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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 14:48

Paru dans Le Parisien du 14/09/2007 sous le titre "Les champions de la participation" :


Les recordmen du nombre de participations à la Fête de l'Huma : l'accordéoniste et enfant de La Courneuve Marc Perrone, qui y a joué dix-sept fois, et, pour le contingent étranger, le mythique groupe chilien Quilapayun, qui a fait huit apparitions entre 1973 et 2004. Catherine Ribeiro détient le record des participations féminines avec sept concerts, de la grande scène aux petits stands, devant Isabelle Aubret. Arrivent ensuite Lavilliers, Nougaro, Alan Stivell et Manu Dibango (six fêtes), puis Le Forestier et Higelin (cinq). Les chanteuses militantes Colette Magny, Juliette Gréco, Sapho et Catherine Sauvage sont venues quatre fois. Comme Idir, Gilles Servat, Mouloudji et les Toulousains de Zebda. Johnny Clegg vient cette année pour la troisième fois et égale Léo Ferré. Jean Ferrat, curieusement, n'est venu que deux fois. Et Brassens n'y a jamais chanté.

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21 juillet 2007 6 21 /07 /juillet /2007 08:37

Extrait de l'article de Francis Marmande publié dans Le Monde du 21 juillet 2007, sous le titre "Même morts, les musiciens restent là, Kirk, Ayler, Coltrane..." :


Entretien avec Beñat Achiary, chanteur et directeur d'Errobiko Festibala, au Pays basque

Stature de pelotari, voix, puissance, tessiture, souplesse hors du commun, tempérament de sage oriental, Beñat Achiary pratique l'improvisation vocale comme les oiseaux du village basque d'Itxassou (Pyrénées-Atlantiques) le chant. Depuis onze ans, il y anime l'Errobiko Festibala.

Achiary connaît le répertoire traditionnel, des formes les plus archaïques aux chants de fête et de repas. Son style à lui est un long dialogue avec la poésie contemporaine, une réflexion de l'oralité. Qu'il s'exprime avec les musiciens improvisateurs risque-tout (Michel Portal, Bernard Lubat, Michel Doneda), avec les flamencos sensibles (Pedro Soler) ou les poètes essentiels (Edouard Glissant) n'a rien pour étonner. [...]

Vous considérez-vous comme un chanteur de jazz ?

Si l'on s'en tient aux étiquettes, non, c'est clair. Je chante des thèmes de jazz ( Django, de John Lewis, par exemple), mais je ne me suis pas développé comme un qui viendrait du vivier du jazz. Ça ne me gêne pas. Ceux avec qui je joue non plus.

Ceux qui croient que je ne le suis pas sont victimes de leurs filtres. Je viens d'enregistrer Avril parce qu'on l'a réalisé en avril dans les Landes, en sympathie avec cette pluie douce, obstinée, sur les feuilles. Le premier mot vient d'un chant de Basse-Navarre : « En avril, les nuits sont courtes et la petite lune se fait attendre. » Il s'agit de la séparation des amoureux, le dernier échange des regards.

Quel genre de travail doit-on engager dans l'improvisation telle que vous la pratiquez ?

En connaître beaucoup pour beaucoup oublier, abolir définitivement les barrières entre l'improvisation et l'interprétation, se souvenir, au sens de cette démarche - gogoratu - qui, dans la langue basque, désigne le geste de rendre présent, re-vivre, re-naître, donc, improviser toujours.

Les chanteurs populaires, ils ne le savent pas, font face au même processus. On chante toujours pour la première fois. Tout ce travail vise à ce que le chant advienne. En réalité, Artze le poète en parle très bien, « c'est le chant qui te choisit ».

Le chant qui te choisit : dans Avril, vous l'avez pris où ?

Femmes, hommes, Noirs, Blancs, le chant m'arrive, je remonte la piste, j'écoute toutes les versions que je peux trouver, et je parviens à l'éventualité de la mienne. De Colette Magny, j'ai repris The Meeting, l'hymne des Black Panthers, une conversation très placide entre un homme et une femme, leurs rêves, la perception de l'autre, les changements à venir, c'est très rare pour un hymne de parti. [...]

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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 07:15

Ci-après des photos de Cyril Moya prises lors du Festival Des croches et la Lune en 2007 :

 

expodes-croches.jpgDes-Lunes.jpg

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Published by Cyril Moya - dans Autour de l'oeuvre
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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 16:39

Page publiée sur le site Esprits nomades :
Magnyb.jpg
J'aim'rais être du pays où ce n'est pas le drapeau que l'on aime porter haut...J'aim'rais être du pays où c'est la pensée que l'on préfère comme drapeau...
 
Si Colette Magny n'avait pas fait don de sa voix aux opprimés elle aurait fait une éblouissante carrière comme chanteuse de blues et du reste. Mais voilà la Colette elle ne transigeait pas et sur les barricades de la chanson elle jetait ses pavés.
Ce n'était plus une chanteuse engagée mais une chanteuse citoyenne. Comme un hippopotame en colère elle fonçait sur les préjugés.
 
Elle pouvait réciter l'alphabet ou le bottin (pas mondain bien sûr), sa voix des plus profonds Mississipi enfouis en nous, rendait tout nécessaire et évident. D'ailleurs elle chantait "La marche", définition chantée du Larousse. Ou le petit Quinquin !
 
Chanteuse qui déménage, les vieux greniers des habitudes et des conventions, elle allait de l'avant, tête baissée, cœur ouvert. Maudissant les médias qui ne voyaient en elle qu'une négresse blanche chantant le blues et refusaient "la politique", c’est-à-dire la vie du citoyen dans la cité. Elle aura été de tous les combats, sans toujours beaucoup de lucidité, emportée par sa flamme révolutionnaire préférant les guillotines aux livres.
 
magny3.jpgElle était plus gauchiste qu'anarchiste et elle a eu ce mot merveilleux :
« Que faire ?
comme disait Lénine avant de déraper sur le verglas. » (Colette Magny).
 
Car Colette Magny c'était aussi un rire énorme, donc disproportionné.
 
Elle hurlait Antonin Artaud, fils d'une société suicidaire, elle empoignait Mélocoton. Elle chantait l'hymne des Blacks Panthers ou les arbres lourds de pendus de Strange Fruit, mais aussi dans le même souffle, et quel souffle, Verlaine sur une musique de Fauré, la Chanson de la plus haute Tour de Rimbaud et Louise Labbé. Et bien sûr Aragon et Hugo ! Mais aussi de simples lettres de grand-mère à sa fille. Le pouvoir émotionnel de sa voix n'a presque pas d'équivalent en France.
Elle m'a toujours fait penser à Odetta, chanteuse américaine aussi prégnante et émouvante. Colette Magny avait l'énergie dévastatrice de la colère et de l'amour.

Lui téléphoner vers la fin des années 1990 revenait à recevoir une bordée d'injures. On était tous coupables de l'avoir ainsi oubliée mais quelle gratitude de passer avec elles des heures au téléphone. Et elle faisait tout pour rendre tout engagement impossible. Elle vous parlait de l'injustice du monde mais aussi de ses peintures. Puis elle se repliait encore plus.
 
Du cordon sanitaire fait par tous pour l'empêcher d'être entendu par le peuple, de peur de la contagion et de la subversion. Ils ont bien réussi et la radio ne l'aura jamais quasiment diffusé, de peur de la maladie honteuse qui s'appelle la liberté.

Énorme elle devenait l'image de la déesse Terre qui parlait de ses entrailles par sa voix, elle se nommait elle-même le pachyderme et disait qu'elle en avait ras la trompe d e toutes ces saloperies. Sa voix était bouleversante, une des voix du siècle. Elle s'en foutait. Elle n'était pas contestataire, elle était révoltée.
"Je rêve d'une grève générale mondiale qui empêcherait de sévir les quelques monstrueux crétins ".

magny1.jpgElle devra se taire. Intègre jusqu'au fanatisme elle mettra sa vie en harmonie avec son chant.
" Si on ne me laisse pas chanter ce que je veux, je préfère me taire " .
Elle se tut et ses colères mémorables restaient à mijoter en elle.
 
Elle était tout entière dans sa soif de justice, de solidarité, de fraternité. Sa vie est peu connue. Née à Paris, elle travaille pendant 17 ans en tant que secrétaire dans un organisme international, l'Unesco, puis elle décide de se consacrer à la chanson. Elle se produit dans les cabarets en 1962, et en 1963 elle fait l'Olympia avec Claude François et Sylvie Vartan.
Mais ce n'était ni sa route ni sa vérité, et elle s'engage corps et voix pour la révolution, le tiers-mondisme, les mouvements ouvriers. Puissante était sa voix, puissante ses convictions, et il ne fallait pas oser la contredire, on prenait un coup de trompe.
 
Lancée dans le jazz le plus free, le rock progressif, l'improvisation bouillonnante, ou les ballades les plus nues, elle passait des chansons pour Titine bluesy à des imprécations contre la guerre du Vietnam ou du Chili, avec de terribles témoignages en chansons. Elle se mêlait aux forces vives du jazz (Workshop de Lyon, Texier, Raymond Boni, François Tusques....) en improvisant simple instrument vocal dans un grand tout.
 
Un jour elle en a eu marre et a claqué la porte, Colette s'est barré un 12 juin 1997. À nous de nous souvenir de cette folle énergie, de cette aventure vibrante qui a fait d'une secrétaire sans aucune formation musicale, la chanteuse la plus lyrique, la plus musicale de son temps. Tous les grands musiciens ont voulu l'accompagner. Et pourtant qui se souvient encore qu'elle était interdite de diffusion à la radio, et de sa fin misérable dans un hospice.
 
Elle aura inventé le blues blanc, sorte de Bessie Smith enragée. Elle était une montagne en marche.
 
"Colette Magny, c'était une grande. Elle aurait pu avoir une renommée plus importante, elle avait une grande aura, mais elle avait de grandes exigences, dans ses textes comme dans les musiques. Ce n'était pas de la chansonnette. Elle a choisi une voie originale, à elle, un peu en dehors de la chanson française." (Ferrat)

cmagny.jpg

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22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 12:22



Article paru dans le Jura Libertaire :

Résume l’esprit de ces implacables essais documentés dans un scopitone révolutionnaire sur une chanson originale de Colette Magny. Rappelons que, à l’époque comme aujourd’hui, il est interdit de tourner dans les usines et qu’il s’agit donc de plans volés, volés à la censure sociale, volés à la fatigue, volés au désespoir ordinaire qui s’attache à la condition ouvrière dans une société de contrôle.


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Présentation du film Rhodia 4/8 :

Réalisateurs : Groupe Medvekine de Sochaux
Producteur : ISKRA

 

Un jour de l’année 62, Colette Magny plaque son poste de secrétaire bilingue à l’OCDE. Comme La Suzanne de Classe de lutte, elle choisit soudain un autre chemin, sans trop savoir où il mène ; l’important, on le sait, est que ce chemin ait un cœur. La Magny, à trente-six ans frappés, va donc pousser la chanson sans avoir jamais appris la musique, sans même savoir tenir une guitare. Les destins s’inventent très bien. Passée une première phase de reconnaissance (signature chez CBS, un tube, Melocoton, Magny chante la Bretagne, les mineurs du Nord, Cuba, les Hibakushas d’Hiroshima (Vietnam 67) et rejoint tout naturellement, appelée par les membres du CCPO en 68, la grande aventure des Medvedkine. Dans Rhodia 4X8 sont reprises des images d’un film d’entreprise : puisqu’on interdit aux ouvriers de filmer leur travail, il faut jouer au plus fin : soit faire des images incognito, soit réemployer les images officielles… Avec la voix de Colette Magny, ce film donne un autre sens au travail en usine.

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7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 10:32

Le Journal du Mardi (Belgique) du 7 mai 2007 : 

Pour France3, c’était une bonne idée que de consacrer sa soirée du 26 mars dernier à un divertissement lié à l’actualité : Les Présidentielles en chansons.
Il s’agissait de retracer les épisodes-phares de la société française au travers de sa musique et de faire ressurgir dans nos mémoires les refrains écrits ou interprétés par Gilbert Bécaud, Jean Ferrat, Michel Sardou, Barbara, Georges Moustaki, Pierre Perret…

Ce 2 avril, l’hedo Télérama publie dans sa rubrique Ça va mieux en le disant une lettre d’un téléspectateur insatisfait : Bruno Ruiz (chanteur) de Toulouse y constate : « Ôtez-moi un doute : dans les années 70, les chanteurs engagés qui remplissaient les salles en France s’appelaient bien Bernard Lavilliers, Colette Magny, François Béranger, Francesca Solleville, Jacques Bertin ou Catherine Ribeiro ? Ils ne s’appelaient pas Jacques Dutronc, Gérard Lenorman, Michel Delpech ou Carlos ? Mais peut-être que pour son émission sur la chanson et les présidentielles, Christophe Hondelatte n’a pas pu trouver de documents les concernant à l’INA. En effet, sous Georges Pompidou et Giscard, tous ceux-là étaient interdits d’antenne ».

Des documents sur ces artistes engagés, il en existe certes, mais sans doute sont-ils moins nombreux et probablement de moins bonne facture que ceux qui illustrèrent l’émission de France3. Par exemple, une émouvante séquence consacrée à Colette Magny chantant en s’accompagnant au piano, peu de temps avant son décès, diffusé au cours d’un Cercle de Minuit présenté par Frédéric Mitterrand, le 13 octobre 1997.


Aucune télé en trois ans

Les censures subies par ces artistes « engagés » tant en France qu’en Belgique existent bel et bien. En voici deux assez caractérisques.

Chanteuse établie à Paris qui s’affirmait « marxiste », Catherine Ribeiro a sillonné, avec son groupe Alpes, le circuit des centres culturels de la Communauté française. Lorsqu’elle donna un concert, aujourd’hui légendaire, dans la Cathédrale St Michel et Gudule, le 16 décembre 1972, les envoyé spéciaux de la presse musicale hexagonale débarquèrent à Bruxelles : Best, Rock and Folk, etc. En 1976, avec Maxime Le Forestier, Alan Stivell, Michel Sardou et Serge Lama, elle sera l’une des cinq artistes de variété qui attireront le plus de spectateurs en concert en France. On peut s’inquiéter du fait que son nom ait quasi disparu de tous les hommages rendus aux artistes des années ’70 lorsqu’on découvre qu’en 1974 et 1975, elle donnera une moyenne de huit concerts par mois, ce qui lui permit de toucher plus de 70.000 spectateurs par an, auxquels il faut ajouter les publics de manifestations exceptionnelles : la Fête de l’Huma, Sigma Chanson, le Festival d’Avignon, etc.
Le public brassé en 1976 sera encore plus important, grâce à une tournée dans les villes universitaires. Qu’aurait été le succès de Catherine Ribeiro si les médias avaient simplement relayé son succès sur leurs antennes? Dans un document diffusé en 1976, la chanteuse s’interrogea sur le pourquoi de ce silence télé depuis plus de 3 ans. Jacques Vassal publie dans son livre « Français, si vous chantiez » (1), le fac-similé de la réponse qui lui fut apporté. Un renvoi à l’expéditeur de son document sur lequel était noté rageusement : « … Parce que cette sale rouge nous fait chier ».  Signé, de manière anonyme : « Les producteurs, les programmateurs, les réalisateurs».


La RTB (sans F) censure Colette Magny

Colette Magny était une  « Bessie Smith » française enragée dont les médias de masse ne popularisèrent que Melocoton, un titre peu représentatif de son œuvre. En 1973, à l’occasion d’un concert donné à l’ULB, elle fut censurée par la RTB (sans F à l’époque). Deux fois par semaine, la demi-heure qui prédédait le JT de début de soirée était consacrée à Sept sur sept, un agenda culturel en direct au cours duquel les chanteurs invités interprétaient un de leurs succès et répondaient à une interview. Les responsables de l’émission ne lui proposèrent que l’interprétation d’une chanson car : « … C’est trop politique. La tendance est trop marquée. En interview, cette femme ne va parler que de cela… On ne parle pas de politique dans notre émission ». Il est vrai qu’elle aurait pu expliquer pourquoi elle accompagnait Jean-Paul Sartre dans les usines en grève, sa guitare en bandoulière… ou pire : rendre hommage aux dockers en grève à Anvers (ce qu’elle fit lors de ce concert bruxellois). Plus d’un millier de personnes signèrent une pétition. Le communiqué diffusé à la presse précisait : « Tout autant que celles de Colette Magny, les chansons de Michel Sardou, de Sheila ou de Claude François sont politiques. Mais les thèmes diffèrent… pour les derniers, il s’agit de chanter l’amour, la famille, la patrie. Pour Magny, de dénoncer des injustices sociales et de soutenir des revendications populaires. Entre ces deux conceptions de la chanson, « Sept sur sept » a choisi et son choix ne la flatte guère ».      

Les lecteurs sont parfois plus aux aguets que bien des journalistes ! À propos de Colette Magny, le 6 juillet 1997, Le Monde publia un courrier signé Louis Soler de Paris : « … Elle est morte à 70 ans dans un oubli quasi total. Nos chaînes de télévision lui ont rendu hommage inattendu après l’avoir boycottée ou censurée pendant plus de trente ans. « Une des plus belles voix de la chanson française » nous a-t-on appris sur un ton navré. Ah bon ? ». En effet, TF1 avait consacré dans son 20H un reportage entier à l’annonce de la mort de la bluesman blanche, ce qui affirmait le talent de celle-ci (tout le monde n’a pas droit à pareil égard !) … et prouve donc rétroactivement qu’il y a bien eu boycott durant plusieurs dizaines d’années sur ladite la chaîne privée.


France 3 recycle les censures passées

Le divertissement Les Présidentielles en chansons ne fait sans doute pas consciemment œuvre de censure, mais il travestit l’histoire (relativement récente) de la chanson par manque d’investigation. Et si celle-ci avait été menée, l’audimat lui permettrait-il aujourd’hui de relayer ces artistes naguère plébicités en salles mais méconnus aujourd’hui de la plupart des gens puisque les télévisions recyclent essentiellement leurs émissions d’autrefois qui, elles, évitèrent de les programmer ?

Il s’agit donc de ce que Pascal Durand, professeur à la faculté de philosophie et lettres à l’Université de Liège, appelle dans son dernier ouvrage (2) la « censure invisible », celle qui, à force de surexposer certains faits ou personnages, en occulte d’autres qui mériteraient autant d’attention (Joe Dassin, Claude François… plutôt que François Béranger, Francesca Solleville, etc.). La conséquence de pareille pratique n’est pas anodine puisqu’elle contribue à inculquer auprès du public une vision du monde partiellement erronée. Et bien entendu, l’important, ici, n’est pas de tenter d’imposer certains « goûts » au public, mais plus simplement de tenter de faire prendre conscience à celui-ci qu’il lui est impossible de nous dire qu’il n’apprécie pas Magny ou Ribeiro… puisqu’il ne les a jamais entendues ! Il reste donc encore de la marge pour faire rayonner le droit au choix et le beau principe de la diversité culturelle.

  
Bernard HENNEBERT


(1)1976, Albin Michel.

(2)La censure invisible, Actes Sud.

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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 17:32

prouveze.jpgExtrait d'un article de Mireille Amiel intitulé "La politique au quotidien" paru dans Voisins Citoyens Méditerranée d'avril 2007 :


Pierre Prouvèze, jeune retraité de l'Education nationale, marié, deux enfants, administrateur du Centre Social de Frais Vallon, mille occupations et autant de projets, pratique un militantisme constant et tranquille persuadé qu'il est que la politique ne se limite pas au droit de vote, mais exige une pratique quotidienne et déterminée.
[...]

Pierre Prouvèze a, entre autres choses, créé le “Groupe chantant”, dit “les amis de la chanson de l’évènement” et pour fêter les 30 ans du groupe, on prépare un film sur Colette Magny. Ils y travaillent depuis cinq ans. Cela s’appellera “Sur les pas de Colette magny”. En août 2007 à Verneuil sur Seilles, près de Montauban, se tiendra une chantante manifestation en mémoire de cette artiste.

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 10:06

Article de Hanson publié sur Sefonia le 06/03/2007 :

 

CM6.jpgPoussée par un caractère hors norme, Colette Magny a laissé, au travers de son parcours atypique, une image pour le moins vivace dans l'esprit des jeunes français ayant traversés les années 60 ainsi que la décennie suivante. Se remémorer sa silhouette imposante fait ressurgir des souvenirs qui esquissent les contours d'un personnage aux traits variant considérablement selon chacun. En effet, suivant les milieux dans lesquels les jeunes de cette génération évoluaient, l'image que chacun d'entre eux en garde ne manque pas de partialité, tronquant souvent purement et simplement au moins l'une des composantes constitutives de cette singulière artiste.

 

Après un succès populaire aussi fulgurant qu'éphémère en 1963 avec "Melocoton", son discours s'est rapidement radicalisé, s'aliénant au passage la vaste majorité de son public, en imprégnant ses textes des idéaux d'extrême gauche. Par la virulence de son discours, Colette Magny s'est tournée vers un tout autre public, celui-ci sensibilisé à cette corde politique qu'elle défendra, comme aucune autre, de sa voix puissante et soutenue par un coffre massif dessinant les lignes de sa carrure distinctive. Si d'aucuns gardent l'image d'une artiste censurée par les médias, la réalité fut certainement moins manichéenne. En effet, rares sont ceux qui se souviennent de Colette Magny comme d'une artiste ayant défriché de nouveaux horizons dans l'avant-garde en délaissant le format de la chanson populaire pour se plonger dans les recherches esthétiques du free jazz. Ce public qui lui-même a longtemps crié à la censure n'a peut-être pas nécessairement réussi à la suivre dans ses explorations musicales, confortant de facto les médias dans leur attitude d'ignorance à son égard. Incendiaire par son approche antimélodique et arythmique de la chanson à texte, elle fut l'une des rares artistes de son époque à chanter des textes littéraires selon une technique résolument orientée vers le free jazz, culminant dans cette approche avec le disque "Feu et rythme".

 

En 1970, à l'age de 44 ans, Colette Magny marque son entrée dans le monde du free jazz en rejoignant les contrebassistes Barre Phillips et Beb Guérin, que les impulsions artistiques respectives ont placé au centre de la spirale créatrice de cette nouvelle décennie. Malgré cette épuration apparente, de la prestance de Magny surgit une brutalité qui guette à chaque mesure, parfois sous-jacente, souvent explosive, malmenant, jusque dans les moments de calme relatif, l'auditeur, conscient de la versatilité de ces brefs instants d'apaisement. Le tempérament notoirement sanguin de Magny s'exprime sans retenue au travers d'interventions parfois déclamatoires, pour ensuite rejoindre une ligne mélodique prenant racine dans le blues, avec toute la force d'interprétation que son coffre était capable de véhiculer, pour ensuite exploser au travers d'acrobaties vocales d'une force incoercible. D'un point de vue historique, seulement cinq années se sont écoulées depuis les enregistrements de Patty Waters sur ESP, et pourtant, à l'écoute de "Feu et rythme", une génération semble séparer les deux chanteuses.

 

L'utilisation d'une palette de sonorités basées sur la mise en avant ou la création plus ou moins artificielle d'aspérités dans la langue française décale l'ensemble de l'interprétation vers un cadre à l'atmosphère extrêmement violente. Lorsque cette technique est utilisée à son paroxysme, l'unique contemporain de Colette Magny pouvant alors s'apparenter à elle, en terme d'intensité, semble être Keiji Haino. Au sein de son trio largement inspirée d'Albert Ayler, le jeune Haino avait substitué les éructions du saxophone par ses cris (Lost Aaraaf, PSFD18). L'exploration musicale côtoie également la musique contemporaine au cours de trois morceaux. Sous la direction du célèbre chef d'orchestre Diego Masson, alors fortement impliqué dans les travaux de Pierre Boulez et de Karlheinz Stockhausen, Colette Magny change d'orientation musicale, mais, force est de constater, avec beaucoup moins de succès.

 

L'un des aspects différenciant largement Colette Magny des autres chanteurs de free jazz de cette époque se situe dans l'effort porté sur les textes. Ces derniers ne sont plus un prétexte à l'utilisation de la voix dans un ensemble, mais bien une composante aussi importante que la musique elle-même. Puisant dans la littérature du Nouveau Monde, comme Pablo Neruda et LeRoi Jones, figure emblématique du Greenwich Village, ou encore revenant au patrimoine littéraire français avec Max Jacob, Colette Magny effectue un survol de la littérature engagée. C'est également avec une certaine audace que la définition de "La marche", publiée dans le Grand Larousse, est récitée selon une diction parfaitement antiacadémique. Parallèlement à ces adaptations libres, Magny a retranscrit et interprété des impressions suggérées par plusieurs peintures abstraites, reproduites dans la pochette du disque, offrant ainsi un assortiment de textes aux origines parfaitement distinctes et constituant un exercice de style intéressant et inhabituel.

D'un aspect certainement monolithique à l'oreille des différents publics étrangers aux musiques "exigeantes", une écoute attentive permet, en définitive, de percevoir la diversité des approches tant musicales que littéraires. Or c'est précisément cette attitude de tâtonnement artistique qui classe "Feu et rythme" parmi les très rares enregistrements réalisant une jonction entre le free jazz et la chanson à texte. Pourtant qui parle de tâtonnement évoque nécessairement l'hésitation des essais associés. Il est indéniable qu'au cours de l'écoute les différentes maladresses ne parviennent pas à se dissimuler, pouvant provoquer certain à jeter le discrédit sur le reste. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que Colette Magny mais également Barre Phillips et Beb Guerin ont eu l'immense mérite de s'être attaqué à une facette du free jazz terriblement sous représentée en dépit du potentiel pharamineux qu'elle possède intrinsèquement. De plus la puissance des interprétations et la force de conviction, émanant de bon nombre de titres, assurent une certaine pérennité à ces enregistrements. Figurant comme l'un des rares représentants de cette voie musicale, "Feu et rythme" se place dès lors comme un jalon dans l'histoire des expérimentations françaises liées au jazz.


Eléments de discographie sélective
Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Répression" (1972, Le Chant du Monde)
Colette Magny "Visage-village" (1977, Le Chant du Monde)

Ouvertures discographiques portant sur la thématique "Textes déclamés dans un contexte free jazz"
Lost Aaraaf (enregistré en 1971, sorti en 1991, PSF)
Première formation de Keiji Haino librement inspirée d'Albert Ayler. Document historique des débuts d'Haino offrant quelques textes mi-braillés mi-chantés en japonais selon une approche où la frontière entre le free jazz et la performance est extrêmement ténue.

Colette Magny "Feu et rythme" (1970, Le Chant du Monde)

Sunny Murray Octet "Swing unit" (1968, Shandar)
Formation d'un jour ayant réuni, dans les locaux de l'ORTF à Paris, les pontes du free jazz américain et français (Sunny Murray, Michel Portal, Beb Guérin,…). La deuxième face du disque offre un tapis musical à Hart Leroy Bibbs pour la récitation de l'un de ses textes.

Woorden "Woorden" (196?, Omega)
Formation néerlandaise de free jazz s'appuyant sur des réflexions déclamées et des poèmes en hollandais ainsi qu'en anglais. Ayant enregistré l'un des plus anciens documents européens de cette mouvance, elle représente un maillon important dans le développement du free jazz néerlandais.
 

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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 12:18

Entretemps.gifExtrait de l'article d'Emmanuel Wallon paru dans Une histoire du spectacle militant, Théâtre et cinéma militants, (1966-1981), sous la direction de Christian Biet et Olivier Neveux, L’Entretemps (avec le soutien de l’Université Paris XNanterre), Vic-la-Gardiole, 2007 :

 

Le goût de la fête et le sens du collectif sont mis à l’honneur lors des rassemblements militants, que ce soit pour protester contre l’extension d’un camp militaire aux côtés des paysans du Larzac, pour soutenir le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), ou pour renflouer les caisses de Politique Hebdo, du PSU et de LO. Celles-ci offrent une scène moins confidentielle que les cafés-théâtres à la protest song à la française qui abonde alors en talents, de Colette Magny (Répression, 1972) à Anne Sylvestre (Non, tu n’as pas de nom, 1974), des doux d’Imago (Folle avoine) aux durs de Trust (Antisocial,1980), de Roger Siffert l’Alsacien à Gilles Servat le Breton, sans oublier le Catalan Lluis LLach et les groupes d’exilés chiliens. Dans la France de La Carmagnole et de L’Internationale, de Georges Brassens et de Léo Ferré, la
tradition de la chanson frondeuse est assez généreuse pour absorber des refrains radicaux. Parachutiste de Maxime Leforestier (1972), ou Les barbares de Bernard Lavilliers (1976) s’inscrivent dans une longue lignée, de Béranger (Pierre-Jean, 1780-1857), moquant La censure (1814) et Les chantres des paroisses (1817), à Béranger (François, 1937-2003), fredonnant L’alternative (1975) ou Mamadou m’a dit (1979). De même l’extrême-gauche accueille-t-elle avec ferveur dans ses rassemblements les images du cinéma militant, entre autres les films des groupes Medvekine (1967-1974), animés par Pol Cèbe avec l’aide de la coopérative Slon, fondée par Chris Marker.

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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 13:17

free-harmattan.jpgExtrait du livre "Free jazz, la catastrophe féconde"  (page 209) de Jedediah Slower, paru aux éditions l'Harmattan en février 2007 :


A partir de mai 1968, l'usage de textes devient une pratique fréquente de l'esthétique de François Tusques. Lorsqu'il travaille début 1969 avec Sunny Murray, le poète afro-américain Hart Leroy Bibbs les accompagne souvent, déclamant des poèmes de révolte, ou bien criant, hurlant sur des séquences d'improvisation collective. Les textes sont pour Tusques et d'autres un moyen efficace de faire signifier politiquement et précisément leurs intentions à travers l'oeuvre : c'est ce que le pianiste fait avec son interprétation de la mort d'Albert Ayler. De même, il accompagne fréquemment la chanteuse Colette Magny, avec Beb Guérin notamment. Celle-ci enregistre également un disque avec le Free Jazz Workshop de Lyon, et effectue souvent des tournées avec des musiciens comme Beb Guérin ou Henri Texier. Colette Magny n'est pas la seule à faire ce type de croisements musicaux à partir de 1968 : Brigitte Fontaine et Areski, Jacques Higelin et Claude Nougaro jouent ou enregistrent avec des musiciens de la New Thing.

 

 

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