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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 08:45

Article publié le 12/11/2006 sur le site de Guy Darol :

Magnyb.jpg

J'ai rencontré Colette Magny (1926-1997) au début des années 1970 alors qu'elle habitait rue de Flandres, à Paris. Elle a beaucoup inventé et beaucoup protesté. Avec justesse et grand talent. Sa voix forte nous manque et l'on est soulagé de savoir que son nom est désormais porté en étendard. Notamment par Rocé.

Lorsque Frédéric Goaty me demanda quelques portraits de femmes pour le dossier Ainsi soient-elles du numéro 8 de Muziq (actuellement dans les kiosques), j'ai immédiatement pensé à Colette Magny. Immense mais rarement célébrée, il fallait marquer le coup. L'occasion était belle.

A la parution de Muziq, un lecteur a manifesté son enthousiasme pour la chanteuse. Mieux : il rappelait des souvenirs. Philippe Vidal a bien connu Colette Magny. En voisin et en fervent. Voici le courriel qu'il m'adressa.


thumb_MUZIQ_8_LE_20_OCTOBRE__2.jpgBonjour,

Ça fait plaisir d’entendre parler de Colette Magny dans la presse musicale, et c’est tout à l’honneur de Muziq de ne pas l’oublier et de la réunir fort justement à Bessie, Billie, Ella. En effet, ce n’est pas parce qu’elle ne passait pas à la télé qu’elle ne soutient pas la comparaison. Ses disques sont là pour en témoigner.

Voici quelques infos complémentaires qui vous intéresseront peut-être, à moins que vous ne les connaissiez déjà, auquel cas je m’excuse par avance de la répétition. Vous écrivez que la « journaliste chantante » est partie s’installer du côté de Saint-Antonin-Noble-Val. C’était plus exactement à une dizaine de kilomètres de là, au hameau de Selgues, sur la commune de Verfeil-sur-Seye, qui compte à l’heure actuelle trois centaines d’habitants. On peut dire que Colette Magny n’aura pas fait le voyage pour rien : vers la fin des années 80, alors qu’elle avait déjà de grandes difficultés à se déplacer, il a été possible un soir d’été de lui monter une scène et une sono pour qu’elle chante, entourée de jeunes musiciens pros originaires du village : l’accordéoniste-batteur Didier Brassac et le souffleur François Chambert. Un an plus tard, au même endroit et toujours grâce à elle je suppose, il y avait Paco Ibañez, et la lente extinction de ce village du Rouergue était enrayée grâce à l’association locale Act’2 et au festival Des Croches et la Lune installé pour un long week-end en août au cœur du village. La 19ème édition a eu lieu cet été. Au fil des ans on a eu droit à Mama Béa Tekielski, Allain Leprest, Bernardo Sandoval, Mano Solo, le Workshop de Lyon, Bïa, Jehan, les Wampas, Dick Annegarn, Raul Barboza, Bratsch, et beaucoup d’artistes de Midi-Pyrénées… Et surtout, on ou off, des artistes sont venus à Verfeil, s’y sont plu (souvent), installés (parfois), y vivent et y travaillent maintenant.

Là-bas, la mémoire de Colette Magny et ses chansons font partie du paysage de manière plutôt discrète, informelle, et pour tout dire allant de soi. En 2005 la boucle s’est bouclée une première fois quand la compagnie Okamzik (de Bordeaux je crois) est venue conclure le festival en créant son spectacle sur les chansons de Colette Magny. Quatre jeunes musiciens (chant, sax, flûte, guitare) et un pianiste-arrangeur-directeur artistique – je n’ai pas les noms – pour un moment exceptionnel, je pèse mes mots, de recherche et de qualité musicale, d’engagement scénique, de générosité, d’émotion pleine et sincère de part et d’autre de la rampe.

Les disques de Colette Magny ne ressortiront ni pour les dix ans de sa mort, ni pour son centenaire ni pour un quelconque jalon de ce genre, mais comme pour Jehan Jonas, Bernard Dimey et d’autres, il y aura bien sur le terrain, loin des écrans et des célébrations, des inconnus pour que les mots, les notes, ne s’éteignent pas tout à fait. Sans oublier Muziq N° 8 !

Cordialement,

Ph. Vidal

 

 

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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 16:26

Article paru dans Muziq n°8 Novembre-décembre 2006 :

Voix ultime de la protestation charriant les révoltes, Colette Magny (1926-1997), s’est toujours absentée du système au point de tenir à l’écart ceux qui voulaient augmenter son prestige. Au début des années 70, elle m’avait invitée rue de Flandres, dans le petit appartement parisien qu’elle occupa longtemps avant de prendre la tangente du côté de Saint-Antonin-Noble-Val, aux confins de l’Albigeois et du Quercy. Notre conversation, enregistrée sur un magnétophone à bandes, devait paraître dans Gulliver, un mensuel de contre-culture dirigé par André Bercoff. Je voulais élucider le singulier parcours qui mène une dactylo de l’UNESCO au blues le plus radical, en passant par l’Olympia dont elle partage la scène avec Sylvie Vartan. Il me fallait tracer une chronologie. Cette tentative fut un fiasco. Colette Magny s’évadait lorsque mes questions la frôlaient. Elle préférait évoquer les saloperies et comment en finir avec l’oppression en organisant une grève générale mondiale. Concernant ses projets, elle m’annonça (et son visage s’était illuminé) qu’elle désirait convaincre Léo Ferré d’enregistrer un album duettiste. Imaginez l’explosive aria qu’un tel alliage aurait pu susciter.  L’entretien ne parut jamais. Colette Magny s’étant opposé à cette publicité qu’elle jugeait dérisoire.

Elle a 35 ans lorsqu’elle débute en chanson sur le continent Contrescarpe. Sa voix de cyclone souffle les incantations félines de Bessie Smith, un blues prolétaire qui ne pleure pas les amours vaincues mais l’horreur des puissants. Un premier 45 tours publié en 1963 grave un poème de Rainer Maria Rilke et « Melocoton », air poignant dédié à l’enfance. Colette Magny tient le tube qui ouvre les portes mais elle ne cherche pas les falbalas. Ses chansons serviront à évoquer la situation au Vietnam au moment des bombes Nixon. Elles documentent la réalité du Chili après le coup d’état d’Augusto Pinochet et de la CIA contre la coalition d’Allende. Sur les pochettes de ses albums : Che Guevara, Hô Chi Minh…

Passer à la radio ou à la télévision, du moment qu’on ne lui demande pas de se promouvoir, elle ne dit pas non. Les médias ne lui feront pas de cadeaux. À l’ORTF, ses disques sont rayés au stylet. Interdite d’antenne, censurée, y compris par les ayants droits d’Antonin Artaud, lorsqu’en 1981, elle rendra hommage au Mômo, Colette Magny n’en continue pas moins son travail de «journaliste chantante », une locution qu’elle s’est choisie pour faire taire ceux qui la traitent d’artiste engagée.

Artiste, tout de même, le mot est juste. Car cette voix de la rue de Flandres qui aurait pu faire illusion sur les rives du Mississipi savait accrocher des mots sur la répression au Chili autant qu’empoigner l’auditeur avec des textes d’Antonio Machado ou de Pablo Neruda. Passeuse de « révoltes logiques » (Arthur Rimbaud), elle chante Louis Aragon et surtout Antonin Artaud qui a, dit-elle, « craché, vomi, excrémenté pour les enfants du monde ». Sa colère est artiste qui sait aller vers la beauté pour attirer l’attention de ceux qui se font sourds. Elle s’entoure de grands textes et de hauts musiciens, choisit le jazz pour retrouver le son des anciens rugissants. Autour d’elle : Claude Barthélémy, Raymond Boni, Patrice Caratini, Louis Sclavis, Henri Texier, François Tusques. Sa voix anti-impérialiste est sardanapalesque sur « Rap’ toi de là que je m’y mette », magnifique chanson-collage (un genre dont elle est assurément l’inspiratrice) avec quatuor à cordes. Ce blues-rap accompagne  14 autres titres sur Inédits 91, album payé de sa poche. Pionnière, en somme, dans l’éjection par les maisons de disques, Colette (qui se surnomme volontiers la pachyderme) n’a pas la courbure de vente nécessaire. Pèse pas  lourd sur la balance des hits planétaires.

En 1983, je me trouvais au Théâtre de la Ville. Le rideau se lève (façon de parler) sur une scène nue. Piano de cérémonie et Colette Magny au proscenium. Le concert débute par « Etude Op. 10 n°2 » de Frédéric Chopin, la « Révolutionnaire ». Anne-Marie Fijal aux touches. Je suis secoué de frissons. Colette Magny chante « Strange Fruit » et je crois voir des arbres chargés de pendus. Puis elle chante « You Go To My Head », « My Man », « All Of Me » et chacun de ces airs connus remplissent l’air d’ondes vraiment fraternelles. Ce soir-là, sans aucun doute, nous avons tous ressenti que ce cœur de femme gigantesque battait à l’unisson des divas. Nous pensions à Billie Holiday, à Ella Fitzgerald. Ses petites sœurs."

Guy Darol

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25 octobre 2006 3 25 /10 /octobre /2006 12:07

D'après "Les cabarets de la rive gauche" de Gilles Schlesser (Ed. Archipel)

Au cabaret
Au cabaret
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1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 12:11
Extrait de l'ouvrage "Renaud, Un foulard rouge, blouson de cuir, etc. Construction d'un personnage social 1975-1996" de Régis Chevandier, page 31, Ed. L'Harmattan, Paris, 2006 :


Les années 68 furent bien en France le temps de la contestation. Si la manifestation la plus marquante en furent les deux mois de mai et juin 1968, ceux-ci s'insèrent dans une temporalité plus longue, qui commence en 1965, avec la mise en ballotage du général de Gaulle par François Mitterrand. La création des Comités Viêt-Nam fut un des ingrédients de cette période, par laquelle de nombreux jeunes découvrirent le monde du militantisme, comme Renaud le fit dans son lycée. La contestation s'exprime dans la rue et par des oeuvres culturelles. Le militantisme des guitares prît une ampleur inconnue jusque là, même si le Front Populaire en posa les prémices. Colette Magny en est un exemple parmi d'autres, elle qui tenta de révolutionner la musique pour servir un discours révolutionnaire violent. Des chanteurs comme François Béranger ou Maxime Le Forestier sont sans doute plus révélateurs. Ils conservèrent les bases classiques de la musique en n'étant subversifs que par les paroles.
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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 07:21
Extrait de l'intervention de Michaela Weiss, Universität Erlangen-Nürnberg ayant pour thème "Petite histoire de la chanson française contestataire du début du 20e siècle jusqu’au présent" exposée à l'occasion de l'Université 2006 du Centre culturel de Freiburg et du Bureau de Coopération Universitaire franco-allemand ("La chanson d'hier à aujourd'hui") :

L’envie d’une génération de changer le monde s’est manifesté en mai 68 dans la révolte des étudiants. On a redécouvert «L’internationale», Léo Ferré a vécu une seconde jeunesse avec des chansons politiques poétiques libertaires, et l’après-mai a vu quelques interprètes qui ne correspondaient pas du tout à la mode passée des jeunes du yé-yé. Le chanteur du moment était Evariste, un jeune scientifique de l’université de Vincennes qui se moquait de tout et de rien. Il a été le premier chanteur ayant produit un disque sous l’autogestion du Comité révolutionnaire d’agitation culturelle. L’enthousiasme du beau mois de mai évanoui, la carrière de ce jeune intellectuel a été sans lendemain. La mode hippie à la française a été plutôt apolitique et bon enfant dans la chanson, ni Michel Fugain ni Julien Clerc qui exprimaient la soif de la liberté ne faisaient vraiment peur. Des chanteurs d’un certain âge avec une conscience politique, et qui ne chantaient pas n’importe quoi pour plaire, se sont imposés peu après: Jean-Roger Caussimon, Serge Reggiani, Georges Moustaki. Colette Magny et François Béranger étaient des auteurs-compositeurs- interprètes qui se définissaient comme chanteurs de contestation. Même ignorés ou exclus des médias, ils ont attiré un grand public par leurs spectacles. Magny a chanté Cuba, la Guerre de Vietnam, la répression des grévistes en utilisant des formes expérimentales et avantgardistes dans ses longs textes en prose sur des musiques free jazz. D’une forme plus traditionnelle, Béranger a chanté la vie quotidienne et l’actualité politique. Il a même réussi à créer avec ses rythmes entraînants quelques tubes qui font «avaler» un sujet grave par une musique irrésistiblement légère.
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Published by - dans Etudes
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1 juillet 2006 6 01 /07 /juillet /2006 11:42

courvoisier.jpgSortie de l'album "Sillages " de Christiane Courvoisier chez Mistiroux Productions.

 

Elle interprète notamment Melocoton de Colette Magny, sur un arrangement de Pascal Berne.

  

 

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1 juin 2006 4 01 /06 /juin /2006 13:18

poesies.jpgParution d'un CD chez Gallimard (collection 40 ans de poésie) de : Tous Poètes ?

Sur ce CD, Colette Magny  interprète "Aurons-nous Point La Paix ?" (Colette Magny / Olivier de Magny)

 

Parmi les autres interprètes présents sur le CD : Michel Piccoli, André Velter, Nâzim Hikmet, Gérard Depardieu, Julie Brochen, Beñat Achiary,  Armand Gatti, Valérie Rouzeau, Serge Utgé-Royo, Philippe Leygnac,  Jacques Bonnaffé, Pablo Neruda, Elise Caron, Allen Ginsberg, Serge Essenine, Laurent Terzieff.

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1 avril 2006 6 01 /04 /avril /2006 08:51

l'aventure des femmesDans "L'aventure des femmes XXe-XXIe siècle" (Ed. Nathan), Florence Montreynaud retient "Melocoton" dans la page consacrée à l'année 1962 parmi les éléments marquants dans le domaine de la culture :

 

 

 

 

 

femmes-culture-1962

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23 mars 2006 4 23 /03 /mars /2006 17:55

okamzik1-s.jpgPrenant à bras le corps le répertoire de COLETTE MAGNY, les musiciens d'OKAMŽIK donnent une nouvelle vie aux textes de cette grande dame de la chanson engagée et expérimentale, qui nous a quittés en 1997. Tour à tour inquiète, revendicative et sereine, s'appropriant à l’occasion Artaud, Jacob, Hugo, Rilke, sa poésie manifeste une tendresse déchirée où le doute rôde, où la révolte s’impose avec sa part nécessaire de violence et de transcendance. OKAMŽIK propose une plongée dans un univers hautement énergétique, en état de rébellion permanente, où les tensions trouvent leur dépassement dans l’improvisation pure.
Avec Giani Casarotto, architecte-guitariste en sonorités rares et précises, Jean-François Petitjean, chamane aux doigts vif-argent pétrissant sans relâche son saxophone alto, Michaëla Slavikova, flûtiste à la présence souple et subtilement colorée, Jean-Louis Beydon, pianiste et accompagnateur en haute montagne, cime et roc sur lequel glisse la voix de Fabienne Gay, dont le chant semble être sorti des entrailles de la terre, charriant mots et mélodies, murmures et cris, râles et soupirs.

 

Café-Théâtre Le Pois Chiche à Lausanne
vendredi 24 mars 2006 et samedi 25 mars 2006 à 21h00
30 et 25 Frs

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 13:37

peuples.jpgExtraits de "Les peuples de l'art" de Joëlle Deniot et Alain Pessin paru aux Ed. L'Harmattan 01/01/2006 :

 

A partir des années 1970, dans un temps de basculement des forces sociales vers une politisation du privé, émergent des répertoires d'auteures-compositeures-interprètes faisant entendre une verve dissidente, "extravagante" sur le destin des femmes. Claire, Gribouille, Anne Sylvestre, Catherine Ribeiro, Anna, Pia, Colette Magny, Michèle Bernard, Brigitte Fontaine, Juliette éveillent une autre poétique. Toutes sont rattachées à la mémoire longue du chanter des femmes. Pourtant, entre les notes, entre les lignes flottent de nouvelles mélancolies, des rires décalés, une insolence... Dans ce chant renouvelé du genre, nous interogeons ce qu'il capte d'images d'un peuple féminin rêvant de sonorités politiques et musicales. Mais il s'agit là - à distance du grand public, le plus souvent - d'autres figures militantes du partage solidaire, d'évocations plus lettrées à référer au prisme des peuples opprimés du monde. (pp. 150-151)

 

Cette première génération de parolières-interprètes est contemporaine de l'émergence politique du féminisme. Leur chant, sans être strictement militant, est porté par ces débats publics. Colette Magny, Anna Prucnal, Claire mettent leur insolence dans le combat. En effet, c'est plutôt l'énergie d'une émotion étranglée par le sarcasme qui guide leur pas et leur voix. Il est vrai que la mise en dérision des servitudes et des pouvoirs, la maîtrise du rire critique - après le partage des larmes - le voyage dans la géométrie de l'absurde s'inscrivent bien en rupture sacrilège des règles du genre sexué de la pratique chansonnière. (p 170)

 

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