Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 10:32

Le Journal du Mardi (Belgique) du 7 mai 2007 : 

Pour France3, c’était une bonne idée que de consacrer sa soirée du 26 mars dernier à un divertissement lié à l’actualité : Les Présidentielles en chansons.
Il s’agissait de retracer les épisodes-phares de la société française au travers de sa musique et de faire ressurgir dans nos mémoires les refrains écrits ou interprétés par Gilbert Bécaud, Jean Ferrat, Michel Sardou, Barbara, Georges Moustaki, Pierre Perret…

Ce 2 avril, l’hedo Télérama publie dans sa rubrique Ça va mieux en le disant une lettre d’un téléspectateur insatisfait : Bruno Ruiz (chanteur) de Toulouse y constate : « Ôtez-moi un doute : dans les années 70, les chanteurs engagés qui remplissaient les salles en France s’appelaient bien Bernard Lavilliers, Colette Magny, François Béranger, Francesca Solleville, Jacques Bertin ou Catherine Ribeiro ? Ils ne s’appelaient pas Jacques Dutronc, Gérard Lenorman, Michel Delpech ou Carlos ? Mais peut-être que pour son émission sur la chanson et les présidentielles, Christophe Hondelatte n’a pas pu trouver de documents les concernant à l’INA. En effet, sous Georges Pompidou et Giscard, tous ceux-là étaient interdits d’antenne ».

Des documents sur ces artistes engagés, il en existe certes, mais sans doute sont-ils moins nombreux et probablement de moins bonne facture que ceux qui illustrèrent l’émission de France3. Par exemple, une émouvante séquence consacrée à Colette Magny chantant en s’accompagnant au piano, peu de temps avant son décès, diffusé au cours d’un Cercle de Minuit présenté par Frédéric Mitterrand, le 13 octobre 1997.


Aucune télé en trois ans

Les censures subies par ces artistes « engagés » tant en France qu’en Belgique existent bel et bien. En voici deux assez caractérisques.

Chanteuse établie à Paris qui s’affirmait « marxiste », Catherine Ribeiro a sillonné, avec son groupe Alpes, le circuit des centres culturels de la Communauté française. Lorsqu’elle donna un concert, aujourd’hui légendaire, dans la Cathédrale St Michel et Gudule, le 16 décembre 1972, les envoyé spéciaux de la presse musicale hexagonale débarquèrent à Bruxelles : Best, Rock and Folk, etc. En 1976, avec Maxime Le Forestier, Alan Stivell, Michel Sardou et Serge Lama, elle sera l’une des cinq artistes de variété qui attireront le plus de spectateurs en concert en France. On peut s’inquiéter du fait que son nom ait quasi disparu de tous les hommages rendus aux artistes des années ’70 lorsqu’on découvre qu’en 1974 et 1975, elle donnera une moyenne de huit concerts par mois, ce qui lui permit de toucher plus de 70.000 spectateurs par an, auxquels il faut ajouter les publics de manifestations exceptionnelles : la Fête de l’Huma, Sigma Chanson, le Festival d’Avignon, etc.
Le public brassé en 1976 sera encore plus important, grâce à une tournée dans les villes universitaires. Qu’aurait été le succès de Catherine Ribeiro si les médias avaient simplement relayé son succès sur leurs antennes? Dans un document diffusé en 1976, la chanteuse s’interrogea sur le pourquoi de ce silence télé depuis plus de 3 ans. Jacques Vassal publie dans son livre « Français, si vous chantiez » (1), le fac-similé de la réponse qui lui fut apporté. Un renvoi à l’expéditeur de son document sur lequel était noté rageusement : « … Parce que cette sale rouge nous fait chier ».  Signé, de manière anonyme : « Les producteurs, les programmateurs, les réalisateurs».


La RTB (sans F) censure Colette Magny

Colette Magny était une  « Bessie Smith » française enragée dont les médias de masse ne popularisèrent que Melocoton, un titre peu représentatif de son œuvre. En 1973, à l’occasion d’un concert donné à l’ULB, elle fut censurée par la RTB (sans F à l’époque). Deux fois par semaine, la demi-heure qui prédédait le JT de début de soirée était consacrée à Sept sur sept, un agenda culturel en direct au cours duquel les chanteurs invités interprétaient un de leurs succès et répondaient à une interview. Les responsables de l’émission ne lui proposèrent que l’interprétation d’une chanson car : « … C’est trop politique. La tendance est trop marquée. En interview, cette femme ne va parler que de cela… On ne parle pas de politique dans notre émission ». Il est vrai qu’elle aurait pu expliquer pourquoi elle accompagnait Jean-Paul Sartre dans les usines en grève, sa guitare en bandoulière… ou pire : rendre hommage aux dockers en grève à Anvers (ce qu’elle fit lors de ce concert bruxellois). Plus d’un millier de personnes signèrent une pétition. Le communiqué diffusé à la presse précisait : « Tout autant que celles de Colette Magny, les chansons de Michel Sardou, de Sheila ou de Claude François sont politiques. Mais les thèmes diffèrent… pour les derniers, il s’agit de chanter l’amour, la famille, la patrie. Pour Magny, de dénoncer des injustices sociales et de soutenir des revendications populaires. Entre ces deux conceptions de la chanson, « Sept sur sept » a choisi et son choix ne la flatte guère ».      

Les lecteurs sont parfois plus aux aguets que bien des journalistes ! À propos de Colette Magny, le 6 juillet 1997, Le Monde publia un courrier signé Louis Soler de Paris : « … Elle est morte à 70 ans dans un oubli quasi total. Nos chaînes de télévision lui ont rendu hommage inattendu après l’avoir boycottée ou censurée pendant plus de trente ans. « Une des plus belles voix de la chanson française » nous a-t-on appris sur un ton navré. Ah bon ? ». En effet, TF1 avait consacré dans son 20H un reportage entier à l’annonce de la mort de la bluesman blanche, ce qui affirmait le talent de celle-ci (tout le monde n’a pas droit à pareil égard !) … et prouve donc rétroactivement qu’il y a bien eu boycott durant plusieurs dizaines d’années sur ladite la chaîne privée.


France 3 recycle les censures passées

Le divertissement Les Présidentielles en chansons ne fait sans doute pas consciemment œuvre de censure, mais il travestit l’histoire (relativement récente) de la chanson par manque d’investigation. Et si celle-ci avait été menée, l’audimat lui permettrait-il aujourd’hui de relayer ces artistes naguère plébicités en salles mais méconnus aujourd’hui de la plupart des gens puisque les télévisions recyclent essentiellement leurs émissions d’autrefois qui, elles, évitèrent de les programmer ?

Il s’agit donc de ce que Pascal Durand, professeur à la faculté de philosophie et lettres à l’Université de Liège, appelle dans son dernier ouvrage (2) la « censure invisible », celle qui, à force de surexposer certains faits ou personnages, en occulte d’autres qui mériteraient autant d’attention (Joe Dassin, Claude François… plutôt que François Béranger, Francesca Solleville, etc.). La conséquence de pareille pratique n’est pas anodine puisqu’elle contribue à inculquer auprès du public une vision du monde partiellement erronée. Et bien entendu, l’important, ici, n’est pas de tenter d’imposer certains « goûts » au public, mais plus simplement de tenter de faire prendre conscience à celui-ci qu’il lui est impossible de nous dire qu’il n’apprécie pas Magny ou Ribeiro… puisqu’il ne les a jamais entendues ! Il reste donc encore de la marge pour faire rayonner le droit au choix et le beau principe de la diversité culturelle.

  
Bernard HENNEBERT


(1)1976, Albin Michel.

(2)La censure invisible, Actes Sud.

Repost 0
1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 17:32

prouveze.jpgExtrait d'un article de Mireille Amiel intitulé "La politique au quotidien" paru dans Voisins Citoyens Méditerranée d'avril 2007 :


Pierre Prouvèze, jeune retraité de l'Education nationale, marié, deux enfants, administrateur du Centre Social de Frais Vallon, mille occupations et autant de projets, pratique un militantisme constant et tranquille persuadé qu'il est que la politique ne se limite pas au droit de vote, mais exige une pratique quotidienne et déterminée.
[...]

Pierre Prouvèze a, entre autres choses, créé le “Groupe chantant”, dit “les amis de la chanson de l’évènement” et pour fêter les 30 ans du groupe, on prépare un film sur Colette Magny. Ils y travaillent depuis cinq ans. Cela s’appellera “Sur les pas de Colette magny”. En août 2007 à Verneuil sur Seilles, près de Montauban, se tiendra une chantante manifestation en mémoire de cette artiste.

Repost 0
6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 10:06

Article de Hanson publié sur Sefonia le 06/03/2007 :

 

CM6.jpgPoussée par un caractère hors norme, Colette Magny a laissé, au travers de son parcours atypique, une image pour le moins vivace dans l'esprit des jeunes français ayant traversés les années 60 ainsi que la décennie suivante. Se remémorer sa silhouette imposante fait ressurgir des souvenirs qui esquissent les contours d'un personnage aux traits variant considérablement selon chacun. En effet, suivant les milieux dans lesquels les jeunes de cette génération évoluaient, l'image que chacun d'entre eux en garde ne manque pas de partialité, tronquant souvent purement et simplement au moins l'une des composantes constitutives de cette singulière artiste.

 

Après un succès populaire aussi fulgurant qu'éphémère en 1963 avec "Melocoton", son discours s'est rapidement radicalisé, s'aliénant au passage la vaste majorité de son public, en imprégnant ses textes des idéaux d'extrême gauche. Par la virulence de son discours, Colette Magny s'est tournée vers un tout autre public, celui-ci sensibilisé à cette corde politique qu'elle défendra, comme aucune autre, de sa voix puissante et soutenue par un coffre massif dessinant les lignes de sa carrure distinctive. Si d'aucuns gardent l'image d'une artiste censurée par les médias, la réalité fut certainement moins manichéenne. En effet, rares sont ceux qui se souviennent de Colette Magny comme d'une artiste ayant défriché de nouveaux horizons dans l'avant-garde en délaissant le format de la chanson populaire pour se plonger dans les recherches esthétiques du free jazz. Ce public qui lui-même a longtemps crié à la censure n'a peut-être pas nécessairement réussi à la suivre dans ses explorations musicales, confortant de facto les médias dans leur attitude d'ignorance à son égard. Incendiaire par son approche antimélodique et arythmique de la chanson à texte, elle fut l'une des rares artistes de son époque à chanter des textes littéraires selon une technique résolument orientée vers le free jazz, culminant dans cette approche avec le disque "Feu et rythme".

 

En 1970, à l'age de 44 ans, Colette Magny marque son entrée dans le monde du free jazz en rejoignant les contrebassistes Barre Phillips et Beb Guérin, que les impulsions artistiques respectives ont placé au centre de la spirale créatrice de cette nouvelle décennie. Malgré cette épuration apparente, de la prestance de Magny surgit une brutalité qui guette à chaque mesure, parfois sous-jacente, souvent explosive, malmenant, jusque dans les moments de calme relatif, l'auditeur, conscient de la versatilité de ces brefs instants d'apaisement. Le tempérament notoirement sanguin de Magny s'exprime sans retenue au travers d'interventions parfois déclamatoires, pour ensuite rejoindre une ligne mélodique prenant racine dans le blues, avec toute la force d'interprétation que son coffre était capable de véhiculer, pour ensuite exploser au travers d'acrobaties vocales d'une force incoercible. D'un point de vue historique, seulement cinq années se sont écoulées depuis les enregistrements de Patty Waters sur ESP, et pourtant, à l'écoute de "Feu et rythme", une génération semble séparer les deux chanteuses.

 

L'utilisation d'une palette de sonorités basées sur la mise en avant ou la création plus ou moins artificielle d'aspérités dans la langue française décale l'ensemble de l'interprétation vers un cadre à l'atmosphère extrêmement violente. Lorsque cette technique est utilisée à son paroxysme, l'unique contemporain de Colette Magny pouvant alors s'apparenter à elle, en terme d'intensité, semble être Keiji Haino. Au sein de son trio largement inspirée d'Albert Ayler, le jeune Haino avait substitué les éructions du saxophone par ses cris (Lost Aaraaf, PSFD18). L'exploration musicale côtoie également la musique contemporaine au cours de trois morceaux. Sous la direction du célèbre chef d'orchestre Diego Masson, alors fortement impliqué dans les travaux de Pierre Boulez et de Karlheinz Stockhausen, Colette Magny change d'orientation musicale, mais, force est de constater, avec beaucoup moins de succès.

 

L'un des aspects différenciant largement Colette Magny des autres chanteurs de free jazz de cette époque se situe dans l'effort porté sur les textes. Ces derniers ne sont plus un prétexte à l'utilisation de la voix dans un ensemble, mais bien une composante aussi importante que la musique elle-même. Puisant dans la littérature du Nouveau Monde, comme Pablo Neruda et LeRoi Jones, figure emblématique du Greenwich Village, ou encore revenant au patrimoine littéraire français avec Max Jacob, Colette Magny effectue un survol de la littérature engagée. C'est également avec une certaine audace que la définition de "La marche", publiée dans le Grand Larousse, est récitée selon une diction parfaitement antiacadémique. Parallèlement à ces adaptations libres, Magny a retranscrit et interprété des impressions suggérées par plusieurs peintures abstraites, reproduites dans la pochette du disque, offrant ainsi un assortiment de textes aux origines parfaitement distinctes et constituant un exercice de style intéressant et inhabituel.

D'un aspect certainement monolithique à l'oreille des différents publics étrangers aux musiques "exigeantes", une écoute attentive permet, en définitive, de percevoir la diversité des approches tant musicales que littéraires. Or c'est précisément cette attitude de tâtonnement artistique qui classe "Feu et rythme" parmi les très rares enregistrements réalisant une jonction entre le free jazz et la chanson à texte. Pourtant qui parle de tâtonnement évoque nécessairement l'hésitation des essais associés. Il est indéniable qu'au cours de l'écoute les différentes maladresses ne parviennent pas à se dissimuler, pouvant provoquer certain à jeter le discrédit sur le reste. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que Colette Magny mais également Barre Phillips et Beb Guerin ont eu l'immense mérite de s'être attaqué à une facette du free jazz terriblement sous représentée en dépit du potentiel pharamineux qu'elle possède intrinsèquement. De plus la puissance des interprétations et la force de conviction, émanant de bon nombre de titres, assurent une certaine pérennité à ces enregistrements. Figurant comme l'un des rares représentants de cette voie musicale, "Feu et rythme" se place dès lors comme un jalon dans l'histoire des expérimentations françaises liées au jazz.


Eléments de discographie sélective
Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Répression" (1972, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Visage-village" (1977, Le Chant du Monde)

Ouvertures discographiques portant sur la thématique "Textes déclamés dans un contexte free jazz"
Lost Aaraaf (enregistré en 1971, sorti en 1991, PSF)
Première formation de Keiji Haino librement inspirée d'Albert Ayler. Document historique des débuts d'Haino offrant quelques textes mi-braillés mi-chantés en japonais selon une approche où la frontière entre le free jazz et la performance est extrêmement ténue.

Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)

Sunny Murray Octet "Swing unit" (1968, Shandar)
Formation d'un jour ayant réuni, dans les locaux de l'ORTF à Paris, les pontes du free jazz américain et français (Sunny Murray, Michel Portal, Beb Guérin,…). La deuxième face du disque offre un tapis musical à Hart Leroy Bibbs pour la récitation de l'un de ses textes.

Woorden "Woorden" (196?, Omega)
Formation néerlandaise de free jazz s'appuyant sur des réflexions déclamées et des poèmes en hollandais ainsi qu'en anglais. Ayant enregistré l'un des plus anciens documents européens de cette mouvance, elle représente un maillon important dans le développement du free jazz néerlandais.
 

Repost 0
3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 12:18

Entretemps.gifExtrait de l'article d'Emmanuel Wallon paru dans Une histoire du spectacle militant, Théâtre et cinéma militants, (1966-1981), sous la direction de Christian Biet et Olivier Neveux, L’Entretemps (avec le soutien de l’Université Paris XNanterre), Vic-la-Gardiole, 2007 :

 

Le goût de la fête et le sens du collectif sont mis à l’honneur lors des rassemblements militants, que ce soit pour protester contre l’extension d’un camp militaire aux côtés des paysans du Larzac, pour soutenir le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), ou pour renflouer les caisses de Politique Hebdo, du PSU et de LO. Celles-ci offrent une scène moins confidentielle que les cafés-théâtres à la protest song à la française qui abonde alors en talents, de Colette Magny (Répression, 1972) à Anne Sylvestre (Non, tu n’as pas de nom, 1974), des doux d’Imago (Folle avoine) aux durs de Trust (Antisocial,1980), de Roger Siffert l’Alsacien à Gilles Servat le Breton, sans oublier le Catalan Lluis LLach et les groupes d’exilés chiliens. Dans la France de La Carmagnole et de L’Internationale, de Georges Brassens et de Léo Ferré, la
tradition de la chanson frondeuse est assez généreuse pour absorber des refrains radicaux. Parachutiste de Maxime Leforestier (1972), ou Les barbares de Bernard Lavilliers (1976) s’inscrivent dans une longue lignée, de Béranger (Pierre-Jean, 1780-1857), moquant La censure (1814) et Les chantres des paroisses (1817), à Béranger (François, 1937-2003), fredonnant L’alternative (1975) ou Mamadou m’a dit (1979). De même l’extrême-gauche accueille-t-elle avec ferveur dans ses rassemblements les images du cinéma militant, entre autres les films des groupes Medvekine (1967-1974), animés par Pol Cèbe avec l’aide de la coopérative Slon, fondée par Chris Marker.

Repost 0
Published by - dans Etudes
commenter cet article
1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 13:17

free-harmattan.jpgExtrait du livre "Free jazz, la catastrophe féconde"  (page 209) de Jedediah Slower, paru aux éditions l'Harmattan en février 2007 :


A partir de mai 1968, l'usage de textes devient une pratique fréquente de l'esthétique de François Tusques. Lorsqu'il travaille début 1969 avec Sunny Murray, le poète afro-américain Hart Leroy Bibbs les accompagne souvent, déclamant des poèmes de révolte, ou bien criant, hurlant sur des séquences d'improvisation collective. Les textes sont pour Tusques et d'autres un moyen efficace de faire signifier politiquement et précisément leurs intentions à travers l'oeuvre : c'est ce que le pianiste fait avec son interprétation de la mort d'Albert Ayler. De même, il accompagne fréquemment la chanteuse Colette Magny, avec Beb Guérin notamment. Celle-ci enregistre également un disque avec le Free Jazz Workshop de Lyon, et effectue souvent des tournées avec des musiciens comme Beb Guérin ou Henri Texier. Colette Magny n'est pas la seule à faire ce type de croisements musicaux à partir de 1968 : Brigitte Fontaine et Areski, Jacques Higelin et Claude Nougaro jouent ou enregistrent avec des musiciens de la New Thing.

 

 

Repost 0
27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 18:26

Extrait de l'interview dans Les Allumés du jazz de François Tusques par Jean-Jacques Birgé :

Ta révolte, suite à la guerre d'Algérie, marque ta musique, comme celle des noirs américains dessine un nouveau jazz.

C’était en plein Mai 68, en plein dans l'histoire des droits civiques aux USA. On voyait rappliquer ici quantité de types qui jouaient du free. Mais, à part Clifford Thornton, Archie Shepp ou Max Roach, c'était un milieu qui n'était pas si politisé. Les autres faisaient ça parce que c’était ce qui se jouait à New York, c'était un produit de la société américaine parmi d’autres. Mais si on enlève le côté idéologique sur lequel tu insistes et qui est très important, nous avions des conventions musicales communes. J'ai beaucoup joué avec Sunny Murray. De sa personnalité, j'ai retenu le blues et la musique d'église noire américaine qui est très forte dans le jazz de Mingus ou même d'Archie Shepp.


Oink oink, la Suite des Black Panthers, sort à ce moment-là. Tu fais ce disque avec Colette Magny, qui avait, en tant que directrice artistique, proposé au label Mouloudji de produire Free Jazz.

Je lui dois beaucoup. C’est aussi une formidable musicienne de free jazz. Il y a des gens à Marseille qui forment un club de soutien à Colette Magny, bien qu'elle ait disparu, et qui essaie de propager son œuvre, en chantant ses chansons, en exposant sa peinture, en diffusant ses disques. Ils m'ont commandé une suite de 3/4 d'heure, avec Hélène Bass au violoncelle, que je dois jouer au mois d'avril à Marseille, puis chez Colette. Et donc, je me suis mis à réécouter tous ses disques, et j'ai redécouvert cet aspect free jazz de sa musique.

La première fois que je t'ai entendu, c'est justement dans ce disque, Répression.

J'ai découvert une forme musicale très revendicatrice et très cohérente avec les paroles que chantait Colette. C'est un disque qui a très bien marché, beaucoup de gens s'y sont intéressés, nous avons beaucoup tourné avec ça. Mais il y avait aussi beaucoup de critiques. Et c'est vrai que par rapport aux Panthères, à l'époque, c'était assez idéaliste...

 

Plus tard tu as travaillé avec des musiciens bretons. Ton parcours a souvent été lié à des revendications culturelles.


Mai 68, contrairement aux autres, m'a calmé. Peut-être parce que les autres se révoltaient à ma place. Je me suis mis un peu à militer. J’ai commencé à utiliser la musique pour soutenir des organisations auxquelles j’étais rattaché. Je jouais dans des meetings, des usines, comme le faisait Colette. On était dans une période révolutionnaire, on s'imaginait tous que la société allait changer. On essayait d'être partie prenante. J'ai toujours eu besoin de raisons pour faire de la musique. Il faut que j'y trouve un sens, une motivation.

Repost 0
Published by Pierre Crépon - dans Témoignage
commenter cet article
22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 15:38

Extrait de l'article écrit par Jean-Jacques Birgé et publié sur les Allumés du Jazz :

"Colette Magny me manque, j’espérais toujours qu’on recommencerait à jouer ensemble, comme lorsque nous improvisions à deux sur le même piano, elle tenant la main gauche et chantant tandis que je papillonnais avec la droite… Il reste un Comedia dell’Amore (1) du 15 mars 1991 et des bandes enregistrées à la maison en 1979, c’est tout.

(1) Un d.m.i. Urgent Meeting (GRRR 2018)


 

Repost 0
22 novembre 2006 3 22 /11 /novembre /2006 14:03
Extrait du livre (page 202) de Bernard Gourbin (aux Editions Cheminements) :

La chanson engagée
"Crève salope!"

Durant les chaudes journées de Mai 68, un petit jeune gratteur de guitare aux cheveux longs hante les amphis de la Sorbonne et chante Crève salope à l'adresse des étudiants grévistes. Un titre de sa composition dont la collection "Les plus belles chansons françaises" nous apprend qu'il ne figure plus, pour l'instant, à son répertoire.
Ce jeune espoir de la chanson s'appelle Renaud. Il n'a encore que 16 ans.
La révolution est dans l'air, certains titres veulent marquer la fin d'une époque. Guy Béart chante une chanson visionnaire car écrite avnt les évènements, elle s'appelle Le Grand chambardement. Claude Nougaro n'est pas en reste avec Paris mai. Philippe Clay colle au terrain avec Mes Universités. Léo Ferré chante Les Anarchistes. Violaine, pacifiste convaincue, crie Cessez la guerre... seulement le temps d'un été. Dominique Grange est, sans conteste, la plus révolutionnaire de toutes. Le disque de sa chanson A bas l'état policier est vendu 3 F dans les manifestations. C'est dire que la vente va s'arrêter bientôt. Colette Magny, l'interprète de Melocoton - son seul succès commercial - n'est pas moins engagée. Après des débuts en 1958, à 36 ans, elle se fait connaître en avril 1963 en assurant la première partie de Sulvie Vartan à l'Olympia aux côtés de Pierre Vassiliu et Aldo maccione. Mais aux belles salles et aux honneurs, elle préfère les MJC pour s'adresseraux militants de gauche, exalter la révolution cubaine et prêcher la paix au Vietnam.

Repost 0
12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 08:45

Article publié le 12/11/2006 sur le site de Guy Darol :

Magnyb.jpg

J'ai rencontré Colette Magny (1926-1997) au début des années 1970 alors qu'elle habitait rue de Flandres, à Paris. Elle a beaucoup inventé et beaucoup protesté. Avec justesse et grand talent. Sa voix forte nous manque et l'on est soulagé de savoir que son nom est désormais porté en étendard. Notamment par Rocé.

Lorsque Frédéric Goaty me demanda quelques portraits de femmes pour le dossier Ainsi soient-elles du numéro 8 de Muziq (actuellement dans les kiosques), j'ai immédiatement pensé à Colette Magny. Immense mais rarement célébrée, il fallait marquer le coup. L'occasion était belle.

A la parution de Muziq, un lecteur a manifesté son enthousiasme pour la chanteuse. Mieux : il rappelait des souvenirs. Philippe Vidal a bien connu Colette Magny. En voisin et en fervent. Voici le courriel qu'il m'adressa.


thumb_MUZIQ_8_LE_20_OCTOBRE__2.jpgBonjour,

Ça fait plaisir d’entendre parler de Colette Magny dans la presse musicale, et c’est tout à l’honneur de Muziq de ne pas l’oublier et de la réunir fort justement à Bessie, Billie, Ella. En effet, ce n’est pas parce qu’elle ne passait pas à la télé qu’elle ne soutient pas la comparaison. Ses disques sont là pour en témoigner.

Voici quelques infos complémentaires qui vous intéresseront peut-être, à moins que vous ne les connaissiez déjà, auquel cas je m’excuse par avance de la répétition. Vous écrivez que la « journaliste chantante » est partie s’installer du côté de Saint-Antonin-Noble-Val. C’était plus exactement à une dizaine de kilomètres de là, au hameau de Selgues, sur la commune de Verfeil-sur-Seye, qui compte à l’heure actuelle trois centaines d’habitants. On peut dire que Colette Magny n’aura pas fait le voyage pour rien : vers la fin des années 80, alors qu’elle avait déjà de grandes difficultés à se déplacer, il a été possible un soir d’été de lui monter une scène et une sono pour qu’elle chante, entourée de jeunes musiciens pros originaires du village : l’accordéoniste-batteur Didier Brassac et le souffleur François Chambert. Un an plus tard, au même endroit et toujours grâce à elle je suppose, il y avait Paco Ibañez, et la lente extinction de ce village du Rouergue était enrayée grâce à l’association locale Act’2 et au festival Des Croches et la Lune installé pour un long week-end en août au cœur du village. La 19ème édition a eu lieu cet été. Au fil des ans on a eu droit à Mama Béa Tekielski, Allain Leprest, Bernardo Sandoval, Mano Solo, le Workshop de Lyon, Bïa, Jehan, les Wampas, Dick Annegarn, Raul Barboza, Bratsch, et beaucoup d’artistes de Midi-Pyrénées… Et surtout, on ou off, des artistes sont venus à Verfeil, s’y sont plu (souvent), installés (parfois), y vivent et y travaillent maintenant.

Là-bas, la mémoire de Colette Magny et ses chansons font partie du paysage de manière plutôt discrète, informelle, et pour tout dire allant de soi. En 2005 la boucle s’est bouclée une première fois quand la compagnie Okamzik (de Bordeaux je crois) est venue conclure le festival en créant son spectacle sur les chansons de Colette Magny. Quatre jeunes musiciens (chant, sax, flûte, guitare) et un pianiste-arrangeur-directeur artistique – je n’ai pas les noms – pour un moment exceptionnel, je pèse mes mots, de recherche et de qualité musicale, d’engagement scénique, de générosité, d’émotion pleine et sincère de part et d’autre de la rampe.

Les disques de Colette Magny ne ressortiront ni pour les dix ans de sa mort, ni pour son centenaire ni pour un quelconque jalon de ce genre, mais comme pour Jehan Jonas, Bernard Dimey et d’autres, il y aura bien sur le terrain, loin des écrans et des célébrations, des inconnus pour que les mots, les notes, ne s’éteignent pas tout à fait. Sans oublier Muziq N° 8 !

Cordialement,

Ph. Vidal

 

 

Repost 0
27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 16:26

Article paru dans Muziq n°8 Novembre-décembre 2006 :

Voix ultime de la protestation charriant les révoltes, Colette Magny (1926-1997), s’est toujours absentée du système au point de tenir à l’écart ceux qui voulaient augmenter son prestige. Au début des années 70, elle m’avait invitée rue de Flandres, dans le petit appartement parisien qu’elle occupa longtemps avant de prendre la tangente du côté de Saint-Antonin-Noble-Val, aux confins de l’Albigeois et du Quercy. Notre conversation, enregistrée sur un magnétophone à bandes, devait paraître dans Gulliver, un mensuel de contre-culture dirigé par André Bercoff. Je voulais élucider le singulier parcours qui mène une dactylo de l’UNESCO au blues le plus radical, en passant par l’Olympia dont elle partage la scène avec Sylvie Vartan. Il me fallait tracer une chronologie. Cette tentative fut un fiasco. Colette Magny s’évadait lorsque mes questions la frôlaient. Elle préférait évoquer les saloperies et comment en finir avec l’oppression en organisant une grève générale mondiale. Concernant ses projets, elle m’annonça (et son visage s’était illuminé) qu’elle désirait convaincre Léo Ferré d’enregistrer un album duettiste. Imaginez l’explosive aria qu’un tel alliage aurait pu susciter.  L’entretien ne parut jamais. Colette Magny s’étant opposé à cette publicité qu’elle jugeait dérisoire.

Elle a 35 ans lorsqu’elle débute en chanson sur le continent Contrescarpe. Sa voix de cyclone souffle les incantations félines de Bessie Smith, un blues prolétaire qui ne pleure pas les amours vaincues mais l’horreur des puissants. Un premier 45 tours publié en 1963 grave un poème de Rainer Maria Rilke et « Melocoton », air poignant dédié à l’enfance. Colette Magny tient le tube qui ouvre les portes mais elle ne cherche pas les falbalas. Ses chansons serviront à évoquer la situation au Vietnam au moment des bombes Nixon. Elles documentent la réalité du Chili après le coup d’état d’Augusto Pinochet et de la CIA contre la coalition d’Allende. Sur les pochettes de ses albums : Che Guevara, Hô Chi Minh…

Passer à la radio ou à la télévision, du moment qu’on ne lui demande pas de se promouvoir, elle ne dit pas non. Les médias ne lui feront pas de cadeaux. À l’ORTF, ses disques sont rayés au stylet. Interdite d’antenne, censurée, y compris par les ayants droits d’Antonin Artaud, lorsqu’en 1981, elle rendra hommage au Mômo, Colette Magny n’en continue pas moins son travail de «journaliste chantante », une locution qu’elle s’est choisie pour faire taire ceux qui la traitent d’artiste engagée.

Artiste, tout de même, le mot est juste. Car cette voix de la rue de Flandres qui aurait pu faire illusion sur les rives du Mississipi savait accrocher des mots sur la répression au Chili autant qu’empoigner l’auditeur avec des textes d’Antonio Machado ou de Pablo Neruda. Passeuse de « révoltes logiques » (Arthur Rimbaud), elle chante Louis Aragon et surtout Antonin Artaud qui a, dit-elle, « craché, vomi, excrémenté pour les enfants du monde ». Sa colère est artiste qui sait aller vers la beauté pour attirer l’attention de ceux qui se font sourds. Elle s’entoure de grands textes et de hauts musiciens, choisit le jazz pour retrouver le son des anciens rugissants. Autour d’elle : Claude Barthélémy, Raymond Boni, Patrice Caratini, Louis Sclavis, Henri Texier, François Tusques. Sa voix anti-impérialiste est sardanapalesque sur « Rap’ toi de là que je m’y mette », magnifique chanson-collage (un genre dont elle est assurément l’inspiratrice) avec quatuor à cordes. Ce blues-rap accompagne  14 autres titres sur Inédits 91, album payé de sa poche. Pionnière, en somme, dans l’éjection par les maisons de disques, Colette (qui se surnomme volontiers la pachyderme) n’a pas la courbure de vente nécessaire. Pèse pas  lourd sur la balance des hits planétaires.

En 1983, je me trouvais au Théâtre de la Ville. Le rideau se lève (façon de parler) sur une scène nue. Piano de cérémonie et Colette Magny au proscenium. Le concert débute par « Etude Op. 10 n°2 » de Frédéric Chopin, la « Révolutionnaire ». Anne-Marie Fijal aux touches. Je suis secoué de frissons. Colette Magny chante « Strange Fruit » et je crois voir des arbres chargés de pendus. Puis elle chante « You Go To My Head », « My Man », « All Of Me » et chacun de ces airs connus remplissent l’air d’ondes vraiment fraternelles. Ce soir-là, sans aucun doute, nous avons tous ressenti que ce cœur de femme gigantesque battait à l’unisson des divas. Nous pensions à Billie Holiday, à Ella Fitzgerald. Ses petites sœurs."

Guy Darol

Repost 0