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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 15:50

Critique de disque publiée le 01/09/2008 sur PlanetGong :

 

 

melocoton1Colette Magny -
Melocoton
(1965 ; CBS) - réédition CD : Sony-Versailles.

  

Au rayon des grands oubliés de l'histoire, Colette Magny tient une place à part. Cette artiste française (dont le seul succès fut « Melocoton », sorti en 45 tours en 1963) a été magnifiquement ignorée par les médias pendant toute sa carrière de chanteuse et d'artiste engagée. Alors que les plus aventureuses des télévisions et des radios se contentaient de diffuser les disques de la génération yé-yé (une gloire musicale de plus à mettre à l'actif de notre hexagone), Magny a sorti en 1965 un des meilleurs disques de chanson française de la décennie.
 

La chanson titre, qui prend la forme d'une mystérieuse comptine, ouvre l'album et prépare l'auditeur au style de Colette Magny : une voix à l'expressivité unique et une instrumentation délicate qui ne peuvent laisser personne indifférent. Comme Ferré et Brassens avant elle, Magny avait fait le choix de mettre en musique les textes de grands poètes : Hugo, Rimbaud, Aragon. Ainsi, sur « Les Tuileries » de Hugo (dont le texte fut plagié sans vergogne par Lavilliers), Magny livre une interprétation extraordinaire qui donne un relief particulier au texte (« Nous sommes deux drôles, aux larges épaules / Deux joyeux bandits / Sachant rire et battre / Mangeant comme quatre / Buvant comme dix. Quand, vidant des litres / Nous cognons aux vitres / De l'estaminet / Le bourgeois difforme / Tremble en uniforme / Sous son gros bonnet. »). Un peu plus loin, c'est une adaptation d'un poème de Rimbaud qui est donnée avec un minimalisme et une justesse remarquables : seuls une batterie, un orgue et quelques claquements de mains accompagnent la voix de Magny (« Chanson de la plus haute tour »).

 

De sa voix puissante, Magny se permet de reprendre des morceaux issus de la musique noire-américaine : « Saint James Infirmary », « Any Woman's Blues », et « Didn't My Lord Deliver Daniel » ; les arrangements sont soignés, la rythmique implacable, et le jeu de trompette traumatisant sur les deux premiers morceaux (des classiques de blues, repris avec une qualité inégalée de ce côté de l'Atlantique). En effet, Magny ne se cantonne pas à interpréter des poèmes d'auteurs francophones, et ses adaptations d'Antonio Machado (« J'ai suivi beaucoup de chemins ») et de Rainer Maria Mike (« Heure Grave ») sont bouleversantes. Sur ces morceaux, la voix forte de Magny transcende les textes : « J'ai suivi beaucoup de chemines / J'ai ouvert de nombreux sentiers / J'ai navigué sur cent mers / Et abordé cent rivages. Partout, j'ai vu des caravanes de tristesse / De superbes et mélancoliques ivrognes / A l'ombre noire... »

 

Le retour à un texte de Hugo (« Chanson en Canot »), appuyé par un clavecin génial, est prodigieux : « Ne venez point où nous sommes troubler la fête des yeux doux / Je ne veux savoir où vous êtes / Qu'afin de tâcher d'être ailleurs... ». Le dernière grande chanson du disque est « Richard II Quarante », un pur moment de grâce où la voix de Magny donne sa pleine mesure : « La patrie est comme une barque qu'abandonnèrent ses haleurs, et je ressemble à ce monarque plus malheureux que le malheur ». Quant au dernier morceau, « Co-opération », il s'ouvre sur ces phrases d'une désespérante évidence : « Les cris qui se savent inécoutés, en voilà un horrible silence... Tu peux pleurer, tu peux crier tu peux vomir, tu ne sauras jamais pourquoi tu es né(e) ».

 

Morte dans une indifférence quasi-générale en 1997, Colette Magny n'a jamais eu la place que son talent aurait dû lui assurer dans le monde de la musique francophone... Heureusement, il reste pour toujours ce disque prodigieux et sans équivalent, à (re)découvrir d'urgence.

 
Liste des chansons :


1. Melocoton (Colette Magny) *
2. Les Tuileries (Victor Hugo - Colette Magny) *
3. Monangamba (António Jacinto - Colette Magny)
4. Rock me more and more (J. Davis - A. Carven)
5. Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud - Colette Magny) *
6. La Terre acquise (Colette Magny) 
7. Saint-James Infirmary (Irving Mills alias « Joe Primrose ») *
8. Any woman's blues (Traditionnel américain)
9. Heure grave (Rainer Maria Rilke - Colette Magny) *
10. J'ai suivi beaucoup de chemins (Antonio Machado - Colette Magny) *
11. Didn't my Lord deliver Daniel (traditionnel nord-américain)
12. Chanson en canot (Victor Hugo - Colette Magny) *
13. Richard II Quarante (Louis Aragon - Colette Magny) *
14. Co-opération (Colette Magny)
COLETTE-MAGNY-EP-2.jpg

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 12:22
Dans le film de Marie Audigier, réalisé dans le cadre de l’exposition «La Bande son de mai 68», présentée par la mairie du 18e à Paris, Georges Moustaki témoigne :

" Les chansons les plus marquantes de cette époque ont été écrites et chantées par Colette Magny, qui était d'abord une merveilleuse chanteuse, un bel esprit et un bon compositeur qui a fait les chansons les plus intenses par rapport à ce qui se passait en Mai 68".

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 08:06
Extraits du livre "L'underground musical en France" de Eric Deshayes et Dominique Grimaud (Ed. Le mot et le reste, 2008) :

Le 22 juin 1963, lors de La Nuit de la Nation, un concert gratuit organisé par SLC, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Richard Anthony et Danyel Gérard chantent devant une foule de 150000 jeunes, le premier rassemblement d'une telle ampleur. Ce mouvement de jeunesse n'a qu'un seul but, se divertir, dévier son attention des réalités grises. Les yé-yé éludent les "opérations de maintien de l'ordre" dans la province française d'Afrique du Nord, une guerre d'Algérie qui ne dit pas son nom et prend fin en 1962. Cette année-là, Colette Magny est choquée par un combat de rue sous sa fenêtre entre partisans de l'Algérie française et membres du FLN, choc qui est à l'origine de sa prise de conscience politique. L'année suivante, elle enregistre un premier 45 tours pour CBS, Melocoton, dans son style "blues" très personnel. Premier 45 tours et premiser succès, en avril 1963, elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Mais le "blues" de Colette Magny, expression directe d'une conscience politique profonde, passe de moins en moins bien auprès de CBS, d'autant qu'elle pense alors enregistrer une chanson intitulée "Le mal de vivre (Cuba)". Le contrat n'est pas prolongé. [page 13]

Au début des années soixante, trois chanteuses sont pressenties pour devenir des icônes ou des idôles, comme on disait à l'époque de la chanson française, mais vont refuser cette voie toute tracée et perndre des chemins opposés. Elles ne vont en faire qu'à leur tête ! [page 141] [...] Dès la fin des années soixante, Colette Magny, Catherine Ribeiro avec Alpes et Brigitte Fontaine auront réussi à imposer leurs visions singulières en se détachant d'une approche "chansonnière" [page 146].


En 1962, Colette Magny laisse derrière elle dix-sept années de secrétariat à l'OCDE pour un engagement d'une semaine au cabaret parisien, La Contrescarpe. Dès 1963, son premier EP "Melocoton" publié par CBS, est couronné de succès et elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Le show-biz perçoit bien en elle une héritière de Bessie Smith et Billie Holiday mais oublie un peu vite que le blues est l'expression d'une complainte sociale, d'une réalité brute. De surcroît, Colette Magny, est consciente d'avoir une voix très singulière, paraiassant souvent un peu à côté, et n'a pas l'intention de se laisser enfermer dans un quelconque registre. En 1964, elle enregistre avec l'orchestre de François Tusques, toujours pour la firme américaine CBS qui ensuite ne reconduit pas son contrat. Elle compte en effet évoquer la question cubaine dans son prochain disque. "Le Mal de vivre (Cuba)" sera publié en 1965 par Le Chant du Monde, orné d'un portrait plein cadre de Fidel Castro. Suit le glaçant "Bura-Bura" sur les rescapés d'Hiroshima, alors que l'Etat français procède à ses premiers essais nucléaires aériens en Polynésie, un titre extrait du 33 tous, Avec, publié sur le label Mouloudji en 1966 et élaboré avec André Almuro au GRM. Dorénavant, et ce jusqu'au début des années quatre-vingt, tous ses albums seront publiés par Le Chant du Monde. Avec les albums Viêtnam 67 et Magny 68/69 priorité est donnée aux textes chantés, parlés, gueulés selon un phrasé très libre, des textes devenant de véritables reportages de piquets de grève. Avec Feu et Rythme en 1970, l'équilibre entre le politique et l'artistique est retrouvé pour atteindre un sommet créatif. Accompagnée de deux contrebassistes, Barre Philips et Beb Guérin, et de l'orchestre de Diego Masson sur certains titres, Colette Magny révèle une maîtrise foudroyante, avec un naturel déconcertant, de toutes ses possibilités vocales et donne corps à un album de la trempe d'un Freedom Now ! Suite de Max Roach et Abbey Lincoln. En concerts, lors de festivals pop ou free, dans des usines, sur les marchés, la voix imposante de Colette Magny devient même tonitruante, le militantisme rageur prenant largement le pas sur la rigueur de la rime. Elle prend fait  et cause pour la lutte des Noirs-américains, travaillant sur des articles consacrés au Black Panthers Party pour une tournée et un disque, Répression. Ce dernier, enregistré en 1972, avec la formation de François Tusques, est également très bon, répousant cette fois un peu plus la Great Black Music. Durant ces années, elle sera aussi accompagnée sur scène de Henri Texier et de musiciens du Free Jazz Workshop de Lyon. En 1983, avec Chansons pour Titine, elle revient un peu au blues de ses débuts, reprenant des standards, mais aussi l'hymne des Black Panthers. Puis, sans maison de disques, elle crée son label Colette Magny Promotion et a recours à une souscription pour l'album Kevork en 1989 fabriqué et distribué par l'indépendant Scalen'disc. Installée dans le Tarn-et-Garonne, Colette Magny y est l'initiatrice du festival Des Croches et la Lune. Elle est décédée en 1997. [pages 141 à 144]
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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 12:04
affiche
Extrait de l'intervention "Migrantes et habitantes de la campagne : une implication « genrée » de l’artiste dans les dynamiques territoriales" de Laurence Garcia, à l'occasion du colloque international "Le développement culturel : un avenir pour les territoires ?" (3e rendez-vous de géographie culturelle, ethnologie et études culturelles en Languedoc-Roussillon) qui s'est tenu les 17 et 18 avril 2008 à l'Université de Nîmes :

Malgré une économie culturelle souvent frugale, les espaces ruraux, même les plus enclavés et reculés semblent toutefois être des espaces de prédilection au regard du foisonnement d’initiatives artistiques culturelles et de l’installation croissante d’artistes. L’approche empirique a voulu se saisir de ce paradoxe en se centrant au départ sur l’histoire d’un village rural français où l’installation d’une artiste de renom : Colette Magny, dans les années 70-80, a suscité une forte dynamique culturelle, et a contribué à en faire un territoire de référence pour les artistes.
En quelques mots, qui était Colette Magny ? :
Artiste renommée et connue internationalement, elle a été accompagnée par des grands noms du jazz, tout en refusant le rôle de « chanteuse de blues nationale ». S’impliquant personnellement dans ces contestations, elle a remis en question tant la forme et le fonds de son répertoire, que sa pratique professionnelle.
Par son engagement politique et poétique, le village dans lequel elle a vécu les vingt dernières années de sa vie, reste imprégné de sa présence. Si elle est entrée de ce fait dans la mémoire des lieux, y laissant des empreintes vivaces, elle n’est plus beaucoup dans les souvenirs. En effet, la plupart de ceux qui participent aujourd’hui à la dynamique culturelle et artistique du village, n’ont aucune référence au sujet de son passage dans ce village, ni sur son engagement poétique et politique. Pourtant, sa contribution à la dynamique artistique et culturelle dans ces lieux est régulièrement évoquée et étroitement corrélée à sa rencontre avec les habitants.
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Published by - dans Etudes
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 09:34

Annie-Ernaux-Les-Annees.gifDans son livre "Les années" (Ed. Gallimard), à la page 113, Annie Ernaux résume ainsi l'année 1968 :

 

On expérimentait la grammaire structurale, les champs sémantiques et les isotopies, la pédagogie Freinet. On abandonnait Corneille et Boileau pour Boris Vian, Ionesco, les chansons de Boby Lapointe et de Colette Magny, Pilote et la bande dessinée. On faisait écrire un roman, un journal, puisant dans l’hostilité des collègues qui s’étaient terrés en 68 dans la salle des profs et celle des parents criant au scandale parce qu’on faisait lire L‘Attrape-Cœur et Les Petits Enfants du siècle un surcroît de persévérance.
On sortait des débats de deux heures sur la drogue, la pollution ou le racisme, dans une espèce d’ébriété avec, tout au fond de soi, le soupçon de n’avoir rien appris aux élèves, est-ce qu’on n’était pas en train de pédaler à côté du vélo, mais l’école de toute manière servait-elle à quelque chose. On sautait sans fin d’interrogation en interrogation.
Penser, parler, écrire, travailler, exister autrement : on estimait n’avoir rien à perdre de tout essayer.
1968 était la première année du monde.

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Published by Pierre Prouveze - dans Publications
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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 17:40

Témoignage de Tatiana Chambert publié sur Myspace :

 

Influences:
POURQUOI COLETTE MAGNY ? Depuis plusieurs années j’aime mêler théâtre et chanson, et je cherche de nouvelles formes. Et je découvre Colette MAGNY . Elle n’est pas de ma génération et pourtant… Moderne, contemporaine : une oeuvre toujours en mouvement, toujours menée “avec le coeur et les tripes”, dans une recherche constante et sans compromissions. Blues, variété, chanson engagée, humaniste, violente, surprenante, chanson-flot, parole brève... révolution de la chanson ! Un répertoire puissant, riche et varié qui permet des libertés, que l’on peut adapter à nos personnalités, à notre époque et à notre esthétique. J’ai eu le coup de foudre et suis allée à la rencontre de ses connaissances, de ses lieux, de son univers, et surtout, avec les musiciens qui sans cesse inventent, recréent, on la joue, on la chante à notre sauce.

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 13:13

D'après "Cent ans de chanson française (1907-2007)" de Louis-Jean Calvet (Ed. L'Archipel) :


Colette MAGNY
Paris, 1926-1997. Auteur-compositeur-interprète. Elle quitte à trente-six ans une situation stable dans un organisme international pour faire de la chanson. Se produit à la Contrescarpe, fait une apparition à la télévision grâce à Mireille, et passe avec Sylvie Vartan à l’Olympia, où elle séduit de façon inattendue le public venu entendre la jeune chanteuse yé-yé. Mais c'est la première et dernière fois qu'elle monte sur une grande scène parisienne. Un étrange mur de silence semble en effet l'entourer. On ne l'entend pratiquement jamais sur les ondes nationales, on ne la voit pas à la télévision : elle est considérée comme dangereuse par tout le monde. Par le pouvoir (elle chante Cuba, le socialisme, la révolution) comme par les communistes (elle a critiqué le rôle du Parti en Mai 68). Entre ces différents écueils, elle poursuit cependant une œuvre remarquable, avec un engagement politique explicite (Viêtnam 67, Les Cages à tigre) mais surtout une recherche formelle poussée aussi loin qu'il est possible. La voix, le mot, la musique, tout est travaillé à l'extrême, et la chanson devient un tout qui ne doit plus rien à la bonne vieille structure carrée du couplet classique, même lorsqu'elle chante les poètes anciens (Louise Labé, Baise m'encor; Olivier de Magny, Aurons-nous point la paix ?). Elle écrit ainsi une sorte de chronique en blues de 1a France d'aujourd'hui, faisant intervenir des acteurs réels (À Saint-Nazaire, Chronique du Nord avec des grévistes, Pipi caca story; avec des enfants d'un IMP). Sur scène, sa présence (elle est ronde, énorme, immobile, « un pachyderme de sexe féminin », dit-elle) laisse pantois. Elle a inauguré un genre nouveau, le montage (le mot est faible, il y a là quelque chose des collages surréalistes). Mai 68 lui inspire en effet sa fresque sonore (Mai 68). En 1970, elle radicalise encore ses positions esthétiques avec Feu et Rythmes, allant jusqu'à chanter un article du dictionnaire (La Manche) : résultat indescriptible. Colette Magny a mieux que quiconque défini sa place : << Dans la famille coup de poing, il y a le père, Léo Ferré, la fille, Catherine Ribeiro, le fils, Bernard Lavilliers. Moi, je suis la mère. » Elle s'est entourée de complices chercheurs en sonorités : le Workshop free jazz pour Transit, le groupe Dharma pour Visage-village Il y a loin de ses débuts (Melocoton, fort belle chanson, son seul tube) à ses dernières œuvres, une route qu'elle a suivie sans détour et sans modèle, se frayant résolument son chemin, dans l'indifférence presque générale du show-biz. Elle a eu des héritières putatives (Catherine Ribeiro, Mama Béa...), mais la lignée semble être éteinte.

Une route sans détour et sans modèle
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 12:51

Critique de disque publiée sur le site Francomix :


Colette Magny - Melocoton (Sony/Versailles - 1997 réédition du 33 T CBS - 1964)
Melocoton
Les tuileries
Monangamba
Rock me more and more
Chanson de la plus haute tour
La terre acquise
Saint James infirmary
Any woman’s blues
Heure grave
J’ai suivi beaucoup de chemins
Didn’t my lord deliver Daniel
Chanson en canot
Richard II quarante
Co-operation 
   

      
Soyons honnêtes, pour nous tous le blues c’est l’Amérique. Pour nous, personne, à part les « ’Ricains » ne sait faire vibrer cette musique et nous faire vibrer avec cette musique. Normal vu ses racines. La regrettée et injustement méconnue chanteuse française Colette Magny, avec cet album « Melocoton », parmi d’autres, fait un bras d’honneur à nos préjugés et montre que le blues francophone n’est pas qu’une reprise du blues américain.

Colette Magny incarnait le blues et ses origines prolétaires par une vision du monde sans concession et la voix profonde de ceux qui n’ont rien. Colette Magny n’était pas une chanteuse de blues par hasard. Le blues était sa voie, sa vie et elle les assuma en 1963 en quittant son emploi administratif pour s’y consacrer jusqu’à sa mort en 1997.

Avec la même détermination tout au long de sa vie, Colette Magny a inlassablement et intensément chanté contre les dérives de l’argent, du pouvoir et de la politique qui étouffent des démocraties, tuent des peuples, provoquent des guerres dévastatrices et détruisent toute vie terrestre. Quarante ans plus tard, ses textes, comme ceux de l’écrivain français Antonin Artaud qu’elle a beaucoup chantés, n’ont pas pris une ride...
Ce choix de vie lui vaut d’ailleurs un baillonnement médiatique : censurée, ignorée par la radio, la production de ses albums a pu être chaotique.

Compositrice-auteur-interprète incomparable, Colette Magny tricotait avec les mots qu’elle chantait d’une voix profonde, aérienne ou saccadée et qui dévoilait son intimité.

Chaque morceau de l’album « Melocoton » tient en haleine. L’étirement sans fin de chaque mélopée nous fait nous languir de la suite. Les mots prennent ainsi tout leur sens et une dimension intemporelle et éternelle. « Melocoton », son seul succès commercial, où sa voix sublime les paroles, en est un parfait exemple.

Colette Magny, une chanteuse francophone à découvrir ou à réécouter d’urgence.

Anne Littardi  

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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 08:40

Article paru sur le site FrancoMix le 25 février 2008 :

 

 
melocoton.jpg(Sony/Versailles - 1997 réédition du 33 T CBS - 1964)
Melocoton
Les tuileries
Monangamba
Rock me more and more
Chanson de la plus haute tour
La terre acquise
Saint James infirmary
Any woman’s blues
Heure grave
J’ai suivi beaucoup de chemins
Didn’t my lord deliver Daniel
Chanson en canot
Richard II quarante
Co-operation
  
     
 

 

Soyons honnêtes, pour nous tous le blues c’est l’Amérique. Pour nous, personne, à part les « ’Ricains » ne sait faire vibrer cette musique et nous faire vibrer avec cette musique. Normal vu ses racines. La regrettée et injustement méconnue chanteuse française Colette Magny, avec cet album « Melocoton », parmi d’autres, fait un bras d’honneur à nos préjugés et montre que le blues francophone n’est pas qu’une reprise du blues américain.

Colette Magny incarnait le blues et ses origines prolétaires par une vision du monde sans concession et la voix profonde de ceux qui n’ont rien. Colette Magny n’était pas une chanteuse de blues par hasard. Le blues était sa voie, sa vie et elle les assuma en 1963 en quittant son emploi administratif pour s’y consacrer jusqu’à sa mort en 1997.

Avec la même détermination tout au long de sa vie, Colette Magny a inlassablement et intensément chanté contre les dérives de l’argent, du pouvoir et de la politique qui étouffent des démocraties, tuent des peuples, provoquent des guerres dévastatrices et détruisent toute vie terrestre. Quarante ans plus tard, ses textes, comme ceux de l’écrivain français Antonin Artaud qu’elle a beaucoup chantés, n’ont pas pris une ride...
Ce choix de vie lui vaut d’ailleurs un baillonnement médiatique : censurée, ignorée par la radio, la production de ses albums a pu être chaotique.

Compositrice-auteur-interprète incomparable, Colette Magny tricotait avec les mots qu’elle chantait d’une voix profonde, aérienne ou saccadée et qui dévoilait son intimité.

Chaque morceau de l’album « Melocoton » tient en haleine. L’étirement sans fin de chaque mélopée nous fait nous languir de la suite. Les mots prennent ainsi tout leur sens et une dimension intemporelle et éternelle. « Melocoton », son seul succès commercial, où sa voix sublime les paroles, en est un parfait exemple.

Colette Magny, une chanteuse francophone à découvrir ou à réécouter d’urgence.
     

Anne Littardi

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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 07:56

Texte de Pierre Prouvèze publié sur le site Entretemps :

 

Parler de MAI 68, c’est parler d’une époque révolue certes, mais de révolte, de rébellion, de révolution, de politique, d’engagement, de militance.

« Cependant certaines des affirmations qui ont été posées et activées durant cet événement semblent aujourd’hui réactivables » a avancé François NICOLAS dans sa présentation du colloque « Mai 68 et la musique » (CNR de Paris, avril 2008) :

 

« On considérait alors qu’il y avait trois Mondes :

·      Le monde capitaliste avait pour emblème les États-Unis ; d’où l’importance alors du mouvement des Noirs aux USA, selon les trois dimensions suivantes : Les Blacks Panthers, Le free-jazz, les sportifs noirs (boxe, athlétisme…).

·      Le monde socialiste avait pour emblème politique émancipateur la Chine, opposée à la puissance plus ancienne et bien installée de l’URSS.

Noter : ce n’était pas le cas pour Colette, ce qui la situe ailleurs.

Importance de la “révolution” à l’intérieur de la révolution, contre la bureaucratisation des pays socialistes…

·      Le Tiers-Monde, dont l’emblème politique était le Vietnam, engagé alors dans une guerre de libération, précisément contre l’emblème du premier monde (les États-Unis). Ce qui se passait dans le Tiers-Monde (Vietnam, Cuba, Bolivie…) avait des répercussions dans les deux autres mondes.

La France, aussi, était très différente » : de nombreuses usines employaient de nombreux ouvriers, avec de nombreuses luttes ouvrières.

« Pour couronner le tout, le Monde était différent, non seulement parce qu’il y avait “trois mondes”, mais aussi parce qu’il y avait l’idée et la conviction qu’“un autre Monde” était possible et nécessaire, que la situation connue par les uns et par les autres n’était pas inéluctable et que la marche vers “un autre Monde” constituait l’horizon réaliste de toute action politique… »

 

Colette MAGNY était / fut dans ce temps, dans son temps, dans la politique de son temps, notamment par le choix des différents « thèmes » de ses chansons.

La position de Colette MAGNY est à étudier de très près de ce point de vue à travers ses chansons. Colette MAGNY a été dans cet événement mais aussi avant et après.

 

1. Éléments de biographie de Colette MAGNY      

Avant qu’elle ne chante professionnellement                                                                           

À partir du moment où elle chante professionnellement                                                           

2. Chansons de Colette MAGNY avant Mai 68                                                                     

3. Chansons de Colette MAGNY avec Mai 68                                                                       

4. Chansons de Colette MAGNY après Mai 68 (1)                                                                

5. Chansons de Colette MAGNY après Mai 68 (2)                                                                

CONCLUSION                                                                                                                          

 

1. Éléments de biographie de Colette MAGNY
Avant qu’elle ne chante professionnellement
· Colette Magny est née à Paris (4°) en 1926. Sa vie fut celle des « GENS DE LA MOYENNE », ordinaire, apparemment sans souci. Elle rencontre Claude LUTER – proche de Sydney BECHET, du jazz New-Orleans, et de Mezz MEZZROW, - qui l’entend chanter le blues, lui dit de continuer et lui apprend à jouer d’une espèce de guitare à 3 cordes (triplet).

 

· Elle a un rapport privilégié avec la langue anglaise : elle travaillera plusieurs années, dans une usine de lunettes américaine, puis à la conférence des céréales du Grand Palais, enfin à l’OCDE de 1948 à 1962 comme secrétaire bilingue…

 

· Ce qui lui fera chanter le blues ? Toujours est-il qu’elle chantera de grands standards américains, notamment de Bessie SMITH, avec un excellent accent (BASIN STREET BLUES, DIDN’T…), et pas n’importe lequel mais le blues « de la dèche » « Grande voix qui n’avait rien à envier aux grandes chanteuses noires américaines », dira plus tard François TUSQUES. Elle n’est pas encore chanteuse professionnelle, elle n’a pas fait le saut, mais elle écrit aussi et chante ses chansons en présence de copains qui les trouvent parfois « anti-poétiques ». « Amenez moi des poètes ! » leur dira-t-elle. Ce qu’ils feront. Mais elle ne les choisira pas au hasard. Elle mettra en musique Aragon (RICHARD II QUARANTE), Rilke (HEURE GRAVE), Machado (J’AI CONNU TANT DE CHEMINS), Essenine, Hugo (LES TUILERIES, qu’Yves MONTAND chantera) à propos du monde, des gens, de la guerre.

Question : Anti-poésie, en premier : est-ce une forme d’engagement ?

 

· 1956 est l’année de sa découverte de la politique, de sa prise de conscience à propos de l’Algérie, sa révolution culturelle, son « chemin de Damas ». Un soir, elle voit l’attaque d’un meeting de « la gauche non communiste » sur la guerre d’Algérie par des opposants – visiblement d’extrême-droite – sous les yeux de la police qui n’intervient pas. Le lendemain elle cherchera en vain dans les journaux ce qu’elle a vu, elle les achète tous. À partir de là, elle lira tous les jours les journaux (4 H par jour), se tenant informée. C’était en 1956, elle avait 30 ans : c’était la guerre d’Algérie.

Question : Est-ce que ça lui inspirera ce qu’elle écrira en français (CO-OPÉRATION…) ?

À partir du moment où elle chante professionnellement
 

· En 1962, à l'âge de 36 ans, elle décide d’être chanteuse, elle saute le pas, elle se lance dans la chanson. Elle se produit un peu partout notamment à La Contrescarpe et elle obtient un succès en 1963 avec la chanson MELOCOTON, au « Petit Conservatoire de Mireille » qui la fera ainsi passer à la télé.

 

· Rencontre 1.- En 1963, j’avais 15 ans, un ami, me fait écouter un disque 45 Tours enregistré cette année-là. Je dis seulement : « Oh fan ! Quelle voix de chanteuse noire-américaine !» avant qu’il ne me montre le visage poupon laiteux de Colette MAGNY chantant « BASIN STREET BLUES » et « MELOCOTON »,.

 CM1.jpg

1963 - CBS 45 tours (ep) France-CG145 001

Basin street blues - Co-Opération /- Mélocoton - Nobody knows you when you're down and out

 

· On n’a connu pendant longtemps de Colette MAGNY que ses « reprises » de « blues » en anglais (Ella FITZGERALD, Bessie SMITH).  et « MELOCOTON », magnifique chanson de sa composition qui lui vaudra un succès immense à l’Olympia où elle volera la vedette à Sylvie VARTAN et Claude FRANCOIS dans "Les idoles des jeunes" entre le 04/04 et le 28/04 /1963 où elle sera programmée avec en plus des précédents :Pierre VASSILIU, Little EVA, Les TORNADOS.

 

CM7.jpgCBS – EP5622 - 1963

La ROSE DE RILKE – Dents de lait, Dents de loup - All of me – Why is a good man so hard to find.

 

 

 

 

 

 

2. Chansons de Colette MAGNY avant Mai 68
D’un côté elle écrit ce qui deviendra le succès : MÉLOCOTON. Mickey BAKER et CBS (sa boite de disque) lui demanderont de refaire des MÉLOCOTON, mais elle expliquera que ce qu’elle veut écrire, elle, c’est le quotidien, la vie, la peine des gens, le travail, les luttes… Ce qui lui vaudra les sarcasmes notamment de Mickey BAKER, guitariste américain qui l’accompagnait à ce moment-là : « Va faire tes (petites) chansons communistes qui ne rapporte(ro)nt pas un cens… ». Plus tard, agacée par les demandes incessantes de chanter toujours MÉLOCOTON, elle dira souvent : « Mélocoton est mort au Vietnam ! ».

De l’autre côté, elle écrivait déjà des chansons en formes de collage, des « chansons engagées ». Mon expérience m’avait fait croire qu’elle n’avait été chanteuse « engagée » qu’un fois connue – MÉLOCOTON ayant joué ce rôle par média interposé qui ne diffusait que cette chanson. Or, dès ce premier disque, avec MÉLOCOTON, en dehors de deux standards américains, il y a une chanson de sa composition : « CO-OPÉRATION » dont la forme fera dire à certains de ses amis que c’est « anti-poétique », car elle commence la chanson en citant les auteurs des citations qu’elle utilise ici, chose qui ne se faisait pas :

 

SARTRE, SUAREZ, CARLYLE, ALAIN,

 

Les cris qui se savent inécoutés enveloppent un horrible silence

Tu peux pleurer, tu peux crier, tu peux vomir,

Tu ne sauras jamais pourquoi tu es né

Tu peux gémir, tu peux cracher, tu peux maudire,

Tu ne sauras jamais pourquoi tu es né

Question : Déjà, elle dit des choses sur la vie, et prend des positions… Mais n’est-ce pas toute la chanson qui est comme ça ?

 

CM3.jpg1964 - CBS 30 cm : 62 416 - France - LES TUILERIES


Les tuileries - Monangamba - Rock me more and more - Chanson de la plus haute tour - La terre acquise - Saint James Infirmary - Mélocoton - Any woman's blues – Heure grave - J'ai suivi beaucoup de chemins - Didn't Lord Deliver Daniel - Chanson en canot - Richard II Quarante - Co-Opération.

 

 

· En 1965, elle rencontre François TUSQUES, Bernard VITET, Beb GUERIN, qui lui font découvrir Albert AYLER, Don CHERRY, qu’ils feront écouter en un spectacle « QUI A TUE Albert AYLER ? ». Elle leur fera enregistrer chez Mouloudji FREE JAZZ


et, avec eux, elle y enregistrera 4 chansons (Victor HUGO, Max JACOB…) d’une facture musicale autre que celle du précédent disque – facture due à la présence de ces musiciens.

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CBS – EP 6098


La fin de tout - Danse / - Néant - Égarées

 

 

 

 

 

· Entre 1963 et 1967, face aux difficultés d’enregistrer « CUBA – LE MAL DE VIVRE » par CBS, la maison de disque Le Chant du Monde lui ouvrira ses portes.

 

 

cuba-magny1964 - 25 cm - Le Chant du Monde - LDZ-S 4289 – France


Le mal de vivre (Cuba) - Le beurre et la frite / - 4 c.. - Choisis ton opium

 

 

 

 

 

· Elle continuera au Chant du monde avec Bura-Bura, écriture particulière d’une chanson parlée. Un article du « Nouvel Obs » - je crois - lui suggère :

« Bura-Bura, la maladie du rien faire, les Hibakuchas, PICADON, Eclair-Boum… »

Ce texte bien documenté (Picadon ne veut rien dire en japonais, mais est formé de deux mots « Pica » et « don » qui veulent dire « éclair » et « boum ») et qui fit dire à un pratiquant de la langue japonaise que Colette MAGNY était d’une grande précision, évoque la difficulté de vie des gens ayant été irradiés par la bombe atomique sur Hiroshima. Ça n’a rien à voir avec la politique sauf comme conséquence de la guerre de 39-45, recomposant le monde et ouvrant à la guerre froide et à l’anti-impérialisme.

 

CM-Bura-BuraLe Chant du Monde - EP 45 3230


Bura Bura - Les gens de la moyenne / - Aurons-nous point la paix ? - Trois motifs    

 

 

 

 

 

· « Voix parlée » qu’elle développera avec Michel PUIG dans un travail pour aller dans un domaine autre que la chanson, pour sortir du conformisme de la chanson, chose qu’elle voulait à cette époque, avec SNARKOSE - Jabberwocky - Malachites - La marche.

 

marcheLe Chant du Monde - EP 45 3254 1966-1967


SNARKOSE - Jabberwocky - Malachites / - La marche – Portrait

 

 

 

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve Le Tiers-Monde, dont l’emblème politique était le Vietnam, engagé alors dans une guerre de libération précisément contre l’emblème du premier monde (les États-Unis) avec VIET-NAM 67, ÉCOLIER-SOLDAT. Comment Colette MAGNY a-t-elle rencontré la question du VietNam ? Elle chantera pour un meeting : Comité VietNam de Base (C.V.B.) ou Comité VietNam National (C.V.N.) ?

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve aussi la condition et des luttes ouvrières avec « À St-NAZAIRE ».

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1967 – Le Chant du Monde 30 cm LDX 74 319


Vietnam 67 - Aurons-nous point la paix ? - Choisis ton opium - Désembourbez l'avenir - Viva Cuba - Je chanterai - Les gens de la moyenne - La blanche Aminte – La dame du Guerveur - Trois motifs - Bura Bura - À l'origine – Baise m'encor - À Saint-Nazaire.

 

 

 

3. Chansons de Colette MAGNY avec Mai 68

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve ce qui se passait dans le Tiers-Monde (…, Cuba, …) qui avait des répercussions dans les deux autres mondes.

 

CM11.jpg1964 – Le Chant du Monde - EP 45 3230


Frappe ton coeur - Le beurre et la frite - Colligeons - Le mal de vivre (Cuba) - Choisis ton opium - Je suis - Le temps des oiseaux - 4 c..

 

 

 

· Elle tentera des expériences musicales différentes avec ces structures musicales d’ALMURO, du Groupe de Recherches Musicales de l'ORTF depuis 1958.

 

Colette_Magny_33_T_Avec.jpg1966 - Mouloudji / Festival 30 cm : EMZ 13 510 - France


Avec Poème sur structure musicale d'André Almuro

 

 

 

 

 

Au moment de Mai 68, son disque 68-69 fit charnière dans sa vie, dans sa carrière, comme dans la chanson, comme Mai 68 a fait charnière pour beaucoup. Elle s’est laissé surprendre par l’événement.

 

· 1968, Chris MARKER et W KLEIN lui « donneront » des bandes enregistrées pendant les évènements qui, montées, serviront de préambule à des chansons comme ENSEMBLE, NOUS SOMMES LE POUVOIR, LE BOA, LA PIEUVRE (Rhodiaceta) en 1969..

Question : Comment s’est faite cette rencontre ?

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1969 Production Taï-Ki/Le Chant du Monde 30 cm:TK 01

              
Magny 68 / 69 - Nous sommes le pouvoir (essai sur mai juin 1968, documents sonores William Klein et Chris Maker) - La pieuvre - Le boa – Ensemble - L'écolier-soldat - Dur est le blé - Lorsque s'allument les brasiers

 

·  À travers une chanson Colette dit un aspect de « son » Mai 68 :

 

MAI 68 « NOUS SOMMES LE POUVOIR »
 

Un soir je revenais de chanter

On m’a téléphoné

Il y avait des blessés,

Des gosses matraqués.

J’ai eu peur,

Je ne suis même pas allée

Ramasser les blessés.

Dans les usines je me suis planquée

Pour les travailleurs, chanter.

« Là où la chèvre est liée,

Il faut mieux qu’elle broute » (B.Brecht)

J’ai rien vu, j’étais pas dans la rue.

Tout ce qui était gai,

Je l’ai manqué.

Chanter, c’était devenu dérisoire.

Je sais taper à la machine

Mais peut-être que je chante mieux

Que je ne tape à la machine.

Au mois de Mai, par l’espoir
Tout le monde se parlait.

 

4. Chansons de Colette MAGNY après Mai 68 (1)
· 1969.- Chez BENEDETTO, en Avignon, elle rencontre Ernest PIGNON-ERNEST – qui dessinera plusieurs jaquettes de ces disques -, et Jean-Marie LAMBLARD - qui lui ouvrira le monde des pintades dont elle fera KEVORK vingt ans plus tard-. Ils feront spectacle ensemble pendant le festival. Jean-Pierre THORN y présentera OSER LUTTER OSER VAINCRE, en présence de Colette MAGNY qui le défendra contre un militant communiste qui voulait lui casser la gueule pour le contenu de son film : « Il a le droit de dire ce qu’il a à dire, même si ça nous conteste ! » dira Colette MAGNY sans être forcément d’accord avec ce film.

 

· 1972.- Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve les USA et le Mouvement Noir Américain, François TUSQUES lui ayant amené des documents sur les USA et les Black Panthers.

 

CM6.jpg1970 - Le Chant du Monde - LDX 74.444


Feu et rythme - K-Blues - Brave Nègre - U.S.A. - Doudou - Jabber Wocky - Soupe de Poissons- Malachites / - Prends-moi, me prends pas - A l'écoute - La Marche - L'église de Taban – Conascor

 

 

 

 

· 1972.- Elle soutiendra les grévistes de PENNAROYA, écrira cinq chansons qu’elle auto-produira plus tard, au plus près de la réalité des gens en grève.

· 1973.- SALEM, J’AI PAS LES PAPIERS, L’EXIL, …- et qui laissera des traces dans d’autres textes – MUSTAPHA -. Et ailleurs, CHRONIQUES DU NORD,

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Scalen’Disc – CMPCD 03 – 1991 –(réédition du 33 T / 30 Cm -Le Chant du Monde - LDX 74 476 - 1972 + Pena Konga [inédit]) –

   
Répression / Pena Konga :Répression - Oink Oink : Babylone, Cherokee, Djoutche, Libérez les prisonniers politiques - Camarade-Curé - Pena Konga : Homme singe, King Kong, Marche ou crève, L’exil, Je rase les murs, Salem – Chronique du Nord.

 

Autour de la Rhodiaceta et avec cette rencontre avec Chris MARKER, elle participera au groupe MEDVEKINE.

Déjà elle avait mené des enquêtes à la Rhodiaceta : en allant sur place, dans les foyers, écouter, jouer avec, rentrer chez soi, écrire, envoyer un courrier pour vérifier si c’est bien ça, pour savoir si les mots sont justes, le temps que ça lui prend. « LA PIEUVRE » dont le Groupe MEDVEKINE fera un clip : « RHODIACETA 4 X 8 ». Enquêtes qu’elle continuera avec PENNAROYA..

 

François TUSQUES nous indique qu’à Grenoble pour le spectacle RÉPRESSION à la Maison de la Culture, 600 places, 3 ou 6 jours d’affilée, refusant du monde, lui était payé 2500 F par soirée, ça correspondrait à 10 000 F (1500 € actuels). C’était en 1973-1974. C’est dire sa notoriété. Puis plus rien.

Question : Pourquoi ? Des associations se « défonçaient » et arrivaient à organiser ce genre de concert puis plus rien ! Hypothèse que l’organisation des concerts passent des associations militantes à l’Union de la Gauche organisatrice ? Le Programme Commun fut-il l’élément qui brisa l’ élan en développant le pouvoir des villes en matière d’organisation de spectacle ?

 

· Rencontre 2.- En 1975, à Marseille, au Théâtre du TOURSKY, seule sur scène avec sa guitare enserrée entre ses gros bras, elle était grippée, je la retrouve. Un grand souvenir : « CAMARADE-CURÉ » avec le Chœur des Prêtres Basques qui arrive par derrière sur bande-son - pour la première fois pour moi - pour accompagner son :

« NON, NON, JE NE VEUX PAS, D’UNE CIVILISATION COMME CELLE-LA »

à savoir celle qui condamne le peuple basque.

Cette chanson a peut-être musicalement vieilli, elle ne paraissait pas ringarde dans sa forme à l’époque. Toujours est-il qu’elle osait amener un certain discours politique avec lequel nous étions nombreux à « consonner » à cette époque, tandis qu’elle « dissonait » auprès des grands de ce monde et leurs tenants, notamment les médias. Censurée et interdite dans les médias : une de ses amies lui dira qu’un stylet a rayé ses disques à l’ORTF, sauf MÉLOCOTON. Elle dira « J’emmerde le système et il me le rend bien… »

 

· 1973.- À Lyon, au Hot Club, elle rencontrera le FREE JAZZ WORKSHOP de Lyon : Jean MEREU (trompette), Jean BOLCATO (contrebasse), Louis SCLAVIS (clarinette) - tout jeune à l’époque -. Avec eux et la peintre Monique ABECASSIS, elle y fait l’expérience d’écriture collective sur la vie de chacun (LA PANADE). Tout en défendant le rôle et la place de la voix, l’importance du sens. Ce qui ouvrira plus tard à son travail sur A ARTAUD.

Cette année-là, à Montpellier affrontement à l’entrée d’un concert entre les organisateurs et des gauchistes. Ce qui fera des blessés. Elle sera traitée de « crapule stalinienne » par ceux qui lui reprochent le prix d’entrée des concerts. Elle écrira « LES MILITANTS ».

 Et à propos du texte LES CAGES A TIGRE qu’elle doit « faire » en chantant à la Fête de l’HUMA avec le FREE JAZZ WORKSHOP de Lyon, la veille, un membre du C.C. du PC est venu longuement discuter avec elle pour qu’elle n’indique pas qu’il s’agissait d’un « brevet français », dont Rock’N Folk dira : « Tiens vous avez remarqué pour les trucs de merde, là, la France réussit très bien à exporter sa production ! ». Il ne fallait pas attaquer l’impérialisme français… Elle pliera à cette injonction pour la fête de l’HUMA même si dans le disque le « brevet français » apparaîtra plus tard malgré tout.

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Le Chant du Monde - LDX 74 570 - 1975 - Transit

   
La panade - Les cages à tigre : La Digue de notre Village, Les Forêts de Bambous du Sud Viêt-Nam / - La Bataille - Ras la trompe : Le Pachyderme, Blues Ras la Trompe, Radio Cornac, Les Militants, Finale.

 

·     1975 pour le 1° Mai à Dunkerque avec Ernest PIGNON et les dockers elle fait spectacle : peintures, affiche, concert.

Dans l’avant et dans l’après 68 de Colette MAGNY, nous avons de nombreux témoignages des Galas, des récitals, des concerts de soutien aux grèves dont Jean Bodart: « En 1971, à la MJC de Croix (59), je découvre Colette Magny sur scène... En 1978, je chante sur la scène de la salle de la Marbrerie à Lille-Fives lors d'un gala de soutien aux éducateurs en grève et Colette Magny est la tête d'affiche... Et les expériences discographiques de Colette Magny se poursuivent… Encore quelques occasions de l'entendre sur scène, à Ronchin, à Aulnoye-Aymeries... La dernière fois que j'ai pu la voir, ce devait être en juillet 1987, à Figeac dans le Lot, où elle participait à la soirée de clôture d'un Festival d'Artistes Handicapés, elle avait chanté un standard de jazz, seule, s'accompagnant au clavier ».

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve l’Amérique Latine avec le CHILI, et un disque collectif avec des artistes.

 

CM4-copie-1.jpg1976 - Le Chant du Monde - LDX 74 599 - Chili un peuple crève... Maxime Le Forestier / Colette Magny / Mara


Un peuple crève - Gracias a la vida - Mazurquica revolutionarica / - El Aparecido - Oda a la mordaza - Herminda de la Victoria - La carta.

 

 

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve le conflit Israélo-palestinien, qui sera enregistré au Théâtre de La Ville à Paris qui ne restera inédit jusqu’en 1991 édité par CMP (Colette Magny Promotion)

 

feu.jpg1977 - Colette Magny Promotion / Scalen'Disc - - CMP CD04 -  FEU ET RYTHME, -inédit- Un juif à la mer un Palestinien au Napalm
Feu et rythme, K3 blues, Brave nègre, U.S.A. – Doudou, Jabberwocky, Soupe de poisson, Malachites, Prend moi ne prend pas, A l'écoute, La marche, L'église de Taban, Conascor - Un juif à la mer un Palestinien au Napalm : Introduction, Notre ville flambe, Yisrolik, Monish, Origine, Le soc, Carte d'identité, La terre, Je suis du peuple du livre.

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve les enfants handicapés, et un disque collectif avec ces enfants d’un IME.

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1979 - Le Chant du Monde - LDX 74 669 - Je veux chaanter


Y'a trop de malheurs à la Télé - Zoo Story - Psycho-médico-tranquillo-securito - Un canal de l'Est - Gouzou - Via Saint-Dié - Ça me fait du bien - Caoutchouc-maracas - Pipi-caca Story - C'est ma mère - La tristesse de Christelle - Histoire d'Orage - Sifflet à coulisses - Sandy - Guimbarde-épinette / Frikasia - b.a. - BA / Ah les sales gosses - C'est ça qu'on a dans le coco - Marie-Thérèse Leclerc - Faudrait pas faire le cirque, y'a une grand'mère en bas - L'amour, l'amour - Si je dis… - Abandon.

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve un poète connu : Antonin ARTAUD, et une inconnue, Sylvie DUBAL, et deux disques car les ayant-droits d’Antonin ARTAUD ne voulaient pas que sur un même disque il y ait des poètes que A. Artaud n’aurait pas aimés. Comme Frank ZAPPA, deux cas « uniques » de disques avec une seule face.

 

thanakan.jpg1980 – Le Chant du Monde - LDX 74770 -

 
Thanakan Montage de textes d'Antonin Artaud.

 

1980 - Le Chant du Monde - LDX 74770 bis - Cahier d'une tortue de Sylvie Dubal.

 

 

 

5. Chansons de Colette MAGNY après Mai 68 (2)
· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve les Blacks Panthers, 1982-3 : THE MEETING d’Elaine BROWN (Black Panthern), et toujours le blues, STRANGE FRUIT, avec Anne-Marie FIJAL.

 

CM8.jpgLe Chant du Monde / Harmonia Mundi – LDX 74776

   
Chansons pour Titine– 1983 - 1990 -1999 – "Bluesy, Bluesy "Chansons pour Titine" Blues

- Étude "Révolutionnaire" - Strange fruit - You go to my head - My heart belongs to Daddy - The Meeting (The Black Panther Anthem) / My man – Titine- The house of the rising sun - All of me - Young woman's blues - Mélocoton - Prison.

 

 

·  Dans l’œuvre de Colette MAGNY, on trouve des chansons enfantines, et un disque collectif.

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1983 - Chant du Monde – Distribution Harmonia Mundi - LDX 100.312 – dans Berceuses du monde entier
33 T / 30 Cm


Toutouic – Le grand Lustukru – Le p’tit Quinquin – La petite poule grise.

 

· Rencontre 3. En 1989, le journal TÉLÉRAMA, sous la plume d’Anne-Marie PAQUOTTE, annonce que Colette MAGNY sort un nouveau disque, « KEVORK », en souscription. Avec des amis du groupe « CHANSONS DE L’ÉVÉNEMENT », nous sommes étonnés et écœurés qu’il n’y ait « pas une maison de disque pour cette grande dame de la chanson ! » Nous faisons une commande groupée, d’exemplaires de son disque, à quoi elle répond par une lettre de remerciements, notre commande lui permettant de rééditer d’autres CD. Nous lui enverrons notre cassette que nous venions de réaliser avec nos compositions intitulée « 68-88 ou vingt ans après » à quoi elle répondra par retour du courrier : « Ouf ! Ça rafraîchit que ça existe encore ! »

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1989 - Colette Magny Promotion / Scalen'Disc - - CMP 01 - Kevork ou le délit d'errance


J'irai boiler dans les hurles - Quand j'étais gamine - Toune beni beni (viens ici, petite brebis) - Exil - Habiter la mer - Caqueta - Sphinx de nuit / Fils de Bahia - Kevork - Les multinationales déboisent - Chanson gastronomique - La danse des écus - Mustapha - Rift Valley

 

· Rencontre 4. Nous resterons en correspondance par lettre et au téléphone, pendant les sept années qui suivront, jusqu’à son décès en 1996, nous rencontrant deux fois.

 

· Dans l’œuvre de Colette MAGNY, un autre disque collectif où elle participe avec des musiciens à l’initiative de Jean-Jacques BIRGE, entre autres.

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1991 – Urgent Meeting
CD – NO MAN’S LAND – nml/GRRR 2018 cd – dans UN DRAME MUSICAL INSTANTANÉ


Comedia dell’amore.

 

· Rencontre 5. Elle nous dira « un coup de gueule » pour préfacer le CD de Jean-Marc LE BIHAN « PAS À PAS » en 1994.

 

· Rencontre 6. Durant la période où Colette MAGNY est loin de tout, Pascal SEVRAN la recevra dans son émission LA CHANCE AUX CHANSONS, à sa demande face à la lecture d’un journal de chanson où une de ses amies la disait pratiquement morte. Il lui dira : « Quelle courage Madame MAGNY ! » et elle répondra : « Je n’ai pas le courage des terroristes ! » Silence sur le plateau. À la fin, Colette demandera s’il va couper, le chargé de relations de Pascal SEVRAN lui dira : « Non, sauf si vous le demandez ! » La conclusion de Colette qui me racontait cet épisode a été : « Pascal c’est un vrai homme de gauche ! » C’était au moment où SEVRAN appelait à voter Chirac.

     Didier BRASSAC dans son village, la découvrant chantant, dira son étonnement qu’une chanteuse puisse parler des « terroristes » alors qu’à la maison on ne parle que de les tuer.

 

· Rencontre 7. En 1995, juste avant le 15 Août, je mange avec elle à Verfeil-sur-Seye, avant qu’elle n’aille jouer à Uzeste, pour la dernière fois où elle chante, accompagnée par « GRECO et LES INSECTES »

 

· Rencontre 8. 31 Octobre 1996, nous fêtons les 70 ans de Colette à la Maison RUHL avec Didier et GRECO & les INSECTES.

 

· Rencontre 9. pour un spectacle « SUR LES PAS DE COLETTE MAGNY », scène nationale du Théâtre du Merlan à Marseille, le 22 Novembre 1996, elle ne pourra être des nôtres, étant alitée, mais une communication téléphonique sur le plateau pendant le spectacle nous permettra de parler avec elle en public, Jean-Marc LE BIHAN lui adressera sa « LETTRE A COLETTE ».

 

· Rencontre posthume 10. Décès de Colette MAGNY, le 12/06/1997. À son enterrement, pas grand monde. Catherine RIBEIRO chante « J’AURAIS TANT AIMÉ DANSER » dans la maison de Colette en dansant avec Christophe MAGNY, le neveu.

 

· Rencontre 11. Notre dernière rencontre s’est faite par la découverte de son œuvre chantée et picturale que nous tentons de faire connaître par de multiples moyens : soirées d’écoute de ses chansons proposées dans les quartiers pour tous ceux qui le veulent.

 

· Rencontres posthumes 12. Ces soirées d’écoute amèneront la suggestion d’un ami (qui trouvait que « FERRAT, à côté de Colette MAGNY, c’était de la gnognotte !!! ») de faire spectacle avec l’œuvre de Colette MAGNY. Puis nous organiserons des expositions de ses peintures avec vernissages chantés et concerts « J’AIMERAIS ÊTRE DU PAYS OÙ CE N’EST PAS LE DRAPEAU QUE L’ON AIME PORTER HAUT…. SUR LES PAS DE COLETTE MAGNY… J’AIMERAIS ÊTRE DU PAYS OÙ C’EST LA PENSÉE QUE L’ON PRÉFÈRE COMME DRAPEAU », spectacle autour du « PORTRAIT MUSICAL DE COLETTE MAGNY » par François TUSQUES et Hélène BASS, à Marseille et à Verfeil-sur-Seye, le village de Colette, en 2001, avec Didier BRASSAC, ami et dernier musicien, Jean-Marc LE BIHAN, chanteur, Jean-Paul FLORENS, musicien de jazz, et les « amateurs » de CHANSONS de l’ÉVÉNEMENT

Film en cours de réalisation « DU SUCCÈS DE MÉLOCOTON à KEVORK ou LE DÉLIT D’ERRANCE »…,

Chansons de Colette MAGNY chantées par le « CHŒUR DES GENS » et par tous ceux qui se trouvent autour au moment du concert…,

Archivage de tous les documents qui la concernent.

 

CONCLUSION
Si on parle de Colette MAGNY, c’est qu’elle a été connue, ayant « réussi ». À un moment, elle a compté dans le système de la chanson, le show-business : Petit Conservatoire de Mireille, Télévision, Olympia. Elle fut connue à ce moment-là comme chanteuse « de jazz », étiquette qu’elle refusait, car pour elle une chanteuse de jazz devait être capable d’improviser, pas elle. Puis, plus tard, ayant « opté » pour « les « choses » qu’elle voulait dire sur les gens, leur quotidien, leurs luttes…, l’étiquette de chanteuse « engagée » lui colla à la peau, ce qui provoqua parfois des quiproquos.

Pour parler de Colette MAGNY et MAI 68, nous parlons de son œuvre composée de plus de 100 chansons dont elle fut l’Auteure-Compositrice et de plus de 200 dont elle fut l’interprète.

De son œuvre de ce moment-là, de 1968, son disque « 68-69 » (paru en 69, réédité en CD par CMP en puis par EPM en 2008). Mais aussi de son œuvre depuis le début de sa carrière, son disque « VIET-NAM 67 », et même avant. Et même – et surtout ? – dans son œuvre après.

Pour parler de l’œuvre de Colette MAGNY, nous avons ici recensé l’ensemble de ses enregistrements. Mais pour en parler mieux encore, autrement, il faudrait aussi analyser son écriture littéraire et musicale – paroles et musique -, et retrouver aussi tout ce qu’elle a pu dire/faire sur son œuvre, sur sa vie, sur l’actualité, ce qu’elle pensait, disait de sa vie, de sa conception du monde, de ses convictions, de sa découverte de la politique – nous l’avons un petit peu fait -. En fait, elle fut une artiste professionnelle : au sens qu’elle a exploré tout son art pour inventer sa propre voie/voix/écriture/spectacle.

Elle a inventé sa propre manière d’écrire des chansons. Elle n’est, elle n’était, guère « cataloguable », réductible, tant la force de sa voix, la pensée qu’elle affirmait haut et fort, ses convictions… étaient à fleur de peau.

Colette MAGNY a existé, ayant franchi le pas dans la chanson pour être professionnelle, faire sa vie de/dans la chanson - chanson américaine, chanson française –, elle s’est donnée à entendre par tous ceux qui le voulaient. C’était une personne publique, elle disait d’ailleurs : « pas de vie privée pour une personne publique… » Tout le monde, tous ceux qui l’écoutaient, pouvaient aimer, ne pas aimer, débattre de ce qu’elle disait dans ses chansons, de ce qu’elle pensait.

Personne n’est jamais sorti indemne de la rencontre avec cette chanteuse. Elle était une sorte d’événement : force, violence, déflagration, fêlure. Elle ne disait pas tout et laissait à chacun le soin, le loisir de l’enthousiasme, mais aussi de tout ce qu’il y avait à faire.

Il y a, il y avait cette voix qui avait été dite « première voix du jazz français » ayant volé la vedette aux yéyés (Claude FRANÇOIS et Sylvie VARTAN) à l’Olympia.

Il y a, il y avait cette voix – « Elle n’avait rien à envier à aucune chanteuse noire américaine ! » dit François TUSQUES à son propos -, cette voix qui a commencé par chanter des standards américains de Bessie SMITH, Billie HOLLIDAY… et qui a gardé des traces de la prononciation américaine quand elle chantait en français, avec un vibrato qui peut surprendre beaucoup de gens, et dont elle disait qu’elle ne savait pas comment elle chantait mais que c’était comme ça : elle ne pouvait pas chanter autrement. Ça pouvait donner à sa voix parfois un caractère sophistiqué en écart avec les textes très « enquête », très « terrain », très « populaire ».

 

Les musiques de Colette MAGNY – ses mélodies, ses harmonies – n’étaient pas forcément très élaborées, ou plus exactement pas très compliquées. ça ne l’avait pas empêché de travailler avec les plus grands musiciens du Jazz, du Free-Jazz et de la musique contemporaine, avec qui elle défendra toujours la question du sens de ce qu’elle dit par rapport au fait que certains musiciens considéraient sa voix comme un instrument.

Barre PHILIPS, Beb GUERIN, FREE-JAZZ-WORKSHOP de Lyon, autre musique, écriture collective/individuelle.

Si, pour certains, sa musique est « maigre », ça n’empêchera pas François TUSQUES de créer en 2001 un PORTRAIT MUSICAL de Colette MAGNY, variations pour piano et violoncelle (Hélène BASS) sur les thèmes mélodiques des chansons Colette MAGNY, preuve s’il en est qu’il y a de la musique.

Dans son écriture, ce qui est important c’est le texte, ce qui fait dire à certains musiciens que « sa musique n’est pas carrée ! » Dans son interprétation, certains comme Daniel HUMAIR ne la trouvent « pas en place », Jean-Jacques BIRGE dira qu’elle est « à sa place », et François TUSQUES : « On disait la même choses de John Lee HOOKER ! ». Elle fit swinguer Victor HUGO (Les Tuileries), fit entendre RILKE (Heure Grave).

Question : Michel PRECASTELLI la fera travailler pour qu’elle soit en mesure.

 

Il y a, il y avait ces textes faits de collage, de textes « à dire » (LES CAGES A TIGRES), de montage (bande-son de la reprise du travail dans une usine, bande-son à laquelle elle accrochera une chanson faisant état des conditions de travail en usine…), de citations (CO-OPÉRATION, FRAPPE TON CŒUR) avec pour thèmes : le rapport des gens entre eux, l’enfance/l’adolescence… qu’elle continuera même après sa mise en musique des poètes. Où elle osa ce que personne n’avait fait jusqu’à ce moment, prenant son inspiration parfois dans le journal, d’autres fois dans ses lectures, souvent plus tard dans ses enquêtes sur place.

Elle était passée du jazz New-Orleans avec Mickey BAKER, au Free-Jazz avec François TUSQUES, Louis SCLAVIS, Aldo ROMANO, Henri TEXIER, Georges ARVANITAS, Jean MEREU, Jean BOLCATO, GUEM, Noël McGHIE, Denis COLIN, Jean-Jacques BIRGE, Bernard VITET, Beb GUERIN, Barre PHILIPS, Jean-Jacques AVENEL, GUEM, ont joué avec elles, et bien d’autres… et de l’écriture individuelle à l’écriture collective. Elle s’était essayée dans la voix parlée avec « BURA BURA », puis plus tard voulant faire « autre chose que la forme chanson », elle travailla avec Michel PUIG – musicien compositeur contemporain, notamment sur trois textes : « JABBERWOCKY », « MALACHITES », « LA MARCHE ».

 

En suivant François NICOLAS dans sa présentation de MAI 68, nous pouvons dire que Colette MAGNY – indépendamment de sa notoriété, en plus de sa notoriété - se trouve marquée, avant Mai 68, par la guerre d’Algérie, en 1956, pour sa prise de conscience, dans ses chansons, par le jazz avec sa rencontre avec Claude LUTER, et le fait qu’elle commença à chanter des standards américains avant d’être connue, puis par le free-jazz avec sa rencontre avec François TUSQUES qui lui fit découvrir COLTRANE, AYLER, DON CHERRY, par Cuba, le Vietnam, la condition ouvrière (CHRONIQUES DU NORD).

Et dans l’après 68, s’étant laissée surprendre par l’événement : avec sa rencontre avec Chris MARKER et le groupe MEDVEKINE ; avec le FREE-JAZZ WORSHOP de Lyon, en 1975 : autre musique ; avec écriture collective/individuelle ; avec les ouvriers de PENNAROYA, en 1973 : SALEM, J’AI PAS LES PAPIERS, L’EXIL ; avec l’Amérique Latine, les Black PantherS, (THE MEETING, 1983) ; KEVORK (MUSTAPHA, chanson sur les foyers d’ouvriers immigrés, CAQUETTA, chanson-revue de presse sur l’Amérique latine, en 1989).

Et la politique, pour Colette MAGNY, qui ne peut pas se résumer à son compagnonnage avec le PC, dans LES CAGES À TIGRE, le Vietnam est encore présent dans l’œuvre de Colette MAGNY, elle y mettait en cause l’impérialisme français inventeur de ce système de torture...

Pour reprendre la question de son engagement, des choses à travailler, à élucider : Colette s’est située dans cet événement mais peut-être, dans une position « d’avant » avec son compagnonnage avec le PC. Nous savons comment la politique est entrée dans sa pratique par la guerre d’Algérie, mais pas comment elle est devenue membre du PC : où ? quand ? pourquoi le PC ? quelle militance ? À quel moment et pourquoi sa séparation du PC ? Questionnement général sur le compagnonnage des artistes avec le PC. Ce n’est pas pour cela qu’elle fut traitée de « crapule stalinienne » mais parce que certains ne voulaient pas payer l’entrée des concerts, dans les années 70.

Des questions restent en suspens.

 

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Les Sources de ce texte sont l’œuvre de Colette MAGNY : chansons (plus de 100 écrites par elle), partitions, enregistrements (plus de 200 chansons enregistrées), ce qu’elle a dit elle-même et ce qu’on a dit d’elle, de son travail (PAROLES ET MUSIQUE, CHORUS, les livres « CITOYEN-BLUES », « LE CHANT LIBRE, free jazz », les journaux…), les entretiens pour le film que nous préparons, entretiens privés, correspondance, archives.

 

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