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1 juillet 1973 7 01 /07 /juillet /1973 10:14

Critique de concert parue dans Jazz Magazine de Juillet 1973 :

Magny/Tusques

Colette Magny (g, voc), Beb Guérin (b), François Tusques (p). Guem (père.). Louvain et Bruxelles. 15-16 mai.

Le 15 mai Colette chante dans la salle du Resto U de l'Université de Louvain. Public assez nombreux, presque   uniquement composé d'étudiants. Beb, fidèle au poste ; Tusques et Guem sont là aussi, apportant leur soutien pour certains morceaux comme celui qui est dédié au Black Panther Party et « illustré » par des diapositives sur le B.p.p. et les U.s.a. Colette présente en plus de soon répertoire habituel un morceau fait d'enregistrements réalisés au cours de la grève de Penaroya : les immigrés discutent, chantent, expliquent la grève et les rapports qu'ils avaient avec le patron et les services de santé. Colette « traduit », donnant le ton et l'ambiance de cette grève exemplaire. Il y a aussi un texte très réaliste sur la « vie » d'un prisonnier au Sud-Vietnam.

Au cours dle la soirée, un ex-docker intervient afin de donner les dernières nouvelles de la grève sauvage des dockers qui dure depuis plusieurs semaines. La veille, à Anvers, au cours d'une manifestation devant le siège du syndicat, les flics ont durement chargé, blessant plusieurs personnes dont des femmes et un dirigeant du Comité de grève.

Le lendemain, Bruxelles, la grande salle de l'Université. Même programme, une foule plus nombreuse (près de 1000 personnes ) et plus variée. En prime : projection d'un film sur le Vietnam (situation des prisonniers politiques) et, surtout, l'intervention du Comité de grève des dockers au grand complet. Wuytteck (qui s'était fait « envoyer » à l'hôpital l'avant-veille) parle de la situation des familles des dockers qui n'ont plus de ressources, le syndicat refusant de payer les indemnités de grève sous prétexte  d'engagements pris avec les patrons. Le ton est  ferme et montre que les dockers refusent de céder au chantage. La prise de parole se termine sur le chant des dockers. Colette reprend le micro et, bien qu'un peu impressionnée, chante sans le moins du monde nous dépayser, tant sa façon de s'exprimer est proche de ces travailleurs en lutte. — Horace.

P.S. — Le 7 juin à Paris, salle de la Mutualité, Colette Magny devait participer à une soirée « pour le soutien aux   travailleurs immigrés contre la circulaire Fontanet ».

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Published by Pierre Crépon - dans Critiques disques-spectacles
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4 septembre 1972 1 04 /09 /septembre /1972 15:21
Critique de disque paru dans le Nouvel Observateur n°408 du 04/09/1972 :

• COLETTE MAGNY •  REPRESSION
Une combattante, qui s'est engagée dans la chanson comme dans la vie et qui, sans faire aucune concession ni sur sa musique ni sur ses textes, a su se trouver un public fidèle..
33 tours, 30 cm, Chant du Monde •
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4 août 1972 5 04 /08 /août /1972 10:43

Extrait de l'article de Colette Godard intitulé "Les démesurés d'Avignon" paru dans Le Monde du 4 août 1972 :

La démesure, on la trouve dans la voix de Colette Magny, qui a chanté dans la soirée à Champfleury dans une salle des fêtes construite, dirait-on, pour que l'acoustique en soit mauvaise. Il y avait bien sept cents spectateurs venus pour la plupart du Festival. Ils ont écouté d'anciennes et nouvelles chansons, " Bessie Smith ". " Rhodiaceta ", " l'Heure des brasiers ", les chants des hommes usés, des vies pillées, la grande histoire des Black Panthers. Assis par terre, ils écoutaient, tendus vers cette voix qui raconte des choses très simples, très vraies, qui les rend très simples, très vraies. Cette voix ample ou se reconnaissent les " nègres " de toutes les couleurs, de tous les continents, qui veulent devenir des hommes à part entière.

Édith Piaf chantait les peines de cœur avec des paroles sans importance et une voix qui " accrochait " les blasés comme les naïfs. On retrouve le même phénomène public avec Colette Magny. Elle " fonctionne " par la qualité de sa voix, de sa personnalité, par son chant à la fois savant et pur. Peu importent les histoires sans nuance, peu importe le sens des mots, on ne peut pas se tromper sur le sens de la musique, des intonations. Parce qu'elle exprime la solidarité la plus généreuse, la plus authentique, la voix de Colette Magny dépasse et balaie les idées acquises. Elle frappe et touche sans distinction de classe ni de culture.

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1 juin 1972 4 01 /06 /juin /1972 10:35

Critique de disque parue dans Jazz Hot de juin 1972 :

COLETTE MAGNY
" REPRESSION "
Oink Oink (1). Babylone/U.S.A. (2). Cherokee (3). Djoutche (4). Libérez les prisonniers politiques. Répression. Chronique du Nord, Camarade curé
Face 1 : Colette Magny (voc) ; Bernard Vitet (tp) ; Juan Valoaz (as); Beb Guérin (b) ; François Tusques (p) ; Noei McGhie (dms).
Face 2 : Colette Magny (voc, g) ; Beb Guérin, Barre Philfips (b).
Chant du Monde LDX 74476.

Les Noirs aux U.S.A., la répression en France, les mineurs, les basques. Quatre points cardinaux de l'intolérable. Colette Magny entreprend ici, fort clairement, de parler de quatre situations dans lesquelles se lisent, fort clairement aussi, les crispations du système. Et plutôt que d'en parler, le projet de Colette Magny semble être de faire parler ces soituations elles-mêmes. Rien ici n' évoque la dissertation politique, il s'agit plutôt de provoquer des chocs, des prises de conscience brutales à partir desquelles une réflexion politique vient inévitablement se greffer. Le moins que l'on puisse dire est aue Colette Maqny ne tient oas précisément à épargner les sensibilités. Le propos n'est d'ailleurs pas là. L'incroyable adéquation entre ces textes et la voix de Colette Magny fait que chaque mot, chaque image porte très exactement son sens. Et l'insupportable devient vivant, insupportablement présent. Il faut écouter Babylone/U.S.A. et Chronique du Nord. Et Répression. Et, finalement, il faut écouter tout ce disque. Ne serait ce que pour le duo Beb Guéri - Barre Phillips, travaillant eux aussi les textes de Colette Magny, et les disant à leur manière.

Jean ECHENOZ.

 

 

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1 mai 1972 1 01 /05 /mai /1972 09:59

Critique de disque parue dans Jazz Magazine de mai 1972 :

Colette Magny

Répression : Babylone-U.s.a. / Cherokee / Libérez les prisonniers politiques (1) / Répression / Chronique du Nord / Camarade Curé (2).
1 Magny (voc), Bernard Vitet (tp), Juan Valoaz (as), François Tusques (p), Beb Guérin (b), Noël McGhie (dm). 2 Magny (voc. g), Guérin, Barre Philips (b). Le Chant Du Monde Ldx-74476 / 33 t / 30 cm.

Encore un disque que vous ne trouverez pas au rayon « jazz ». Ce n'est pas une raison pour ne pas l'écouter. Pour une fois qu'une chanteuse francophone considère son travail comme un tout et s'entoure de musiciens intéressants (ou, si l'on préfère, qui nous intéressent)...

Depuis Brigitte.Fontaine avec l'Art Ensemble de Chicago, on n'avait pas vu ça. (Il faut cependant préciser que l'association Magny-Tusques-Guérin ne date pas d'hier.) Collages de textes verbaux (Bobby Seale, Eldridge Cleaver,   Huée Newton, journaux, tracts du Black Panther Party, etc.) et musicaux (séquences « free », mélodies-hymnes insistantes martelées par Tusques, effets « policiers » de Répression, émergence d'un chaant basque à rapprocher de l'utilisation par Charlie Haden des chants de la Guerre d"Espagne dans « Liberation Music »), strnctures d'où  sont  éliminées les « régles » et autres clichés de la chansonnette-rengaine ou, même, de la chanson « de qualité », recours à toutes les possibilité vocales (parlé, fredonné, modulé, grogné, gémi, hurlé), travail sur les contrastes (au  niveau du volume, du registre, de l'accent), refus du découpage traditionnel refrain-couplet et des normes de durée en vertu desquelles les chansons doivent (?') être débitées en tranches de trois minutes : l'attitude de Colette Magny, en fait, n'est pas tellement différente de celle des musiciens free. Et tant pis pour ceux qui pensent que cela n'a rien à voir avec le jazz. (Ceux sont d ailleurs souvent les mêmes qui considèrent que « le bruit c'est pas de la musique », que «  l'Art et la politique n'ont rien a faire ensembles, etc., etc.).

Pour les autres : à écouter absolument, et souvent. Et je n'ai même pas parlé de ce que dit Colette Magny... — J.L.

 

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1 mars 1972 3 01 /03 /mars /1972 13:02

Parution dans les Cahiers de Mai :

 

CahiersdeMai-concert

 

Pour plus d'informations sur les raisons de ce concert de soutien, cliquez ici

 

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Published by Pierre Prouveze et Laure Pitti - dans Critiques disques-spectacles
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1 décembre 1971 3 01 /12 /décembre /1971 09:40

Critique de concert parue dans Jazz Magazine de décembre 1971 :

Colette Magny / François Tusques Trio : Tusques (p. père), Beb Guérin (b), Noël McGhie (dm, fl). Cinéma « le Ranelagh », novembre.

Profitons de leur présence symptomale : il n'existe pas encore de circuit parallèle - pas plus pour la musique que pour le cinéma - et surtout pas souterrain, dans ce pays. Désignons-en, de la même enjambée, le terrain : si quatre ou cinq mille fous se pressaient (qui s'en plaindrait, vraiment) aux fabuleuses exhibitions d'Alan Silva, et venus parfois de loin, et parfois pour leur premier concert, nous saurons tout. de même que la Vieille Grille (où jouera Alan Silva en trio) et le Ranelagh rameuteront un public fort clairsemé. Si bien que ce public restituerait à loisir les pratiques de ses prédécesseurs ? Il serait décidément vain d'attribuer quelque pondération à la publicité pour le dernier concert de la Biennale. Mais pourquoi le bouche-à-oreille ne fonctionnerait plus dès qu'il s'agit du Ranelagh ? Nous vivons bel et bien, et encore, l'ère des circuits !

François Tusques, Beb Guérin et Noël McGhie ouvraient ce que l'on aurait pu nommer une première partie. Piano trafiqué, plein d'accessoires qui en faisaient bizarrement « sonner » la table d'harmonie (rééditant par là chaque note de son écho martelé), lignes mélodiques d'insistance réitérée, ou plutôt tournoyantes - volutes - (pour quoi, au passage, l'on songeait à Terry Riley). Et l'immense travail de Beb Guérin, longues phrases, brisées ou soutenues, à l'affût du récit pianistique, à peine (contre)pointées par McGhie...

Paraissait alors Colette Magny, en toute beauté, inaugurant la deuxième part de quelque blues où se lisait l'origine de son chant. Mais assez tôt il s'affichait sous ses couleurs militantes (déjà, et à confirmer, dans le blues), simplement en dialogue avec Beb Guérin - attentif au tempo comme à ses élancements La-Fariens.

Rhodiaceta, ou Les Femmes de mineur : chansons de geste purement accomplies, geste musicale faite de tous les renversements, en elle-meine pleine de métamorphoses et s'édifiant de ses avatars, où s'enchevêtrent en identiques structures les slogans et le texte, le musical et le cri. Inégales les chansons, et leurs hurlements, ce trop de conviction qui les donnait pour maladroites (« ce qu'elle chante pèse des tonnes » dira Le Monde) ? Or, dans cette « gaucherie » se dit précisément - et plus que véhémence ou que rage - ce qui n'est  strictement  pas (témoin Le Monde) récupérable. A ce titre (indice) sont légitimées et fondées les autres, celles « qui passent », par ce qui tout d'un coup les rend impossibles et décisives, exemplaires en leur outrance et ce poids marqué de la voix, du final somptueux (ou le trio retrouvé jouait d'ensemble le cri de Colette) : textes des Black Pantliers tressés d'autres textes, à leur gloire déclamé/(hurlé), bref chanté. A la très nouvelle manière des chanteuses free, sur un mouvement musical où la scansion précipitait le cri. Et que les naïfs nous entendent : c'est dans leur travail (d'élaboration mise à jour) musical que le trio Tusques - Magny jouent l'épreuve révolutionnaire. Non dans quelque déclaration de principes, mais elle ne ferait que redoubler la première. Le «provisoire» dn chant de Colette Magny, ou sa pérennité provisoire - car il y a belle lurette qu'elle tente ces manières de traversées plurielles qui sont déjà au-delà du collage - sont toujours la trace de son geste radical. — Francis Marmande.

 

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Published by Pierre Crépon - dans Critiques disques-spectacles
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8 novembre 1971 1 08 /11 /novembre /1971 11:40

Article de Claude Fléouter intitulé "Colette Magny au Ranelagh" publié dans Le Monde du 8 novembre 1971 :

Ce qui frappe toujours lorsqu'on entend chanter le blues, c'est la voix au timbre profond, poignant, qui plie les mots, les syllabes à la manière des plus grandes chanteuses noires. Il y a dix ans, Colette Magny est passée à côté d'une belle carrière " commerciale ". Volontairement. Préférant suivre sa générosité, satisfaire à l'envie d'écrire et de chanter à sa façon une chronique de notre temps.

Malheureusement, le résultat n'est guère excitant. Certes, on est loin du boy-scoutisme de Jean Ferrat et des relents de boîtes de la rive gauche. La chanson se veut ici véhicule de subversion, elle est d'agitation ou en forme de tract. Mais un texte de Le Roi Jones dit et chanté perd ici les trois quarts de sa force par le seul fait que Colette Magny n'est qu'une Blanche, qui ne vit ni dans le ghetto de Chicago ni dans celui de Harlem. Et les compositions personnelles de Magny sont aussi lourdes que des bulldozers.

En France, il y a trente ans, une génération de chanteurs a été élevée au " Trenet ", comme d'autres au lait. Il serait peut-être bon qu'aujourd'hui l'on regarde du côté des chanteurs anglo-saxons de " folk-song " et de musique pop', du côté de John Lennon ou de Tom Paxton : pour apprendre à dire ce que l'on sent et ce que l'on voit, en restant le plus simple, le plus clair, le plus efficace. Ce n'est pas l'effet du hasard si l'une des plus belles chansons de ces dix dernières années - écrite et chantée pat John Lennon - a pour thème un " héros de la classe laborieuse " (" Working class hero " ) et a fait le tour de l'Amérique et de l'Angleterre, bousculant un petit peu des millions de gens...

CLAUDE FLÉOUTER.

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15 avril 1971 4 15 /04 /avril /1971 15:31

quinzainelitteraire.jpgCritique parue dans la Quinzaine littéraire n°111 (1-15 Février 1971) :
 
Colette Magny

Feu et Rythme (Le Chant du Monde, LDX 74444) •

 

"Je n'appartiens pas au monde de la chanson" affirme Colette Magny (1), et c'est un fait d'évidence qu'elle ne saurait rien avoir de commun avec ce système compact et féroce de gangs - industriels et marchands du disque, impresarios, directeurs de salle, éditeurs de journaux, producteurs d'émissions, politiciens des loisirs ou de la culture, etc. - qui détiennent l'effarant pouvoir de traquer à tous moments et en tous lieux des dizaines de millions d'êtres humains, leur faisant subir, dans la sphère même où pourraient émerger des sentiments de liberté, d'autonomie, d'authentique jouissance, une espèce d'aliénation radicale, analogue à peu près à ce que Brecht nommait l'im-ploitation (2).

De la débilité véhiculée et cultivée par un tel système, le travail de Colette Magny se situe, on s'en doute, aux antipodes. Qu'en l'entende dénoncer, avec son Impérieuse véhémence, "l'écoeurant, atroce", namour préfabriqué des chansonnettes à la mode: "on n'aime jamais comme ça, dans aucun pays, dans aucun milieu, dans aucune classe. L'amour, c'est les tripes en l'air... "; et elle en témoigne, dans un chant d'amour foudroyant - trois simples lignes transposant, transfigurant une toile goyesque de François Jolivet : "Prends-mol, me prends pas/Je suis comme la bite/Je n'aime que toi... ".

Après la redoutable soumission du premier vers, la métaphore de la bête, lovée dans les mots, se déploie dans la voix qui gronde; cris et cordes s'emmêlent et se harcèlent, et élèvent dans un crescendo affolé un espace sonore et mobile pour recevoir l'immense rugissement de l'amour autour duquel vient se nouer un rire venu d'on ne salt quelle jubilation ou quel désarroi...

Plus que sa capacité à opérer par le chant de fascinantes lectures d'oeuvres picturales, le dernier disque de Colette Magny révèle avec quelle maîtrise l'artiste a su intégrer à son génie le meilleur des recherches musicales contemporaines, tant pour l'exploration systématique des multiples ressources de la voix humaine que pour les liaisons voix-instruments. S'emparant d'un texte de LeRoi Jones, Brave Nègre, Colette Magny le prend véritablement au mot - au mot Nègre, qu'elle fait exploser dans tous les trajets suggérés par lécrivain, extirpant notamment de la sonorité centrale, l'accent grave, des résonances obsessionnelles d'une prodigieuse efficacité, avant de marteler les syllabes nettes et pleines de la formule finale: Nègre au cul noir.

Dans U.S.A./Doudou, quelques phrases dites supportent les éruptions et les déflagrations vocales, l'intervention d'une seconde voix modulant plaintes et mélopées et les cordes des basses produisent une mêlée sonore poussée jusqu'à l'exacerbation, une frénésie où s'étreignent la révolte actuelle ("l'été on crève, on monte sur les toits, on tire") et la vision apocalyptique ("la prochaine fols le feu"). Jabberwocky, un quatrain de Lewis Carroll traduit par H. Parisot propose quelques stupéfiants exercices de haute voltige vocale - Colette Magny réinventant à sa manière le langage des mots-valises inventé par Carroll. Ces rapides Indications, pour désigner un ensemble de chants dont les plus infimes éléments - une sonorité, une nuance, un silence - mérlteraient une minutieuse analyse, confirment l'ampleur et la variété du registre de Colette Magny.

On le savait - et on sait que plus d'une station confortable et dorée lui fut offerte, pour qu'elle s'y enferme et s'y ressasse : que n'est-elle restée chanteuse de blues, alignée sur les plus grandes, les Bessie Smith, Ella Fitzgerald, Mahalia Jackson, et occupant une place unique dans le monde hors des Etats-Unis; que n'estelle restée l'auteur de Meloc!>ton, ouvrant dans le genre gracieux une veine intarissable et le pactole; ou chanteuse poétique, l'incomparable interprète de Victor Hugo (Les Tuileries, Chanson en canot, La Blanche Aminte), de Louise Labbé (Baise m'encor), de Rimbaud (Chanson de la plus haute tour), de Machado (J'ai suivi beaucoup de chemins) ... Avec la chanson politique telle qu'elle la pratique, Colette Magny devient plus difficilement "récupérable" : Vietnam 67, Viva Cuba, Les gens de la moyenne, Bura Bura appellent crûment à la lutte contre l'oppression, dénoncent l'exploitation, la mort atomique, chantent la révolution dans sa brûlante actualité; lorsque la révolte de Mai 68 allume en France même des lueurs de révolution, Colette Magny, happée par l'événement, chante dans les usines ("Le podium des usines Renault, ce fut mon Olympia" dit-elle) et produit un disque, unique en son genre, où la parole des étudiants et des ouvriers est répercutée par des chansons qui évoquent avec force et précision Ia condition ouvrière.

A ceux qui l'accusent d'en faire trop, de la politique, Colette Magny répond brutalement : "ça ne sera jamais trop ! Jamais trop, tant qu'il y aura le Vietnam, le Biafra, le capitalisme partout !" Jamais trop, lorsqu'on sait que le parti communiste sirote du Sacha Distel le soir même où les accusés de Burgos sont condamnés à mort ! Aussi Colette Magny poursuit-elle sa longue, longue marche - annexant à son oeuvre poétique/musicale, avec une vitalité croissante, de nouveaux domaines; elle tente aujourd'hui, avec Michel Puig, d'élaborer un opéra moderne sur une pièce de Beckett; et elle travaille à donner expression musicale au mouvement des Black Panthers... Il serait donc grand temps de balayer tous les interdits qui empêchent une artiste de la trempe de Colette Magny, populaire dans la plénitude véritable du terme, de s'exprimer devant des publics à sa mesure les plus vastes et les plus fervents.
Roger DADOUN

(1) Guitare et musique, fév. 1970

(2) Cf. les remarquables ecrits sur la littérature et l'art 1, 2, et 3, L'Arche

Disques cités : CBS 62 416, 33 t. - Le Chant du Monde : LDX 74 319 (30 cm) ; Magny 68, T-TK-01 (30 cm)

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Published by Pierre Prouvèze - dans Critiques disques-spectacles
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29 avril 1970 3 29 /04 /avril /1970 15:06

Annonce de spectacle (extrait) publiée dans Le Monde du 29 avril 1970 :

Gabriel Garran renouvelle au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers son expérience de " Théâtre inédit " destiné à offrir un banc d'essai à de jeunes animateurs et à de jeunes troupes.

Le programme de " Théâtre inédit 69-70 " comprend, cette fois, trois spectacles :

• C'est un dur métier que l'exil de Jean-Pierre Willemaers, par l'Atelier théâtral de Louvain (compagnie universitaire de l'Institut d'études théâtrales) avec la participation de Colette Magny, ouvrait cette manifestation.

Le spectacle, qui a pour sujet le problème de la main-d'œuvre immigrée, sera présenté au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis le samedi 2 mai à 20 h. 30.

• Les petits pois sont d'avril de Ramon Ruiz, mise en scène de l'auteur, par le Théâtre de boulevard périphérique, le mercredi 6 mai à 19 heures 30, les vendredi 8 et samedi 9 à 20 heures 30.

• Monsieur Ixe, de Paul Copin, mise en scène d'Eric Didier, par la compagnie Les Comédiens du Pont-Neuf, le mercredi 13 mai à 19 heures 30, les jeudi 14 et vendredi 15 mai à 20 heures 30.

La première représentation de chacun des spectacles, le mercredi, est en fait la dernière répétition ; elle est suivie d'un débat avec le public. Entrée gratuite.

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