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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 13:34

Publié dans La tribune de la région minière n° 3554 p 5 :

 

Les femmes - au moins symboliquement - ont conquis la place qui leur était refusée jusque maintenant. On a connu une femme premier ministre, une autre présente au second tour des élections présidentielles ; on a subi et on subit Bachelot, Alliot-Marie, Boutin et quelques autres... Dans les entreprises, une padg ou un pdg, il n'y a pas de différence quand il s'agit de fermer une entreprise ou de délocaliser. La femme est l'égale de l'homme. Ce n'est pas de ces arrivistes ou de ces affairistes dont je veux vous parler aujourd'hui qui maintiennent le genre huimain dans l'aliénation. Mais de quelques-unes qui chantent. Qui chantent les sans voix, qui chantent la révolte, l'amour, le bonheur de vivre, l'espoir, la mémoire... Un disque Femmes de paroles, réunit six chanteuses : Michèle Bernard, Diane Dufresne, Colette Magny, Hélène Martin, Sapho et Anne Sylvestre... Six chanteuses qui renouent avec l'histoire, une histoire où les femmes parlaient haut et fort, écrivaient pour le meilleur, que ce soit au Moyen-Âge avec Christine de Pisan, au XVIIe siècle avec Madame de La Fayette, ou, plus tard, avec Marceline Desbordes-Valmore ou Elsa Triolet... Madame de La Fayette ne plaît pas aujourd'hui au spécialiste élyséen autant que national du kärcher, qui veut éradiquer, après la racaille, La Princesses de Clèves, un des chefs-d'oeuvre de la littérature française... Peu importe, car des femmes chantent : pour notre plaisir, pour un monde meilleur, pour l'émancipation du peuple.

 

femmes

Femmes de paroles est de ces disques qui nous font oublier l'idée à leur origine. Car pourquoi pas Hommes de paoles ? Femmes ou hommes, au-delà des inégalités toujours vivaces, c'est pareil. Six femmes qui chantent. Mais pas seulement : Sapho écrit et peint. Diane Dufresne est comédienne et peintre. Hélène Martin et Anne Sylvestre ont créé leur maison de disques car rien des activités humaines ne leur est étranger. Six femmes appartenant à deux ou trois générations (nées dans les années vingt pour deux d'entre elles, les années trente pour une, et les années quarante ou cinquante pour les trois autres) : toute une époque marquée par l'exigence. Colette Magny, Hélène Martin et Diane Dufresne ont chanté Aragon, et toutes les six ont refusé de jouer le jeu que le show-biz attendait d'elles. Sans doute est-ce Colette Magny qui est allée le plus loin dans ce refus. Colette Magny l'insoumise dont on a pu dire que si elle n'avait pas fait don de sa voix aux opprimés, elle aurait fait une éblouissante carrière comme chanteuse de blues et du reste, Colette Magny était (elle nous a quittés en 1997) une chanteuse citoyenne en colère, ce qui lui valut de n'^étre pratiquement pas diffusée à la radio et à la télévision... Mais toutes ont su trouver un public fidèle : on ne compte plus leurs albums (ce serait d'ailleurs difficile avec les changements de supports - vinyles, 45 T ou 33 T et CD - ou de genres - albums originaux, compilations, intégrales...-). Toutes les six sont à (re)découvrir : d'ailleurs Femmes de paroles est une invitation à explorer le catalogue d'EPM. Bernard Ascal, directeur de collection à l'origine de ce CD, a puisé dans le fonds EPM : ces 18 chansons sont extraites de 12 albums publiés par le label...

 

Un livret accompagne l'enregistrement. Les textes des chansons sont proposés à la lecture de l'amateur. On appréciera tout, mais particulièrement peut-être Sous les miaoulis de Michèle Bernard qui rend hommage à Louise Michel déportée après la Commune de Paris. Bernard Ascal écrit à juste titre : "Ces chansons n'oublient pas leurs illustres devancières au nombre desquelles l'inflexible Louis Michel qui, déportée en Nouvelle Calédonie, s'emploie à instruire les enfants de l'île et applique dans des conditions hostiles ses généreuses conceptions de la vie". A noter encore que l'une des deux chansons de Colette Magny est extraite d'un CD à paraître : EPM a déjà publié deux CD, Colette Magny 91 et Viet-Nam 67/Mai 68... Un troisième devrait suivre : Kevork. A terme, l'intégralité des enregistrements de Colette Magny sera ainsi à nouveau disponible..

 

Six femmes qui chantent donc... Mais qui donnent aussi envie d'en écouter d'autres comme Claude Antonini, Pia Colombo, Monique Morelli, Catherine Ribeiro, Catherine Sauvage, Francesca Solleville.... Mais j'en oublie et j'en oublie...

 

Lucien Wasselin

 

Femmes de paroles, Anthologie sonore
CD n° 3018143 chez les bons disquaires 19 €

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 13:00

femmes.jpgUn CD regroupant Michèle Bernard, Anne Sylvestre, Sapho, Diane Dufresne, Hélène Martin et Colette Magny ("L'eau c'est la souffrance des femmes", "Exil") vient de paraître.

 

Présentation de ce disque :

"Jadis en France, certaines femmes disposaient du droit de vote. Après l'avoir perdu à la fin du quinzième siècle, il leur faudra patienter près d'un demi millénaire pour le retrouver en 1944 mais cette fois, toutes les femmes sont électrices. Dès lors, la reconnaissance s'accélère. Une femme devient « Premier ministre » de notre pays, une autre est présente au second tour des élections présidentielles, plusieurs d'entre elles sont aujourd'hui à la tête d'importants partis politiques, de ministères ou d'entreprises. Elles renouent avec leurs ancêtres du Moyen Âge qui géraient les grands domaines et les abbayes. Il en est ainsi dans les domaines artistiques et notamment dans ceux de la poésie et de la chanson à caractère littéraire. Les longs siècles de mise sous le boisseau sont révolus et les voix féminines retrouvent une notoriété qu'ont connu en leur temps Marie de France, Christine de Pisan ou Louise Labé. De plus, la fin des années cinquante marque un tournant irréversible. Les femmes prennent possession de l'ensemble des faces de leur métier. Interprètes de premier plan sans conteste possible mais aussi auteures, compositrices, productrices, éditrices....

Portées par des musiques ouvertes à la diversité des formes, les six artistes de ce CD affirment cette évolution et leurs chansons jettent sur l'état du monde une réflexion libérée de la tutelle masculine. Leurs paroles témoignent de la conquête par les femmes de disposer de leur propre corps, du droit d'avorter, de la possibilité de vivre pleinement tous les âges de la vie. Elles proposent une réflexion écologique bien avant sa grande médiatisation, qu'il s'agisse du pillage et de la destruction des ressources naturelles, de l'extinction des peuples et des espèces les plus fragiles ou de l'utilisation, dans le plus grand secret, de substances nocives pour l'être humain. Elles évoquent la lente et difficile accession à l'égalité entre les hommes et les femmes. Ces chansons n'oublient pas leurs illustres devancières au nombre desquelles l'inflexible Louise Michel qui, déportée en Nouvelle Calédonie, s'emploie à instruire les enfants de l'île et applique dans des conditions hostiles, ses généreuses conceptions de la vie. Elles affirment, encore et toujours, la chance vitale que constitue pour un pays l'afflux des immigrés, reléguant par la même, au rang de l'agitation politicienne, le débat sur l'identité nationale. Six auteures-compositrices-interprètes parmi tant d'autres que nous aurions aimé joindre pour affirmer l'ampleur des bouleversements de la place de la femme." B. Ascal

 

"L'eau c'est la souffrance des femmes"

  

 

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 11:50

60-copie-1.jpg

 

Dans l'album de 4 CD "100 plus grands titres des années 60", figure sur la plage 16 du disque 3 "Melocoton" de Colette Magny

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 08:00

"Camera politica, dialectique du réalisme dans le cinéma politique et militant" de Emmanuel Barot, Ed. Vrin, septembre 2009, page 43 :

 

Le CCPO [Centre culturel populaire Palente Orchamps] organisait des projections (dont Afrique 50 de René Vautier, puis les grands films de Eisenstein), des spectacles, des montages-hommages, par exemple à Prévert, où encore Colette Magny, dont une chanson constitue la bande-son du premier opus de la trilogie "Nouvelle société" (1969) du groupe de Besançon. Ces films construits autour d'un récit-témoignage individuel mettent en lumière un visage éminemment actuel de cette "nouvelle société" dont la présidence Popidou avait fait son leitmotiv - films là encore au montage vif, saccadé, agressif, au rytme tendu, témoignant d'une contestation épidermique et d'une détermination radicale à l'égard de cet énième bavardage idéologique.

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 15:56

Publié par Corval dans Cette année là, les idoles... :

 

4 avril 1963
A partir de ce soir, les idoles des jeunes se retrouveront sur la scène de l'Olympia pour une série de 10 représentations exceptionnelles. Il n'y a plus une seule place de libre pour assister à un spectacle où se succéderont sur scène Colette Magny, Pierre Vassiliu, le créateur d'Armand, les Brutos, des fantaisistes dont le leader est Aldo Maccione, Claude François et Sylvie Vartan.

affiche-63-olympia
Affiches : Source site Amour du rock'n'roll

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 15:50

Critique de disque publiée le 01/09/2008 sur PlanetGong :

 

 

melocoton1Colette Magny -
Melocoton
(1965 ; CBS) - réédition CD : Sony-Versailles.

  

Au rayon des grands oubliés de l'histoire, Colette Magny tient une place à part. Cette artiste française (dont le seul succès fut « Melocoton », sorti en 45 tours en 1963) a été magnifiquement ignorée par les médias pendant toute sa carrière de chanteuse et d'artiste engagée. Alors que les plus aventureuses des télévisions et des radios se contentaient de diffuser les disques de la génération yé-yé (une gloire musicale de plus à mettre à l'actif de notre hexagone), Magny a sorti en 1965 un des meilleurs disques de chanson française de la décennie.
 

La chanson titre, qui prend la forme d'une mystérieuse comptine, ouvre l'album et prépare l'auditeur au style de Colette Magny : une voix à l'expressivité unique et une instrumentation délicate qui ne peuvent laisser personne indifférent. Comme Ferré et Brassens avant elle, Magny avait fait le choix de mettre en musique les textes de grands poètes : Hugo, Rimbaud, Aragon. Ainsi, sur « Les Tuileries » de Hugo (dont le texte fut plagié sans vergogne par Lavilliers), Magny livre une interprétation extraordinaire qui donne un relief particulier au texte (« Nous sommes deux drôles, aux larges épaules / Deux joyeux bandits / Sachant rire et battre / Mangeant comme quatre / Buvant comme dix. Quand, vidant des litres / Nous cognons aux vitres / De l'estaminet / Le bourgeois difforme / Tremble en uniforme / Sous son gros bonnet. »). Un peu plus loin, c'est une adaptation d'un poème de Rimbaud qui est donnée avec un minimalisme et une justesse remarquables : seuls une batterie, un orgue et quelques claquements de mains accompagnent la voix de Magny (« Chanson de la plus haute tour »).

 

De sa voix puissante, Magny se permet de reprendre des morceaux issus de la musique noire-américaine : « Saint James Infirmary », « Any Woman's Blues », et « Didn't My Lord Deliver Daniel » ; les arrangements sont soignés, la rythmique implacable, et le jeu de trompette traumatisant sur les deux premiers morceaux (des classiques de blues, repris avec une qualité inégalée de ce côté de l'Atlantique). En effet, Magny ne se cantonne pas à interpréter des poèmes d'auteurs francophones, et ses adaptations d'Antonio Machado (« J'ai suivi beaucoup de chemins ») et de Rainer Maria Mike (« Heure Grave ») sont bouleversantes. Sur ces morceaux, la voix forte de Magny transcende les textes : « J'ai suivi beaucoup de chemines / J'ai ouvert de nombreux sentiers / J'ai navigué sur cent mers / Et abordé cent rivages. Partout, j'ai vu des caravanes de tristesse / De superbes et mélancoliques ivrognes / A l'ombre noire... »

 

Le retour à un texte de Hugo (« Chanson en Canot »), appuyé par un clavecin génial, est prodigieux : « Ne venez point où nous sommes troubler la fête des yeux doux / Je ne veux savoir où vous êtes / Qu'afin de tâcher d'être ailleurs... ». Le dernière grande chanson du disque est « Richard II Quarante », un pur moment de grâce où la voix de Magny donne sa pleine mesure : « La patrie est comme une barque qu'abandonnèrent ses haleurs, et je ressemble à ce monarque plus malheureux que le malheur ». Quant au dernier morceau, « Co-opération », il s'ouvre sur ces phrases d'une désespérante évidence : « Les cris qui se savent inécoutés, en voilà un horrible silence... Tu peux pleurer, tu peux crier tu peux vomir, tu ne sauras jamais pourquoi tu es né(e) ».

 

Morte dans une indifférence quasi-générale en 1997, Colette Magny n'a jamais eu la place que son talent aurait dû lui assurer dans le monde de la musique francophone... Heureusement, il reste pour toujours ce disque prodigieux et sans équivalent, à (re)découvrir d'urgence.

 
Liste des chansons :


1. Melocoton (Colette Magny) *
2. Les Tuileries (Victor Hugo - Colette Magny) *
3. Monangamba (António Jacinto - Colette Magny)
4. Rock me more and more (J. Davis - A. Carven)
5. Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud - Colette Magny) *
6. La Terre acquise (Colette Magny) 
7. Saint-James Infirmary (Irving Mills alias « Joe Primrose ») *
8. Any woman's blues (Traditionnel américain)
9. Heure grave (Rainer Maria Rilke - Colette Magny) *
10. J'ai suivi beaucoup de chemins (Antonio Machado - Colette Magny) *
11. Didn't my Lord deliver Daniel (traditionnel nord-américain)
12. Chanson en canot (Victor Hugo - Colette Magny) *
13. Richard II Quarante (Louis Aragon - Colette Magny) *
14. Co-opération (Colette Magny)
COLETTE-MAGNY-EP-2.jpg

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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 08:40

Article paru sur le site FrancoMix le 25 février 2008 :

 

 
melocoton.jpg(Sony/Versailles - 1997 réédition du 33 T CBS - 1964)
Melocoton
Les tuileries
Monangamba
Rock me more and more
Chanson de la plus haute tour
La terre acquise
Saint James infirmary
Any woman’s blues
Heure grave
J’ai suivi beaucoup de chemins
Didn’t my lord deliver Daniel
Chanson en canot
Richard II quarante
Co-operation
  
     
 

 

Soyons honnêtes, pour nous tous le blues c’est l’Amérique. Pour nous, personne, à part les « ’Ricains » ne sait faire vibrer cette musique et nous faire vibrer avec cette musique. Normal vu ses racines. La regrettée et injustement méconnue chanteuse française Colette Magny, avec cet album « Melocoton », parmi d’autres, fait un bras d’honneur à nos préjugés et montre que le blues francophone n’est pas qu’une reprise du blues américain.

Colette Magny incarnait le blues et ses origines prolétaires par une vision du monde sans concession et la voix profonde de ceux qui n’ont rien. Colette Magny n’était pas une chanteuse de blues par hasard. Le blues était sa voie, sa vie et elle les assuma en 1963 en quittant son emploi administratif pour s’y consacrer jusqu’à sa mort en 1997.

Avec la même détermination tout au long de sa vie, Colette Magny a inlassablement et intensément chanté contre les dérives de l’argent, du pouvoir et de la politique qui étouffent des démocraties, tuent des peuples, provoquent des guerres dévastatrices et détruisent toute vie terrestre. Quarante ans plus tard, ses textes, comme ceux de l’écrivain français Antonin Artaud qu’elle a beaucoup chantés, n’ont pas pris une ride...
Ce choix de vie lui vaut d’ailleurs un baillonnement médiatique : censurée, ignorée par la radio, la production de ses albums a pu être chaotique.

Compositrice-auteur-interprète incomparable, Colette Magny tricotait avec les mots qu’elle chantait d’une voix profonde, aérienne ou saccadée et qui dévoilait son intimité.

Chaque morceau de l’album « Melocoton » tient en haleine. L’étirement sans fin de chaque mélopée nous fait nous languir de la suite. Les mots prennent ainsi tout leur sens et une dimension intemporelle et éternelle. « Melocoton », son seul succès commercial, où sa voix sublime les paroles, en est un parfait exemple.

Colette Magny, une chanteuse francophone à découvrir ou à réécouter d’urgence.
     

Anne Littardi

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 10:06

Article de Hanson publié sur Sefonia le 06/03/2007 :

 

CM6.jpgPoussée par un caractère hors norme, Colette Magny a laissé, au travers de son parcours atypique, une image pour le moins vivace dans l'esprit des jeunes français ayant traversés les années 60 ainsi que la décennie suivante. Se remémorer sa silhouette imposante fait ressurgir des souvenirs qui esquissent les contours d'un personnage aux traits variant considérablement selon chacun. En effet, suivant les milieux dans lesquels les jeunes de cette génération évoluaient, l'image que chacun d'entre eux en garde ne manque pas de partialité, tronquant souvent purement et simplement au moins l'une des composantes constitutives de cette singulière artiste.

 

Après un succès populaire aussi fulgurant qu'éphémère en 1963 avec "Melocoton", son discours s'est rapidement radicalisé, s'aliénant au passage la vaste majorité de son public, en imprégnant ses textes des idéaux d'extrême gauche. Par la virulence de son discours, Colette Magny s'est tournée vers un tout autre public, celui-ci sensibilisé à cette corde politique qu'elle défendra, comme aucune autre, de sa voix puissante et soutenue par un coffre massif dessinant les lignes de sa carrure distinctive. Si d'aucuns gardent l'image d'une artiste censurée par les médias, la réalité fut certainement moins manichéenne. En effet, rares sont ceux qui se souviennent de Colette Magny comme d'une artiste ayant défriché de nouveaux horizons dans l'avant-garde en délaissant le format de la chanson populaire pour se plonger dans les recherches esthétiques du free jazz. Ce public qui lui-même a longtemps crié à la censure n'a peut-être pas nécessairement réussi à la suivre dans ses explorations musicales, confortant de facto les médias dans leur attitude d'ignorance à son égard. Incendiaire par son approche antimélodique et arythmique de la chanson à texte, elle fut l'une des rares artistes de son époque à chanter des textes littéraires selon une technique résolument orientée vers le free jazz, culminant dans cette approche avec le disque "Feu et rythme".

 

En 1970, à l'age de 44 ans, Colette Magny marque son entrée dans le monde du free jazz en rejoignant les contrebassistes Barre Phillips et Beb Guérin, que les impulsions artistiques respectives ont placé au centre de la spirale créatrice de cette nouvelle décennie. Malgré cette épuration apparente, de la prestance de Magny surgit une brutalité qui guette à chaque mesure, parfois sous-jacente, souvent explosive, malmenant, jusque dans les moments de calme relatif, l'auditeur, conscient de la versatilité de ces brefs instants d'apaisement. Le tempérament notoirement sanguin de Magny s'exprime sans retenue au travers d'interventions parfois déclamatoires, pour ensuite rejoindre une ligne mélodique prenant racine dans le blues, avec toute la force d'interprétation que son coffre était capable de véhiculer, pour ensuite exploser au travers d'acrobaties vocales d'une force incoercible. D'un point de vue historique, seulement cinq années se sont écoulées depuis les enregistrements de Patty Waters sur ESP, et pourtant, à l'écoute de "Feu et rythme", une génération semble séparer les deux chanteuses.

 

L'utilisation d'une palette de sonorités basées sur la mise en avant ou la création plus ou moins artificielle d'aspérités dans la langue française décale l'ensemble de l'interprétation vers un cadre à l'atmosphère extrêmement violente. Lorsque cette technique est utilisée à son paroxysme, l'unique contemporain de Colette Magny pouvant alors s'apparenter à elle, en terme d'intensité, semble être Keiji Haino. Au sein de son trio largement inspirée d'Albert Ayler, le jeune Haino avait substitué les éructions du saxophone par ses cris (Lost Aaraaf, PSFD18). L'exploration musicale côtoie également la musique contemporaine au cours de trois morceaux. Sous la direction du célèbre chef d'orchestre Diego Masson, alors fortement impliqué dans les travaux de Pierre Boulez et de Karlheinz Stockhausen, Colette Magny change d'orientation musicale, mais, force est de constater, avec beaucoup moins de succès.

 

L'un des aspects différenciant largement Colette Magny des autres chanteurs de free jazz de cette époque se situe dans l'effort porté sur les textes. Ces derniers ne sont plus un prétexte à l'utilisation de la voix dans un ensemble, mais bien une composante aussi importante que la musique elle-même. Puisant dans la littérature du Nouveau Monde, comme Pablo Neruda et LeRoi Jones, figure emblématique du Greenwich Village, ou encore revenant au patrimoine littéraire français avec Max Jacob, Colette Magny effectue un survol de la littérature engagée. C'est également avec une certaine audace que la définition de "La marche", publiée dans le Grand Larousse, est récitée selon une diction parfaitement antiacadémique. Parallèlement à ces adaptations libres, Magny a retranscrit et interprété des impressions suggérées par plusieurs peintures abstraites, reproduites dans la pochette du disque, offrant ainsi un assortiment de textes aux origines parfaitement distinctes et constituant un exercice de style intéressant et inhabituel.

D'un aspect certainement monolithique à l'oreille des différents publics étrangers aux musiques "exigeantes", une écoute attentive permet, en définitive, de percevoir la diversité des approches tant musicales que littéraires. Or c'est précisément cette attitude de tâtonnement artistique qui classe "Feu et rythme" parmi les très rares enregistrements réalisant une jonction entre le free jazz et la chanson à texte. Pourtant qui parle de tâtonnement évoque nécessairement l'hésitation des essais associés. Il est indéniable qu'au cours de l'écoute les différentes maladresses ne parviennent pas à se dissimuler, pouvant provoquer certain à jeter le discrédit sur le reste. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que Colette Magny mais également Barre Phillips et Beb Guerin ont eu l'immense mérite de s'être attaqué à une facette du free jazz terriblement sous représentée en dépit du potentiel pharamineux qu'elle possède intrinsèquement. De plus la puissance des interprétations et la force de conviction, émanant de bon nombre de titres, assurent une certaine pérennité à ces enregistrements. Figurant comme l'un des rares représentants de cette voie musicale, "Feu et rythme" se place dès lors comme un jalon dans l'histoire des expérimentations françaises liées au jazz.


Eléments de discographie sélective
Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Répression" (1972, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Visage-village" (1977, Le Chant du Monde)

Ouvertures discographiques portant sur la thématique "Textes déclamés dans un contexte free jazz"
Lost Aaraaf (enregistré en 1971, sorti en 1991, PSF)
Première formation de Keiji Haino librement inspirée d'Albert Ayler. Document historique des débuts d'Haino offrant quelques textes mi-braillés mi-chantés en japonais selon une approche où la frontière entre le free jazz et la performance est extrêmement ténue.

Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)

Sunny Murray Octet "Swing unit" (1968, Shandar)
Formation d'un jour ayant réuni, dans les locaux de l'ORTF à Paris, les pontes du free jazz américain et français (Sunny Murray, Michel Portal, Beb Guérin,…). La deuxième face du disque offre un tapis musical à Hart Leroy Bibbs pour la récitation de l'un de ses textes.

Woorden "Woorden" (196?, Omega)
Formation néerlandaise de free jazz s'appuyant sur des réflexions déclamées et des poèmes en hollandais ainsi qu'en anglais. Ayant enregistré l'un des plus anciens documents européens de cette mouvance, elle représente un maillon important dans le développement du free jazz néerlandais.
 

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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 08:45

Article publié le 12/11/2006 sur le site de Guy Darol :

Magnyb.jpg

J'ai rencontré Colette Magny (1926-1997) au début des années 1970 alors qu'elle habitait rue de Flandres, à Paris. Elle a beaucoup inventé et beaucoup protesté. Avec justesse et grand talent. Sa voix forte nous manque et l'on est soulagé de savoir que son nom est désormais porté en étendard. Notamment par Rocé.

Lorsque Frédéric Goaty me demanda quelques portraits de femmes pour le dossier Ainsi soient-elles du numéro 8 de Muziq (actuellement dans les kiosques), j'ai immédiatement pensé à Colette Magny. Immense mais rarement célébrée, il fallait marquer le coup. L'occasion était belle.

A la parution de Muziq, un lecteur a manifesté son enthousiasme pour la chanteuse. Mieux : il rappelait des souvenirs. Philippe Vidal a bien connu Colette Magny. En voisin et en fervent. Voici le courriel qu'il m'adressa.


thumb_MUZIQ_8_LE_20_OCTOBRE__2.jpgBonjour,

Ça fait plaisir d’entendre parler de Colette Magny dans la presse musicale, et c’est tout à l’honneur de Muziq de ne pas l’oublier et de la réunir fort justement à Bessie, Billie, Ella. En effet, ce n’est pas parce qu’elle ne passait pas à la télé qu’elle ne soutient pas la comparaison. Ses disques sont là pour en témoigner.

Voici quelques infos complémentaires qui vous intéresseront peut-être, à moins que vous ne les connaissiez déjà, auquel cas je m’excuse par avance de la répétition. Vous écrivez que la « journaliste chantante » est partie s’installer du côté de Saint-Antonin-Noble-Val. C’était plus exactement à une dizaine de kilomètres de là, au hameau de Selgues, sur la commune de Verfeil-sur-Seye, qui compte à l’heure actuelle trois centaines d’habitants. On peut dire que Colette Magny n’aura pas fait le voyage pour rien : vers la fin des années 80, alors qu’elle avait déjà de grandes difficultés à se déplacer, il a été possible un soir d’été de lui monter une scène et une sono pour qu’elle chante, entourée de jeunes musiciens pros originaires du village : l’accordéoniste-batteur Didier Brassac et le souffleur François Chambert. Un an plus tard, au même endroit et toujours grâce à elle je suppose, il y avait Paco Ibañez, et la lente extinction de ce village du Rouergue était enrayée grâce à l’association locale Act’2 et au festival Des Croches et la Lune installé pour un long week-end en août au cœur du village. La 19ème édition a eu lieu cet été. Au fil des ans on a eu droit à Mama Béa Tekielski, Allain Leprest, Bernardo Sandoval, Mano Solo, le Workshop de Lyon, Bïa, Jehan, les Wampas, Dick Annegarn, Raul Barboza, Bratsch, et beaucoup d’artistes de Midi-Pyrénées… Et surtout, on ou off, des artistes sont venus à Verfeil, s’y sont plu (souvent), installés (parfois), y vivent et y travaillent maintenant.

Là-bas, la mémoire de Colette Magny et ses chansons font partie du paysage de manière plutôt discrète, informelle, et pour tout dire allant de soi. En 2005 la boucle s’est bouclée une première fois quand la compagnie Okamzik (de Bordeaux je crois) est venue conclure le festival en créant son spectacle sur les chansons de Colette Magny. Quatre jeunes musiciens (chant, sax, flûte, guitare) et un pianiste-arrangeur-directeur artistique – je n’ai pas les noms – pour un moment exceptionnel, je pèse mes mots, de recherche et de qualité musicale, d’engagement scénique, de générosité, d’émotion pleine et sincère de part et d’autre de la rampe.

Les disques de Colette Magny ne ressortiront ni pour les dix ans de sa mort, ni pour son centenaire ni pour un quelconque jalon de ce genre, mais comme pour Jehan Jonas, Bernard Dimey et d’autres, il y aura bien sur le terrain, loin des écrans et des célébrations, des inconnus pour que les mots, les notes, ne s’éteignent pas tout à fait. Sans oublier Muziq N° 8 !

Cordialement,

Ph. Vidal

 

 

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1 novembre 2001 4 01 /11 /novembre /2001 18:49

Critique parue dans la Lettre des Baladins en novembre 2001  :

 

reprise.jpg

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