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14 décembre 1988 3 14 /12 /décembre /1988 17:13
Critique dans Télérama n° 2031 du 14/12/1988 (photo de Michel Adda):

C'est la chanteuse de blues la plus gaie qu'on puisse imaginer. Elle est blanche, française et boudée par le show biz depuis qu'elle a commencé sa carrière... C'est qu'elle a des textes un peu particuliers. Elle chante les handicapés, les accords de Genève, un article du dictionnaire, elle a même failli vocaliser sur Le Capital de Marx !
Mais, si vous n'avez jamais entendu Colette Magny, vous ne pouvez savoir à quel point avec elle, un tract ou une info peuvent devenir exaltants. Qu'elle crie ou qu'elle murmure, qu'elle joue sur les sons à la manière free-jazz, elle donne de l'énergie, encourage à la révolte. Elle rend beaux les ouvriers qu'elle chante, même s'ils vivent une vie de chien.
Entre le presque-parlé et le presque-lyrique, jouant de l'incongruité et de la virulence, cette femme à l'ample corpulence nous mene par ses sujets, sur des terrains qu'habituellement on fuit comme la grisaille. D'ailleurs, dit-elle à David Jisse, "si javais le grand pouvoir pendant huit jours, il n'y aurait plus de divertissement à la télé, seulement de l'information". Et hop ! vous voilà apostrophés vous les lecteurs qui écrivez à Télérama, pour dire que vous en avez marre des images de camps de concentration. C'est que la Colette, elle ne mâche pas ses mots : "le bi-centenaire, ras-le-cul, c'est pour certains une manière de faire du beurre pas honnête !"
Ce n'est, bien sûr, pas le cas d'Hélène Delavault la "Républicaine". Elle l'a invitée dans son émission parce qu'elle a été "pétrifiée" par son Tango stupéfiant, à un concert où "ce con de grand public était là".
Dialogue entre Hélène et la Colette sur "le culte de la révolte" (dixite Delavault) et le pouvoir très aléatoire d'une chanson "sauf en Amérique latine" (dixit Magny). David Jisse fait réagir la chanteuse de Vietnam 67 (qui s'est aussi attaquée à Fauré, Artuad, Billie Holliday, Louise Labbé) sur une de ses anciennes interviews où elle se disait pessimiste : "à l'époque peut-être, maintenant, je suis désespérée, je supporte de moins en moins, que les enfants abordent le monde dans un tel état". Et elle en connaît un bout, sur les mômes, elle qui a chanté le bouleversant Melocoton, deux gosses dans un jardin...
Son prochain sujet... les pintades. Oui, vous avez bien lu, une sorte d'opéra, "un long poème lyrique et grave" à propos de cette bestiole venue d'Afrique sur les bateaux de négriers, qui a plein d'humour et ne pense qu'à une chose, la liberté ! Vous en saurez plus bientôt puisque Colette Magny a promis (c'est enregistré sur le vif dans l'émission) une interview sur le sujet à Anne-Marie Paquotte !
Eliane Azoulay
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Published by Claude - dans Article
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15 septembre 1984 6 15 /09 /septembre /1984 18:05

Parution Humanité Dimanche :



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12 septembre 1984 3 12 /09 /septembre /1984 09:38

Dépêche AFP du 12/09/1984

Rome-12 sept 1984

    La chanteuse française Colette Magny a obtenu le prix Tenco du Festival de la chanson de San Remo, Distinction destinée à récompenser un auteur compositeur interprète étranger.
   Ce prix -qui fête cette année sa dixième année- a été créé en hommage à Luigi Tenco, un chanteur italien qui s'est suicidé en 1967, à l'âge de 27 ans. Il s'inscrit dans le cadre du Festival de San Remo, une manifestation qui existe depuis 1951.
   Colette Magny recevra sa récompense le 13 octobre prochain, lors de la clôture du festival, qui est une des principales manifestations de ce type en Europe.
   Parmi les lauréats antérieurs, on relève les noms de Léo Ferré (1974), Georges Brassens (1976), Jacques Brel (1977), Léonard Cohen (1978) et Alan Stivell (1983). Les Latino-Américains ont eu leur part de réussite, avec deux Brésiliens -Vinicius De Moraes (1975) et Chico Buarque De Hollanda (1981)- et le Péruvien Atahulapa Yupanqui (1980). Le Baques espagnol Lluis Llach (1979) a également été distingué.
   Colette Magny, auteur de "Melocoton", qui fut un grand succès en France dans les années 60, s'est produit la saison dernière au Théâtre de la Ville à Paris et plus récemment lors de la dernière Fête de l'Humanité, organisée par le Parti Communiste Français.

 

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8 janvier 1983 6 08 /01 /janvier /1983 13:51

Extrait d'un article de Lucien Roux paru dans le Nouvel Observateur n° 884 (p. 118) du 08/01/1983 :

Jusqu'à 'cette année, les ouvrages sur la chanson et le -music-hall s'attachaient surtout à en conter l'histoire et à en expliquer le sens social. En 1982, ce sont les vedettes qui ont fait l'objet de livres.
[...]
Colette Magny, rebelle, passionnée par les expériences difficiles, capable d'associer ses textes recherchés à des  musiques d'avant-garde, a choisi la voie étroite. Son expérience, sa quête, ses problèmes valaient d'être connus. C'est chose faite grâce au dossier établi pour « Paroles et Musique » par Jacques Vassal.

COLETTE MAGNY - Numéro spécial de la revue Paroles et Musique

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3 novembre 1982 3 03 /11 /novembre /1982 13:47

Article paru dans Paroles & Musique n° 24 de novembre 1982 :

Trop peu d'amateurs de chanson, aujourd'hui et ici, se rendent compte de tout ce qu'ils doivent à Colette Magny. Pour son engagement politique, certes (pour une fois que cette expression n'est pas usurpée !); mais aussi pour son travail sur la forme et sur la matière même qu'est la chanson. Si l'on ajoute à cela la personnalité très affirmée et attachante de cette femme, et le barrage dont elle a si souvent - pour ne pas dire systématiquement - été victime dans les grands média, on a déjà de sérieuses raisons pour qu'un jour ou l'autre s'imposât un dossier dans "PM". Et à ceux qui en douteraient encore, nous ne pouvons que conseiller de (re)découvrir cette œuvre riche et (ô combien) originale (1).

Née à Paris en 1926, Colette Magny fut pendant dix-sept ans secrétaire bilingue à l'OCDE avant d'entrer professionnellement dans la chanson, un beau jour de 1962. Jusqu'alors, elle n'avait pour ainsi dire chanté qu'à titre privé, pour son plaisir personnel, un répertoire constitué essentiellement d'une brochette de ces blues glanés chez les grandes initiatrices du genre (Bessie Smith, Billie Holiday), et de quelques-unes de ses propres chansons en français.
Engagée à l'Olympia en première partie d'une soirée yé-yé dont la vedette était... Sylvie Vartan, Colette Magny "vola le show" et y fit un triomphe des plus inattendus. Le jeune public habitué de SLC ("Salut les copains") fut sans doute spontanément ému, touché et pour tout dire épaté par le feeling exceptionnel de cette voix et par l'authenticité du
personnage. "Melocoton" (son unique tube !) fut quelque temps poussé par les radios, et son auteur-interprète figura même - oh, pas longtemps - dans le hit-parade de SLC.

Malheureusement pour elle (et peut-être, qui sait, pour nous ?), sa popularité s'éteignit aussi soudainement qu'elle avait surgi. C'est que l'intéressée ne jouait pas le jeu du star-system et refusait, en particulier, le rôle de "chanteuse de blues nationale" que d'aucuns voulaient lui faire endosser. Tout comme, plus tard, pendant quelques années elle refuserait de resservir en spectacle ce "Melocoton" trop souvent réclamé et devenu lassant pour elle. Mais, aux yeux des gens du show-business, il y avait plus "grave" : son engagement politique de plus en plus radical qui l'amenait à prendre position en chansons sur les grèves, les pollutions - bien avant la mode écologiste -, la guerre du Vietnam, Cuba, etc. Censurée par les média sous la droite, elle ne recueillait pas pour autant l'unanimité à "gauche". On le vit bien, par exemple, quand son album Magny 68/69 sortit sur un label de circonstance (2) ou, plus tard, lorsque certains militants (?) lui reprochèrent soit des divergences d'analyse, soit sa "récupération", soit encore tout bonnement ses cachets. Certains concerts furent d'ailleurs plus ou moins perturbés, voire à la limite sabotés, par diverses formes de contestations.

Il y avait de quoi être déconcertée. Colette le fut, au sens propre comme au figuré, puisque ces coups bas l'amenèrent pour un temps à ne plus chanter en public. Les thèmes de ses disques ultérieurs (en particulier Transit) en portent les stigmates, ainsi qu'on le verra. Si elle "s'en tira", sur le plan artistique, ce fut en faisant davantage appel à la création collective et à l'exploration de son être intérieur qu'aux commentaires trop personnalisés sur le politique et le social - sans pour autant renier ceux-ci.

Ce fragile équilibre - en plus de la présence d'une œuvre - fait d'elle, à une époque ou tant de chanteurs, notamment
de gauche - des noms ! des noms ! -, se contentent de poursuivre sur leur lancée sans remettre en question ni la forme, ni le fond de leur répertoire, ni leur pratique professionnelle, un "cas" décidément bien à part.

Jacques VASSAL

(1) Bientôt rééditée avec une nouvelle présentation par Chant du Monde, sous le titre "L'intégrale de Colette Magny".
(2) Probablement à cause de certaines "divergences d'analyse" avec le Parti Communiste.

 

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1 février 1981 7 01 /02 /février /1981 06:45

Article paru dans la revue portugaise Mundo da Canção n°52 de février 1981 :

COLETTE MAGNY- une voix insérée dans une riche tradition appelée "chanson poétique" française avec des "points" de référence comme Agnès Capri, Stéphane Golmann, Félix Leclerc, Georges Brassens, Jacques Douai, Léo Ferré, Pierre Louki, Jacques Brel, Jean Ferrat etc. Voix maudite? sans aucun doute;  il suffit de voir comment elle est marginalisée par les grands moyens de communication sociale. Ecrire sur cette voix est en même temps facile et difficile : facile car dans son oeuvre il n'y a pas de place pour les mystifications, les imaginations ou les tromperies ; difficile car dans ses chansons est présent tout un monde complexe et problématique, surtout à travers la dénonciation vigoureuse et incommodante de la répression, de l'exploitation et de l'injustice, quelque soient les formes/les masques qu'elle revêt dans telle ou telle société.

 
Colette Magny est née en 1926 et entre 1948 et 1962 elle fut assistante du service de traductions de l'OCDE. En 1962, à 36 ans, elle a abandonné son statut de fonctionnaire international pour se consacrer à la vie artistique (soit en chantant du "blues" soit en interprétant ses propres compositions en français). On peut considérer que sa carrière a débuté à La Contrescarpe, un cabaret situé sur le flanc de la montagne Sainte-Geneviève, où la chanson appelée style "rive gauche" a toujours sa place d'honneur (par là sont passés Graeme Allwright, Michel Aubert, Hélène Martin et Francesca Solleville).
 
Grâce à l'invitation de la célèbre Mireille (créatrice en 1955, avec l'aide de l'ORTF, du "Petit conservatoire de la chanson"), elle s'est présentée à la télévision en interprétant "Saint James Infirmary". Le succès obtenu lui a permis de monter sur la scène de l'Olympia lors d'un spectacle "yé-yé" dans lequel le public était surtout venu écouter et applaudir Sylvie Vartan et Claude François.
 
Suivant de près les appréciations de certains historiens de la chanson comme Vernillat/Charpentreau, nous distinguons dans son répertoire certains courants basiques, avec des influences à différents niveaux de la chanson contemporaine:
 
1)  la facette du "blues" qu'elle interprète avec une telle patte et une telle expressivité enracinée dans les origines qu'il est difficile de faire un parallèle avec les interprètes européens du genre (en fait ce qu'ils veulent dire c'est qu'elle interprète le blues comme les créateurs du blues et pas du tout comme les autres interprètes de blues européens), écoutez par exemple le fameux "K3 blues".
 
2) l'interprétation de textes de grands noms de la poésie, mis en musique par elle même, comme ceux de Aragon, Hugo, Maïakovski, Essenine, Rimbaud, entre autres, ce qui a beaucoup contribué au "courant" de l'étude des relations entre poésie et musique/chanson ("courant" dans lequel nous retrouvons Brassens, Ferré...)
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Published by L. Cilia - P. Prouveze - I. Natario - dans Article
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29 avril 1978 6 29 /04 /avril /1978 12:57
Article paru dans le Nouvel Observateur n°703 (p 61) du 29/04/1978

Avec sa voix comme une armée en marche, une femme chante pour tous ceux qu'on a privés de la parole.

L'année de la femme, c'était il y a un siècle. Aujourd'hui, voici une femme. Une femme à voix de femme chanteuse à voix : Colette Magny. Un monstre de femme blanche, « célèbre » depuis quinze ans, bien qu'on ne l'entende jamais plus à la radio depuis que José Artur fit passer pendant une semaine un extrait de son "Mai-68", bien qu'on ne la voie jamais à la télé, « une fois, peut-être, tous les trois ans », bien qu'elle n'ait pas été une seule fois la vedette d'un « Grand Echiquier » de Jacques Chancel, elle, « la seule chanteuse de blues occidentale ».
Elle chante et crie et hurle et geint, elle dénonce et ordonne, elle s'encelère souvent et murmure toujours : voix de femme et voie des femmes. Mardi 21 mars, au théâtre des Amandiers à Nanterre, elle chante les. «- semi-débiles ». Quel homme chante anjourd'hui les semi-débiles :ou Ies débiles totaux ? Magny chante lachanson de Christiane, une éducatrice d'un I.M.P. (Institut médico-pédagogique) des Vosges où elle s'est rendue, chaque fois qu'elle a pu, pendant un an et demi pour écouter, respirer, chanter et faire de la musique avec les « enfants » et les « soignants » de cet institut spécialisé.
Du bien au cerveau
« Tu parles, il parle, vous parlez [...] Ce sont les autres, qui parlent bien et qui trouvent que pas parler, c'est pas normal [...] Je suis pas normal, je sais pas parler, ou si je parle je dis ce qui me passe dans ma tête, parce que dans ma tête il y a ma vie à moi et que ma vie à moi, c'est pas la même que les autres. »
C'est l'extrait d'un disque en cours de fabrication dont Czlette Magny m'a fait entendre le montage définitif, découpé dans des dizaines d'heures d'enregistrement: « A débile, débile et demi » sortira dans deux ou trois mois, il faudra l'acheter. Un petit garçon y raconte le meilleur moment de sa semaine, quand il sort pour prendre le train, au week-end. Plus loin, Colette essaie de comprendre ce que représente la musique pour une petite fille. « Ça te plaît ? » Il faudra cinq questions et réponses pour que l'essentiel soit dit à cette petite fille, la musique fait du bien « au cerveau ». Ailleurs, les gosses chantent et scandent « Pipi Caca ». Bruits et sifflets, Pi, Pi, oiseaux et forêts, Ca, Ca, litanies et répons, mélopée enfantine qu'on dirait africaine, chant primitif : c'est beau parce que ça nous révèle un inconnu, un ailleurs aussi interdit de la vie « normale », que le cri de Magny, un peu plus loin sur le disque, étouffé, déformé, modulé au rythme d'un noir orage des Vosges - rauque voix, tonnerres fracassés d'éclairs, cri du loup, solitude.
Pour ces enfants enclos, elle a le même cri que pour les ghettos, pogroms et autres formes à inventer de mêmes monstruosités. Dans la salle passa soudain le chant de la bête des Vosges... Elle chante. avec une telle violence quà, entendre son cri archaïque,- c'est à ne plus s'étonner de ses formes callipyges. « L'Ella Fitzgerald blanche », écrivait-on et ça l'agaçait.
Elle pèse trois cent vingt livres, en effet, avec tous les handicaps qui s'ensuivent, sciatique paralysante, rhumatismes et cartilages des doigts qui disparaissent. « Simple effet d'un traitement de cinq ans en clinique d'amaigrissement. » C'est ainsi. Elle écrit en ce moment l'histoire de sa longue obésité, « à douze ans, je pesais quatre-vingt-dix kilos », dont elle a arrêté le titre : « La joie de rester obèse tout en continuant son régime ». C'est une vie. « Comme je n'ai pas de ronds pour aller dans une piscine privée, c'est à cause de petits cons comme vous que je ne peux pas aller faire certains exercices qui me seraient indispensables dans une piscine publique. ». Comme elle dit, « il suffit d'être de bonne humeur et de pouvoir s'expliquer  ». « Ils » ne sent pas vraiment méchants, « seuIement un peu bêtes », par simple réflexe social.
Mais comme Ella, de Vénus elle n'a pas que la voix. Elle-même est une Vénus. « C'est bizarre, remarque-t-elle, que dans les grandes amoureuses il n'y ait pas de grosses femmes... Ce n'est pourtant pas mal, une femme-caoutchouc :
les chats, les chiens et les enfants adorent se mettre dans les coins tièdes. » J'ai cru comprendre qu'elle est une grande amoureuse puisque, en parlant d'elle, elle m'a parlé de ses amours et il m'a ,semblé qu'elle ne se pose jamais de question sur le sexe de l'Ange.
Elle chante, l'amour et si elle chante encore plus « la lutte », c'est seulement par manque de temps. Jeudi 16 mars à la Mutualité, elle est avec les opposants an chah d'Iran. « Répression, répression », blues de 1969, qu'elle remet à l'ordre du jour chaque fois qu'elle le chante. Les Iraniens fêtent leur Nouvel An, le No-Rouz, qui est la fête du printemps. « Où est la cuisinière à qui Lénine promet de diriger l'Etat ? [...] Cancer, cancer, douce France, terre d'asile, droit d'asile pour Klaus Croissant, suspicion, attention ! »
Contradiction, attention à la tendance, répression... D'autres Iraniens se réunissaient à la salle Wagram, elle avait  déjà dit oui aux autres, ils ne furent pas contents. « Ils exagèrent, ils m'exaspèrent les militants ; ils sont insatiables : c'est , d'ailleurs pour ça qu'ils ne tiennent pas le coup plus de deux ans.» On l'a catégoriée « mao », elle passe maintenant pour une « crapule stalinienn et reactionnaire ». Elle s'en moque.En mars 1977, elle a fait entendre la voix d'un chanteur palestinien, Mustapha el-Kurd, et celle d'un enfant inconnu du ghetto de Varsovie, « dans un temps compté à la seconde près et qu'est-ce que j'ai trouvé au bout ? De l'antisémitisme en particulier et du racisme en général ». Tristesse.
Deux bons petits
Elle s'est fatiguée d'être l'occasion de bagarres, comme à Montpellier, aux législatives de 1973. Huit cents typés à  l'intérieur et trois cents à la porte qui veulent entrer. Trotskistes et communistes, canettes de bière et barres de fer, « culture bourgeoise, chanteuse bourgeoise ». A moi, dit-elle ? Elle ne veut pas non plus de brigade canine. S'il faut avoir une brigade canine à la porte pour pouvoir chanter, je fais de la peinture. C'était un concert à Toulouse, j'ai préféré y renoncer. »
Elle était dactylo bilingue à l'O.C.D.E. L'ambiance lui plaisait. Elle était une excellente dactylo, « pas une virtuose, mais j'étais très très bonne dactylo ». Mais il vint un moment où elle comprit de moins en moins « pourquoi les points virgules du conseil des ministres » qu'elle tapait, « le document tombe à cinq heures », étaient tellement top secret... On comprend qu'elle ait eu envie de se recycler.
Une semaine à là Contrescarpe et Colette entra à l'Olympia en avril 1963.« Robe violette qui prenait la lumière, c'est les mômes qui me l'ont fait remarquer à la sortie, moi je n'y avait vu que du bleu, cheveux rouges, oh là là, j'étais perdue... » Elle chantait avec Johnny et Sylvie. « Les idoles des jeunes, c'était sur l'affiche... Alors les mômes me prenaient pour une idole, ils voulaient des autographes et, devant ma "2 CV", ils ne comprenaient plus rien. Moi non plus. Johnny et Sylvie étaient d'ailleurs deux bons petits. On s'aimait bien, on s'estimait mutuellement. » Pleins feux dans « Paris-Presse », critiques partout, branle-bas de combat dans le show-biz, et puis ils décidèrent qu'elle n'était pas leur genre.
Elle a continué. Seule, désert total, faim. Et puis elle a « tout laissé de côté pendant quatre ans pour que les masses s'expriment » . Mais les militants l'ont « usée », dit-elle, à ce point que, aujourd'hui, elle est « heureuse d'être enfin imposable », Colette Magny qui chante « Un tout petit pachyderme de sexe féminin, ras la trompe ›. Trop voyante, sans doute, trop grande voix.
KATIA D. KAUPP
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30 janvier 1975 4 30 /01 /janvier /1975 23:00

Article paru dans L'Unité du 31/01/1975 :

Le business a tué le show. L'argent a tué le spectacle. C'est à coups d'opération de guerillas que la jeune chanson tente de remonter le courant.

Chaque année le show-business français produit plusieurs dizaines de disques. Un nouvel interprète naît chaque semaine. Si on se contentait de laisser parler les statistiques, le bulletin de santé de la chanson frnaçaise serait plutôt réjouissant. En fait, ces chiffres ne montrent que l'aspect économique du problème : Eddie Barclay fait de bonnes affaires et Philips-France a quadruplé son chiffre d'affaires en huit ans.Derrière ce rideau de satisfaction, un critère : la rentabilité ; et une politique : le "tube".
Le phénomène a pris son élan dans les années 1955-60. La radio et la télévision se sont alors substituées aux salles de spectacles. La consommation "chansonnière" se fait désormais à domicile, selon le bon vouloir des animateurs radios ou des Guy Lux de service, selon les recommandations des directeurs de maisons de disques et des patrons de radio. Dans le cas de Sylvain Floirat qui dirige à la fois Europe 1 et Disc'Az, les recommandations ne sont même pas contradictoires...
Dans un tel système, tout passe désormais par le disque. En studi d'enregistrement, on fabrique une "vedette" dont l'étoile va briller trois semaines au firmament des juke-boxes et des hit-parades : le temps d'un tube, le temps d'une opération financière. Amour a rimé avec toujours. Le malheureux chanteur peut retourner à ses oubliettes.
Qui ne vend pas de disques ne vit pas. Qui ne vend pas de disques n'intéresse ni les maisons de disques ni les radios. Qui ne passe pas sur les radios  n'est pas connu du public. Qui n'est pas connu du public ne remplit pas les salles. Qui ne remplit pas les salles ne peut prétendre à faire un disque. Qui ne peut pas faire un disque est réduit au silences, etc. Voilà comment de jeunes artistes ont fini employés de banque ou sapeurs-pompiers. Ce serpent qui se mort la queue, cet infernal cercle vicieux, tous ceux qui ont refusé les dessous de table et les trafics du show-business le connaissent. Refuser de donner dans la médiocrité, refuser de faire un tube est une chose. Tenir bon, resteur chanteur malgré ce refus est autrement difficile.
Marginaux ou parallèles
Le "matraquage" radiophonique tend à faire croire que la "jeune chanson française de qualité" (sic!) se réduit à 5 noms : les "persévérants" Michel Delpech, Serge lama et Daniel Guichard ; les "météores" Alan Stivell et Maxime Le Forestier. On s'aperçoit parfois que "Maxime a des enfants" : Yves Simon, Dick Annegarn et Michel Caradet. On s'en aperçoit parce que "ça commence à se vendre". Bien sûr, ces gens-là sont, chacun à leur façon, chanteurs de qualité. Mais comment oser réduire la "jeune chanson" à leurs seuls noms ? Comment oser balayer les autres avec un anathème commode : "Ce sont des marginaux" ? La faute à qui ? La chanson est un art public ; pourquoi des ribambelles de chanteurs se complairaient-ils dans l'ombre de l'anonymat ? La vérité est autre : en laissant écolre un Le Forestier de temps à autre, les requins du show-business se donnent un alibi ; mais si trop de talents surgissaient à l'avant-scène, si le public découvrait autre chose que la guimauve qu'on lui jette en pâture avec mépris, c'en serait fini des tubes à la petite semaine et des avantages financiers qui s'ensuivent...
Le business a tué le show. L'argent a tué le spectacle. C'est à contre-courant de cette décimation que l'on voit, depuis un an, des initiatives diverses tenter d'abatrre le mur de silence qui entoure certains noms. A Paris, au moment où fermait le cabaret l'Ecluse, on a vu naîtrre la Pizza du Marais ; elle a servi de porte-voix à quelques francs-tireurs : à Henri Tachan, à Jacques Yvart, à Jacques Higelin, à Henri Gougaud. A Avignon, au cours du dernier Festival, Jean-François Millier lançait l'opération "Chansons pour aujourd'hui" : dans la foulée de Claude Nougaro, Léo Ferré et Alan Stivell, il lançait Jean Sommer, Colette Magny et Catherine Ribeiro, le breton Gilles Servat et l'Occitan Marti. Il a récidivé à la rentrée 1974 dans un vieux théâtre de boulevard, à la Renaissance ; là se sont succédé Mouloudji, Pauline Julien, François Béranger et Anne Sylvestre ; avec en prime, Gilles Vigneault. Tous ont rempli la salle. "La situation est ambiguë, dit Jean-François Millier. Mais c'est la seule voie possible. Nous en sommes arrivés à détourner à son profit le rôle d'asservissement joué par les mass-média. Aux chanteurs eux-mêmes d'accélérer le mouvement."
Passer à l'attaque : c'est exactement ce qu'on fait les "marginaux" en octobre et novembre derniers au Théâtre des Deux-Portes, à Paris, et à la Maison pour tous Pablo-Neruda, à Bagnolet. Sur le thème "La chanson doit être sortie du ghetto dans lequel le plonge l'industrie", l'intervention d'Action-Chanson a permis à Serge Kerual, Anne et Gilles, Brigitte Sauvane, Christian Dente, Pantchenko, Joan Pau Verdier et 20 autres de se faire entendre. En écho, le Sigma-Chanson de Bordeaux est parti "à la recherche du chant perdu et de la chanson populaire". Il y avait là toutes les expressions ethniques : l'Alsace avec Roger Siffert, la Bretagne avec les Diaouled Ar Menez, l'Occitanie avec Eric Fraj, mais aussi Rosito et Martina De Peire, la Catalogne avec Ramon Muns et surtout l'étonnante Teresa Rebull, le Pays basque enfin avec Maïté Idirin et Bernard Sarralosa. Le Sigma a également fait le tour du non-parisianisme : Jacques Barthes venu de Montpellier, Jean-François Morange de La Bourboule, Patrick Ochs de Périgueux, Claire de Besançon, Jean Sommier est venu un soir. Jacques Yvart aussi. Et Bernard Lavilliers. La fête a eu son feu d'artifice avec le spectacle "Femmes en lutte" de Colette Magny - Catherine Ribeiro - Toto Bissainthe : des solos, des chants communs et des improvisations en "chabada" ; Dieu, quelle soirée !
Assaut sur l'Olympia
Sur leur lancée de Bordeaux, Catherine Ribeiro, puis Colette Magny, en compagnie de Toto Bissainthe, ont pris d'assaut le sanctuaire inviolable de la chanson commerciale : l'Olympia, gadget du mercantile Bruno Coquatrix. Dans le même temps, le Théâtre Mouffetard devenit lieu quotidien de rencontres avec la chanson : Juols Beaucarnes, Jean Sommer, Bernard lavilliers et Henri Gougaud s'y succédaient ; Gilles Elbaz va bientôt prendre le reais. Et, dans les Maisons de jeunes et de la culture, dans les Foyers, auprès des comités d'entreprise, d'autres trouvaient des lieux pour les accueillir : Annie Nobel et Philippe Richeux, Jean-Claude Monnet, etc. Toutes ces manifestations prouvent que le harcèlement finit par payer : les marginaux sont devenus des "parallèles" ; ils ont forcé des portes, mis en place leurs propres circuits et mis au point leur propre mode d'intervention.
L'offensive avait réellement commencé il y a 5 ans autour de l'émission (sur France-Inter) de Luc Bérimont, "La fine fleur". C'est à cette occasion que s'étaient faits connaître Jean-Luc Juvin, Jean Vasca, Gilles Elbaz et Jacques Bertin. De petites maisons de disques, sans rapport avec les trusts français ou américains, ont pris la suite de Bérimont : Moshe Naïm a diffusé Luc Romann ; La Chant du monde, Claude Réva, Colette Magny et Jean-Max Brua ; les disques du Cavalier, Henri Gougaud et Jean Moisiard ; le Studio SM, Jean Humenry et Bernard Maillant ; Savarah (dirigé par Pierre Barouh), Areski, Brigitte Fontaine et beaucoup d'autres ; les disques Aluarez ont repris "l'écurie de la fine fleur". Un animateur de radio a avoué récemment : "Ces disques-là, nous les apportons chez nous ; ce sont les seuls que nous écoutons avec joie". Mais ils ne les passent pas à l'antenne !
La jeune chanson a des réserves considérables. En s'organisant ou en improvisant des opérations de guerilla contre le show-business, elle a marqué des points. Mais l'essentiel de sa force est dans la véhémence et le "feu sacré" de ses troupes. Si le complot de silence qui l'entoure perd du terrain, elle le doit surtout à quelques éléments forts. Humainement, et artistiquement forts. Elle le doit à Jacques Bertin et Bernard Lavilliers, à Jean Sommer et François Béranger, à Colette Magny et Catherine Ribeiro. Ceux-là, en ne cédant pas devant le chantage des faiseurs de tube, en tenant contre vents financiers et marées démagogiques, ont ouvert le chemin aux autres. La jeune chanson n'a pas gagné son paradis. Mais elle a déjà vaincu le découragement. C'est important en des temps où - pour prendre un seul exemple - Christian Dente a mis sur pied un tour de chant de 30 chansons (dont il est l'auteur et le compositeur)... que personne ne connaît, que personne n'a voulu enregistrer !
JEAN-PAUL LIEGEOIS

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12 décembre 1974 4 12 /12 /décembre /1974 14:53

Article paru dans Témoignage Chrétien du 12/12/1974 :

Voici déjà plus de dix ans que CoIette Magny s'exprime par la chanson. Sans concession, refusant la carrière commerciale qu'elle pouvait espérer à l'époque de « Melocotton » qui atteignit le sommet des hit-parades, en pleine période yé-yé. Censurée par la radio et la télévision elle s'est imposée par ses recherches musicales et sonores, et aussi par la force de ses textes.

     « On a collé à mes chansons des étiquettes dont j'ai horreur. Je n'ai jamais fait de chanson politique, militante ou dite « engagée », systématiquement. Cela a été le fait de rencontres avec des hommes et des femmes où, avec des situations. Il s'est trouvé que l'actualité directe disons, évidente, m'a frappée plus que des choses nées de l'imagination. » C'est ainsi qu'en 1967, elle consacre un disque au Vietnam (1). Elle y chante aussi la poétesse Louise Labbé. De même, en 1968, elle salue le mois de mai dans « Nous sommes le pouvoir » (2). Dans son troisième disque « Feu et rythme » (3), elle aborde le problème noir aux Etats-Unis. Elle y revient dans « Répression », disque sorti il y a déjà deux ans.

     Mais sonactivité est plus étendue. Elle chante dans les foyers de jeunes travailleurs, les MJC, les usines; Les galas de soutien auxquels elle a participé ne se comptent plus. On l'a vu aussi bien chez les « Lip » qu'au Larzac. Trop souvent cependant on l'a utilisée. « Je suis une chanteuse potiche » dit-elle. Des groupuscules d'extrême gauche l'insultent parfois, la traitant de « crapule stalinienne et réactionnaire qui utilise le mot révolution pour faire du pognon et du réformisme ». Elle en est scandalisée. « II y a huit ans, dit-elle, c'étaient les fascistes qui venaient m'attaquer et j'étais seule à l'époque, moins connue que maintenant. Mais qu'actuellement ce soit une partie de l'extrême-gauche, si infime soit-elle, qui me traîne dans la boue et perturbe mes spectacles, je n'en reviens pas ! » Et d'ajouter : « de tout cela, j'ai failli crever au mois d'avril ! »

   Elle n'en continue pas moins son combat à travers la chanson avec détermination. La meilleure preuve en est sa participation au spectacle collectif « Chants de femmes » présenté pour la première fois au « Capitole » de Bordeaux lors de la semaine du « SIGMA 74 », les 22 et 23 novembre derniers. Avec Catherine Ribeiro et Toto Bissainthe, elle a enthousiasmé les cinq mille spectateurs présents. Elle sera à Paris le 15 décembre à l'Olympia. Et à nouveau, le 19 décembre, elle participera avec Francesca Solleville, Graeme AlIwright, aux « 4 heures pour la Palestine», toujours à Paris, salle de la Mutualité. Depuis décembre 1970 où elle avait chanté à la salle Gaveau on ne l'avait plus entendue. Une raison supplémentaire, pour aller l'écouter ces prochains jours.

Jean RABINOVICl

  (1) « Vietnam 67 » 30 cm Le chant du Monde TK 74319
  (2) « Magny 68 » 30 cm Le chant du Monde TK 01
  (3) « Feu et Rythme » 30 cm Le Chant du Monde 74.444
  (4) « Répression » 30 cm Le Chant du Monde 74.476

 

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1 juin 1974 6 01 /06 /juin /1974 13:47
Charlie-Hebdo :

"Bordeaux : Chants de Femmes... Qu'elles étaient belles, ces trois femmes ! Bissainthe et ses chants d'Haïti, Ribeiro qui hurlait "je hais la violence" et Magny qui chantait des textes théoriques sur la révolution. Si c'est ça le music-hall, j'aime le music-hall !... C'est elles les vraies chanteuses populaires".
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