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14 octobre 1997 2 14 /10 /octobre /1997 12:30

Critique de disque publié sur  Sefronia :

Poussée par un caractère hors norme, Colette Magny a laissé, au travers de son parcours atypique, une image pour le moins vivace dans l'esprit des jeunes français ayant traversés les années 60 ainsi que la décennie suivante. Se remémorer sa silhouette imposante fait ressurgir des souvenirs qui esquissent les contours d'un personnage aux traits variant considérablement selon chacun. En effet, suivant les milieux dans lesquels les jeunes de cette génération évoluaient, l'image que chacun d'entre eux en garde ne manque pas de partialité, tronquant souvent purement et simplement au moins l'une des composantes constitutives de cette singulière artiste.

Après un succès populaire aussi fulgurant qu'éphémère en 1963 avec "Melocoton", son discours s'est rapidement radicalisé, s'aliénant au passage la vaste majorité de son public, en imprégnant ses textes des idéaux d'extrême gauche. Par la virulence de son discours, Colette Magny s'est tournée vers un tout autre public, celui-ci sensibilisé à cette corde politique qu'elle défendra, comme aucune autre, de sa voix puissante et soutenue par un coffre massif dessinant les lignes de sa carrure distinctive. Si d'aucuns gardent l'image d'une artiste censurée par les médias, la réalité fut certainement moins manichéenne. En effet, rares sont ceux qui se souviennent de Colette Magny comme d'une artiste ayant défriché de nouveaux horizons dans l'avant-garde en délaissant le format de la chanson populaire pour se plonger dans les recherches esthétiques du free jazz. Ce public qui lui-même a longtemps crié à la censure n'a peut-être pas nécessairement réussi à la suivre dans ses explorations musicales, confortant de facto les médias dans leur attitude d'ignorance à son égard. Incendiaire par son approche antimélodique et arythmique de la chanson à texte, elle fut l'une des rares artistes de son époque à chanter des textes littéraires selon une technique résolument orientée vers le free jazz, culminant dans cette approche avec le disque "Feu et rythme".

En 1970, à l'age de 44 ans, Colette Magny marque son entrée dans le monde du free jazz en rejoignant les contrebassistes Barre Phillips et Beb Guérin, que les impulsions artistiques respectives ont placé au centre de la spirale créatrice de cette nouvelle décennie. Malgré cette épuration apparente, de la prestance de Magny surgit une brutalité qui guette à chaque mesure, parfois sous-jacente, souvent explosive, malmenant, jusque dans les moments de calme relatif, l'auditeur, conscient de la versatilité de ces brefs instants d'apaisement. Le tempérament notoirement sanguin de Magny s'exprime sans retenue au travers d'interventions parfois déclamatoires, pour ensuite rejoindre une ligne mélodique prenant racine dans le blues, avec toute la force d'interprétation que son coffre était capable de véhiculer, pour ensuite exploser au travers d'acrobaties vocales d'une force incoercible. D'un point de vue historique, seulement cinq années se sont écoulées depuis les enregistrements de Patty Waters sur ESP, et pourtant, à l'écoute de "Feu et rythme", une génération semble séparer les deux chanteuses.

L'utilisation d'une palette de sonorités basées sur la mise en avant ou la création plus ou moins artificielle d'aspérités dans la langue française décale l'ensemble de l'interprétation vers un cadre à l'atmosphère extrêmement violente. Lorsque cette technique est utilisée à son paroxysme, l'unique contemporain de Colette Magny pouvant alors s'apparenter à elle, en terme d'intensité, semble être Keiji Haino. Au sein de son trio largement inspirée d'Albert Ayler, le jeune Haino avait substitué les éructions du saxophone par ses cris (Lost Aaraaf, PSFD18). L'exploration musicale côtoie également la musique contemporaine au cours de trois morceaux. Sous la direction du célèbre chef d'orchestre Diego Masson, alors fortement impliqué dans les travaux de Pierre Boulez et de Karlheinz Stockhausen, Colette Magny change d'orientation musicale, mais, force est de constater, avec beaucoup moins de succès.

L'un des aspects différenciant largement Colette Magny des autres chanteurs de free jazz de cette époque se situe dans l'effort porté sur les textes. Ces derniers ne sont plus un prétexte à l'utilisation de la voix dans un ensemble, mais bien une composante aussi importante que la musique elle-même. Puisant dans la littérature du Nouveau Monde, comme Pablo Neruda et LeRoi Jones, figure emblématique du Greenwich Village, ou encore revenant au patrimoine littéraire français avec Max Jacob, Colette Magny effectue un survol de la littérature engagée. C'est également avec une certaine audace que la définition de "La marche", publiée dans le Grand Larousse, est récitée selon une diction parfaitement antiacadémique. Parallèlement à ces adaptations libres, Magny a retranscrit et interprété des impressions suggérées par plusieurs peintures abstraites, reproduites dans la pochette du disque, offrant ainsi un assortiment de textes aux origines parfaitement distinctes et constituant un exercice de style intéressant et inhabituel.

D'un aspect certainement monolithique à l'oreille des différents publics étrangers aux musiques "exigeantes", une écoute attentive permet, en définitive, de percevoir la diversité des approches tant musicales que littéraires. Or c'est précisément cette attitude de tâtonnement artistique qui classe "Feu et rythme" parmi les très rares enregistrements réalisant une jonction entre le free jazz et la chanson à texte. Pourtant qui parle de tâtonnement évoque nécessairement l'hésitation des essais associés. Il est indéniable qu'au cours de l'écoute les différentes maladresses ne parviennent pas à se dissimuler, pouvant provoquer certain à jeter le discrédit sur le reste. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que Colette Magny mais également Barre Phillips et Beb Guerin ont eu l'immense mérite de s'être attaqué à une facette du free jazz terriblement sous représentée en dépit du potentiel pharamineux qu'elle possède intrinsèquement. De plus la puissance des interprétations et la force de conviction, émanant de bon nombre de titres, assurent une certaine pérennité à ces enregistrements. Figurant comme l'un des rares représentants de cette voie musicale, "Feu et rythme" se place dès lors comme un jalon dans l'histoire des expérimentations françaises liées au jazz.


Eléments de discographie sélective
Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Répression" (1972, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Visage-village" (1977, Le Chant du Monde)

Ouvertures discographiques portant sur la thématique "Textes déclamés dans un contexte free jazz"
Lost Aaraaf (enregistré en 1971, sorti en 1991, PSF)
Première formation de Keiji Haino librement inspirée d'Albert Ayler. Document historique des débuts d'Haino offrant quelques textes mi-braillés mi-chantés en japonais selon une approche où la frontière entre le free jazz et la performance est extrêmement ténue.

Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)

Sunny Murray Octet "Swing unit" (1968, Shandar)
Formation d'un jour ayant réuni, dans les locaux de l'ORTF à Paris, les pontes du free jazz américain et français (Sunny Murray, Michel Portal, Beb Guérin,…). La deuxième face du disque offre un tapis musical à Hart Leroy Bibbs pour la récitation de l'un de ses textes.

Woorden "Woorden" (196?, Omega)
Formation néerlandaise de free jazz s'appuyant sur des réflexions déclamées et des poèmes en hollandais ainsi qu'en anglais. Ayant enregistré l'un des plus anciens documents européens de cette mouvance, elle représente un maillon important dans le développement du free jazz néerlandais.
 

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28 décembre 1995 4 28 /12 /décembre /1995 17:01

Critique de disque de Dominique Fonlupt parue dans La Vie du 28/12/1995 :

 

Les enfants adorent les comptines et les chansons traditionnelles qui ont fait leurs preuves. Ces quelques titres pour vous rafraîchir la mémoire et pour renouveler le répertoire familial. D’autant que tous ces disques comportent les paroles imprimées des chansons.

Les fabulettes d’Anne Sylvestre. Tout y est: des mélodies qui sont à chaque fois des trouvailles, des textes d’une poésie tendre et parfois très drôle, l’enfance avec ses mots gourmands – tortue, musaraigne–, des thèmes éducatifs (les grimaces, l’enfant pas tout à fait comme les autres, les différences de point de vue), et même une chanson très comme il faut... avec des gros mots. A partir de quatre ans.
Fabulettes pour de rire, vol. 12. Tous les volumes sont disponibles en cassettes et certaines en CD. 130F le CD. Editions EPM.

Chansons pour le hérisson. Même style que le disque précédent avec des chansons très fines et très courtes qui parlent du vélo de Violette, de la laine qui s’emmêle, du grand frère Eugène et de Léonor Chevraux qui chante vraiment très faux. Les 22 chansons sont également enregistrées en version instrumentale, ce qui permet de chanter sur la musique. Un petit bijou, à partir de trois ans.
Un livre de l’Ecole des Loisirs, mis en musique par Jean-Christophe Millot et chanté par Kay Fender, une voix très haute, très différente de celle d’Anne Sylvestre. Prix: 147F.

Berceuses du monde entier. Ah, Le p’tit Quinquin, célèbre berceuse du Nord, chantée par Colette Magny! Un plaisir qui justifie ce disque à lui tout seul. Mais ce n’est pas tout: il comporte de très beaux chants yiddish, russes (interprétés par Marina Vlady), des berceuses celtes, noires et créoles. C’est superbe et jamais mièvre. Le chant du monde/Harmonia Mundi.

Et aussi, pour retrouver de vieux classiques:

Jean Petit qui danse, des chants traditionnels (Savez-vous planter les choux? Nous n’irons plus au bois) et des chansons originales de Jean-Humery, pour les 4/5 ans. Editions Arc-en-Ciel.

Fais voir le son ! 20 chansons de Steve Waring, présentées à travers un livre aux belles illustrations. Rien que pour faire goûter à nos chers petits notre nostalgie des colonies de vacances (Le matou revient, Les grenouilles, etc.)! Le chant du monde/Harmonia Mundi.

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6 septembre 1994 2 06 /09 /septembre /1994 12:00

Article paru dans l'Humanité :


La scène internationale de la Fête de l'Humanité constitue un espace de solidarité et de célébration d'événements qui ont marqué l'année. Pour la communauté noire, 1994 a été endeuillé par la disparition de Toto Bissainthe. L'artiste haïtienne a été emportée par un cancer le 4 juin dernier, à l'âge de soixante ans. Après trente an passés en France, elle était retournée, en 1986, à sa terre natale, débarrassée de la dictature Duvalier. Elle a résisté à la douleur de l'exil en explorant le patrimoine culturel de son île, mais sans jamais s'y enfermer.

Petite soeur spirituelle de Toto Bissainthe, la Guadeloupéenne Mariann Mathéus sera un pivot de l'hommage rendu sur la scène internationale, samedi 10 au soir. Elle collabora en 1975 dans un spectacle mis en scène par Michael Lonsdale. Panafricaniste convaincue, Toto travaillait sur les traditions de Haïti, de Martinique et de Guadeloupe, en lien permanent avec l'héritage africain. «Les trois axes de notre investigation étaient la voix - qu'elle soit parlée ou chantée -, la terre - incarnée par les percussions - et l'Afrique, explique Mariann Mathéus. Toto avait la préoccupation de mettre en valeur la diaspora noire dans sa diversité créatrice et son unité.»

En 1977, elle a participé à l'enregistrement de «Toto Bissainthe Haïti» (Arion). Ces chants populaires sont, pour la plupart, hérités des esclaves. Le vaudou les habite, non pas comme religion institutionnalisée ni comme folklore, mais comme affirmation d'une identité contre le colonisateur. «Le capital, se développant en Haïti, a transformé le sens du vaudou, rappelle le livret du CD. Le vaudou qui était, pour les paysans pauvres et exploités, une célébration des racines africaines de leur vie quotidienne toujours plus insupportable, est devenu un des appareils du pouvoir.»

Avec Mariann Mathéus et d'autres invités de marque, comme les compagnons-musiciens de Toto Bissainthe Georges-Edouard Nouël, Roger Raspail, Ahmed Barry, Serge Marne - avec la participation exceptionnelle de Colette Magny, venue "donner de la voix pour Haïti", la mémoire de la chanteuse haïtienne brillera à la Fête de l'Humanité.

FARA C.

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9 janvier 1992 4 09 /01 /janvier /1992 16:18

Critique de disques parue dans Le Monde du 09/01/1992 :

Colette Magny : Inédits 91 - Feu et rythme

Deux ans après la sortie de Kevork, hymne à la terre sauvage, Colette Magny, chanteuse de jazz, faiseuse de protest-songs, grande interprète, auteur-compositeur traversée par des coups de génie (Mélocoton), performer politique, revient avec deux albums en forme d'auto-analyse : le présent et le passé (avec des inédits et du déjà entendu), la sagesse intérieure et le cri révolutionnaire.

Dans Inédits 91, Colette Magny retrouve justement Melocoton, dans une version plus pacifiée, moins tendue que celle retenue à l'origine. Elle renoue avec la poésie, qu'elle aime assez pour parvenir à en magnifier la musicalité. Chanson de la plus haute tour (Rimbaud), les Tuileries (Hugo), Heures graves (Rilke) sont autant d'occasions de retrouver la beauté des textes à travers une voix exceptionnelle. Au même programme, deux standards américains Love me Tender et St James Infirmary, 900 Miles de Woody Guthrie, cinq titres signés Colette Magny et Michel Précastelli, dont un tout neuf, tout beau, Rap'toi d'la que je m'y mette, vaste improvisation politique entrecoupée de couplets du Gris, (par Didier Brassac), ce qui nous mène au second album, Feu et rythme.

Feu et rythme est une mosaïque de douze titres recollés les uns aux autres pour leur inspiration politique, noire ou sud américaine. Textes de Pablo Neruda, de Max Jacobs, ou encore inspirés par la peinture, le Larousse... Il est suivi d'Un Juif à la mer, un Palestinien au napalm, vaste fresque qui date de 1977 et où Henry Texier s'en donne à coeur joie à la contrebasse et Colette Magny au chant. Mais ces tendances free-jazz sont-elles aujourd'hui encore de mise ? Les textes sont souvent superbes (Mahmoud Darwish, Mordechaï Dobzynski, David Hofstein, Mustapha El Kurd, qui chante ici), les musiques rapidement débridées. Colette Magny, auteur, y confond parfois l'analyse politique et la chanson. Même si les idées sont pertinentes, cassent le consensus, faut-il nécessairement appeler un chat un chat, un impérialiste un impérialiste, nommer en musique le partage de 47 et les dernières statistiques de la population israélienne?

Véronique Mortaigne

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20 novembre 1991 3 20 /11 /novembre /1991 21:41
Télérama :
'Mande pardon, je suis un peu en retard! A savourer en égoïste les inédits de madame Magny, j'ai laissé filé le temps... N'en perdez pas pour vous le procurer. Un régal, un bonheur, un tue-la-torpeur, vous di-je ! Que préférer ? La reprise souveraine de Love me tender ? Celle de Saint-James Infirmary ?Le 900 Miler de Woodie Guthrie ? LL'incontournable Melocoton de la dame, qui met aussi en musique ses camarades Aragon, Rilke (Heure grave, un bijou), Hugo, Rimbaud ? Et nous livre quelques beaux inédits sur les compositions de Michel Précastelli, dont le piano ou le band accompagne tout l'album ? Je ne vais pas tout vous énumérer ; à vous la surprise des mots qui touchent au cour, de la voix ample et sensuelle, du jazz complice... Bonne année Magny !
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1 juin 1991 6 01 /06 /juin /1991 20:49

L'Humanité :

Réputée empécheuse de jouer du show-business en rond, elle montre qu'elle reste une grande voix de jazz et de blues ("Melecoton", "Love me tender", "Saint-James Infirmary"...) tout en poursuivant ses créations iconoclastes. Ici, la première s'intitule "Rap-toi d'la que je m'y mette", dure dix-sept minutes, dénonce sans rémission le chômage, le racisme, la guerre techno-propre et tutti quanti, et accueille d'autres chansons à l'intérieur d'elle-même. On retrouve aussi Rimbaud, Aragon, Hugo et Baudelaire superbement mis en bouche. A ne pas manquer.









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28 octobre 1990 7 28 /10 /octobre /1990 15:56

Article paru dans l'édition du 28/10/90 du Monde : 

 

L'initiative de ce concert est née au lendemain de la profanation du cimetière de Carpentras.

La profession de foi de David Abramowitz et Ami Flamer, les organisateurs de ce concert, est on ne peut plus claire. Cinquante-sept artistes venus de tous les horizons (classique, jazz, variétés), parmi lesquels Lucid Beausonge, Angélique Ionatos, Colette Magny, Gérard Caussé, Philippe Bernold, Jill Feldman, Claude Helffer, Esther Lamandier, Joëlle Léandre, Gérard Marais, Dominique Pifarely et Eric Watson se retrouveront donc sur la scène de la Maison de la culture de Bobigny, le 29 octobre, à partir de 20 heures.

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Annonce parue dans l'Humanité du 26/10/1990 :

MUSICIENS CONTRE L’INTOLERANCE, pour réagir urgemment. Tous styles confondus : Beytelman/Caratini/Mosalini, Gérard Marais, Gérard Siracusa, Colette Magny, Angélique Ionatos, Jean-Claude Pennetier, Quatuor Parisii, etc. Le 29 octobre, 20 heures, MC 93 (48-31-11-45).


 

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28 octobre 1990 7 28 /10 /octobre /1990 10:25

Annonce parue dans Le Monde du 28 octobre 1990 :

"L'initiative de ce concert est née au lendemain de la profanation du cimetière de Carpentras. "

La profession de foi de David Abramowitz et Ami Flamer, les organisateurs de ce concert, est on ne peut plus claire. Cinquante-sept artistes venus de tous les horizons (classique, jazz, variétés), parmi lesquels Lucid Beausonge, Angélique Ionatos, Colette Magny, Gérard Caussé, Philippe Bernold, Jill Feldman, Claude Helffer, Esther Lamandier, Joëlle Léandre, Gérard Marais, Dominique Pifarely et Eric Watson se retrouveront donc sur la scène de la Maison de la culture de Bobigny, le 29 octobre, à partir de 20 heures.

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1 juin 1990 5 01 /06 /juin /1990 12:18
© Francis Vernhet
© Francis Vernhet

Critique parue dans La Revue du Spectacle de mai-juin 1990 :

"L'été 1969, sous le pont du Gard, je rencontrai un éleveur de pintades, peu ordinaire. Il vivait en telle harmonie avec cet animal qu'il venait de lui consacrer toute une thèse. Il m'en parla avec une passion telle que je le quittai la tête pleine de plumes. Cette messagère, témoin de tant d'époques troublées, son destin ballotté au gré des errances humaines, son désir persistant de communiquer malgré tout avec l'homme, son caractère irréductible, sa fragilité et sa revendication farouche à être libre m'interpellaient au plus profond.
Nous faisions le même voyage; notre rencontre était donc inéluctable.
Je serai son chant, elle sera mes cris. Je lui prêterai mes mots, elle me donnera son humour.
Je lui livrerai mes lectures, elle me contera les terres que je n'ai pas parcourues.
Ensemble, nous nous alarmerons sur le devenir d'une planète, joué d'avance. Je suis plus que jamais pintade indomest
icable"

Tel est l'origine du nouveau spectacle de Colette Magny, l'une de nos plus belles voix de blues qui depuis le 14 juillet 1962 poursuit une carrière sans concession même si, entre 1981 et 1983, la télé essayera de l'apprivoiser. Elle n'est pas dupe, elle est plus que jamais indomesticable et c'est tant mieux.
Histoires de pintades donc sur fond de jazz de haut vol. Des textes remarquables où les pintades sont un prétexte pour conter l'histoire de l'Exil, de l'exploitation, des ateliers clandestins, des paysans mexicains et brésiliens ("Caqueta Caqueta"), des "Fils de Bahia, de Harlem ou de Cuba", des multinationales qui déboisent l'Amazonie ou l'Afrique ("Les Multinationales déboisent") ou tout simplement des histoires d'amour.
Des compositions musicales superbes qui semblent parfaitement adaptées à la démarche de l'animal. A l'heure où Nougaro quitte le monde du jazz pur, Magny s'impose comme la plus grande chanteuse de jazz et de blues actuelle. Une Magny au summun de son art, toute en colère, toute en révolte, toute en tendresse aussi. Assise à une table, elle est là, emplissant l'espace de son immobilité, nous contant sa passion, laissant sa voix se guider sur des phrases jazzy ou s'envoler sur des compositions très contemporaines voire de musique expérimentale.
Pour Colette Magny, la rencontre avec les pintades est symbolique. Car symbolique est leur origine africaine : tribu, exil. La chanteuse est blues, le blues est noir, les pintades sont africaines...
Ce superbe spectacle n'oublie pas l'humour et c'est avec un œil malicieux, que Colette Magny finit en nous donnant les milles et une façons d'accommoder, de manière culinaire, la pintade ("Chanson Gastronomique").
Colette Magny réussit avec ce nouveau spectacle une vraie performance qui lui a demandé beaucoup d'effort. En effet, pour se plier aux exigences de l'écriture musicale (musique de Michel Precastelli et Magny), elle n'a pas hésité à reprendre des cours de chants. Le compact disc est d'ailleurs à ce niveau là étonnant de qualité. On y retrouve, entre autres, Michel Precastelli au piano, Aldo Romano à la batterie, Hélène Labarrière à la contrebasse, Jean Paul Batailley aux percussions, César Stroscio au bandonéon et Richard Foy aux saxophones.
Si vous n'avez pas l'occasion de voir le spectacle, rabattez-vous sur le compact. On aime ou on n'aime pas la voix de Magny mais on ne peut pas y rester indifférent. A essayer, ça réveille et vous sort de l'indifférence générale.
G. Chauveau
Compact Disc Scalen'Disc CMPO1


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Published by Claude Richard - dans Critiques disques-spectacles
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1 juin 1990 5 01 /06 /juin /1990 11:51
Critique de disque publiée dans Télérama :

Publiées naguère en ordre dispersé, voici réunies de petites merveilles, aussi finement accompagnées qu'interprétées. Berceuses françaises par Colette Magny, qui campe notamment un effrayant Grand Lustucru signé par Botrel en 1990 ; berceuses yiddish dans la voix de Talila, russes (limpide Marina Vlady), celtes (lumineuse Brenda Wooton), noires (emballante Naomi Moody), créoles (magistrale Toto Bissainthe)... Entre les plages, on écoute des boîtes à musique égrener d'autres douceurs, on regarde le joli livret illustré par Tita Mercié. Bonsoir tout le monde !
1 CD Le Chant du Monde/Harmonia Mundi CML500312 - 55 mn



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