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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 19:29

Extrait de la critique cinéma parue dans Libération du 18/02/2009 :

Premier film intelligent d’influence nippone de Pascal-Alex Vincent avec Alexandre et Victor Carril, Anaïs Demoustier…

[...] C’est là une sorte de Tour de France par deux enfants, mais cent quarante ans plus tard, épuré par quelques libérations sexuelles glanées au passage. Sans doute tous les épisodes ne sont pas du même niveau et sans doute le film perd en étrangeté dès qu’il se met à ressembler à des choses que l’on connaît déjà (Presque rien de Sébastien Lifshitz). Il n’empêche qu’on veut bien lui donner la main, à ce film qui chante Melocoton de Colette Magny tout en embrassant le XXIe siècle.

PHILIPPE AZOURY

 


Bande annonce : Donne-moi la main


Le dossier de presse du film précise :

Colette Magny – Une femme engagée
Par son allure, son style, ses textes rebelles et ses engagements, Colette Magny est un personnage singulier de la chanson contemporaine. Trop souvent délaissée par les médias, elle a trouvé la notoriété, dans les années 1960, avec un répertoire souvent inspiré par le blues et surtout grâce à sa chanson à succès, Melocoton (1963).
Appuyant sa voix grave sur des textes engagés, elle s'est très souvent préoccupée des problèmes de ce monde Vietnam 67 et Kevork dénoncent les injustices, les inhumanités et le péril écologique avec poésie et mélodie, mais sans apaisement dans la force de ses textes et paroles.
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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 18:57

Extrait de la lettre de la Maison du peuple de Pierre-Bénite (69) de janvier 2009 :

 

personne-magny.jpg

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 15:50

Critique de disque publiée le 01/09/2008 sur PlanetGong :

 

 

melocoton1Colette Magny -
Melocoton
(1965 ; CBS) - réédition CD : Sony-Versailles.

  

Au rayon des grands oubliés de l'histoire, Colette Magny tient une place à part. Cette artiste française (dont le seul succès fut « Melocoton », sorti en 45 tours en 1963) a été magnifiquement ignorée par les médias pendant toute sa carrière de chanteuse et d'artiste engagée. Alors que les plus aventureuses des télévisions et des radios se contentaient de diffuser les disques de la génération yé-yé (une gloire musicale de plus à mettre à l'actif de notre hexagone), Magny a sorti en 1965 un des meilleurs disques de chanson française de la décennie.
 

La chanson titre, qui prend la forme d'une mystérieuse comptine, ouvre l'album et prépare l'auditeur au style de Colette Magny : une voix à l'expressivité unique et une instrumentation délicate qui ne peuvent laisser personne indifférent. Comme Ferré et Brassens avant elle, Magny avait fait le choix de mettre en musique les textes de grands poètes : Hugo, Rimbaud, Aragon. Ainsi, sur « Les Tuileries » de Hugo (dont le texte fut plagié sans vergogne par Lavilliers), Magny livre une interprétation extraordinaire qui donne un relief particulier au texte (« Nous sommes deux drôles, aux larges épaules / Deux joyeux bandits / Sachant rire et battre / Mangeant comme quatre / Buvant comme dix. Quand, vidant des litres / Nous cognons aux vitres / De l'estaminet / Le bourgeois difforme / Tremble en uniforme / Sous son gros bonnet. »). Un peu plus loin, c'est une adaptation d'un poème de Rimbaud qui est donnée avec un minimalisme et une justesse remarquables : seuls une batterie, un orgue et quelques claquements de mains accompagnent la voix de Magny (« Chanson de la plus haute tour »).

 

De sa voix puissante, Magny se permet de reprendre des morceaux issus de la musique noire-américaine : « Saint James Infirmary », « Any Woman's Blues », et « Didn't My Lord Deliver Daniel » ; les arrangements sont soignés, la rythmique implacable, et le jeu de trompette traumatisant sur les deux premiers morceaux (des classiques de blues, repris avec une qualité inégalée de ce côté de l'Atlantique). En effet, Magny ne se cantonne pas à interpréter des poèmes d'auteurs francophones, et ses adaptations d'Antonio Machado (« J'ai suivi beaucoup de chemins ») et de Rainer Maria Mike (« Heure Grave ») sont bouleversantes. Sur ces morceaux, la voix forte de Magny transcende les textes : « J'ai suivi beaucoup de chemines / J'ai ouvert de nombreux sentiers / J'ai navigué sur cent mers / Et abordé cent rivages. Partout, j'ai vu des caravanes de tristesse / De superbes et mélancoliques ivrognes / A l'ombre noire... »

 

Le retour à un texte de Hugo (« Chanson en Canot »), appuyé par un clavecin génial, est prodigieux : « Ne venez point où nous sommes troubler la fête des yeux doux / Je ne veux savoir où vous êtes / Qu'afin de tâcher d'être ailleurs... ». Le dernière grande chanson du disque est « Richard II Quarante », un pur moment de grâce où la voix de Magny donne sa pleine mesure : « La patrie est comme une barque qu'abandonnèrent ses haleurs, et je ressemble à ce monarque plus malheureux que le malheur ». Quant au dernier morceau, « Co-opération », il s'ouvre sur ces phrases d'une désespérante évidence : « Les cris qui se savent inécoutés, en voilà un horrible silence... Tu peux pleurer, tu peux crier tu peux vomir, tu ne sauras jamais pourquoi tu es né(e) ».

 

Morte dans une indifférence quasi-générale en 1997, Colette Magny n'a jamais eu la place que son talent aurait dû lui assurer dans le monde de la musique francophone... Heureusement, il reste pour toujours ce disque prodigieux et sans équivalent, à (re)découvrir d'urgence.

 
Liste des chansons :


1. Melocoton (Colette Magny) *
2. Les Tuileries (Victor Hugo - Colette Magny) *
3. Monangamba (António Jacinto - Colette Magny)
4. Rock me more and more (J. Davis - A. Carven)
5. Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud - Colette Magny) *
6. La Terre acquise (Colette Magny) 
7. Saint-James Infirmary (Irving Mills alias « Joe Primrose ») *
8. Any woman's blues (Traditionnel américain)
9. Heure grave (Rainer Maria Rilke - Colette Magny) *
10. J'ai suivi beaucoup de chemins (Antonio Machado - Colette Magny) *
11. Didn't my Lord deliver Daniel (traditionnel nord-américain)
12. Chanson en canot (Victor Hugo - Colette Magny) *
13. Richard II Quarante (Louis Aragon - Colette Magny) *
14. Co-opération (Colette Magny)
COLETTE-MAGNY-EP-2.jpg

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 12:22
Dans le film de Marie Audigier, réalisé dans le cadre de l’exposition «La Bande son de mai 68», présentée par la mairie du 18e à Paris, Georges Moustaki témoigne :

" Les chansons les plus marquantes de cette époque ont été écrites et chantées par Colette Magny, qui était d'abord une merveilleuse chanteuse, un bel esprit et un bon compositeur qui a fait les chansons les plus intenses par rapport à ce qui se passait en Mai 68".

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 08:06
Extraits du livre "L'underground musical en France" de Eric Deshayes et Dominique Grimaud (Ed. Le mot et le reste, 2008) :

Le 22 juin 1963, lors de La Nuit de la Nation, un concert gratuit organisé par SLC, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Richard Anthony et Danyel Gérard chantent devant une foule de 150000 jeunes, le premier rassemblement d'une telle ampleur. Ce mouvement de jeunesse n'a qu'un seul but, se divertir, dévier son attention des réalités grises. Les yé-yé éludent les "opérations de maintien de l'ordre" dans la province française d'Afrique du Nord, une guerre d'Algérie qui ne dit pas son nom et prend fin en 1962. Cette année-là, Colette Magny est choquée par un combat de rue sous sa fenêtre entre partisans de l'Algérie française et membres du FLN, choc qui est à l'origine de sa prise de conscience politique. L'année suivante, elle enregistre un premier 45 tours pour CBS, Melocoton, dans son style "blues" très personnel. Premier 45 tours et premiser succès, en avril 1963, elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Mais le "blues" de Colette Magny, expression directe d'une conscience politique profonde, passe de moins en moins bien auprès de CBS, d'autant qu'elle pense alors enregistrer une chanson intitulée "Le mal de vivre (Cuba)". Le contrat n'est pas prolongé. [page 13]

Au début des années soixante, trois chanteuses sont pressenties pour devenir des icônes ou des idôles, comme on disait à l'époque de la chanson française, mais vont refuser cette voie toute tracée et perndre des chemins opposés. Elles ne vont en faire qu'à leur tête ! [page 141] [...] Dès la fin des années soixante, Colette Magny, Catherine Ribeiro avec Alpes et Brigitte Fontaine auront réussi à imposer leurs visions singulières en se détachant d'une approche "chansonnière" [page 146].


En 1962, Colette Magny laisse derrière elle dix-sept années de secrétariat à l'OCDE pour un engagement d'une semaine au cabaret parisien, La Contrescarpe. Dès 1963, son premier EP "Melocoton" publié par CBS, est couronné de succès et elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Le show-biz perçoit bien en elle une héritière de Bessie Smith et Billie Holiday mais oublie un peu vite que le blues est l'expression d'une complainte sociale, d'une réalité brute. De surcroît, Colette Magny, est consciente d'avoir une voix très singulière, paraiassant souvent un peu à côté, et n'a pas l'intention de se laisser enfermer dans un quelconque registre. En 1964, elle enregistre avec l'orchestre de François Tusques, toujours pour la firme américaine CBS qui ensuite ne reconduit pas son contrat. Elle compte en effet évoquer la question cubaine dans son prochain disque. "Le Mal de vivre (Cuba)" sera publié en 1965 par Le Chant du Monde, orné d'un portrait plein cadre de Fidel Castro. Suit le glaçant "Bura-Bura" sur les rescapés d'Hiroshima, alors que l'Etat français procède à ses premiers essais nucléaires aériens en Polynésie, un titre extrait du 33 tous, Avec, publié sur le label Mouloudji en 1966 et élaboré avec André Almuro au GRM. Dorénavant, et ce jusqu'au début des années quatre-vingt, tous ses albums seront publiés par Le Chant du Monde. Avec les albums Viêtnam 67 et Magny 68/69 priorité est donnée aux textes chantés, parlés, gueulés selon un phrasé très libre, des textes devenant de véritables reportages de piquets de grève. Avec Feu et Rythme en 1970, l'équilibre entre le politique et l'artistique est retrouvé pour atteindre un sommet créatif. Accompagnée de deux contrebassistes, Barre Philips et Beb Guérin, et de l'orchestre de Diego Masson sur certains titres, Colette Magny révèle une maîtrise foudroyante, avec un naturel déconcertant, de toutes ses possibilités vocales et donne corps à un album de la trempe d'un Freedom Now ! Suite de Max Roach et Abbey Lincoln. En concerts, lors de festivals pop ou free, dans des usines, sur les marchés, la voix imposante de Colette Magny devient même tonitruante, le militantisme rageur prenant largement le pas sur la rigueur de la rime. Elle prend fait  et cause pour la lutte des Noirs-américains, travaillant sur des articles consacrés au Black Panthers Party pour une tournée et un disque, Répression. Ce dernier, enregistré en 1972, avec la formation de François Tusques, est également très bon, répousant cette fois un peu plus la Great Black Music. Durant ces années, elle sera aussi accompagnée sur scène de Henri Texier et de musiciens du Free Jazz Workshop de Lyon. En 1983, avec Chansons pour Titine, elle revient un peu au blues de ses débuts, reprenant des standards, mais aussi l'hymne des Black Panthers. Puis, sans maison de disques, elle crée son label Colette Magny Promotion et a recours à une souscription pour l'album Kevork en 1989 fabriqué et distribué par l'indépendant Scalen'disc. Installée dans le Tarn-et-Garonne, Colette Magny y est l'initiatrice du festival Des Croches et la Lune. Elle est décédée en 1997. [pages 141 à 144]
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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 12:04
affiche
Extrait de l'intervention "Migrantes et habitantes de la campagne : une implication « genrée » de l’artiste dans les dynamiques territoriales" de Laurence Garcia, à l'occasion du colloque international "Le développement culturel : un avenir pour les territoires ?" (3e rendez-vous de géographie culturelle, ethnologie et études culturelles en Languedoc-Roussillon) qui s'est tenu les 17 et 18 avril 2008 à l'Université de Nîmes :

Malgré une économie culturelle souvent frugale, les espaces ruraux, même les plus enclavés et reculés semblent toutefois être des espaces de prédilection au regard du foisonnement d’initiatives artistiques culturelles et de l’installation croissante d’artistes. L’approche empirique a voulu se saisir de ce paradoxe en se centrant au départ sur l’histoire d’un village rural français où l’installation d’une artiste de renom : Colette Magny, dans les années 70-80, a suscité une forte dynamique culturelle, et a contribué à en faire un territoire de référence pour les artistes.
En quelques mots, qui était Colette Magny ? :
Artiste renommée et connue internationalement, elle a été accompagnée par des grands noms du jazz, tout en refusant le rôle de « chanteuse de blues nationale ». S’impliquant personnellement dans ces contestations, elle a remis en question tant la forme et le fonds de son répertoire, que sa pratique professionnelle.
Par son engagement politique et poétique, le village dans lequel elle a vécu les vingt dernières années de sa vie, reste imprégné de sa présence. Si elle est entrée de ce fait dans la mémoire des lieux, y laissant des empreintes vivaces, elle n’est plus beaucoup dans les souvenirs. En effet, la plupart de ceux qui participent aujourd’hui à la dynamique culturelle et artistique du village, n’ont aucune référence au sujet de son passage dans ce village, ni sur son engagement poétique et politique. Pourtant, sa contribution à la dynamique artistique et culturelle dans ces lieux est régulièrement évoquée et étroitement corrélée à sa rencontre avec les habitants.
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Published by - dans Etudes
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 09:34

Annie-Ernaux-Les-Annees.gifDans son livre "Les années" (Ed. Gallimard), à la page 113, Annie Ernaux résume ainsi l'année 1968 :

 

On expérimentait la grammaire structurale, les champs sémantiques et les isotopies, la pédagogie Freinet. On abandonnait Corneille et Boileau pour Boris Vian, Ionesco, les chansons de Boby Lapointe et de Colette Magny, Pilote et la bande dessinée. On faisait écrire un roman, un journal, puisant dans l’hostilité des collègues qui s’étaient terrés en 68 dans la salle des profs et celle des parents criant au scandale parce qu’on faisait lire L‘Attrape-Cœur et Les Petits Enfants du siècle un surcroît de persévérance.
On sortait des débats de deux heures sur la drogue, la pollution ou le racisme, dans une espèce d’ébriété avec, tout au fond de soi, le soupçon de n’avoir rien appris aux élèves, est-ce qu’on n’était pas en train de pédaler à côté du vélo, mais l’école de toute manière servait-elle à quelque chose. On sautait sans fin d’interrogation en interrogation.
Penser, parler, écrire, travailler, exister autrement : on estimait n’avoir rien à perdre de tout essayer.
1968 était la première année du monde.

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Published by Pierre Prouveze - dans Publications
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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 17:40

Témoignage de Tatiana Chambert publié sur Myspace :

 

Influences:
POURQUOI COLETTE MAGNY ? Depuis plusieurs années j’aime mêler théâtre et chanson, et je cherche de nouvelles formes. Et je découvre Colette MAGNY . Elle n’est pas de ma génération et pourtant… Moderne, contemporaine : une oeuvre toujours en mouvement, toujours menée “avec le coeur et les tripes”, dans une recherche constante et sans compromissions. Blues, variété, chanson engagée, humaniste, violente, surprenante, chanson-flot, parole brève... révolution de la chanson ! Un répertoire puissant, riche et varié qui permet des libertés, que l’on peut adapter à nos personnalités, à notre époque et à notre esthétique. J’ai eu le coup de foudre et suis allée à la rencontre de ses connaissances, de ses lieux, de son univers, et surtout, avec les musiciens qui sans cesse inventent, recréent, on la joue, on la chante à notre sauce.

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 13:13

D'après "Cent ans de chanson française (1907-2007)" de Louis-Jean Calvet (Ed. L'Archipel) :


Colette MAGNY
Paris, 1926-1997. Auteur-compositeur-interprète. Elle quitte à trente-six ans une situation stable dans un organisme international pour faire de la chanson. Se produit à la Contrescarpe, fait une apparition à la télévision grâce à Mireille, et passe avec Sylvie Vartan à l’Olympia, où elle séduit de façon inattendue le public venu entendre la jeune chanteuse yé-yé. Mais c'est la première et dernière fois qu'elle monte sur une grande scène parisienne. Un étrange mur de silence semble en effet l'entourer. On ne l'entend pratiquement jamais sur les ondes nationales, on ne la voit pas à la télévision : elle est considérée comme dangereuse par tout le monde. Par le pouvoir (elle chante Cuba, le socialisme, la révolution) comme par les communistes (elle a critiqué le rôle du Parti en Mai 68). Entre ces différents écueils, elle poursuit cependant une œuvre remarquable, avec un engagement politique explicite (Viêtnam 67, Les Cages à tigre) mais surtout une recherche formelle poussée aussi loin qu'il est possible. La voix, le mot, la musique, tout est travaillé à l'extrême, et la chanson devient un tout qui ne doit plus rien à la bonne vieille structure carrée du couplet classique, même lorsqu'elle chante les poètes anciens (Louise Labé, Baise m'encor; Olivier de Magny, Aurons-nous point la paix ?). Elle écrit ainsi une sorte de chronique en blues de 1a France d'aujourd'hui, faisant intervenir des acteurs réels (À Saint-Nazaire, Chronique du Nord avec des grévistes, Pipi caca story; avec des enfants d'un IMP). Sur scène, sa présence (elle est ronde, énorme, immobile, « un pachyderme de sexe féminin », dit-elle) laisse pantois. Elle a inauguré un genre nouveau, le montage (le mot est faible, il y a là quelque chose des collages surréalistes). Mai 68 lui inspire en effet sa fresque sonore (Mai 68). En 1970, elle radicalise encore ses positions esthétiques avec Feu et Rythmes, allant jusqu'à chanter un article du dictionnaire (La Manche) : résultat indescriptible. Colette Magny a mieux que quiconque défini sa place : << Dans la famille coup de poing, il y a le père, Léo Ferré, la fille, Catherine Ribeiro, le fils, Bernard Lavilliers. Moi, je suis la mère. » Elle s'est entourée de complices chercheurs en sonorités : le Workshop free jazz pour Transit, le groupe Dharma pour Visage-village Il y a loin de ses débuts (Melocoton, fort belle chanson, son seul tube) à ses dernières œuvres, une route qu'elle a suivie sans détour et sans modèle, se frayant résolument son chemin, dans l'indifférence presque générale du show-biz. Elle a eu des héritières putatives (Catherine Ribeiro, Mama Béa...), mais la lignée semble être éteinte.

Une route sans détour et sans modèle
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 12:51

Critique de disque publiée sur le site Francomix :


Colette Magny - Melocoton (Sony/Versailles - 1997 réédition du 33 T CBS - 1964)
Melocoton
Les tuileries
Monangamba
Rock me more and more
Chanson de la plus haute tour
La terre acquise
Saint James infirmary
Any woman’s blues
Heure grave
J’ai suivi beaucoup de chemins
Didn’t my lord deliver Daniel
Chanson en canot
Richard II quarante
Co-operation 
   

      
Soyons honnêtes, pour nous tous le blues c’est l’Amérique. Pour nous, personne, à part les « ’Ricains » ne sait faire vibrer cette musique et nous faire vibrer avec cette musique. Normal vu ses racines. La regrettée et injustement méconnue chanteuse française Colette Magny, avec cet album « Melocoton », parmi d’autres, fait un bras d’honneur à nos préjugés et montre que le blues francophone n’est pas qu’une reprise du blues américain.

Colette Magny incarnait le blues et ses origines prolétaires par une vision du monde sans concession et la voix profonde de ceux qui n’ont rien. Colette Magny n’était pas une chanteuse de blues par hasard. Le blues était sa voie, sa vie et elle les assuma en 1963 en quittant son emploi administratif pour s’y consacrer jusqu’à sa mort en 1997.

Avec la même détermination tout au long de sa vie, Colette Magny a inlassablement et intensément chanté contre les dérives de l’argent, du pouvoir et de la politique qui étouffent des démocraties, tuent des peuples, provoquent des guerres dévastatrices et détruisent toute vie terrestre. Quarante ans plus tard, ses textes, comme ceux de l’écrivain français Antonin Artaud qu’elle a beaucoup chantés, n’ont pas pris une ride...
Ce choix de vie lui vaut d’ailleurs un baillonnement médiatique : censurée, ignorée par la radio, la production de ses albums a pu être chaotique.

Compositrice-auteur-interprète incomparable, Colette Magny tricotait avec les mots qu’elle chantait d’une voix profonde, aérienne ou saccadée et qui dévoilait son intimité.

Chaque morceau de l’album « Melocoton » tient en haleine. L’étirement sans fin de chaque mélopée nous fait nous languir de la suite. Les mots prennent ainsi tout leur sens et une dimension intemporelle et éternelle. « Melocoton », son seul succès commercial, où sa voix sublime les paroles, en est un parfait exemple.

Colette Magny, une chanteuse francophone à découvrir ou à réécouter d’urgence.

Anne Littardi  

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