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14 octobre 2000 6 14 /10 /octobre /2000 22:00
Extrait de l'article "Le Printemps de Bourges, les atouts d'un modèle artistique à la française" de Bertrand Dicale paru dans Le Figaro du 15/10/2007 :

" Si l'on revient aux origines, la naissance du Printemps de Bourges en 1977 est motivée par la dictature de la variété de grande consommation. En ce temps-là, beaucoup d'artistes ne passent pas plus à la radio ou à la télévision qu'ils n'ont accès aux salles de concerts, tandis que leurs disques sont peu disponibles chez les disquaires. Les Sardou ou Dalida règnent sur toute l'économie de la chanson. Comme une réponse, la programmation du premier Printemps est sans ambiguïté : François Béranger, Jacques Higelin, Dick Annegarn, Bernard Lavilliers, Leny Escudero, Henri Tachan, Catherine Ribeiro, Colette Magny – personnalités d'importance mais économie «pauvre», en marge de la prospérité des variétés du moment".

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19 février 2000 6 19 /02 /février /2000 16:36

Article paru dans Le Monde du 19/02/2000 :

Morte en juin 1997, Colette Magny avait fait son entrée sur la scène publique avec Melocoton, un blues à la française qui se classe en 1963 aux premiers rangs du top de Salut les Copains. Mais Colette Magny, chanteuse à la voix grave et noire, revient très vite à ses premières amours : la liberté du jazz, de la parole conquise. Magny était une chanteuse engagée. Elle publia Nous sommes le pouvoir en 1968 ( « trois chansons-enquêtes auprès des travailleurs dans les entreprises »), puis chercha à transmettre les idées des Black Panthers américains, notamment avec les musiciens du Free Jazz Workshop. Féminisme, défense de la démocratie au Chili, aucun des combats de la gauche avant son arrivée au pouvoir ne lui étaient étrangers. En 1982, la chanteuse revient à Cole Porter, Bessie Smith, aux chants traditionnels américains ( The House of The Rising Sun), mais aussi à Verlaine, dont elle interprète Prison, mis en musique par Gabriel Fauré. Anne-Marie Fijal l'accompagne au piano, Patrice Caratini et Henri Texier sont à la contrebasse, Maurice Vander au piano, Claude Barthélémy à la guitare, Dominique Mahut aux percussions... En vertu de cette extrême musicalité, les quelques traces de vieillissement observés du socialisme en marche aux stock-options - de l'eau a coulé sous les ponts - seront immédiatement oubliés au profit de nos retrouvailles avec un album qu'on aurait craint de voir se perdre, faute de réédition.

Véronique Mortaigne

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21 août 1998 5 21 /08 /août /1998 12:12

Article de Martine Cassan paru dans La Dépêche du Midi (édition du tar-et-Garonne) du 21/08/1998 :

 

Aujourd'hui débute à Verfeil-sur-Seye, sous l'impulsion d'Act'2, le 11e festival «Des croches et la lune».Objectif : faire découvrir au grand public des groupes musicaux et continuer à faire vivre le village.

Tout près du Tarn et de l'Aveyron (à une quinzaine de km de Saint-Antonin-NobleVal), le charmant village de Verfeil-sur-Seye (400 habitants avec les hameaux alentour) s'apprête à vivre aux rythmes «Des croches et la lune». Le 11e festival de musique proposé par l'association culturelle Act'2, offrira durant trois jours aux quelques quatre mille visiteurs un cocktail surprenant de musiques du monde mais aussi de rock-trad et jazz. Une aventure qui se poursuit avec bonheur et dont le point de départ a été l'installation sur le hameau de Selgues de la chanteuse Colette Magny, décédée voici un an.

Thierry Colombié, membre de l'association Act'2, raconte.

«Lorsque Colette est arrivée, nous étions un groupe de jeunes à faire de la musique.

Notre curiosité, et la sienne à vouloir s'intégrer au pays et aux gens, ont crée un pont. En 88, sont nés une première association et un festival Colette Magny.

Personnage dynamique et décapant, Colette s'était mis en tête de faire de Verfeil un pôle régional culturel. La municipalité a approuvé, mais elle a repris le projet pour le transformer en salle des fêtes...

L'association, à partir de là, s'est dissoute. Mais, comme il y avait beaucoup de jeunes du village concernés par la réalisation d'événements culturels, (Colette nous avait mis l'eau à la bouche en nous faisant découvrir son univers, des artistes tels Paco Ibanez, Mama Bea, Francesca Solleville...), nous avons souhaité poursuivre la programmation du festival, sans nous tourner pour autant vers la salle des fêtes. Il se déroule en plein air, au cur du village»

Tradition et modernité
En 90, «Act'2», présidée par Didier Brassac, l'héritier spirituel de Colette, prenait le relais.

Une politique culturelle se mettait en place, alliant tradition et modernité.

«Faire revivre les traditions, explique Thierry, c'est par exemple, renouer avec la fête du village et le carnaval.

Dans les années 50 et jusqu'aux années 70, Mardi-gras à Verfeil était une très grosse fête. Elle durait trois jours ! Le lien familial était très fort à cette époque là. Tout le village était réuni. Act'2 l'a ressuscité sur le ton burlesque, celui de la dérision. C'est à nouveau un moment fort de la vie du village, peut-être celui que je préfère.» Modernité aussi par la poursuite du Festival et la découverte de groupes musicaux ou chanteurs, ainsi Eric Lareine, Juliette ou Alain Leprest que l'on a applaudis récemment dans le cadre d' «Alors Chante». Enfin, l'organisation de soirées mensuelles dont «Halloween», clin d'il à la colonie britannique installée dans le coin.

Le Festival a débuté par une soirée, puis deux, jusqu'à quatre... pour revenir à trois.

«C'était trop lourd comme organisation, dit Thierry. Nous sommes tous des bénévoles !» L'actuelle présidente d'Act'2, Elke Rotsheld, est néerlandaise. Cette mouvance verfeillaise, en effet, a séduit des artistes venus de toute l'Europe, (anglais, allemands, hollandais) ; ainsi le musicien Andreas Wendler, installé sur la commune depuis une dizaine d'années, qui propose une création pour le Festival, dimanche à 20-heures.

Pas loin d'une soixantaine de jeunes travaillent à la préparation «Des croches et la lune» : création de décors, mise en place du Festival dans le village.

Dans la cour de l'école, derrière l'église, une troupe sympathique armée de pinceaux, de pots de peinture et de chiffons, s'active à la réalisation de fresques en papier mâché. C'est Charlotte Organ, une anglaise qui a fait les Beaux-Arts à Londres et travaille sur le Festival depuis cinq ans, qui donne la note artistique.

L'an dernier, «Des croches et la lune» a drainé 4.000 visiteurs environ sur trois jours. .

«C'est vraiment le maximum !, déclare Thierry. Verfeil, c'est le rendez-vous de l'été de toute une région.»

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1 novembre 1997 6 01 /11 /novembre /1997 13:26

Article paru dans l'Humanité du 01/11/1997 :

Cela va faire un an que la voix de la chanteuse s’est tue à jamais. Il reste ces disques d’une richesse et d’une qualité impressionnante. Et ses amis musiciens, nombreux, qui l’ont connue, aimée, accompagnée. Colette Magny a chanté avec une pléiade d’artistes, dont elle a croisé le chemin sur des routes pas balisées pour deux sous, forte de ses convictions de chanteuse, de sa passion pour le blues et les arrangements originaux. Alors lundi soir, ils vont faire la fête à Colette Magny, chanter sa présence. Anne-Marie Fijal, Angélique Ionatos, Catherine Ribeiro, Francesca Solleville, Jean-Jacques Birgé, Gréco et les Insectes, Jacques Labarrière, Bernard Lubat, André Minvielle, Michel Précastelli, François Tusques, Bernard Vitet… Tous seront là, ensemble, sur scène, pour jouer, chanter, comme elle aurait aimé, non pas l’un après l’autre mais les uns avec les autres. Le 3 novembre, au théâtre de la Renaissance, 20 bd St-Martin, 75010 Paris. Rés. : 01.42.08.18.50.

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1 octobre 1997 3 01 /10 /octobre /1997 12:00

Boulogne-1972.jpgArticle paru dans Jazz Hot n° 544 en octobre 1997 :

COLETTE MAGNY 
La chanteuse s'est éteinte le 12 juin dernier à Villefranche-de-Rouergue. Fille de comédienne, elle était née le 31 octobre 1926, à Pans. Elle apprend le banjo avec Claude Luter et sur le tard (à 35 ans) décide d'une vie d'artiste. Après un engagement au Cabaret de la Contrescarpe, elle est propulsée au rang de vedette par un passage, au Petit conservatoire de Mireille. Engagée par CES, elle fait de grandes scènes, et son « Melocoton » devient un succès paradoxal à l'époque du yé-yé. Elle va rapidement mettre son art au cœur de sa vie, avec de grands engagements (le Vietnam, Cuba, les Black Panthers, mais aussi les luttes quotidiennes...) et, dans le même mouvement, mêle poésie et chanson (Neruda, Leroi Jones, Aragon, Rimbaud, Artaud...). Elle s'intéresse naturellement au blues, au jazz, au free jazz, dont la démarche esthétique est une inspiration pour elle et participe tout aussi naturellement à mai 68, sur le terrain, chantant dans les usines en grève (« A Saint-Nazaire », « Chronique du Nord », « Mai 68 »). Privée de médias par intolérance, elle réapparaît discrètement en 1981, avec des chansons teintées de jazz. Son allure, le naturel de son expression, et les lieux où elle choisissait de s'exprimer (la rue, l'usine autant que la scène), lui ont valu d'être comparée à Bessie Smith, Billie Holiday, ce qui ne peut être qu'une transposition, car elle incarne plutôt la grande tradition de la chanson française, celle qui raconte, avec parfois des accents jazz, la vie, les preoccupations des pauvres gens, la tradition d'Yves Montand, de Georges Brassens, de Léo Ferré, même si ellea su personnaliser cette tradition avec les apports du jazz de son époque (« Transit »), par ses recherches poétiques (chansons-tracts, chansons-enquêtes auprès des travailleurs, chansons-collages). Elle a peu d'héritiers, parce que peut-être peu sont capables de son engagement, de son exigence. Elle a publié un bonne dizaine d'albums, et reste d'après les médias qui, après l'avoir ignorée pendant 30 ans, l'ont encensée depuis deux mois « un modèle d'intégrité ». Jazz Hot 

Sélection discographique :
. Melocoton, CBS
. Colette Magny, Le Chant du Monde, 7 4319
. Magny 68, Taï-Ki 01
. Feu et rythme, La Chant du Monde, 7 4444
. Répression, Le Chant du Monde, 7 4476
. Chansons pour Titine, Le Chant du Monde, 7 4776
- Kervork ou le Délit d'errance, Scalen' Disc
- Inédits 1991, Scalen' Disc

 

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Published by Pierre Crépon - dans Article
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1 septembre 1997 1 01 /09 /septembre /1997 13:50

Chorus n° 21 d'automne 1997 :

Il est des voix qui vous foutent le frisson. Il suffit qu'elles s'élèvent, nues, sans apprêt, pour qu'une démangeaison vienne titiller votre épine dorsale. Avec celle de Colette Magny, les mots les plus simples devenaient exaltants. L'ordinaire était insolite, fascinant, magique. Depuis le 12 juin dernier, cette voix s'est tue. Elle nous manque déjà.


Marc LEGRAS

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7 juillet 1997 1 07 /07 /juillet /1997 11:31

Le Monde Libertaire du 07/07/1997 :

Colette Magny nous a quittés le jeudi 12 juin 1997 à l’âge de soixante-dix ans. Quand quelqu’un de talentueux disparaît, la presse se dépêche de publier éloges et photos.

Probablement pris de court, les journalistes nous ont abreuvés d’inepties écœurantes : d’aucuns l’ont clouée sur un fauteuil roulant depuis dix ans ; d’autres se sont contentés de reproduire in extenso la dépêche laconique de l’AFP ; d’autres encore lui ont inventé un « deuxième souffle » avec l’arrivée de la gauche en 1981 ! Je ne pourrais que témoigner de ma rencontre avec Colette quand j’ai eu le plaisir de filmer les répétitions de son dernier spectacle, « Kevork » en 1990. Si de sérieux problèmes de santé l’empêchaient de chanter debout, il n’en reste pas moins que sa voix n’en était en rien altérée et que, bien au contraire, c’était extrêmement impressionnant à voir et à écouter. L’histoire de « Kevork » n’est pas banale : Colette avait rencontré un éleveur de pintades, et cet animal l’avait fascinée au point qu’elle en a conçu l’idée d’un opéra...

Elle a donc sollicité une aide financière. Mais elle n’a pas eu le privilège de plaire au Prince de la Culture et n’obtint pas les moyens qui lui auraient été nécessaires. Bien que lequel Prince l’ait honorée, à son arrivée au pouvoir, du titre de « Chevalier des arts et lettres » ! Il est vrai que cela ne coûte rien...

Elle dut réduire son projet initial et sortit ce disque magnifique qu’est « Kevork », entourée de musiciens qui sont des pointures du jazz... S’ensuivit une tournée : le public, lui, s’est montré franchement enthousiaste ! Colette manquera à beaucoup d’entre nous. Il nous reste douze albums et le souvenir...

Sylvie
groupe Pierre Besnard (Paris)

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25 juin 1997 3 25 /06 /juin /1997 11:25

The Independent (Grande Bretagne) du 25/06/1997 :

The formidable singer Colette Magny was one of the most remarkable artists to emerge from France in the Sixties. Her commitment to political causes followed the ups and downs of that turbulent decade while her militancy and dedication gave its full meaning to the expression chanteuse engagee.

Born in Paris in 1926, Magny was the daughter of a grocery salesman and a mother who eventually took up acting at the age of 57. Magny herself was a late developer as an artist and worked as a bilingual secretary and translator at the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) from 1948 to 1962. Her knowledge of English gave her valuable insight into the music of blues performers like Bessie Smith, Ma Rainey and Ella Fitzgerald. She started to perform blues standards and her own compositions around Paris, having been taught to play banjo and guitar by the French jazzman Claude Luter.

In 1962, following a stint at the Contrescarpe cabaret (where Graeme Allwright was also discovered), Magny came to the attention of Mireille, the composer and perennial promoter of new talent (who died at the end of last year), who promptly booked the singer on her televised show Le Petit Conservatoire de la Chanson. The day after Magny's first appearance, the Paris-Presse newspaper raved about her version of "Saint James Infirmary" and ran the headline: "France has found her own Ella Fitzgerald".

Indeed, the French singer had not only a physique but also a voice similar to that of the jazz legend. She could swoop, scream, quaver and really move the audience. In 1963, when appearing at the Olympia Theatre in Paris on the same bill as the teen sensations Claude Francois and Sylvie Vartan, Magny even silenced and impressed the crowds of screaming fans.

Having given up her civil service job, she signed to the French arm of CBS records and released the single "Melocoton" which made it into the hit parade. Magny then quickly moved away from the mainstream. She set French poems (for instance "Tuileries" by Victor Hugo and works by Aragon and Rimbaud) and translations of foreign writers (Lewis Carroll, Pablo Neruda) to music, she built songs around famous quotations (from the Bible, Chekhov, Dostoevsky, Lenin, Einstein) and wrote lyrics inspired by paintings, while still covering blues standards and singing her own material.

Her political conscience had been awakened by the last rumblings of the Algerian war at the end of the Fifties and she now became France's first bona fide protest singer with "Le Mal de Vivre", which was instantly banned by the state-controlled broadcasters ORTF. Censorship would be a permanent thorn in her side (and later inspired her album Repression).

From 1964, Magny's records were released on Le Chant du Monde, a record label backed by the French Communist Party. With titles like Frappe Ton Coeur ("Strike Your Own Heart") and Vietnam 67, her albums proved to be harbingers of les evenements. May 1968 came and Magny was in her element, supporting the students and the workers, taking part in meetings, sit- ins, benefit concerts. She was pro-Cuba, pro-Black Panthers, pro-women's lib, against war in Vietnam, and cared about immigrant workers. She wrote "Les Militants" for the protesters.

Magny's muse was as diverse as her political conviction was intense. She dabbled in free jazz, progressive rock, contemporary music and, in 1973, with Feu et Rythme, she won the Grand Prix du Disque from the Academie Charles Cros (the French equivalent and forerunner of the Mercury Music Prize). Along with Leo Ferre, she broke the mould of the traditional French chanson and forged her own direction.

In the late Seventies, Magny's left-wing beliefs began to seem redundant and, following Francois Mitterrand's election in 1981, her work became less dogmatic. She moved to the Aveyron area, in the south-west of France. She was still a charismatic, primal, visceral performer but seemed happier, perhaps because she had come to terms with her own sexuality. She even mellowed sufficiently to sing "My Heart Belongs To Daddy" and later recorded Kevork, a curious album in which she sung the praises of the turkey (on the grounds that a turkey, once domesticated, if released, can revert to its wild condition).

Over the last few years, she suffered from a chronic spinal disease and was often confined to her bed or a wheelchair. Still she railed against "the bastards who pretend I'm already dead. I want to prove to them that I'm still alive, still creating."

Colette Magny's was a unique voice in France and never made any compromises. Yet, in the dozen albums she recorded, she also brought her own brand of blues, poetry and politics to a wider audience, and made French chanson an instrument for social change. Her unparalleled talent and commitment were documented in Sylvie Vadureau's fine biography Colette Magny, Citoyenne- Blues.

Pierre Perrone

Colette Magny, singer, songwriter, guitarist, translator: born Paris 31 October 1926; died Villefranche-de-Rouerge, France 12 June 1997.

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Traduction approximative :

Nécrologie: Colette Magny

La formidable chanteuse Colette Magny a été l'une des artistes les plus remarquables à émerger de la France dans les années soixante. Son engagement à des causes politiques ont suivi les péripéties de cette décennie mouvementée, tandis que son militantisme et son dévouement ont donné tout son sens à l'expression de la "chanteuse engagée".

Née à Paris en 1926, Magny était la fille d'un marchand d'épicerie et d'une mère qui a finalement fait du théâtre à l'âge de 57 ans. Magny elle-même s'est révélé sur le tard en tant qu'artiste et a travaillé comme secrétaire bilingue et traductrice à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 1948 à 1962. Sa connaissance de l'anglais lui a donné de précieuses informations sur la musique des artistes blues comme Bessie Smith, Ma Rainey et Ella Fitzgerald. Elle a commencé à interpréter des standards du blues et ses propres compositions à Paris, ayant appris à jouer du banjo et la guitare par le musicien de jazz français Claude Luter.

En 1962, après un passage au cabaret de la Contrescarpe (où Graeme Allwright a également été découvert), Magny est portée à la connaissance de Mireille, le compositeur et promoteur pérenne de nouveaux talents (qui mourut à la fin de l'année dernière), qui lui réserve rapidement une place parmi les chanteurs à son émission télévisée Le Petit Conservatoire de la Chanson. Le lendemain de la première apparition de Magny, le journal Paris-Presse extasié par sa version de "Saint James Infirmary" titrait: «La France a trouvé son propre Ella Fitzgerald».

En effet, la chanteuse française n'avait pas seulement un physique, mais aussi une voix semblable à celle de la légende du jazz. Elle savait exciter, crier, trembler et vraiment émouvoir le public. En 1963, lors de son apparition à l'Olympia à Paris sur la même scène que Claude François et Sylvie Vartan, Magny fait taire et impressionne les foules de fans criant.

Ayant renoncé à son emploi de la fonction publique, elle a signé avec la branche française de CBS Records et sort le single "Melocoton" qui en fit un hit-parade. Puis Magny s'est rapidement éloigné de ce courant dominant. Elle a mis en musique des poèmes français (par exemple "Tuileries" de Victor Hugo et des œuvres d'Aragon et de Rimbaud) et des traductions d'écrivains étrangers (Lewis Carroll, Pablo Neruda), elle a batit des chansons autour de citations célèbres (de la Bible, Tchekhov, Dostoïevski, Lénine, Einstein) et a écrit des paroles inspirées par des peintures, tout en interprétant des standards du blues et en chantant ses propres compositions.

Sa conscience politique s'est éveillée lors de la guerre d'Algérie à la fin des années cinquante et elle est devenue par la suite en France le premier chanteur contestataire avec «Le Mal de Vivre», qui fut aussitôt interdit par les organismes de radiodiffusion contrôlés par l'Etat (l'ORTF). La censure s'abattra alors de façon permanente sur elle (et lui inspirera plus tard l'album Répression).

A partir de 1964, les disques de Magny ont été édités au Chant du Monde, un label soutenu par le Parti communiste français. Avec des titres comme Frappe Ton Coeur et Vietnam 67, ses albums se sont avérés être totalement d'actualité avec les évènements. Mai 1968 est arrivé et Magny était dans son élément, en soutenant les étudiants et les travailleurs, en prenant part à des réunions, des sit-ins, concerts de solidarité. Elle était pro-Cuba, défendait les Panthères noires, défendait la cause féministe, s'opposait à la guerre au Viêt Nam et s'est intéressée à la situation des travailleurs étrangers.Elle a écrit "Les militants" pour les manifestants.

La musique de Magny était aussi diverse que ses convictions politiques était intense. Elle abordait le free jazz, le rock progressif, la musique contemporaine et, en 1973, avec Feu et rythme, elle a remporté le Grand Prix du Disque de l'Académie Charles Cros (l'équivalent français et précurseur du Mercury Music Prize). Avec Leo Ferre, elle a brisé le moule de la chanson française traditionnelle et a forgé sa propre direction.

Dans la fin des années soixante-dix, les idées de gauche de Magny ont commencé à sembler excessives et, suite à l'élection de Francois Mitterrand en 1981, son travail est devenu moins dogmatique. Elle a déménagé en Aveyron, dans le sud-ouest de la France. Elle était toujours une artiste charismatique, originale, viscérale, mais a semblé plus heureuse, peut-être parce qu'elle avait assumé sa propre sexualité. Elle a même adouci suffisamment pour chanter "My Heart Belongs to Daddy" et a enregistré ensuite Kevork, un album étrange dans lequel elle chante les louanges de la pintade (au motif que la pintade, une fois domestiquée, elle s'est libérée, pour revenir à l'état sauvage ).

Au cours des dernières années, elle souffrait d'une maladie chronique de la colonne vertébrale qui la confinait souvent à son lit ou dans un fauteuil roulant. Pourtant, elle pestait contre "les salauds qui prétendent que je suis déjà morte. Je veux leur prouver que je suis encore en vie, créant encore".

Colette Magny était une voix unique en France et n'a jamais fait aucun compromis. Pourtant, sur la douzaine d'albums qu'elle a enregistrés, elle a apporté sa touche personnelle mêlant blues, poésie et politique à un large public, et a fait de la chanson française un instrument de changement social. Son talent inégalé et d'engagement ont été l'objet d'un livre, une biographie de Sylvie Vadureau : "Colette Magny, citoyenne-blues".

Colette Magny, chanteuse, auteur-compositeur, guitariste, traducteur: né Paris 31 Octobre 1926, morte à Villefranche-de-Rouergue, France 12 Juin 1997.

 

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22 juin 1997 7 22 /06 /juin /1997 22:00

Article paru dans Marianne du 23/06/1997


Elle fut une grande dame de la chanson. Parolière, musicienne, elle acclimata le rhythm and blues à la patrie de Fréhel et de Piaf. A l'occasion de la disparition de Colette Magny, il y a une semaine, les médias lui ont rendu discrètement hommage. La plupart ont cependant oublié de rappeler qu'elle fut quasiment interdite de radio et de télévision, au point que, dépourvue de revenu, elle dut se battre pour simplement être couverte par la Sécurité sociale. En 1989, sa maison de disques ne parvint à produire un CD qu'en lançant une souscription. Colette Magny, l'auteur de Mélocoton, contrairement à d'autres, lancées comme des savonnettes, restera dans les mémoires, à l'exemple d'un Boby Lapointe quasiment mort de faim après avoir été licencié par Philips...

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21 juin 1997 6 21 /06 /juin /1997 12:34

Brève parue dans Le Point n°1292 du 21/06/1997 :

Société - Carnet
Séparés
: Brad Pitt et Gwyneth Paltrow (photo). Les fiançailles du plus beau couple de Hollywood sont brisées, et le mariage prévu pour ce mois, annulé.

Programmé : David Bowie. Le chanteur voit loin ; il présentera un opéra en l'an 2000 au festival de Salzbourg.

Décorés : Christophe Auguin, Pete Goss et Catherine Chabaud, concurrents du Vendée Globe, ont reçu de Jacques Chirac les insignes de chevalier de la Légion d'honneur pour les premiers et de l'Ordre national du mérite pour la dernière.

Enlacés : Sylvie Guillem et Mikhail Barychnikov. Ils danseront deux solos signés Béjart le 22 septembre au Théâtre des Champs-Elysées, à l'occasion du Nouveau Festival international de danse de Paris.

Nommés : Hubert de Givenchy, président du conseil de surveillance de Christie's France, et Georgina Brandolini, directrice générale de Balmain.

Déprogrammée : Sylviane Agacinski. La femme de Lionel Jospin ne collaborera plus à « Grain de philo », sur France 3, par souci déontologique.

Retraitée : Valentina Terechkova. Trente-quatre ans après avoir accompli seule un vol en orbite à bord d'un vaisseau Vostok, la cosmonaute prend sa retraite de l'armée russe. Elle avait le grade de général.

Décédée : Colette Magny, 70 ans, chanteuse.

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