a 10 ans, quand j’étais déjà passée à la télévision, des gens m’avaient dit que les grosses dames de France étaient rudement contentes ; maintenant, elles vont être épanouies qu’une encore plus grosse qu’elle passe à l’écran i dimanche après-midi! Mais c’est vrai, toutes ces télés, c'est suspect.  En toute sincérité, j’ai proposé un programme à Antenne 2, sûre qu’ils allaient refuser. Mais non, et c’est tout aussi claire qu’un refus : ils peuvent ainsi se dire ou se prétendre libéraux.
Que dois-je faire ? Je ne sais pas très bien, sinon que je me sens complètement désintéressée.

 

Entretien : Hélène Villers.


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Published by Pierre Prouvèze - dans Interview
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1 juin 1974 6 01 /06 /juin /1974 10:28
Article publié dans le n°201 de Jazz Magazine de juin 1974 :



Un jour sans doute, le discours qui se tient ici ou là sur le jazz fera un sort (c'est le mot ?) aux marginaux. C'est-à-dire à ceux qui s'inscrivent dans les marges du jazz. Telle Colette Magny. Non d'ailleurs en ce que la marge intime d'extériorité, mais bien clans ce rapport consenti que la mise à distance prévient. Chanteuse de jazz, non. Chanteuse de blues, sûrement pas. Il y faudrait, dit-elle, l'improvisation. Et pourtant, la part de l'improvisation assignée au cri, à la rage de chanter, c'est bien cela que pour nous Colette Magny dévoile. Elle parvient, par un paradoxe déroutant, à mettre à découvert ce qui précisément assure l'incontournable étrangeté du blues, de sa parole et de son chant. Seuls, ses cris, ses vociférations modulées — l'inadmissible du chant — donnent au texte de LeRoi Jones (Brave Nègre) les accents de l'impossible. L'étonnant, mais ce serait plutôt feindre la surprise, est que le « sujet prédominant » dont il est tant question, demeure — mal gré qu'elle en ait — son chant même et sa force d'insurrection. Nulle prétention donc à se donner un langage et une syntaxe homologues aux pratiques des musiciens free. Ils sont même, en tant qu'évaluation préalable, de première nécessité.  Là se désigne, pour Colette Magny, le lieu même de son travail, toujours non-fini : ne pas jouer le faux rapport d'identification aux chanteuses de blues, mais prendre à la lettre la métaphore du blues. — Francis Marmande.

Jazz Magazine Vous êtes-vous jamais considérée, Colette Magny, comme une chanteuse de jazz ?

Colette Magny
Non... Tout à fait au début, quand j'ai commencé d'interpréter des chansons comme Melocoton et des blues, et surtout après mon passage à l'Olympia, la « grande presse » m'a collé l'étiquette « chanteuse de blues ». Je n'en suis pas responsable... Et ça n'était pas vrai : je chantais des chansons américaines qui se trouvaient être des blues, mais je n'étais pas une chanteuse de blues. Je sais, pour les aimer, que les chanteurs et chanteuses de blues improvisent, ce que je ne taisais pas... Plus récemment, on m'a demandé si j'étais une chanteuse de free-jazz. Je ne peux répondre oui, ce serait faux. Je collabore, et j'en suis très heureuse, avec des musiciens free, mais je ne peux prétendre être une chanteuse free. Disons que je souhaite le devenir.

Jazzmag Comment avez-vous été amenée, après avoir chanté des blues, à travailler avec des musiciens free ?

Magny Je cherchais par qui je pourrais être accompagnée et un ami m'a mise en relation avec François Tusques, il y a de cela pas mal de temps. On peut parler de hasard dans la mesure où je n'avais jamais entendu de disques free. De toute façon, j'ai une culture musicale très faible, qu'il s'agisse de musique classique, de jazz ou de musique électronique. J'écoute très rarement de la musique ou des chansons, et encore moins des chanteurs de variétés. Le chant, en fait, m'intéresse s'il me permet de m'exprimer.

Jazzmag Quel genre de rapports entretenez-vous avec les musiciens ?

Magny
Sur le plan de l'amitié, parfaits. Au niveau musical, je leur suis reconnaissante d'enrichir le peu que je fais. Je suis même très flattée de m'exprimer aux côtés de musiciens tels que Barre Phillips et Beb Guérin. Nous avons fait avec François Tusques un truc qui dure vingt minutes à propos des Panthères Noires... Pour mon compte, j'ai essayé d'après des textes divers d'exposer l'idéologie et les moyens d'action des Black Panthers tandis que Tusques m'a proposé quatre thèmes musicaux en me demandant si cela pouvait soutenir les textes en question. Il est évident que je ne lui ai pas dit ce que j'aimerais comme musique. Je ne m'y autoriserais pas, et de toute façon je suis contre. En fait ce qui m'intéresse, c'est tenter d'exprimer un sujet le mieux possible avec les moyens du bord : musique concrète, électronique, guitare d'accompagnement, accordéon. Tout est possible à condition que le sujet prédomine. J'ajouterai que mes rapports avec ces musiciens sont tels que s'ils ne pouvaient pas se déplacer avec moi, par exemple à Lyon où je devais aller chanter, je préférerais ne pas aller chanter du tout. L'aspect commercial passe ici en dernier et je ne me résoudrais pas à me faire accompagner au pied levé.

lazzmag Vous avez enregistré avec des musiciens de musique contemporaine comme Diego Masson. Vos méthodes de travail étaient différentes ?

Magny Je n'ai pas vraiment travaillé avec Diego Masson. Cela s'est fait comme souvent pour moi, à la suite d'une rencontre, celle du compositeur Michel Puig. Il avait entendu un des mes disques, j'avais entendu l'un des siens. Nous avons alors décidé de faire quelque chose ensemble. Michel Puig me propose des textes, on s'entend sur des poètes que nous aimons l'un et l'autre, comme Max Jacob et Lewis Carroll, et nous commençons. Il me place à un endroit précis d'un studio, me dit : « Chantez », et je me jette à l'eau... On fait comme ça quatre chansons. Quand on a jugé que c'était suffisamment au point pour pouvoir enregistrer, nous les avons proposées à une maison de production. Ces chansons avaient été conçues pour être chantées a capella, mais Chant du Monde n'était pas d'accord. Non pour des raisons commerciales (je me suis assez battue dans le passé pour cela), les seuls différends possibles avec ma compagnie, ne pouvant être qu'artistiques ou politiques. La directrice artistique a simplement fait valoir que, pour remplacer une présence physique, une musique s'imposait. D'accord avec Michel Puig, et bien qu'embêtée, je me suis finalement rangée à son avis. J'ai demandé à Diego Masson et à des instrumentistes de musique contemporaine de m'accompagner. Par curiosité, et bien que je ne sache pas lire la musique, j'ai regardé les partitions : des flèches, des traits, « imitez la chanteuse », « suivez la chanteuse »... Une fois encore j'ai été servie par la chance puisque je peux dire que j'ai chanté comme si j'étais seule, a l'exception d'un passage de Jabberwocky tellement rapide que Masson me faisait signe. Je crois qu'on peut dire : « Bravo Messieurs », car comme dirait nos amis du free, c'est de la musique au kilomètre : accompagnement sans tare, mise en place impeccable, ça n'invente rien et ça suit l'harmonie. J'ai vraiment été suivie admirablement.

Jazzmag Après votre passage au cinéma Ranelagh et l'album « Répression » qui en a été le prolongement, comment concevez-vous les rapports entre texte et musique ?

Magny Le travail récent en compagnie de Tusques — qu'il faut considérer comme exceptionnel puisque je travaille régulièrement avec  Beb Guérin et Barre Phillips — m'a donné des idées. Ainsi, lors des représentations au Ranelagh  et pendant  l'enregistrement, je me suis sentie contrainte par un texte plein et rigoureux, ce qui signifie que pour devenir une chanteuse free, il me faudrait apprendre à écrire des textes qui conviennent à ce genre de musique. Ce que je vais dire peut paraître prétentieux, mais il me faut inventer un langage, choisir des mots et des phrases construits de telle sorte qu'ils puissent se placer comme je le sentirai dans l'instant, de la même manière que les musiciens free le font, je crois, pour la musique. Les structures paroles-musique ne sont donc pas véritablement établies... De plus, pour être la plus fidèle possible aux textes, je bride volontairement ma sensibilité, mon imagination, et j'avoue que je me pose parfois la question de savoir si je ne devrais pas me laisser aller à la passion. Je le répète : pour m' « acoquiner » avec le free-jazz il me faudra transposer mes textes. Enfin, en raison de la densité du texte sur les Panthères, ce que nous avons fait ensuite a été différent des spectacles du Ranelagh du point de vue de la musique plus que du point de vue des paroles.

lazzmag Pourquoi avoir choisi les thèmes du Black Panther Party plutôt que d'autres problèmes politiques ?

Magny C'est ce qu'on me dit chaque fois que je chante un texte nouveau : pourquoi cela ? Il se trouve que j'aime ces textes et que je voulais que les gens les connaissent eux aussi. D'autre part, c'est aussi en fonction des circonstances, je ne suis pas universelle, je suis en relation d'amitié avec Tusques qui m'a communiqué, des écrits qui l'avaient passionné, et la passion m'a gagnée moi aussi. De la même manière, si demain un ami ou quelqu'un m'amène des informations sur un sujet qui m'intéresse, je lirai ce qu'on m'apporte, je me documenterai de mon côté et je tenterai de faire quelque chose.

Jazzmag Quelle est la part réservée à l'improvisation dans votre travail ?

Magny Par rapport à des chanteuses comme Billie Holiday ou Bessie Smith, je dirais que dans l'ensemble je n'improvise pas, à l'exception peut-être des textes écrits à partir des toiles de peintres que j'aime. J'ai maintenant envie d'aller plus loin, ce qui c'est produit timidement dans le dernier spectacle du Ranelagh. Je ne sais pas s'il s'agit d'un manque de confiance en moi ou de la peur du risque, mais ce n'est pas encore ça… Sur le problème général de l'improvisation dans la chanson... Lorsque vous avez un engagement, un jour précis, à un endroit précis, il y a contrainte. Vous vous devez d'être là, en forme ou pas, grippe ou pas. Le spectateur s'est déplacé, votre présence est un impératif. Cela signifie que vous allez rester en scène deux heures durant face au public. Pour avoir vu et entendu dans ces conditions certaines improvisations de chanteurs, je dois dire que je ne suis pas d'accord. Ces chanteurs peuvent penser avoir suffisamment de génie pour improviser deux heures d'affilée, être sûrs de communiquer une certaine chaleur à cette heure-là, à cet endroit-là, pour ce public-là, mais cela me laisse rêveuse. Tout le monde a des tics, je n'y échappe pas plus que les autres même si j'essaye de les briser. Aussi lorsque vous chantez pendant une durée assez longue sans structures préétablies, ces tics reviennent...

Jazzmag Et au niveau du cri ?

Magny Là j'hésite. Ça pour gueuler, je pourrais gueuler. Je me fous sur une scène, je suis une putain et je me vends aux gens qui sont devant moi. Pour leur en donner pour leur fric, je dois avoir le maximum d'honnêteté vis-à-vis de moi-même. Si je me mets à me  « défoncer » sans avoir pensé auparavant les choses que j'exprime, je ne trouve pas ça très honnête. Efficace, la  « défonce » l'est à tout coup, mais à quel niveau ? En fait, c'est ce que les gens (critiques, public, show-business) me demanderaient... Si je me laissais réellement aller à ce que j'ai envie de chanter, je ferais par goût, par impulsion, du rock, du vieux rock, mais vraiment sommaire... Si je fais des recherches plus complexes, c'est parce que cette histoire de « défonce » vous fait rentrer chaque fois dans le système. Et même en imaginant que j'en arrive à un accompagnement  « pop » bien dans le vent et que je conserve en même temps mes textes politiques, croyez-vous que ces chansons seraient matraquées à la radio ? Que des millions de gens les entendraient ? Ceci pour répondre à l'article du Monde sur le spectacle du Ranelagh. On le mettait en parallèle avec la chanson de John Lennon Workin' Class Hero « qui a un peu bousculé des millions de gens en Amérique et en Angleterre », mais on oubliait de préciser que je chante en France et non là-bas. De même, lorsqu'on me parle dans d'autres milieux de souci d'efficacité, il faut voir ce que recouvrent ces mots. La fin justifie les moyens... Les hôpitaux psychiatriques en Russie... Qu'est-ce que ce monde-là ? Je ne peux pas le supporter.

lazzmag Quel public préférez-vous ?

Magny Si je compare des endroits aussi différents que les M.J.C., le Ranelagh, l'Olympia, c'est à ce dernier lieu que va ma préférence. Quoi qu'en disent les chers amis des groupuscules, c'est à l'Olympia que se trouve le véritable public populaire et c'est là qu'on peut atteindre le maximum de gens... Je suis consciente d'avoir un public restreint, peut-être deux mille personnes qui suivent de près mon travail. C'est d'ailleurs logique puisqu'aux grandes heures d'écoute la radio et la télévision ne passent que Melocoton, une chanson vieille de huit ans, alors que la partie la plus récente de mon répertoire passe après minuit sur France-Culture ou au Pop-Club. Comment les gens seraient-ils au courant ? Cela désoriente considérablement le public. Quand je vais chanter dans n'importe quel bled mes chansons actuelles, des gens viennent me trouver à la fin du spectacle pour m'exprimer leur déception.
Jazzmag Pour mieux faire comprendre au grand public votre évolution, accepteriez-vous de passer à Télé-Dimanche ?
Magny Vous allez me dire que c'est contradictoire avec ma position à propos de l'Olympia... Pourtant, à y regarder de plus près, pas complètement. Contrairement à l'Olympia, où l'on ne dit rien à mon propos et où je propose simplement mon travail, à Télé-Dimanche les chansons sont introduites de manière isolée. De plus, je trouve les décors dégueulasses et la présentation infâme. Non, je ne crois pas que je pourrais  supporter  l'atmosphère  de l'émission. Pour revenir à l'Olympia, rien ne prouve d'ailleurs que ce ne serait pas une catastrophe pour moi que d'y passer, tout en sachant à l'avance que c'est complètement exclu.

Jazzmag Compte tenu de vos préoccupations politiques, n'avez-vous pas l'impression de penser aux autres à votre seul profit ?

Magny Ce problème se pose effectivement dans le cadre de mon activité artistique actuelle. Ainsi, cela choque les jeunes organisateurs que je demande des sommes relativement élevées pour chanter et je dois leur expliquer pourquoi. C'est justement parce que j'évoque certains sujets, parce que je touche moins de droits d'auteur que d'autres, parce que j'obtiens peu de contrats, que je tiens, lorsque j'en décroche un, qu'il soit bien payé. Depuis des années, je chante pour éponger les dettes de l'Unef, pour celui-ci, pour celui-là, pour l'antre, pour aider tel journal à reparaître... alors que les artistes, eux, ne quémandent jamais... Quant au problème de l'utilisation de l'exploitation des autres à mon profit, permettez... Ce que je chante m'attire plus d'emmerdements que d'avantages et même si, par je ne sais quel miracle, j'arrivais à toucher le fric qu'encaisse M. Lennon, je n'en n'aurais aucune honte. En parlant des autres, on parle de soi aussi. Comment parler d'un individu sans parler de la société qui l'entoure ? De plus, ce que je fais, ce que j'ai envie de faire, cela représente beaucoup de travail... Même un « saucisson » contient une somme de labeur.

Jazzmag Voudriez vous terminer cet entretien sur quelque chose qui vous tienne particulièrement à cœur ?

Magny ... Après mon dernier enregistrement, j'ai lu le livre de Maria Antonietta Macciocchi, De la Chine, et j'en ai été ébranlée au point d'arrêter tout travail artistique, un peu comme après mai 1968. J'ai tendance à croire ce que contient ce livre. S'il est l'image de la vérité, on a là un témoignage sur la vie de huit cents millions d'individus, sur ce qu'ils font, leur manière de vivre... Je dois dire que je ne crois pas au péril jaune. Nous aurons le temps de tomber en poussière bien avant. Si vraiment cette façon d'exister pouvait être adaptée à une société industrielle, ce serait le communisme.
(Propos recueillis par Paul Gros-Claude.)

A écouter « Vietnam 67 » (Chant du Monde Ldx-74319) avec Beb Guérin (b), Mickey Baker (g), Jean-Pierre Drouet (vib) ; « Magny 68 » (Cdm Tk-01) avec Guérin ; « Feu et Rythme» (Cdm 74444) avec Guérin, Barre Phillips (b), Diego Masson ; « Répression » (Cdm 74476) avec Bernard Vitet (tp), « Juan Valoaz » (as), F. Tusques (p), Guérin, Phillips, Noël McGhie (dm).
 









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Published by Pierre Crépon - dans Interview
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14 avril 1974 7 14 /04 /avril /1974 07:57
Article publié dans La Marseillaise du dimanche 14 avril 1974 :

Colette Magny, invitée par l'Union des Etudiants Communistes de Montpellier, donnait récemment un récital à la Faculté des Sciences de cette ville.
Des incidents provoqués par un groupe gauchiste, employant des méthodes fascistes, ont perturbé cette soirée exceptionnelle.
Le travail de Colette Magny, une chanteuse que la télévision et les radios ne programment jamais, est riche et intéressant, ses chansons d'actualité.
Cette sympathique artiste nous a accordé un entretien quelques jours après le récital. Elle était encore fatiguée et irritée des événements, mais aussi fougueuse et tendue que dans ses chansons.
Sa personnalité force le respect. Elle est à l'image du travail qu'elle produit, des chants qu'elle offre au public.

En direct avec la vie
L.M. : Colette Magny, vous produisez un travail qui est la chanson, vous avez une profession que vous aimez. Avant d'exercer ce métier, vous étiez dactylo de presse. Que s'est-il passé ?
C. Magny : En 1946, je chantais pour des amis. Ceux-ci me disaient : "Tu as une belle voix, tu devrais chanter". Comme j'en avais envie, j'ai tenté le coup. A la première audition, j'ai réussi. J'ai démissionné de mon poste. J'avais 36 ans, j'en ai 47 aujourd'hui. J'ai vraiment eu de la chance : tout de suite engagée, un mois dans un cabaret, "La Contre-Escarpe". Puis, j'ai eu une télé, de bons articles de presse en novembre 1962. En avril 1963, j'étais à l'Olympia entre Claude François et Sylvie Vartan, qui comme moi débutaient.
Nous n'avons certes pas suivi les mêmes chemins, mais ce n'est pas à eux que les gauchistes de l'autre soir reprochent quelque chose,. C'est curieux, non ?

L.M. : Vous avez derrière vous plusieurs dizaines d'années de travail et dix ans de chanson. Vous voulez bien que l'on dise de vos chansons qu'elles sont politiques, mais vous pensez que c'est trop prétentieux. Mais pourtant, il y a celles comme "L'Angola", "Les cages aux tigres", "Saint-Nazaire". Alors ? Comment vous situez-vous dans les différents courants de la chanson ?
C. Magny : J'ai fait des choses diverses, contestables même pour moi qui suis mon meilleur critique. De la musique concrète, électronique, contemporaine, du free-jazz, du blues. Sur toutes ces formes musicales, j'ai écrit des textes, j'ai traduit en chansons d'autres textes que je qualifierai d'actualité.
J'ai visité 40 entreprises, eu des discusssions avec les travailleurs, fait des enquêtes pour créer tois chansons. Pour la chanson "Bou bou yé yé", j'ai eu de nombreux échanges avec les femmes de mineurs du Nord. Je travaille sur la réalité, le concret.
En fait, je ne me situe pas. La chanson populaire, qu'est-ce que c'est ? La chanteuse populaire dans notre système par exemple, c'est Sheila, et ses chansons vous pouvez me dire ce qu'elles ont comme rapport avec le peuple ?

Soyons réalistes...
L.M. : L'autre soir, on vous a accusée de faire payer votre travail, alors que vous n'êtes pas dans le circuit commercial du marché capitaliste, on vous accuse aussi, à l'extrême gauche, de trahir la classe ouvrière. Que pensez-vous de tout cela ?
C. Magny : En premier lieu, je n'ai pas la prétention de faire la révolution avec mes chansons.
Ensuite, la marchandise que je produis, j'aimerais bien que'lle circule partout ; ce n'est pas moi qui fait obstruction. Nous sommes dans un régime capitaliste, le socialisme n'est pas là. Alors je pense que je suis ppour utiliser toutes les strcutures du régime, les possibilités qu'il offre. Ce n'est pas de mon gré si sur le marché capitaliste ma côte représente un cinquième de celle de Claude François... Pas plus que le fait que peu de braves gens entendent mes chansons.
Heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, le public auquel je m'adresse, qui pet m'entendre, est un public de militants, d'organisations, qui se disent, ou qui ne sont pas, ou qui sont révolutionnaires, avec quelques bourgeois libéraux, certes, des intellectuels. Mais encore une fois, ce n'est pas de mon fait.
L.M. : Ce qui est très captivant dans le travail que vous faites, indépendemment des textes et des formes musicales, c'est votre voix. Pouvez-vous aborder ce travail de la voix ?
C. Magny : Vous parlez d'un travail, mais il a été nié par les individus de l'autre jour. Trouvant qu'il était anormal de payer leurs places, ils disaient aussi que si j'étais d'accord pour faire payer l'entrée de mes spectacles, je n'avais pas le droit de chanter "Répression" par exemple. Mais il m'a fallu 10 ans de travail, de recherches pour arriver à ce résultat. Dire quelque chose simplement, sans que cela soit simpliste. Les chansons sont difficiles. Ma manière de travailler un peu anarchique. C'est vrai. Cela n'a rien à voir avec les études où les exercices de conservatoire.
Je travaille avec les compositeurs et les musiciens que je rencontre, plus avec l'instinct qu'avec une méthode. Il faut aujourd'hui un effort important pour se tenir en vie, la lutte est nécessaire. L'impact de l'idéologie dominante est fort, même dans ce domaine, et le laisser-aller est dangereux. On le remarque avec le courant hippysant.
Je comprends que l'on puisse chanter "L'Internationale" avec trois accords de folk song, mais je trouve cela triste.

Je veux chanter ce que je veux
L.M. : Vous luttez contre cela avec vos chansons, avec votre exigence d'un travail réel. On vous a reproché vos recherches musicales et vous les avez arrêtées. Cela est sans aucun doute regrettable. Vous refusez sur scène tout ce qui aide à la représentation : les lumières, les rideaux, voir même une présentation. Avez-vous été influencée par vos censeurs ?

C. Magny : Si en tant que citoyenne, je veux bien "me mouiller", faire qualeuq chose pour ce que je crois être le bien commun, je le fais. Ainsi, j'ai signé sans réserve pour l'Union Populaire.
Mais en ce qui concerne ma chanson, je veux être libre. Personne n'a à censurer mon répertoire.
A l'extrême gauche, ils veulent me censurer. Il ne faut pas que je chante "Guevara" ou autre chose suivant les tendances. Il est vrai que j'ai subli cette censure. Je ne m'accorde que deux blues par récital, et pourtant j'aime les blues. Si nous arrivons à une société heureuse, je ne chanterai que des blues.
Je travaille peu avec les communistes ; quelques sections à Marseille aiment mon travail et me font venir. J'ai chanté à la fête de "l'Huma", mais sur ce plan je n'ai pas de problème. Disons que, parfois, les organisations syndicales manquent de temps et d'informations sur ce que je fais. Il est vrai qu'elles ont, elles, des problèmes plus urgents, des problèmes de lutte à régler.

Les agressions
L.M. : Dans ce long débat, Colette Magny, vous avez dit beaucoup de choses sans vous trahir. On peut dire que vous êtes revenue aussi de beaucoup de choses. Sans être communiste, et vous le dîtes, vous ne pouvez plus tolérer les agissements de certains groupes gauchistes, vous ne pouvez plus tolérer cette sorte de terrorisme qui vous agresse personnellement. Ces gens qui l'autre soir ont dû importuné des centaines de personnes venues vous écouter. Vous avez décidé, comme d'autres chanteurs sollicités pour des galas de solidarité, de ne travailler maintenant qu'avec les grands syndicats et les organisations sérieuses, comme pour Rateau ou le Crédit Lyonnais. Avez-vous pour conclure quelque chose à dire du récital de jeudi ?
C. Magny : Quelque chose de très étonnant est apparu au cours de ce gala. Vous avez remarqué comme moi le silence, le calme, l'écoute malgré tout le "boucan" qu'il y avait dehors. La soirée aurait été très belle, nous aurions bien travaillé avec Christophe.
Je veux dire aussi que j'ai été agressée, non pas physiquement, mais agressée quand même dans ma personne, dans mon travail. Et les méthodes employées par ce groupe sont des méthodes fascistes, contre lesquelles je m'élève. Certes, je ne connaissais pas le contexte de l'Université de Montpeliier, ni celui de la ville, mais cela s'est également produit ailleurs. Ce n'est pas la première fois que l'on attaque mon travail, ma façon de vivre, mon niveau de vie et autre chose sans doute. Au fond, ces gens attaquent où il ne faut pas, ils mettent la pagaille et maintenant cela suffit. Je n'étais pas dans le hall mais sur la scène. Mais il serait intéressant que Gérard Saumade (il était présent à cet entretien) dise ce qui s'est passé, que les choses soient claires.
Pour Gérard Saumade, vice-président du Conseil universitaire, qui était sur les lieux, il n'y a  pas de doute possible. Il y avait un groupe d'agresseurs. Et puis il y avait des gens qui voulaient voir le spectacle et d'autres qui étaient là pour que le spectacle se déroule normalement.
Pour moi, il n'y a pas de problème : il y a eu agression, et ses auteurs sont condamnables. Je rends hommage au service d'ordre, à son sang-froid. c'est lui qui a empêché que quelque chose de plus grave ne se produise, ce qui serait arrivé si les agresseurs avaient pu pénétrer dans l'amphithéâtre...
                                                                                    - - - - - - - -
Colette Magny devait, en terminant, remercier les camarades de l'Union des Etudiants Communistes avec émotion. Avant de partir, elle aurait souhaité chanter pour les blessés. Nous l'aurions alors écoutée une seconde fois sans nous faire prier...

Recueilli par Jocelyne RICHEUX
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1 avril 1973 7 01 /04 /avril /1973 17:18
Article paru dans Rock & Folk d'avril 1973 :
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Depuis dix ans qu'elle pratique ce métier, Colette Magny représente un cas unique dans la Chanson en France. Peu diffusée et même censurée par la radio et la télé vision, très controversée de tous les côtés (aussi bien pour des raisons de choix musicaux que politiques), elle est pourtant souvent citée en référence et l'on retrouve régulièrement son nom, par exemple, dans les référendums des journaux pop (et pas seulement dans « Rock & Folk »). Or, malgré ces références et ce respect poli, un silence suspect l'entoure : sans doute parce qu'elle «gêne», mais aussi à cause de son refus des concessions. Cette formule, souvent usurpée, reprend tous ses droits à son sujet : le long entretien qui suit n'est pas seulement une présentation pour ceux, encore trop nombreux, qui la connaissent peu ou mal. C'est aussi, on le verra, une mise au point sans équivoque et sans prendre de gants à l'adresse de ceux qui, croyant trop la connaître, prétendent lui dicter une ligne de conduite.

Melocoton.

ROCK & FOLK - Pour résumer un peu ton cheminement : je sais que tu n'aimes guère reparler de « Melocoton », mais il y a encore des gens qui te le demandent en récital...
COLETTE MAGNY - A chaque fois, dans n'importe quel bled, on me le demande. D'ailleurs, entre nous, cette chanson je la trouve jolie, simplement je suis en colère parce que les marchands m'ont énervée avec ça : les gens la demandent parce c'est la seule chose de moi qu'on entend à la radio, du moins dans la journée;  ils n'y sont pour rien. Alors je rigole, je dis « II est mort au Vietnam », ou bien « Vous êtes conditionnés par la radio ». Tout de même, ceux qui me demandent « Melocoton» ne sont presque jamais des militants.
R & F - Ça ne crée pas un malentendu?
C.M. - Pas exactement : d'un côté je suis toujours agressive ou intransigeante avec les marchands; de l'autre, je diminue en agressivité vis-à-vis de ceux qui viennent m'entendre. Il ne faut pas que je confonde les deux.  Je rechanterais peut-être «  Melocoton » parce que  je l'aime bien, alors après tout pourquoi pas, mais qu'on ne croie pas que c'est pour essayer de « plaire ».

Impro, blues et free
R & F - « Melocoton » est une des premières étiquettes qu'on t'a collées, et  « chanteuse de blues» en est une autre. Or, même si c'était un « truc » commercial,  de la part des gens du « métier», musicalement il y avait du vrai...
C.M. - Bien sûr, et même encore maintenant. Seulement, je suis révoltée par cette étiquette de « chanteuse de blues », parce que j'ai le respect des chanteurs de blues, et que je ne l'étais pas. Je chantais en anglais des chansons américaines qui se trouvent être des blues, mais je n'improvisais jamais.  Aujourd'hui  il m'arrive d'improviser, mais avec du free-jazz. Etre chanteur de blues, pour moi, ce n'est pas être noir et américain, c'est improviser.
R & F - L'expérience des accompagnements free représente-t-elle un élargissement vers une liberté totale dans !a conception des chansons?
C.M. - Non, je n'ai Jamais eu cette prétention. Je m'entends bien avec des musiciens de free-jazz, et je travaille avec eux, parce que j'ai de l'estime pour eux et eux seuls; les autres sont des fonctionnaires. Beb Guérin pourrait se faire trois ou quatre millions par mois : or, il ne le fait pas.
Par ailleurs, ça m'intéresse de les avoir parce que ce sont de remarquables instrumentistes, qui m'aident à casser ce qu'il y a dans mes chansons. C'est une forme d'agressivité musicale, et je ne pourrais pas le faire seule.
R & F - Ce changement a-t-il été d'abord occasionné par une découverte du free-jazz américain?
C.M. - Non, j'ai seulement rencontré Tusques, Vitet, Guérin et ce sont eux qui m'ont fait écouter Dolphy, Coltrane, Ayler, et ensuite j'ai écouté Frank Wright, Sonny Murray, Alan Silva, Don Cherry, etc.
R & F - Cette musique transforme-t-elle ta façon d'écrire les chansons?
C.M. - Non, puisque je fais la chanson d'abord, les textes et la musique, et ils interviennent ensuite. Sauf pour les « Panthères Noires », où François Tusques m'a en premier passé la documentation, c'est grâce à lui que j'ai été au courant. J'ai préparé le texte en quatre parties, avec l'accord de Tusques, qui a fait la musique de son côté. Ça a été une expérience fructueuse parce que... pas bonne (rires). On a fait notre « autocritique ». Ça m'a appris que j'aurais dû faire la musique moi- même car, même si elle était moins bonne que celle de Tusques, ça aurait collé exactement à mon texte. Telle qu'elle est là, je l'ai chantée des dizaines de fois et je suis obligée d'avoir le texte sous les yeux, impossible de m'en souvenir, parce que je n'ai pas fait la musique. Et c'est seulement depuis qu'on travaille avec Guem, le nouveau percussionniste, que j'ai pu commencer à improviser là-dessus.
R & F - Du point de vue vocal maintenant, je trouve un autre apport dans ta démarche free : on a l'impression que la voix n'est plus le simple véhicule des textes, mais un autre instrument de musique.
C.M. - Ce n'est plus exact en ce moment; ça l'a été pour « Feu Et Rythme », expérience dont j'ai été contente, mais qui représente ma limite et que je ne répéterai pas. Parce que le free-jazz, bien sûr c'est un cri de révolte représentatif de notre époque angoissante, mais finalement il faut le dépasser; je trouve que ce n'est pas très généreux et à présent, j'y ai réfléchi étant malade ces temps-ci, je pense davantage aux gens. Jusqu'à présent, je me suis peut-être trompée, je trouve du déchet en réécoutant mes anciens disques, mais à chaque fois, en le faisant, j'y ai cru. En ce moment, je suis sur un temps d'arrêt. C'est pour ça que je ne veux rien sortir, avant d'avoir trouvé comment faire.
R & F - Des difficultés pour écrire les textes?
C.M, - II est vrai que j'attache plus d'importance aux textes qu'à la musique. En tout cas, de plus en plus,  les textes ne sont pas « de moi » : ce sont des collages, ou des chansons «semi-collectives». Par exemple, la  « Chronique Du Nord » : pendant trois voyages, j'ai noté tout ce que les gens avaient dit et je leur ai envoyé une première bande pour la modifier ensuite en tenant compte de leurs remarques. A présent, pour ce que je suis en train de faire avec les travailleurs immigrés de Pennaroya, j'ai réussi à ce que ça soit eux qui chantent, ensuite je chante avec eux et après je chante mon truc sur eux, en le leur soumettant à chaque fois. Je vais aller l'enregistrer bientôt à Lyon, ils travaillent en ce moment pour faire les chansons en trois langues, parce que le Tunisien ne comprend pas le Marocain, l'Algérien de l'est ne comprend pas celui de l'ouest... Voilà mon travail actuellement.
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Combat politique.

R & F - De tes chansons en général, se dégage un certain combat politique. Est-il dicté de longue date par... disons une « ligne » politique, ou bien modifié en fonction des événements, de l'actualité?
C.M. - Jusqu'à l'âge de trente ans, je n’avais pas lu un journal. C'est dire que mon éveil politique, il a été tardif. C'était pendant la guerre d'Algérie, en 56, à propos d'une bagarre dans la rue. Ce qui m'a surprise, ce n'était pas la bagarre, mais la non-intervention de la police.
R & F –Que s’est-il passé, au juste?
C.M. -Eh bien, sur le moment je n'y ai rien compris, mais enfin je l'ai su après. Ça se passait rue de Grenelle, il y avait une réunion de la gauche non communiste, et une douzaine de jeunes gens bloquaient la circulation et détournaient les voitures vers le Boulevard Raspail. J'habitais au coin. Les mêmes jeunes gens interpellaient des Noirs, les insultaient, cassaient des phares de voitures. Moi, au courant de rien, voyant ça, je me dis « Ce sont des agitateurs, des sales communistes ». Et puis je vois passer deux agents, qui leur parlent et les laissent faire. Imagine la fille de 30 ans qui n'a jamais lu un journal ; je me dis « Par exemple! La police ne fait rien! Qu'est-ce que ça veut dire? ». Ça a duré comme ça toute la soirée. Puis vers 11 heures, je vois arriver dans la rue de Grenelle deux rangs de gars casqués, et derrière eux un groupe d'environ 200 personnes. Les autres, une douzaine seulement, se précipitent sur eux avec des planches à clous, trois ou quatre d'entre eux saisissent une fille pour l'assommer; la police n'intervient toujours pas. Ma voisine a gueulé : « Bande de p'tits cons ! Je vais leur balancer de la flotte!». Là-dessus, non seulement la police ne les empêche pas, mais elle encercle les mecs qui sortaient de la réunion de la gauche non communiste et les douze autres s'écrient: «Vive la police! La police avec nous !». Tout ça m'a secouée considérablement. J'ai dit à ma voisine : «Alors c'est pas des communistes? C'est des fascistes? Mais qu'est-ce que c'est que ça, des fascistes? Enfin, faut qu'on écrive aux journaux, pour raconter ce qu'on a vu ! ». Elle me dit : « T'en fais pas, demain ça sera dans tous les journaux! ». Mais, les jours suivants, j'ai acheté tous les journaux possibles et imaginables, j'ai lu tous les récits de cette bagarre, mais il n’y avait pas un mot sur l'attitude de la police, favorable aux fascistes.
Après ça, pendant quatre ans j'ai lu les journaux, quatre ou cinq heures par jour, et j'ai été bouleversée d'apprendre tout ce qui se passait dans le monde, les guerres, tout ça, et je me suis dit « Mais où est-ce que je vivais, moi, avec ma petite guitare, à chanter le blues? ».
R & F - Et cette réflexion a eu tout de suite une incidence sur l'élaboration de ton travail de chanteuse?
C.M. - Oui, par exemple dès mes débuts professionnels en 62, j'avais une chanson sur Cuba, et le patron du cabaret où je passais me demandait de ne pas la faire, parce qu'il avait peur que les types de l'OAS viennent tout casser. On a pris aussi le prétexte que c'était « anti-poétique » (on me le reproche encore).
R & F - Écrire des chansons sur des thèmes politiques, aujourd'hui, est-ce que ça ne risque pas de devenir une obsession?
C.M. - Non, mais c'est devenu une mode et j'en ai plein le dos, quand j'entends tous ces gens qui viennent me dire : « Pourquoi tu ne fais pas une chanson sur l'avortement? Et sur la pollution? » Alors, je vais me centrer sur le travail que j'ai commencé avec les travailleurs immigrés, ensuite sur un autre truc qu'on m'a proposé avec les dockers du Havre, bref des petites choses, sur des « petits coins », mais que je connais bien. Les thèmes politiques plus généraux deviennent facilement à la mode, mais de toutes façon, quel que soit le sujet, toutes mes chansons sont politiques dans le sens où je suis une citoyenne dans la cité.
R & F - II n'empêche que tu es toujours censurée à la radio et à la télé.
C.M. - Oui, encore la semaine dernière à Cannes, on m'a demandé si je voulais bien faire une télé; j'ai dit « oui, si c'est en direct ». On me dit d'accord pour le direct, et puis le premier jour, télé annulée, reportée au samedi. Je retéléphone : « Vous êtes sûrs que je peux chanter ce que je veux? ». Je le redemande jusque dans le couloir qui mène au studio, on me répète; «Oui oui, absolument». Bon, je me méfie encore dans le studio, en répétant un blues au lieu de répéter « Répression» que je voulais chanter. Mais un technicien me demande (sans que ce soit un piège de sa part) de préparer ma chanson avec un minutage précis de 2'30". Je me dis : « Bon, maintenant qu'on est là, on y va ». Je commence donc « Répression », et au bout de deux minutes arrive te directeur : « Madame, c'est impossible! La veille des élections, ce serait une provocation! En général on est libéraux, on passe n'importe quoi, mais là vraiment... si vous pouviez chanter autre chose...». Moi: « Pas, question! Ce sera «Répression» ou rien!». Le soir, j'explique l'histoire aux gens qui étaient venus m'entendre chanter à la Maison des Jeunes. Et ils se sont mis d'accord pour préparer avec moi un texte qui a été adopté par l'assistance (300 personnes) et qui disait à peu près : « Nous voulons une télé libre ou pas du tout. A bas la répression sous toutes ses formes!». Nous l'avons envoyé au directeur, accompagné d'une lettre disant que le bassiste et moi ne saurions, comme on nous l'avait proposé, accepter un cachet pour nous taire, et rappelant que M. Arthur Conte avait prétendu dans «Télé 7 Jours» qu'il ne « tolérait pas la censure, si ce n'est pour l'inceste et la pornographie ». Voilà l'incident qui s'est passé à Cannes.
R & F - On dit qu'il existe à l'ORTF une liste noire d'artistes qui ne «doivent» pas passer dans les émissions, et que des gens comme Glenmor ou toi y figurent en bonne place.
C.M. - Oui, mais ce n'est pas ça qui me choque le plus : après tout, je suis contre ce gouvernement, contre le mode de vie qui est imposé, je trouve donc normal qu'on n'aille pas me propulser. Mais alors, qu'on n'aille pas prétendre que nous sommes en régime libéral. Si les censeurs existent, qu'ils s'assument.

« A Armes Egales » avec Sheila.
R & F - Est-ce que tu penses être une chanteuse populaire?
C.M. - Je ne sais pas ce que ça veut dire, «populaire». Avoir une large audience? Mais, Hitler avait une large audience! Je constate simplement qu'il existe une proportion, oh, infime, de la population (je n'aime pas le mot peuple) qui écoute mes chansons.
R & F - En fait, je voulais parler non pas du nombre, mais du genre de gens qui t'écoutent : y en a-t-il de toutes les classes?
C.M. - Il y a surtout des intellectuels, des étudiants et des militants; très peu de travailleurs. Mais il faut dire qu'ils n'ont guère l'occasion de savoir que j'existe. Car, à chaque fois qu'il m'est arrivé (assez rarement, je dois dire) de rencontrer des travailleurs dont j'utilise des phrases, pour des trucs comme la Rhodiaceta par exemple, c'est peut-être con à dire, ils sont très touchés et extrêmement surpris que quelqu'un chante leur travail, au théâtre.
R & F - Une fois, je me souviens, tu avais projeté de chanter dans les jardins publics...
C.M. -.C'est vrai, il y a quelques, années, un jour où Malraux avait dit que les rues étaient « tristes ».  Alors j'ai écrit aux deux Ministères, aux Affaires Culturelles et à la Jeunesse et aux Sports, pour demander une licence de musicien ambulant, pour pouvoir chanter dehors sans me faire embarquer. Je n'ai jamais eu de réponse, ce qui est paraît-il très étonnant. Aujourd'hui je n'ai plus envie de le faire, parce que tout est mal interprété, les gens croiraient que j'essaie de faire ou du scandale, ou de la pub en chantant dans les jardins publics. Alors si je le fais un jour, ce sera à l'étranger.
R & F - Comment peut-on concilier le refus du système, et notamment du show-business, avec le souci de toucher le plus possible de monde?
C.M. - Attention à ça! Moi, je ne suis pas du tout contre le show-business. Plus je gagnerai de fric, plus je serai contente : dans un système capitaliste, il n'y a aucune raison, je me fais payer le maximum. Et ça. Je m'en explique avec les jeunes qui gueulent et qui veulent des spectacles gratuits et des « fêtes », et qui ne sont que des petits bourgeois qui se payent des joints et des bouquins à deux mille balles. Il y a ceux-là, et puis en Bretagne j'ai vu ceux que j'appelle les «anarcho-éthyliques». J'ai dit «s'il y a du grabuge avec ceux-là, braquez-leur un projecteur dessus». Quand ça se produit, je leur dis « montez sur scène et expliquez-moi pourquoi vous voulez pas payer. Si vous voulez connaître mon mode de vie, je suis d'accord, mais vous allez d'abord m'expliquer le vôtre». Eh bien, en groupe ils foutent le cirque, mais quand on leur dit ça ils ne montent pas facilement. Je suis absolument contre les spectacles gratuits et j'ajoute que si demain on me propose l'Olympia, j'y vais: seulement attention : je ne change pas une virgule à mon programme.
R & F - Pourtant, le mois dernier, tu as fini par refuser Bobino.
C.M. - Oui, mais c'était uniquement parce qu'on ne me laissait pas réaliser un certain projet que j'avais en tête (je ne dis pas lequel, car je le ferai ailleurs). Bobino m'avait promis huit jours à l'affiche, les deux parties du programme à moi seule. Ils m'ont demandé ce que j'aurais comme soutien (presse, radio, télé). J'ai réfléchi : il y a quelques journalistes qui me connaissent et qui ont promis de mettre le paquet si je fais un « coup », à la radio José Arthur qui m'a toujours aidée, à la télé... rien. Les gars de Bobino me disent : « Pour la télé, ne vous en faites pas, on a Arthur Conte dans notre manche». Là-dessus, ils ont fait traîner les choses pour choisir la date de mon passage, en se servant d'un tas de mauvais prétextes : « Là, il y a Théodorakis qui doit passer mais on ne sait pas encore exactement quand; après on doit faire refaire les fauteuils de la salle », etc. En fait, moi j'interprète ça de la façon suivante : eux qui croyaient avoir Arthur Conte dans leur manche, maintenant ils doivent l'avoir dans leur culotte parce que, si je fais huit jours à Bobino, les journaux et les radios en parleront et la télé sera acculée à en parler aussi... sans quoi ça se remarquerait trop.
R & F - La télé cherche donc toujours à nier ton existence?
C.M. - Toujours, et je peux donner d'autres exemples. Quand en décembre 70, j'ai fait trois concerts à Gaveau avec Atahualpa Yupanqui en première partie, eh bien la télé a parlé de lui et du spectacle sans citer mon nom. Une autre fois, la télé s'est donné la peine de parler de la manifestation gauchiste du 1 er mai. Il y avait trois choses, pour l'« artistique » : les travailleurs du Joint Français, un groupe pop et moi. Ils ont passé quelques secondes du Joint Français et du pop, moi ils se sont donné la peine de me couper. Il faut le faire! Dans une interview à France-Culture, j'ai fait observer que les hommes politiques de l'opposition passent tout de même à la télé, que Marchais, Séguy, Krivine ont pu dire des tas de trucs en direct à la télé, alors pourquoi pas les chanteurs? Qu'on me fasse faire «A Armes Egales» avec Sheila!
R & F - Ça serait marrant, mais je crois qu'il y a des raisons évidentes si on ne le fait pas.
C.M. - Un type avec qui j'en parlais m'a donné l'explication suivante : un homme politique, on sait ce qu'il va dire, tandis que toi, on n'en sait rien. C'est peut-être réconfortant quant à l'impact des chansons!

A la une avec Pompidou.

R & F - On n'a aucune idée des chiffres de vente de tes disques...
C.M. - Là, je peux donner le chiffre exact dont j'ai eu le relevé pour l'année 72 : j'ai vendu 6 500 disques, c'est-à-dire en comptant honnêtement 2 super 45 tours ou 4 simples = un 30 cm, et non en cumulant les chiffres bruts comme font beaucoup de gens. Ceci en comptant tous mes disques, non seulement Chant du Monde, mais aussi les CBS du début.
R & F - Comment se passent tes récitals, actuellement?
C.M. - Depuis à peu près un an et demi, on a en première partie le trio (François Tusques : piano; Beb Guérin : contre-basse et Guem : percussions), en seconde partie mon tour de chant avec Beb seul et à la fin je fais les « Panthères Noires » avec tous les trois. Si maintenant j'arrive à en vivre décemment, après en avoir bavé pendant des années, c'est grâce à Colette Dorset, une dame qui normalement s'occupe de théâtre mais qui, s'étant intéressée à ce que nous faisons, a réussi à nous faire passer dans à peu près toutes les Maisons de la Culture, ce qui n'était jamais arrivé avant. Et on bourre les salles partout: 1000 personnes à Rennes, 1 200 à Besançon, chiffres énormes pour quelqu'un comme moi. Il faut dire que les types se sont donné beaucoup de mal pour l'affichage ; à Besançon, tu me voyais à tous les coins de la ville, y compris sur les panneaux électoraux! A Toulouse, j'ai été aidée par une journaliste : pendant cinq jours avant le concert, elle a parlé de moi et le dernier jour, elle est arrivée à me mettre en première page, à côté de Pompidou. T'avais « Pompidou réunit les neuf ministres »... je sais plus quoi, et juste à côté : « Un cri intense : Colette Magny», et puis ma tronche! (rires).
R & F - Sans aller jusqu'à me demander des spectacles gratuits, il y a des gens qui estiment que « compte tenu de ce que tu chantes, tu devrais demander moins cher»...
C.M. - Oui, alors ceux-là je suis prête à discuter avec eux : l'autre fois, il y a des types de Besançon qui ont râlé pour ça, trois semaines avant ma venue. J'ai dit « Bon, je viendrai la veille du concert, on en discutera ensemble ». Eh bien ils ont refusé la réunion! Alors, ce n'est pas par hasard s'ils préfèrent refuser la discussion et raconter par-derrière que je suis une salope. Maintenant je vais t'expliquer pourquoi « avec ce que je chante », je demande un certain prix : moi je n'écris pas mes états d'âme en restant dans ma chambre; pour constituer ce répertoire, il faut faire des voyages, prendre des contacts, y passer du temps et ça demande beaucoup d'argent pour le faire. Et ces jeunes gens devraient en fait se rendre compte que les gens qui font des choses  comme ça, on devrait les payer encore plus.
R & F - Maintenant, il peut arriver qu'on te demande de chanter gratuitement, pour soutenir une grève par exemple...
C.M. - Mais on me le demande tout le temps! Chanter pour le comité de soutien de tel et tel truc... seulement moi, quand j'ai été malade, je n'ai demandé à personne de faire un gala pour me soutenir. On n'a pas de Sécurité Sociale; on a une mutuelle qui ne rembourse les médicaments qu'à 50%, et les ambulances pas du tout. Alors, qu'on ne vienne pas m'emmerder avec ça. Tu peux signaler aussi que depuis cette année, je refuse tous les galas gratuits, pour quelque sujet que ce soit. Parce que maintenant j'ai l'intention de faire des voyages, à Pennaroya, puis au Havre pour voir les dockers, puis en Lorraine pour voir les mineurs.
R & F - II y a peut-être aussi une question de prudence sur ce que l'on choisit de soutenir?                        
C.M. - Ça c'est un problème auquel je suis devenue très sensible : ainsi, j'ai récemment déclaré soutenir le nouveau quotidien « Libération ». Or, je ne le soutiens plus. Pour moi, un quotidien où Ies gens pourraient s'exprimer, c'est rêve d'enfant. Mais s'il y a une direction politique précise, je ne peux pas l'accepter: ce n'est pas ça le «rêve d'enfant». Pour «Libération», je leur ai proposé une interview de ma coiffeuse, ils m'ont répondu : « C'est pas intéressant, c'est pas une collectivité». En fait, je suis encore naïve et j'y crois trop vite! Il faut que je fasse attention à ce que je dis.

Propos recueillis par JACQUES VASSAL
Discographie de Colette Magny :      
- « Colette Magny En Français et En Anglais»:CBS 62416 ;
- «Vietnam 67 » : Chant du Monde LDX, 74319;
- « Magny 68-69 » : Production TaïKi-TK-01 (réédité bientôt par Chant du Monde);  
- «Feu Et Rythme»: Chant du Monde; LDX 74444 ;
- « Répression » : Chant du Monde ; LDX 74476.                     
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Published by Pierre Crépon - dans Interview
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1 mars 1973 4 01 /03 /mars /1973 13:39

Actuel1973.jpgExtrait de l'article "La belle vie des gauchistes" paru dans Actuel Novapress n° 29 de mars 1973 :

 

Nous avions envoyé le questionnaire ci-dessous à une cinquantaine de personnes, dirigeants gauchistes et intellectuels révolutionnaires.

Ils vivent, ces gens-là ? Pas possible ? Quand ils ne pensent pas, quand ils ne militent pas, ne jouent pas, ne s'affichents pas, qu'est-ce qu'ils font ? Sartre change-t-il ses draps lui-même ? A quelle heure se l-ve Dany Cohn-Bendit ? Questions de concierges, nous dit-on. Et puis ? Qu'importe, puisqu'il est évident qu'elles se posent et que beaucoup de gens les posent ?

Alors, on a rédigé un questionnaire, toutes les questions qu'on se pose, les connes et les pas connes : car il est trop facile de dire, c'est con, donc je n'y réponds pas. Vos opinions, vos idées, on les connaît, c'est pas là qu'on vous questionne. Pas principalement. Parce que vous finissez, consentants ou non, par exploiter le désir des gens en faisant comme si ça n'avait pas d'importance. Comment vivez-vous ? Vous dîtes : "Mais voyons, pourquoi moi ? Pourquoi ma vie ?". Tant pis pour vous. Vous n'aviez qu'à pas être en avant, en affiche, en photos et en titres, si vous ne vouliez pas qu'on vous le demande. Et puis, maintenant que vous y êtes, il est trop facile de dire que ça n'a pas d'importance, alors que vous savez bien toute la frustration qui se développe là-dessus chez ceux qui vous lisent, vous regardent, vous écoutent ou vous suivent. Alors plus subtils, certains répondent : "Mais en nous remettant ce questionnaire, est-ce que vous ne rétablirez-pas ce culte de la vedette que vous prétendez abolir ?". Nous les avons pas inventées, les "vedettes", du gauchisme et de l'undergrund. Que les gens se rendent compte par eux-mêmes que ce qu'ils projettent sur vous, c'est le fantasme de leurs ratages, au mieux de leurs désirs, les manques de leur vie à eux. Ca n'a aucun intérêt de savoir si Krivine est capable de faire la cuisine, ou combien de fois Jean-Edern Hallier a débouché un évier. Très bien, laissons le gens juger, cessons de leur faire le coup du "j'en montre un peu, je cache le reste, vous savez je suis comme tout le monde...".

Sur les cinquante personnes interrogées, une quinzaine ont répondu, la plupart pour nous expliquer qu'elles ne voulaient pas répondre. Il n'y eut que trois réponses complètes : une longue et sincère confession de Gérard Gélas, du théâtre du Chêne noir, un entrechat surréaliste d'Henri Lefebvre et des propos précis d'Edgar Morin. Toutes les citations qui suivent sont tirées des réponses au questionnaire ou des explications de refus de répondre.
[....]questions1                                                          Cliquez sur l'image pour visualiser ce questionnaire

" C'est du France Dimanche d'extrême-gauche. Venez m'interviewer. Ce questionnaire ne peut refléter la personnalité de quelqu'un. C'est dégueulasse et provocateur. Superficiel et aguicheur à la con. Les choses sont plus complexes..." (Colette Magny).

 

En d'autres termes : vive le magnétophone, à bas le questionnaire. Nos voix, nos chaudes et irremplaçables voix, voilà notre vérité, nos vrais "moi". Nos moi complexes et nos complexes de moi. Alors, vous comprenez, combien on gagne ou combien de fois on se branle...
Sauf que tous ces moi, ça se ramène à des petits gestes, des petits soucis; et que ces gestes et ces soucis forment une vie.
Et loin que s'opposent l'irréductibilité du moi et la constante statistique, l'une accompagne l'autre comme sa réciproque : un tas de petits moi donne un gros ensemble, et l'individu compose le groupe dans son fantasme d'être unique.

questions2                                                           Cliquez sur l'image pour visualiser ce questionnaire

"Pourquoi ne pas interroger les gens de la rue, les O.S. ?" (Colette Magny)

Et bien sûr, on ne voit pas pourquoi l'un plutôt que l'autre, les O.S. plutôt que les "vedettes". Ni pourquoi l'un remplacerait l'autre, sinon en ce que les O.S. participent tous d'une même généralité oppressive, sont tous réductibles, l'un à l'autre dans un mode de vie opposé. Et pas les "vedettes"...
[...]
Guy Hocquenghem

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8 septembre 1972 5 08 /09 /septembre /1972 13:13

Article paru dans Chroniques de l'art vivant du 08/09/1972 :

Il y a dix ans, à la suite d'une audition à la "Contrescarpe" suivie d'un engagement d'une semaine, Colette Magny quittait son emploi de bureau pour chanter. Après une ascension rapide (en plein déferlement yé-yé. elle figure au Hit-Parade de Salut-les-Copains et est plébiscitée par le public de l'Olympia), elle rompt dès l'année suivante avec le monde de la variété conventionnelle. "Engagée", au sens le plus authentique du terme, elle refuse d'amputer son répertoire de chansons jugées trop "dérangeantes" et ne se produira plus désormais que dans les circuits parallèles.
Loin de l'enfermer dans d'étroites limites, son souci d'efficacité et de communication directe l'entraîne au contraire à tenter de multiples expériences : utilisation de musique électro-acoustique,  rencontre musique-expression picturale, etc ... Généralement accompagnée par le contrebassiste Beb Guérin, elle chante non seulement dans des établissements tels que les Maisons de la Culture mais aussi dans les usines, dans des manifestations, sur des places de marché, etc ...
Dernièrement, Colette Magny s'est associée à l'orchestre de free jazz du pianiste François Tusques (Cf. L'Art Vivant n° 21) et, au cours d'une tournée, a présenté à travers la France une suite dédiée aux Black Panthers dont l'enregistrement figure dans le disque "Répression " récemment paru.
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A propos d’un travail en commun sur le Black Panthers Party (Colette Magny, François Tusques, propos recueillis par Daniel Caux) :

F.T.- Avant d'écrire une chanson, Colette effectue tout un travail préliminaire. Elle rassemble des documents, elle lit beaucoup de choses, qu'elle transcrit, elle fait une enquête approfondie. Elle a procède de la même façon pour notre travail en collaboration. Sur le plan musical, cela a peut être été un peu différent que ce qu'elle fait habituellement. Je sais qu'elle n'est pas entièrement satisfaite ... Elle trouve que ce qu'elle a fait n'était pas assez "chanté", mais je ne suis pas d'accord,
C.M.- Ce que je me reproche, c'est d'avoir choisi des extraits de textes, de les avoir imbriqués les uns dans les autres, d'avoir voulu respecter certaines phrases afin d'être sûre de ne pas trahir ce que je crois avoir compris du sens politique des textes, tant et si bien que je me suis peut-être laissée coincer par des phrases difficilement "chantables". Mais après tout, pourquoi pas 7
F.T.- C'est-à-dire qu'il y a des moments où tu parles et d'autres où tu chantes ... As-tu entendu des morceaux de musique contemporaine sérielle utilisant la voix comme le Pierrot Lunaire de Schoenberg ou certaines pièces de Boule ?
C.M.- Très peu, et je t'avouerais que ce genre de musique m’ennuie assez…
F.T.- Bon. Mais penses-tu que dans ces pièces, les vocalistes chantent ou bien qu'ils parlent ?
C.M.- Bien sûr, c’est ce que j’allais dire : que signifie le mot « chanter » ?  Toujours est-il qu’actuellement j’ai soif de mélodie, de lyrisme… Mais, malgré tout, pour moi, le texte compte d’abord.
F.T - Ce qui t'oblige à supprimer certains éléments que tu ne peux pas chanter.
C.M.- Bien sûr. C'est le texte en fonction de son sens et de la façon dont j'ai envie de l'exprimer, mais d'abord en fonction de son sens.
F.T – Tu t’es dit que c’était « free » et que tu verrais bien ce qui se passerait. Quand tu pouvais chanter, tu le faisais, quand tu ne le pouvais pas, tu ne le faisais pas. C’est d’ailleurs bien comme cela que les choses avaient été prévues.
C.M.- Oui, et cette expérience a été très intéressante pour moi. Cela m'a permis de me rendre compte que je pouvais faire autre chose ...
D.C.- Vous êtes passés dans les Maisons de la Culture de diverses régions. L'accueil hors de Paris, c'était comment ?
C M.- Le public était déjà politisé, je crois. Il était composé en majeure partie d'étudiants ...
F.T.- Il y avait à chaque fois beaucoup de monde. Moi, je n'ai pas l'habitude de ça   C'était le plein à peu près partout. Même à Reims où il y avait eu, parait-il, des "bides" retentissants avec des gens tels que Guy Béart, c'était bourré pour Colette. Et il y avait de l'ambiance ! Des types du Secours Rouge sont montés sur scène et ont parlé. A Grenoble, à la fin du concert, il y a eu un début de "manif" dans la rue ... Ceci dit, c'est toujours le même public que l'on touche, un public malgré tout limité : les gauchistes, les intellectuels, et ça, c'est un problème. Il y avait peut-être quand même une petite frange de travailleurs ... Attention, je parle ici des tournées dans les établissements comme les Maisons de la Culture car il arrive à Colette de chanter dans des endroits où elle touche beaucoup plus de travailleurs.
C.M.- Si ce que l'on a fait a eu un "impact", comme on dit, je crois que c'est à cause d'une certaine entente souterraine qu'il y avait entre nous. Les quelques divergences que nous avons pu avoir n'ont pas empêché qu'il y ait une cohésion quelque part et ça, je crois que les gens l'ont ressenti. Pour moi, c'était comme un ring : avec deux batteries, deux saxes, deux trompettes, un piano et une basse, comme c'était par exemple le cas aux Halles pour "Qui a tué Albert Ayler" il y a de quoi crever ! Surtout quand on n'a devant soi qu'un micro pas extraordinaire. J'étais dans tous mes états et même si les gens comprenaient mal mes paroles, ils voyaient une bonne femme en train de se démener et ils se disaient : ce qu'elle fait, elle y tient ! Du fait qu'il y avait une difficulté pour qu'on m'entende, ça m'obligeait à lutter et ça transmettait sans doute quelque chose.
F.T.- De toutes façons, avec le genre de chansons que fait Colette, on ne peut pas comprendre toutes les paroles si elle est accompagnée par un orchestre comme le nôtre, mais cela n'empêche pas les gens d'être touchés par ce qu'elle chante. Pour mieux comprendre ce qu'elle dit, il y a le disque. A ce propos, il est intéressant de savoir que des militants, en Belgique, utilisent le dernier disque de Colette lorsqu'ils projettent des diapositives sur les luttes politiques aux Etats-Unis.
chroniques1.jpgD.C.- Lorsque vous alliez en province, les gens venaient discuter avec vous après les concerts ?
C.M.- Oui bien sûr. Des fois, il faut dire, c'est plutôt pour m'emmerder avec des questions du style "pourquoi les Black Panthers et pourquoi pas la lutte contre l'impérialisme français du Tchad", sans vouloir discuter de façon constructive sur ce qui a été fait et sur ce que je devrais faire ... Il y a aussi ceux qui sont béats ... Il y a enfin ceux à qui, bizarrement, ce que je chante donne de l'espoir.
F.T.- Pourquoi "bizarrement" ? Moi, je trouve que c'est bien que ça leur donne de l'espoir : ce que tu chantes est fait pour ça !
C.M.- Je veux dire que ça semble bizarre dans la mesure où ce que je dis dans mes chansons n'est pas particulièrement affriolant. Ce n'est pas "Demain, mes frères, nous allons être heureux, tous pareils... Tous pareils, nous allons tous nous faire la bise ..."
F.T.- C'est curieux parce que, justement, je trouve que cette chanson "On est tous pareils", ça doit vraiment abrutir les gens, les mettre dans un état de consternation bien que ça se veuille gai et plein d'espoir, alors que des sujets sérieux, même avec un peu de pessimisme, ça les remonte ...
C.M.- C'est vrai mais moi, ça m'a toujours beaucoup surprise.
F.T.- Moi. ça me paraît normal, parce que les chansons très "gaies", du genre Charles Trenet "Boum, quand notre cœur fait boum", j'ai toujours trouvé ça assez déprimant ...
C.M.- Que des jeunes gens et des jeunes filles viennent me dire "Ah ! tu nous as donné de l'espoir", tant mieux, mais ça m'étonne toujours, parce que les chefs des groupements les plus fortement politisés me font au contraire, à ce sujet, de violents reproches : pessimisme, manque d'enthousiasme révolutionnaire, etc ...
D.C.- Oui, mais à travers ce "pessimisme" qui tient à une vision lucide de la situation actuelle, on sent dans ton chant une énergie ... On a l'impression que les choses que tu dénonces peuvent changer.
C.M.- Ça doit être ça ...
F.T.- Les gens n'ont pas l'habitude d'entendre quelqu'un chanter comme ça. Et ils se disent ; "Merde ! On va peut-être sortir du tunnel ! "
D.C.- Quand tu chantes, Colette, est-ce en premier lieu pour satisfaire un besoin de t'exprimer ou penses-tu toujours avant tout à un but ?
C.M.- Possédant ce que l'on appelle une "voix", je souhaite que celle-ci serve à quelque chose. Qu'elle serve à retransmettre ce que j'ai pu entendre dire par des groupes de gens, des collectivités. J'écoute et j'écris ce qu'ils disent ... Je suis forcément sélective puisque cela passe par moi, mais enfin, j'essaie de traduire d'exprimer ce qu'ont dit un ensemble de gens : des ouvriers, les Panthers, etc … Ceci dit, il ne faut pas que je me limite en allant jusqu'à ne plus prendre le plaisir dont j'ai besoin. C'est de trouver l'équilibre. J'ai choisi de procéder de cette façon car mes sentiments personnels - j'ai mal au pied, j'ai mal à la tête, j'aime untel qui m'a quittée ou je ne sais quoi ...-me paraissent d'un intérêt fort restreint...
F.T.- Sans compter que généralement, ce ne sont même pas les problèmes des gens qui chantent ce genre de choses. Ce sont des trucs complètement "bidons" ...
C.M.- Je dois dire que si je chantais mes problèmes personnels, ce ne serait pas gai ! La salle en larmes… "Pleurons mes frères…" (rires).
D.C.- Que t’a apporté, finalement, l’expérience avec François ?
C.M.- Cela m’a permis de me rendre compte que, grâce à une collaboration, grâce à d’autres formes musicales, je pourrais exprimer plus de choses, développer davantage ce que j’ai entendu dire et que je veux retransmettre. Par exemple, c’était intéressant de développer un sujet pendant une vingtaine de minutes, d’une façon plus ample que dans une chanson. Même si par certains côtés, nous ne sommes pas absolument satisfaits de ce que nous avons fait. Je préfère quelque chose d’imparfait mais intéressant à quelque chose de bien foutu mais ne débouchant sur rien.
D.C.- Et toi. François, que t'a apporté cette expérience ?
F.T.- Cela m'a intéressé pour plusieurs raisons. En général, les conditions dans lesquelles je joue me gênent (je suis d'ailleurs en train de monter un orchestre auquel les gens pourront se mêler : ils danseront, ils feront quelque chose, ils ne viendront pas seulement écouter et la musique aura un rôle plus intéressant que dans les concerts, mais la, j'aborde un autre problème. Ce qui était intéressant avec Colette, c'était de pouvoir faire une musique qui supporte quelque chose. Une voix. Une voix disant aux gens quelque chose de précis. J'ai eu très rarement l'occasion de faire un tel travail : une chose précise que l'on met au point, ou l'on répète. De par la forme de la musique que j'ai jouée jusqu'ici – une musique  qui change tout le temps - je ne pense pas être a priori des plus adroits pour ce genre de travail, mais cela m'intéresse. Et puis, avec Colette, on peut toucher beaucoup de gens, on a vraiment un impact, on n'a pas l'impression de jouer devant les 300 ou 400 amateurs habituels de Paris. On sort d'un milieu un peu snob pour entrer dans un milieu plus large : là, la musique remplit un rôle social plus important.
D.C.- Une question : penses-tu que la musique seule, c’est-à-dire sans la moindre parole, puisse avoir l’impact dont tu parles ?
F.T.- A mon avis, ce qu'il faut avant tout, c'est essayé de faire une musique populaire, susceptible d'être comprise par les gens. Le problème d'une musique ayant une signification directe, on peut en parler pendant des heures et s'y noyer. Il est difficile de dire, par exemple, que la musique de Mozart reflète l'esprit noble, aristocratique, ou que la musique d'Aretha Franklin reflète l'esprit populaire. Par contre la marche "Tiens, voila du boudin" reflète une idéologie colonialiste, ça c'est clair pour tout le monde ... Tandis que Ia musique de l'Opéra de Pékin reflète vraiment une idéologie révolutionnaire. Je ne pense pas qu'il puisse y avoir de double sens.
D.C.- Personnellement, je n'en suis pas si sûr, pour des oreilles occidentales tout au moins. Mais je pense tout de même avec toi - bien que je sache que cela soit contesté - que l'on peut percevoir assez facilement, même sans être prévenu, ce qui anime certaines expressions - limites telles que le free jazz afro-américain. Certes, on ne saurait forcément discerner à l'écoute si celui qui le joue est un "Black Muslim", un "Black Power" nationaliste ou un  "Black Panther" marxiste-léniniste mais on sent bien qu'il veut que quelque chose change. Personne n'a jamais pensé - les détracteurs du free jazz encore moins  que les autres - qu'il s'agissait de renforcer un ordre établi ...
F.T.- De toutes façons, c'est le peuple qui est ou oui n’est pas révolutionnaire, ce n'est jamais la musique. La musique, on peut seulement l’utiliser dans un sens ou dans un autre, pour que "ça bouge" ...
D.C.- Et son impact n'est pas immuable. Il n'est valable qu'à une époque donnée, dans un contexte donné ...
F.T.- J'en ai l'impression, oui.
D.C.- Colette, avant d'avoir rencontré François, connaissais-tu le free jazz ?
C.M.- Non, parce que, de toutes façons, j'écoute très peu de disques, je n'ai aucune culture musicale.  J'écoute ce qui vient, à moi. François m’a fait découvrir Eric Dolphy, Coltrane, Albert Ayler, le "Libération Music Orchestra" de Charlie Haden, sans oublier le "Freedom Now" d'Abbey Lincoln qu'il m'a fait entendre au début de notre rencontre, vers 1965-66.
D.C.- As-tu écouté Elaine Brown (1) ?
C.M.- Oui, et je travaille d'ailleurs actuellement l'hymne du Black Panthers Party qu’elle a composé. Je veux qu'il figure sur mon prochain disque. J'y tiens. Je le travaillerai "mécaniquement", bien que cela paraisse aberrant à François. C’est ma lacune, je n'ai pas immédiatement le sens de la mesure, du tempo, je n’ai le sens de rien …
F.T.- Ce n'est pas vrai !
C.M.- Je dois avoir un sens quelconque mais pas celui-là, aussi je le travaillerai mécaniquement – 1-2-3, 1-2-3, 1-2-3,... - pendant au moins quinze jours afin d'être ensuite un peu plus libre pour l'interprétation.
D.C.- Colette, peux-tu nous parler maintenant de ce que tu as fait dans la rue, dans des manifestations ?
C.M.- François parlait tout à l'heure des utilisations possibles de la musique. On m’a demandé de chanter à la manif du 1er mai. Moi, j'ai plutôt l'habitude de me produire en salle. Bon, je vais à ce 1er mai chanter sur un camion. Au programme "artistique", il y avait les gars du Joint Français, moi et puis un groupe pop. Eh bien, j’ai trouvé que le mieux, c'était les gars du Joint : gais, sympas, détendus, et ils chantaient vraiment vachement bien plus ! Moi, j'ai chanté deux chansons, "Saint-Nazaire" et "Répression", seulement accompagnée par Beb Guérin à la basse, et j’ai trouvé que c’était petit, petit … Peut-être moins "Répression", à cause du rythme Klang ! Klang ! … Mais je me suis dit que pour des manifestations, il fallait d’autres sortes de chansons. Cela m'avait déjà frappée un jour que j’avais chanté sur la place d'un marché pour le Vietnam : à ma surprise, personne ne semblait s’étonner que quelqu'un chante dans la rue et les gens ne se sont arrêtés que pour "Bura-Bura", une chanson qui est loin d'être classique ! ... Tu sais, le poissonnier disait : "Fermez votre gueule, vous m'empêchez de parler avec mes clients ! " mais, Dieu merci, le marchand de bonbons m'encourageait : "Bravo ! Bravo ! Continuez…" … Ceci dit, si j'envisage de chanter à nouveau dans les marchés ou dans une manifestation, je procéderai autrement. Il y a le bruit de la foule ... non pas que je veuille le couvrir, mais je me demande toujours ; est-ce que l'on m'entend ? C'était sympa, ce que faisaient les gars du Joint, avec les tambours, alertes, chantant sans complexe et fort bien ! ...
F.T.- Tes chansons sont très travaillées, il faut vraiment écouter. Il faudrait peut-être seulement quelques notes, quelques mots... que ce soit encore plus direct.
C.M.- Il y a une forme à trouver, c’est sûr.
D.C.- Cette modestie, cette insatisfaction me surprend car enfin, le 1er  mai, les réactions des gens étaient très bonnes.
F.T.- Ils n'ont d'ailleurs pas compris pourquoi Colette n'a chanté que deux chansons.
C.M.- Ah bon ! Parce que moi, j’étais dans un brouillard terrible … Mais tout de même, il faudrait que ce que je chante soit encore plus clair.
F-T.- Quand tu chantes, on ne comprend pas toutes les paroles mais ça "passe" quand même très bien. Et puis, comme je le disais tout à l’heure, il y a le disque. Tes disques se vendent bien, justement parce que les gens ont envie d'entendre tes chansons plusieurs fois.
C.M.- Au Chant du Monde, on m'a raconté qu'un type était venu et qu'il connaissait par cœur les paroles des "Panthers". Moi, ça fait au moins trente fois que je les chante et j'ai un mal fou à les savoir par cœur, il a dû se le passer, le disque, le gars ! ...
F.T.- Ça doit bien marcher, ce disque.
C.M.- Eh bien, ils m'ont fait une belle pochette glacée. Ils doivent en vendre ...
D.C.- Quels sont tes projets immédiats ?
C.M.- Un truc sur Pennaroya. J'y suis allée après la grève avec Beb Guérin et je les ai rencontrés. On a bouffé le couscous, on a chanté, on a dansé. J'ai ramené une bande et des documents. Un copain arabe me traduit tout ce qu’ils racontent sur le déroulement de la grève et c’est là-dessus que je travaille en ce moment. Je sais ce que j'ai envie de faire mais je ne sais pas encore de quelle façon ... Et puis je vais enregistrer l'hymne des Panthères. Enfin, il y a mon opéra sur "La Pintade" de Beckett, à partir de "La Pintade". J’y travaille depuis trois ans et je n'arrive pas à le terminer. Je dis "un opéra", c'est un terme un peu prétentieux, je veux dire : un long truc. Ca peut paraître idiot de parler de minutage, mais j'étais contente de faire "Les Panthers" qui durait une vingtaine de minutes. Disons que ce serait un truc d’une heure et demi sur un sujet et je ne sais pas si j'en serai capable. C'est une ambition, disons ...

(1) Membre du Comité Central du Black Panthers Party. Son disque "Seize the time" n'a pas été édité en France.
 
 
 

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1 juin 1969 7 01 /06 /juin /1969 13:21

maudite.jpgInterview parue dans Rock & Folkn°29 du 01/06/1969 :

— « Melocoton », je ne la renie pas; je l'ai écrite, d'accord, mais ça me fait mal au ventre de savoir que les radios  passent de moi cette seule chanson qui ne correspond plus du tout à ce que je fais à présent. J'ai fait des progrès depuis!
— Dans la mesure où les gens ne connaissent qu'une chanson de vous, ils vous consomment, comme tant d'autres?
— Oui, exactement. Mais je ne peux leur on vouloir; je n'en veux d'ailleurs à personne: en somme, j'emmerde le système et il me le rend bien, c'est tout ! »
Ainsi parle Colette Magny. Nous l'avons rencontrée il y a quelques semaines au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles oùelle présentait un très curieux montage sonore consacré au mois de mai 68 à Paris. Il fallait donc s'expatrier un week-end pour entendre parler de la poussée révolutionnaire française. La première partie du programme consistait en un récital de l'ami Julos qui, accompagné par Didier Levallet à la contrebasse, triompha devant son public. Car Beaucarne est prophète en son pays, et c'est tant mieux. La matière choisie par Colette Magny et sa présentation sans artifice, très anti-commerciale allait rendre la seconde partie quelque peu houleuse...
COLETTE MAGNY: Je présente ici un spectacle en trois séquences. Première séquence: diffusion d'une bande magnétique enregistrée au mois de mai dernier dans les rues de Paris, par William Klein et Chris Marker; deuxième séquence: j'interprète quatre ou cinq chansons (cette limitation est voulue) ; troisième séquence : un jeune comédien de mes amis, Marcel Tassimot, dit des poèmes de Bertold Brecht.
ROCK & FOLK : On dit qu'en France, vous êtes absolument censurée avec ce spectacle ?
C. M.: Non, pas absolument; j'ai quand même pu le faire trois fois chez nous : à Lyon, à Saint-Ouen, et dans une petite
salle de Paris. Dans le dernier cas, j'ai eu l'impression d'avoir été méchamment  sabotée, néanmoins j'avais eu l'autorisation. Les gens n'ont pas tellement apprécié ce spectacle parce qu'ils venaient pour me consommer. Vous savez, le genre: «Je vous connais par vos disques, je veux vous entendre chanter ». Or. dans ce spectacle, je ne chante pas (ou presque) ; je me démystifie. Alors, les gens ne suivent plus.
R. & F. : Vous chantez depuis...
C. M.: ...1963. Mes débuts professionnels remontent à 63. Avant de chanter, j'avais été dix-sept ans fonctionnaire à l'O.C.D.E.
R. & F.: Qu'est-ce qui vous a poussée vers la chanson, alors ?
C. M.: Je ne voulais pas attendre d'avoir soixante-dix ans pour m'exprimer. Et la chanson a été mon mode d'expression à moi. La chanson en général, du reste, ne m'intéresse pas. Je n'écoute pas les autres chanteurs, ou alors une fois de temps en temps pour faire plaisir à des amis. Actuellement, je m'intéresse de plus en plus à des activités comme le théâtre ou l'opéra moderne. Pour moi la chanson n'est pas une fin en soi,
R. & F. : Et les journaux ?
C. M. : A l'époque où la presse avait attiré sur moi l'attention du grand public (idiotement d'ailleurs, cf. titre de « France-Dimanche »: « L'Ella Fitzgerald française »...), on a voulu absolument me faire passer et repasser à l'Olympia. Par quatre fois. « France-Dimanche » est revenu à la charge. Finalement, j'en avais marre, un jour un ami me donne l'idée suivante : « Au prochain coup de téléphone, tu les menaces; tu leur dis que s'ils ne te foutent pas la paix tu leur envoies ton tueur ». Ils ont rappelé, je leur ai dit ça au téléphone : « Ne publiez plus rien sur moi, ou je vous envoie mon tueur ». Je n'en ai plus jamais entendu parler ».
JACQUES VASSAL.

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18 août 1964 2 18 /08 /août /1964 09:04

couv-cinemonde.jpgArticle de Françoise Varenne paru dans Cinémonde n° 1567 du mardi 18 août 1964 :

 

Maurice Fanon. Colette Magny et Jean-Michel Rivat, en dehors du fait qu'il sont tous les trois de grands amis, ont plus d'un point commun. Ils sont auteurs-compositeurs. Ils ont un style qui leur est très personnel. Ils ne vivent que pour leur métier, ont eu des débuts difficiles et sont prêts à lutter jusqu'à la limite de leurs forces pour faire triompher leur talent et pour défendre la chanson française. Nous leur avons rendu visite au restaurant « la Gaudriole », le quartier  général  de  Fanon.

 

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« Maurice Fanon, je crois qu'aucun auteur-compositeur n'a été plus attaqué que vous à la sortie de votre premier disque, l'année dernière. »


Magny-Fanon.jpg — C'est exact et, pour deux raisons. La première, c'est que le disque en question a obtenu le prix de l'Académie Charles-Cros. Et beaucoup de gens ont trouvé injuste qu'un chanteur obtienne un prix pour son premier enregistrement, alors que d'autres plus anciens dans le métier, et tout aussi valables, n'en ont jamais eu. La seconde raison, c'est que ma chanson "Avec fanaon" a déplu à pas mal de personnes. En effet, c'est une espècece de réquisitoire contre le monde de la chanson et ses injustices. J'ai eu contre moi tous ceux qui, plus ou moins, se sont sentis visés.On m'a traité d'aigri, d'ingrat, de « petit Don Quichotte sans envergure ». Et il y a  eu contre moi une levée de boucliers dont je commence à peine à me dégager.


— Etes-vous toujours aussi « grinçant »? 

 

— Bien sûr, ça m'arrive. Dans mon deuxième disque, il y a eu « Paris Cayenne » qui n'était pas très tendre non plus. Mais le troisième qui vient de sortir il y a un mois est composé de quatre chansons d'amour : « L'Echarpe », « Amour chiendent », « La Chanson blonde » et « Tu m'appartiens ». Que voulez-vous, en ce moment, je suis amoureux...


— Quels sont vos projets immédiats ?


— Je viens de terminer, pour Zizi Jeanmaire des adaptations en américain de chansons de Jean Ferrat (l'Américain est une langue qui m'est familière car j'ai été professeur d'anglais). A la rentrée, je « ferai » plusieurs cabarets, probablement Bobino, et peut-être l'Olympia.

 

Fanon-Magny.jpgColette Magny est aussi familière avec la langue américaine que Maurice Fanon. Et pour cause : elle est une des rares chanteurses françaises qui a un répertoire bilingue. Tous ses disques comportent autant de titres américains que de français.

 

— Vous êtes, Colette, peut-être la seule Européenne qui soit capable de chanter les blues comme les grandes dames de jazz américain.

 

— Quand j'étais fonctionnaire (il n'y a encore que deux ans), je m'ennuyais. Et pour me délasser, j'écoutais du jazz. Ce que je préférais, c'était le jazz première époque : les blues du répertoire Bessie Smith, les chants de travail, les négro spirituals. Puis je les ai chantés moi-même. Tout le monde me disait : « C'est bon, mais pas intéressant, trop « dépassé ». Mois, j'y croyais. Alors pour prouver que j'avais raison, j'ai donné ma démission et je me suis lancé dans la chanson. J'en ai composé dix titres en français. Bessie Smith et mes compositions : voilà le seul bagage que j'ai eu à mes débuts. Et tous les tours de chant que je fais sont bilingues.

» Je dois dire que le public accueille avec autant de faveur mes propres chansons : « Melocoton », « La Rose de Rilke », « Dents de lait, dents de loup », que des blues tels que « Nobodv knows you  well...» Ou alors il ne m'aime pas et sifflera tout sans exceptlon !

»  Au mois de septembre je sortirai un 30 cm : quatre titres américains et sept poèmes que j'ai mis en musique. Des poèmes de Victor Hugo, d'Aragon, de Machado, de Rilke, de Rimbaud.»

 

Jean-Michel Rivat, lui, possède la même foi en lui-même et en son métier que Colette et Fanon. Il aime la vie avec passion et toutes ses chansons sont de petites tranches d'existence qu'il a observées chez les autres et en lui. Mais bien avant de chanter, il composait pour les autres.  Des autres qui ont pour nom :  Brigitte Bardot, Jean-Claude Pascal, Johnny Hallyday.

 

— Quand je présentais mes chansons aux interprètes et aux directeurs artistiques, il fallait bien que je les leur chante pour qu'ils se rendent compte de ce que c'était. Alors, tout naturellement, on a fini par me demander pourquoi je ne les interpréterai pas moi-même. J'ai donc fait un premier disque : « Plus il est différent », « Hep, hep, ouvre-moi », «  Oublie-moi ». Et maintenant, j'en prépare un second, qui sortira en septembre : «  Moi je crois », « Tu vas tomber dans mes bras », « Bravo, yep, bravo ».

 

» Mon but dans la vie ? Comme Colette et Maurice, servir mon métier comme un bon soldat, faire le moins de concessions possibles... si je ne réussis pas, alors je crois je me ferai clochard !

 

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31 mars 1963 7 31 /03 /mars /1963 06:50

A l'occasion de la programmation le mercredi 3 avril 1963 à 20h45 à la télévision de l'émission "L'Europe en chantant", Télé Magazine consacre un article à Colette Magny avec une interview de Michel Delain :

Cette « Europe en chantant sera au moins une belle réussite pour le marché commun de la chanson : ancienne et nouvelle vaque s'y côtoient. Car si Françoise Hardy et Eddy Mitchell sont au générique, Jean Sablon et Dario Moreno y figurent aussi. Une révélation TV cependant : Colette Magny, une artiste insolite qui, dans la tradition du blues, chante « Le Mal de vivre » : « Ils ont laissé tuer Lumumba, que deviendra Gizenga... », « Les Rouges ont un homme qui lance la chaussure à bon escient... »

On n'avait pas vu ça depuis belle lurette ! Le phénomène se faisait rare. Quel phénomène ? La révélation soudaine, la génération   spontanée d'une vraie vedette de la chanson, d'une véritable artiste, d'une créatrice. Et n'allez pas croire qu'il est question ici d'une de ces fausses valeurs jetées régulièrement sur le marché par quelques boursiers ou autres grossistes en disque ! Non : Colette Magny est une enfant légitime du public. Le terme étant à la mode en notre ère, nous dirons qu'elle est une « plébiscitée » à 100 % : il lui a suffi d'apparaître deux minutes sur le petit écran, en décembre dernier, au cours du « Petit Conservatoire » de Mireille pour qu'elle sorte de l'anonymat, qu'on la réclame, qu'on l'acclame, que sa voix se coule dans les microsillons, que Bruno Coquatrix pointe l'oreille et, séduit par ce qu'il entend, l'engage à l'Olympia.

Mais où ce phénomène devient... phénoménal, c'est lorsqu'on s'aperçoit que Colette Magny n'est nullement spécialisée en twist,rock ou bossa-nova, mais lance le « blues » français !

L'impression première en la voyant ? La même exactement que celle qui vous assaille lorsque Piaf fait son entrée sur scène et commence à chanter : l'aspect physique de l'interprète s'estompe tant la voix s'écoute avec les oreilles et avec les yeux. Il y a miracle, état de grâce, transe et transfiguration. Tout comme le spectateur oublie la môme Piaf, étriquée et mal fagotée, il ne remarque pas exagérément la femme à l'embonpoint certain qu'est Colette Magny.

- Vous avez déjà un surnom - l'Ella Fitzgerald blanche - cela vous flatte-t-il ?

- Plutôt ; bien que je sois loin d'arriver à la cheville de Fitzgerald...

- Où puisez-vous votre inspiration ?

- Dans la vie quotidienne actuelle : le social, le politique, le littéraire, l'atome, Cuba, Lumumba. Au lieu de faire rimer « amour avec toujours », je fais rimer « Lénine avec Staline »...

- Vous avez 37 ans, votre vocation a donc été tardive ?

- Oui et non. Oui parce qu'avant de me présenter chez Mireille, j'avais passé ma vie à travailler chez des avocats-conseils, puis dans une fabrique de lunettes pour Américains, enfin comme secrétaire bilingue. Non, parce que, il y a seize ans, désirant déjà chanter, j'avais travaillé avec Claude Luter et failli écrire des chansons en collaboration avec Boris Vian. J'avais le virus, vous voyez... Je suis un peu comme ma mère qui a commencé à 57 ans, une carrière théâtrale sous le nom de Claude Ferna...

- Dites, je peux vous poser une question plus indiscrète ?

- Si je souffre d'être grosse ? C'est ça ?. Bien sûr j'en al souffert, mais je m'y suis faite. Ce complexe initial a même dû accentuer ma sensibilité. A vrai dire, je n'y pense pas trop... Et puis, maintenant que je suis vedette, mes « managers » vont m'arranger. Tout à l'heure, j'ai rendez-vous chez le coiffeur et chez la couturière. Çà m'amuse beaucoup...

Il n'empêche qu'elle le chante drôlement, ce ,blues : « Personne ne pense à vous quand vous avez le cafard... ».

 

Maintenant que je suis vedette, mes managers vont m'arranger...  ça m'amuse beaucoup !
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Published by Claude - dans Interview
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24 mars 1963 7 24 /03 /mars /1963 17:36

768 001Article paru dans Top Réalités Jeunesse n°227 du 24/03/1963 :

 

Son premier disque n'est pas encore sorti et déjà toute la presse parle d'elle et la compare à Ella Fitzgerald ! Pourtant, Colette Magny n'a rien d'une vedette et son grand atout est justement de ne pas l'être. Elle n'a pas son équivalent en France, puisqu'on lui prédit le plus brillant succès alors qu'elle est bien loin d'avoir « moins de vingt ans ». D'ailleurs vous vous en rendrez compte vous-même, en allant l'applaudir le 15 avril à Bobino.

 

SON STYLE :
Elle chante, en s'accompagnant le plus souvent de sa guitare, des « blues » qu'elle a composés elle-même, en français naturellement !
Sa méthode est unique : elle assemble bout à bout des citations de grands auteurs, qu'elle relie par un simple mot ou une phrase de son cru.

Ses grands maîtres sont d'une part : Alain,  Tchékhov, Simone Weill, André Suarès, Thomas Carlyle, Shakespeare et Einstein ; et de l'autre : Billie Holliday, Bessie Smith, Ella Fitzgerald, Charles Trenet et Léo Ferré.
 

TOPRealitesJeunesse-portrait.jpgSON CARACTERE :
Timide :   Colette Magny chante depuis toujours, mais préférait son métier de secrétaire à l'O.E.C.E., plutôt que de se montrer en public.
Dynamique : elle était le boute-en-train de sa classe et délaissait volontiers ses études pour jouer au ping- pong ou canoter sur le lac du bois de Boulogne !
Sympathique : elle adore Brassens et ne rêve que « de lui serrer un jour la patoune » !
Fantaisiste : elle décide un beau jour de juillet 1962 de se jeter à l'eau et de chanter en public « pour savoir si 'elle était capable de gagner sa 'vie en faisant ce qui lui plaisait » !

 

QUI EST-ELLE ?
Elle est née à 8 h 30 du matin le 31 octobre 1926 aux environs de Notre-Dame à Paris.
Sa mère.. attendra d'avoir 57 ans pour attaquer une carrière de comédienne. Elle joue actuellement avec Planchon et Sacha Pitoëff.
Son père est acheteur en épicerie. 
Depuis qu'elle a chanté dans l'émission de Mireille à la télévision au mois de décembre dernier, la vie de Colette Magny a été complètement bouleversée. Elle sort son premier disque chez Odéon et vit dans la terreur d'affronter prochainement le public.

 

 

 

 

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