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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 19:47

pachyderme"Colette Magny chantait les poètes. Elle faisait du cut-up dans l’actualité, dans la pensée, partout où l’attirait son désir forcené d’amour et d’humanité : « le premier homme serait né en Afrique/il y a quinze millions d’années/est-ce de terreur qu’en occident/nous sommes devenus tout blanc ?... »

J’ai été élevé à sa mamelle d’amour par cette femme hors du commun, avivé et instruit, formé et creusé, ébloui, je dois à présent rendre la malle de merveilles et offrir le témoin qui m’a été transmis.

Me voici devant un rêve dont la Maison de la Poésie seule pouvait permettre : rendre hommage à la grande Magny !

La grande Magny qui chantait le blues !... la Magny qui chantait les luttes… la Magny qui chantait l’amour.

De Colette Magny, chanteuse des années 70, il ne reste rien,   hormis un disque dans les bacs, une chanson célèbre, Mélocoton, et trois archives de télévision.

Cette chanteuse incomparable sillonnait le pays, chantait à Bobino, à l’Olympia, à la Fête de l’Huma, dans tous les galas de soutien imaginables, elle croisait la voix avec les contrebasses de Beb Guérin et Bare Philips, les orchestres de Texier, de Louis  Sclavis, le piano d’Anne Marie Fijal…

Magny faisait chanson de tout bois. Elle mettait au service des poètes son talent inouï de mélodiste et de chanteuse. Elle a chanté Rilke et Maïakovski, Aragon et Hugo, Olivier de Magny, Machado, Louise Labbé, Artaud, Lewis Caroll, Rimbaud… Trente chefs d’œuvre.

J’ai transmis le goût de cette musique juteuse et gouleyante à Odja Llorca. L’exigence de la chanson de haut vol. La puissance du chant qui s’égale au sens. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de rendre hommage, mais avant tout de faire vivre cette puissance de feu de la poésie armée de musique. Que notre temps se mesure à cette beauté et qu’il en jouisse. Alors, rien ne sera plus pareil."

Claude Guerre, metteur en scène et directeur de la Maison de la Poésie

Texte écrit à l'occasion du spectacle que Claude Guerre a créé : "Les poètes de Colette Magny - Je suis un petit pachyderme de sexe féminin. J'en ai gros sur le coeur. ras la trompe!" à Paris, du 4 avril au 3 mai 2009 à la Maison de la Poésie. Spectacle interprété par Odja llorca, chant et Dominique Massa, piano.


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Extraits d'articles à propos de ce spectacle :

Sur Evene.fr , extrait de l'article de Soline Pillet et Nadège Badina :
'Je suis un petit pachyderme de sexe féminin', chanson de l'honorée poétesse qui donne son nom au spectacle, permet de découvrir ou de redécouvrir un talent hors norme, dont il reste pour seules archives un disque et trois enregistrements télévisuels. Humaniste, amoureuse, contestataire, libertaire, Colette Magny chantait tous les thèmes sur tous les tons en empruntant à la beat generation la technique du cut up. Elle accouchait ainsi d'oeuvres protéiformes et saccadées.

Dans l'Humanité du 06/04/09 , extrait de l'article de Marie-José Sirach :
Colette Magny, la gueule ouverte
Colette Magny est morte en 1997 dans un village du Tarn-et-Garonne niché sur un piton où ne poussent que des cailloux. Elle avait quitté Paris, sa ville natale, son 19e arrondissement de Paris et ses pavés qu’elle avait battus, le poing levé, les poches trouées, pour s’installer dans une petite maison sans prétention mais ouverte sur une nature indomptable. Indomptable comme elle, la Magny, grande papesse de la chanson, chanteuse de blues à vous filer des frissons, vocaliste qui avait le scat à fleur de peau, le swing coulant à torrents dans ses veines. Chanteuse organique, chanteuse terrienne, inclassable ici-bas sinon quelque part, dans la stratosphère, dans la planète free. Free comme les mélodies, les orchestrations et les mots des poètes qu’elle mettait en musique et chantait comme nulle autre.

La télé et Les radios l’ignoraient ?

Elle était Bessie Smith, elle était Brenda Wooton, elle était toutes ces chanteuses et bien plus encore, libre comme l’air, révoltée pour l’éternité, militante politique, engagée, enragée, défendant ses idéaux à la barbe et au nez des faiseurs de chansons. Grande gueule, les censeurs les plus zélés ne réussirent jamais à lui clouer le bec. La télé ne voulait pas d’elle ? Les radios l’ignoraient ? Qu’importe, elle chantait, partout, là où ses soeurs et ses frères de combat l’attendaient. Avec, pour tout bagage, ses chansons poèmes, ses poèmes révolution qu’elle brandissait comme une oriflamme. « Je soulève toutes les pierres pour voir qui est coincé dessous », clame-t-elle dans ce morceau d’anthologie de 1 min 22 (impassable à la radio) qui ouvre l’un de ses derniers albums, Inédits 91. Elle y convoque tous les poètes qu’elle a mis en musique, Rilke, Hugo, Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Machado. « Artiste témoin de notre temps », elle ne se contentait pas de regarder le monde depuis la rive, elle plongeait dans le bouillonnement de la vie, dénonçant la guerre du Vietnam, le sort réservé aux Noirs américains, les injustices, toutes les guerres…


Dans Théâtrorama du 06/04/2009, extrait de l'article de Bruno Deslot :

Claude Guerre réalise un rêve, rendre hommage à la grande Magny qui chantait le blues, les luttes, l'amour…

Un engagement sans concessions…

Colette Magny (1926-1997) cède à ses aspirations après quelques années de bons et loyaux services pour un organisme international. Auteur, compositeur et interprète, le personnage à la voix grave et au physique imposant incarne rapidement la singularité du chant engagé dans le paysage musical français des années 60. " Melocoton " lui fait connaître un succès populaire retentissant en 1963 et la Magny devient vite, bien malgré elle, la chef de file d'un certain blues à la française. Mais elle dérange par son franc-parler et sa propension à dénoncer les abus et les misères en abordant ses thèmes de prédilection que sont la révolution, le tiers-monde, les mouvements ouvriers, le racisme, l'écologie. Son rapport à la poésie est dense et malgré la censure, les quolibets et les critiques dont elle a été victime, Colette Magny est toujours restée fidèle à ses engagements.

Dans Yagg du 09/09/2009 , extrait de l'article d'Hélène Hazera :
Colette Magny, chanteuse inclassable qui aimait la politique, les poètes, le jazz… et les femmes.[...] Colette Magny était une lesbienne d'avant The L Word, le queer et les lipstick lesbians. Elle imposait sur scène sa corpulence non-conforme avec beaucoup d'allure. Auprès des filles, son charme était irrésistible, et très vite, elles faisaient cercle autour d'elle. Elle s'est lancée tard dans la chanson, vers 36 ans. Quand les yéyés – elle fera la première partie de Sylvie Vartan à l'Olympia – balancent leurs reprises de succès américains, elle chante le blues des années 20, le repertoire de Bessie Smith. Une petite chanson qu'elle a écrite, Melocoton, rencontre un succès populaire. En français, c'est Les Tuileries, un texte peu connu de Hugo (une, parmi d'autres, de ses grandes réussites), Louise Labé, L'Ecclésiaste (un des plus beaux textes de la Bible). Sa voix est grave, avec un vibrato typique de la fin des années 60 et du début des années 70. Elle se politise, chante l'hymne des Black Panthers, et fait des chansons-collages avec des phrases de Ho Chi Minh, Sartre, Lénine, etc. "Lorsque l'humanité sera enfin libre nous passerons de la compétition dans l'individualisme à l'individualité dans la co-opération". Il fallait oser, comme il fallait oser crier "Djoutché" en refrain d'une autre chanson politique (le "djoutché" c'est l'idéologie indigeste du camarade Kim il-sung). Avec une certaine extrême gauche, elle a dérapé dans le soutien à des régimes indéfendables. Mais musicalement, Magny, ça a toujours été parfait, une leçon; celle qui est devenue une paria du show-biz s'entoure de la crème des musiciens de free jazz en France. [...] Vers la fin de sa vie, dans le CD Kevork par exemple, un peu désillusionnée peut-être par le gauchisme, assez marginalisée par la profession, Colette Magny avait commencé à enregistrer des textes moins politisés, certains commeSphynx de nuit abordaient ses amours, magnifiques, qui feraient l'ornement d'une anthologie des grandes chansons lesbiennes. Ces chansons d'amour "à la première personne", torrides, manquent ici [dans ce spectacle] pour compléter la belle évocation de ce fantôme révolté.


Dans Le Dauphiné libéré, extrait de l'annonce du spectacle au Pont de Claix le 20/10/09 :
"Je soulève toutes les pierres pour voir qui est coincé dessous" (Colette Magny). J'avais dix ans, j'ai vu Colette Magny au petit conservatoire de Mireille à la télévision. Je m'en souviens. Et puis, au hasard des luttes. Colette Magny chantait les poètes. La Magny chantait le blues et l'amour. Elle était Bessie Smith, Brenda Wooton et plus encore. Elle avait le scat à fleur de peau, le swing dans le sang. Chanteuse organique, terrienne, inclassable... De ces années, que reste-t-il ? Un disque dans les bacs et une chanson : Mélocoton. La chanson engagée qui faisait éclater de saines colères n'existe plus. Alors Claude Guerre a transmis à Odja Llorca le goût de cette musique juteuse, la puissance du chant et du sens.

Sur le site internet de France Inter, extrait de l'article publié le 22/04/09 :
Par sa dégaine, sa façon d’être, Colette Magny était un personnage atypique dans la chanson contemporaine. Ses colères, ses engagements et son incapacité à rentrer dans un moule aussi souple soit-il, l’ont empêchée d’avoir la carrière qu’elle aurait dû. Sa voix grave dénonçait sans relâche les injustices de tous poils et ses emportements légendaires ne s’apaisaient jamais.

 

Dans le JDD, article de Annie Chémieux , publié le 27/07/09 :

Elle demeure à jamais l'auteur, entre autres, de Melocoton, reçue en plein coeur dans les années 60. Disparue en 1997, Colette Magny, sa rage, sa révolte, sa poésie ressuscitent sur scène, le temps d'un spectacle tout en sensibilité aigue, en subtile distance, en émotion. Le travail à la chaîne, les grèves, la solidarité, la chanteuse à la voix inoubliable en avait fait la chair de ses textes, comme elle mettait la poésie -Hugo, Verlaine, Aragon - ou des compagnons d'esprit en musique. Cette chanson engagée comme il n'en existe plus fait éclater une saine colère. Odja Llorca, robe rouge révolutionnaire, se coule dans les mots et les notes, la sincérité à fleur de peau. Qu'elle chante Louise Labé, a cappella, danse, rugisse ou murmure, elle est comme une petite s?ur qui dirait les paroles de la grande Magny. L'heure, intense, passe comme un souffle.


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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 12:39

Hugo.jpgSortie chez EPM d'un CD autour de Victor Hugo, dans la collection Poètes et Chansons.

 

On retrouve notamment Jacques Douai interprétant Les Tuileries de Victor Hugo mis en musique par Colette Magny.

 

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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 16:35

Lu dans l'édition du Mans de Ouest France du 05/03/09 :

Colette Magny était une grande dame de la chanson engagée et expérimentale. Reprenant son répertoire, les quatre artistes de la formation bordelaise Okamzik (qui signifie « dans l'instant », en tchèque) ont eu envie d'« offrir un foisonnement musical à l'image de ce que Colette Magny a exploré avec passion » et proposent, mêlant chansons et improvisations, un spectacle passionné, surprenant, « étirant l'élastique des possibles musicaux ».

Ils se produiront ce jeudi 5 et vendredi 6 mars, à l'Ecluse, où la première partie sera assurée par un onemanband, The big wireman.


OKAMZIK-Repression
envoyé par okamzik33

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Lu sur la page Internet du groupe Okamzik  :
Le spectacle a été créé le 21/08/05 en clôture du festival « Des Croches et la lune » à Verfeil-sur-Seye. Pourquoi là-bas? C. Magny a été à l'origine du festival, elle y avait une maison, elle y repose.
Colette Magny, grande dame de la chanson engagée et expérimentale. Comment résumer. C'est d'abord une voix, immense, très grave, timbrée à pleurer, qui charrie une émotion vertigineuse.
Puis un engagement absolu. Ses entêtements, ses coups de gueule, ses passions, ne suivaient aucune mode, ne supportaient aucune convention.
Elle chante ses textes engagés ou intimistes, le blues, les poèmes de L. Labé, M. Jacob, A. Artaud, V. Hugo, hurle les révoltes des peuples, chuchote ses inquiétudes de femme, scande la répression...
Tout au long de son parcours elle côtoie des musiciens d'horizons différents, du free-jazz pur à l'accompagnement virtuose classique. La liste est longue et étonnante. L'écoute de tous ses albums est une traversée exceptionnelle d'univers pouvant être radicalement différents les uns des autres. On n'en sort pas indemne.
Bon voyage.
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 19:29

Extrait de la critique cinéma parue dans Libération du 18/02/2009 :

Premier film intelligent d’influence nippone de Pascal-Alex Vincent avec Alexandre et Victor Carril, Anaïs Demoustier…

[...] C’est là une sorte de Tour de France par deux enfants, mais cent quarante ans plus tard, épuré par quelques libérations sexuelles glanées au passage. Sans doute tous les épisodes ne sont pas du même niveau et sans doute le film perd en étrangeté dès qu’il se met à ressembler à des choses que l’on connaît déjà (Presque rien de Sébastien Lifshitz). Il n’empêche qu’on veut bien lui donner la main, à ce film qui chante Melocoton de Colette Magny tout en embrassant le XXIe siècle.

PHILIPPE AZOURY

 


Bande annonce : Donne-moi la main


Le dossier de presse du film précise :

Colette Magny – Une femme engagée
Par son allure, son style, ses textes rebelles et ses engagements, Colette Magny est un personnage singulier de la chanson contemporaine. Trop souvent délaissée par les médias, elle a trouvé la notoriété, dans les années 1960, avec un répertoire souvent inspiré par le blues et surtout grâce à sa chanson à succès, Melocoton (1963).
Appuyant sa voix grave sur des textes engagés, elle s'est très souvent préoccupée des problèmes de ce monde Vietnam 67 et Kevork dénoncent les injustices, les inhumanités et le péril écologique avec poésie et mélodie, mais sans apaisement dans la force de ses textes et paroles.
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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 18:57

Extrait de la lettre de la Maison du peuple de Pierre-Bénite (69) de janvier 2009 :

 

personne-magny.jpg

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 15:50

Critique de disque publiée le 01/09/2008 sur PlanetGong :

 

 

melocoton1Colette Magny -
Melocoton
(1965 ; CBS) - réédition CD : Sony-Versailles.

  

Au rayon des grands oubliés de l'histoire, Colette Magny tient une place à part. Cette artiste française (dont le seul succès fut « Melocoton », sorti en 45 tours en 1963) a été magnifiquement ignorée par les médias pendant toute sa carrière de chanteuse et d'artiste engagée. Alors que les plus aventureuses des télévisions et des radios se contentaient de diffuser les disques de la génération yé-yé (une gloire musicale de plus à mettre à l'actif de notre hexagone), Magny a sorti en 1965 un des meilleurs disques de chanson française de la décennie.
 

La chanson titre, qui prend la forme d'une mystérieuse comptine, ouvre l'album et prépare l'auditeur au style de Colette Magny : une voix à l'expressivité unique et une instrumentation délicate qui ne peuvent laisser personne indifférent. Comme Ferré et Brassens avant elle, Magny avait fait le choix de mettre en musique les textes de grands poètes : Hugo, Rimbaud, Aragon. Ainsi, sur « Les Tuileries » de Hugo (dont le texte fut plagié sans vergogne par Lavilliers), Magny livre une interprétation extraordinaire qui donne un relief particulier au texte (« Nous sommes deux drôles, aux larges épaules / Deux joyeux bandits / Sachant rire et battre / Mangeant comme quatre / Buvant comme dix. Quand, vidant des litres / Nous cognons aux vitres / De l'estaminet / Le bourgeois difforme / Tremble en uniforme / Sous son gros bonnet. »). Un peu plus loin, c'est une adaptation d'un poème de Rimbaud qui est donnée avec un minimalisme et une justesse remarquables : seuls une batterie, un orgue et quelques claquements de mains accompagnent la voix de Magny (« Chanson de la plus haute tour »).

 

De sa voix puissante, Magny se permet de reprendre des morceaux issus de la musique noire-américaine : « Saint James Infirmary », « Any Woman's Blues », et « Didn't My Lord Deliver Daniel » ; les arrangements sont soignés, la rythmique implacable, et le jeu de trompette traumatisant sur les deux premiers morceaux (des classiques de blues, repris avec une qualité inégalée de ce côté de l'Atlantique). En effet, Magny ne se cantonne pas à interpréter des poèmes d'auteurs francophones, et ses adaptations d'Antonio Machado (« J'ai suivi beaucoup de chemins ») et de Rainer Maria Mike (« Heure Grave ») sont bouleversantes. Sur ces morceaux, la voix forte de Magny transcende les textes : « J'ai suivi beaucoup de chemines / J'ai ouvert de nombreux sentiers / J'ai navigué sur cent mers / Et abordé cent rivages. Partout, j'ai vu des caravanes de tristesse / De superbes et mélancoliques ivrognes / A l'ombre noire... »

 

Le retour à un texte de Hugo (« Chanson en Canot »), appuyé par un clavecin génial, est prodigieux : « Ne venez point où nous sommes troubler la fête des yeux doux / Je ne veux savoir où vous êtes / Qu'afin de tâcher d'être ailleurs... ». Le dernière grande chanson du disque est « Richard II Quarante », un pur moment de grâce où la voix de Magny donne sa pleine mesure : « La patrie est comme une barque qu'abandonnèrent ses haleurs, et je ressemble à ce monarque plus malheureux que le malheur ». Quant au dernier morceau, « Co-opération », il s'ouvre sur ces phrases d'une désespérante évidence : « Les cris qui se savent inécoutés, en voilà un horrible silence... Tu peux pleurer, tu peux crier tu peux vomir, tu ne sauras jamais pourquoi tu es né(e) ».

 

Morte dans une indifférence quasi-générale en 1997, Colette Magny n'a jamais eu la place que son talent aurait dû lui assurer dans le monde de la musique francophone... Heureusement, il reste pour toujours ce disque prodigieux et sans équivalent, à (re)découvrir d'urgence.

 
Liste des chansons :


1. Melocoton (Colette Magny) *
2. Les Tuileries (Victor Hugo - Colette Magny) *
3. Monangamba (António Jacinto - Colette Magny)
4. Rock me more and more (J. Davis - A. Carven)
5. Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud - Colette Magny) *
6. La Terre acquise (Colette Magny) 
7. Saint-James Infirmary (Irving Mills alias « Joe Primrose ») *
8. Any woman's blues (Traditionnel américain)
9. Heure grave (Rainer Maria Rilke - Colette Magny) *
10. J'ai suivi beaucoup de chemins (Antonio Machado - Colette Magny) *
11. Didn't my Lord deliver Daniel (traditionnel nord-américain)
12. Chanson en canot (Victor Hugo - Colette Magny) *
13. Richard II Quarante (Louis Aragon - Colette Magny) *
14. Co-opération (Colette Magny)
COLETTE-MAGNY-EP-2.jpg

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 12:22
Dans le film de Marie Audigier, réalisé dans le cadre de l’exposition «La Bande son de mai 68», présentée par la mairie du 18e à Paris, Georges Moustaki témoigne :

" Les chansons les plus marquantes de cette époque ont été écrites et chantées par Colette Magny, qui était d'abord une merveilleuse chanteuse, un bel esprit et un bon compositeur qui a fait les chansons les plus intenses par rapport à ce qui se passait en Mai 68".

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 08:06
Extraits du livre "L'underground musical en France" de Eric Deshayes et Dominique Grimaud (Ed. Le mot et le reste, 2008) :

Le 22 juin 1963, lors de La Nuit de la Nation, un concert gratuit organisé par SLC, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Richard Anthony et Danyel Gérard chantent devant une foule de 150000 jeunes, le premier rassemblement d'une telle ampleur. Ce mouvement de jeunesse n'a qu'un seul but, se divertir, dévier son attention des réalités grises. Les yé-yé éludent les "opérations de maintien de l'ordre" dans la province française d'Afrique du Nord, une guerre d'Algérie qui ne dit pas son nom et prend fin en 1962. Cette année-là, Colette Magny est choquée par un combat de rue sous sa fenêtre entre partisans de l'Algérie française et membres du FLN, choc qui est à l'origine de sa prise de conscience politique. L'année suivante, elle enregistre un premier 45 tours pour CBS, Melocoton, dans son style "blues" très personnel. Premier 45 tours et premiser succès, en avril 1963, elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Mais le "blues" de Colette Magny, expression directe d'une conscience politique profonde, passe de moins en moins bien auprès de CBS, d'autant qu'elle pense alors enregistrer une chanson intitulée "Le mal de vivre (Cuba)". Le contrat n'est pas prolongé. [page 13]

Au début des années soixante, trois chanteuses sont pressenties pour devenir des icônes ou des idôles, comme on disait à l'époque de la chanson française, mais vont refuser cette voie toute tracée et perndre des chemins opposés. Elles ne vont en faire qu'à leur tête ! [page 141] [...] Dès la fin des années soixante, Colette Magny, Catherine Ribeiro avec Alpes et Brigitte Fontaine auront réussi à imposer leurs visions singulières en se détachant d'une approche "chansonnière" [page 146].


En 1962, Colette Magny laisse derrière elle dix-sept années de secrétariat à l'OCDE pour un engagement d'une semaine au cabaret parisien, La Contrescarpe. Dès 1963, son premier EP "Melocoton" publié par CBS, est couronné de succès et elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Le show-biz perçoit bien en elle une héritière de Bessie Smith et Billie Holiday mais oublie un peu vite que le blues est l'expression d'une complainte sociale, d'une réalité brute. De surcroît, Colette Magny, est consciente d'avoir une voix très singulière, paraiassant souvent un peu à côté, et n'a pas l'intention de se laisser enfermer dans un quelconque registre. En 1964, elle enregistre avec l'orchestre de François Tusques, toujours pour la firme américaine CBS qui ensuite ne reconduit pas son contrat. Elle compte en effet évoquer la question cubaine dans son prochain disque. "Le Mal de vivre (Cuba)" sera publié en 1965 par Le Chant du Monde, orné d'un portrait plein cadre de Fidel Castro. Suit le glaçant "Bura-Bura" sur les rescapés d'Hiroshima, alors que l'Etat français procède à ses premiers essais nucléaires aériens en Polynésie, un titre extrait du 33 tous, Avec, publié sur le label Mouloudji en 1966 et élaboré avec André Almuro au GRM. Dorénavant, et ce jusqu'au début des années quatre-vingt, tous ses albums seront publiés par Le Chant du Monde. Avec les albums Viêtnam 67 et Magny 68/69 priorité est donnée aux textes chantés, parlés, gueulés selon un phrasé très libre, des textes devenant de véritables reportages de piquets de grève. Avec Feu et Rythme en 1970, l'équilibre entre le politique et l'artistique est retrouvé pour atteindre un sommet créatif. Accompagnée de deux contrebassistes, Barre Philips et Beb Guérin, et de l'orchestre de Diego Masson sur certains titres, Colette Magny révèle une maîtrise foudroyante, avec un naturel déconcertant, de toutes ses possibilités vocales et donne corps à un album de la trempe d'un Freedom Now ! Suite de Max Roach et Abbey Lincoln. En concerts, lors de festivals pop ou free, dans des usines, sur les marchés, la voix imposante de Colette Magny devient même tonitruante, le militantisme rageur prenant largement le pas sur la rigueur de la rime. Elle prend fait  et cause pour la lutte des Noirs-américains, travaillant sur des articles consacrés au Black Panthers Party pour une tournée et un disque, Répression. Ce dernier, enregistré en 1972, avec la formation de François Tusques, est également très bon, répousant cette fois un peu plus la Great Black Music. Durant ces années, elle sera aussi accompagnée sur scène de Henri Texier et de musiciens du Free Jazz Workshop de Lyon. En 1983, avec Chansons pour Titine, elle revient un peu au blues de ses débuts, reprenant des standards, mais aussi l'hymne des Black Panthers. Puis, sans maison de disques, elle crée son label Colette Magny Promotion et a recours à une souscription pour l'album Kevork en 1989 fabriqué et distribué par l'indépendant Scalen'disc. Installée dans le Tarn-et-Garonne, Colette Magny y est l'initiatrice du festival Des Croches et la Lune. Elle est décédée en 1997. [pages 141 à 144]
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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 12:04
affiche
Extrait de l'intervention "Migrantes et habitantes de la campagne : une implication « genrée » de l’artiste dans les dynamiques territoriales" de Laurence Garcia, à l'occasion du colloque international "Le développement culturel : un avenir pour les territoires ?" (3e rendez-vous de géographie culturelle, ethnologie et études culturelles en Languedoc-Roussillon) qui s'est tenu les 17 et 18 avril 2008 à l'Université de Nîmes :

Malgré une économie culturelle souvent frugale, les espaces ruraux, même les plus enclavés et reculés semblent toutefois être des espaces de prédilection au regard du foisonnement d’initiatives artistiques culturelles et de l’installation croissante d’artistes. L’approche empirique a voulu se saisir de ce paradoxe en se centrant au départ sur l’histoire d’un village rural français où l’installation d’une artiste de renom : Colette Magny, dans les années 70-80, a suscité une forte dynamique culturelle, et a contribué à en faire un territoire de référence pour les artistes.
En quelques mots, qui était Colette Magny ? :
Artiste renommée et connue internationalement, elle a été accompagnée par des grands noms du jazz, tout en refusant le rôle de « chanteuse de blues nationale ». S’impliquant personnellement dans ces contestations, elle a remis en question tant la forme et le fonds de son répertoire, que sa pratique professionnelle.
Par son engagement politique et poétique, le village dans lequel elle a vécu les vingt dernières années de sa vie, reste imprégné de sa présence. Si elle est entrée de ce fait dans la mémoire des lieux, y laissant des empreintes vivaces, elle n’est plus beaucoup dans les souvenirs. En effet, la plupart de ceux qui participent aujourd’hui à la dynamique culturelle et artistique du village, n’ont aucune référence au sujet de son passage dans ce village, ni sur son engagement poétique et politique. Pourtant, sa contribution à la dynamique artistique et culturelle dans ces lieux est régulièrement évoquée et étroitement corrélée à sa rencontre avec les habitants.
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Published by - dans Etudes
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 09:34

Annie-Ernaux-Les-Annees.gifDans son livre "Les années" (Ed. Gallimard), à la page 113, Annie Ernaux résume ainsi l'année 1968 :

 

On expérimentait la grammaire structurale, les champs sémantiques et les isotopies, la pédagogie Freinet. On abandonnait Corneille et Boileau pour Boris Vian, Ionesco, les chansons de Boby Lapointe et de Colette Magny, Pilote et la bande dessinée. On faisait écrire un roman, un journal, puisant dans l’hostilité des collègues qui s’étaient terrés en 68 dans la salle des profs et celle des parents criant au scandale parce qu’on faisait lire L‘Attrape-Cœur et Les Petits Enfants du siècle un surcroît de persévérance.
On sortait des débats de deux heures sur la drogue, la pollution ou le racisme, dans une espèce d’ébriété avec, tout au fond de soi, le soupçon de n’avoir rien appris aux élèves, est-ce qu’on n’était pas en train de pédaler à côté du vélo, mais l’école de toute manière servait-elle à quelque chose. On sautait sans fin d’interrogation en interrogation.
Penser, parler, écrire, travailler, exister autrement : on estimait n’avoir rien à perdre de tout essayer.
1968 était la première année du monde.

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Published by Pierre Prouveze - dans Publications
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