Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 08:00

"Camera politica, dialectique du réalisme dans le cinéma politique et militant" de Emmanuel Barot, Ed. Vrin, septembre 2009, page 43 :

 

Le CCPO [Centre culturel populaire Palente Orchamps] organisait des projections (dont Afrique 50 de René Vautier, puis les grands films de Eisenstein), des spectacles, des montages-hommages, par exemple à Prévert, où encore Colette Magny, dont une chanson constitue la bande-son du premier opus de la trilogie "Nouvelle société" (1969) du groupe de Besançon. Ces films construits autour d'un récit-témoignage individuel mettent en lumière un visage éminemment actuel de cette "nouvelle société" dont la présidence Popidou avait fait son leitmotiv - films là encore au montage vif, saccadé, agressif, au rytme tendu, témoignant d'une contestation épidermique et d'une détermination radicale à l'égard de cet énième bavardage idéologique.

Repost 0
22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 14:29

Article publié sur le site Points Communs :

Vous étiez trois, trois femmes révoltées qui prirent pour nous les beignes et les pavés, qui chantèrent la vie et la rébellion, l’injustice et l’amour, l’amour des mots

Pour apprendre à vous connaître, il fallait bien qu’un plus grand nous raconte vos années glorieuses, ces années d’un monde peuplé de fous.

Alors, nous entrions dans votre monde comme on rentre dans la vie, en gueulant. Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi !

Vous chantiez la rage, l’injustice et la poésie des sens.

Vous chantiez, et c’était magique. Colette Magny, Mama Béa Tekielski et Catherine Ribeiro, à vos nom prononcés, vos voix uniques, qu’il était difficile de ne pas danser de l’intérieur.

Vous ne passiez pas à la télé, les journaux vous ignoraient. Mais les amoureux de la vie venaient toujours, dans des salles devenues plus petites avec le temps, et c'était bien

Raconter vos vies d’existences si riches qu’un milliardaire se sentirait pauvre s’il pouvait sentir. Seulement vous écouter une fois encore et refaire le chemin à l’envers.

Vous dire aujourd'hui, même si vous n’êtes plus que deux,

Vous dire qu’ils sont encore quelques uns à se rappeler que vous chantez toujours, passant devant une affiche, un jour, dans une petite ville perdue, quelque part sur le chemin, reconnaissant un nom enfoui dans l’émotion.

Vous dire enfin que ce fut merveilleux d’avoir croisé votre route.

 














Photos du concert en 1976 pour les 50 ans de Colette Magny à La Cartoucherie à Vincennes avec Catherine Ribeiro, Toto Bissainthe, Colette Magny et Monique Morelli.

Photos issues du site de Catherine Ribeiro

Repost 0
20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 14:05
C'est un monument de la chanson

Lu dans " L'avènement d'une ville universitaire ; la création de Louvain la neuve ; hommage à Michel Woitrin" de Françoise Hiraux (Ed. Adademia), pages 54-56, dans la partie consacrée à la vie universitaire à l'automne 1968 :

"L'Université a racheté une bonne partie des locaux appartenant jadis aux Frères des écoles chrétiennes, le Placet, situé boulevard de Malines. C'est là que le CET (Centre d'études théâtrales) qui avait commencé l'an dernier dans l'obscurité des caves, a pris sa place au soleil, notamment dans l'ancienne chapelle transformée en salle de spectacle. La barbe du pope d'Armand Delcampe y ordonne des liturgies nouvelles.

En plus du programme complémentaire proposé aux étudiants, le CET a décidé d'empoigner la grave question d'une culture pour aujourd'hui. Premier récital : trois soirées avec Jacques Hustin et Colette Magny. Fin, délicat, charmeur, Jacques Hustin recueille des applaudissements distingués et sympathiques. Mais Colette Magny, c'est autre chose : ça vous tombe dessus sans avertissements, ça vous arrive en pleine figure, ça hurle, ça déchire, ça râle, ça arrache, ça crache, ça cravache. Ça c'est un monument de la chanson. Ses thèmes sont l'actualité douloureuse de la souffrance ou de la dignité humaines, Hiroshima, Viet-Nam, Cuba, Che Guevara (...) Le récital est suivi d'un débat : ce n'est pas la meilleure partie. On rattrape vite sa sécurité dans les discussions. Un truc pareil, il faut le jeter à la tête des gens, puis s'en aller en leur laissant le paquet. Soirée discutable, certes, c'est-à-dire à discuter. C'est en tout cas le genre de recherche qui convient à un milieu universitaire. Hélas ! quatre cents personnes pour les rois séances, n'est-ce pas un peu peu ?"

Repost 0
1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 18:32

"Il y avait des gens formidables au Chant du Monde, comme Madame Loreilhe, qui aimait beaucoup Colette Magny, et Philippe Gavardin, le directeur" Francesca Solleville

Paru dans le magazine Je Chante ! n°4

Repost 0
29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 15:56

Publié par Corval dans Cette année là, les idoles... :

 

4 avril 1963
A partir de ce soir, les idoles des jeunes se retrouveront sur la scène de l'Olympia pour une série de 10 représentations exceptionnelles. Il n'y a plus une seule place de libre pour assister à un spectacle où se succéderont sur scène Colette Magny, Pierre Vassiliu, le créateur d'Armand, les Brutos, des fantaisistes dont le leader est Aldo Maccione, Claude François et Sylvie Vartan.

affiche-63-olympia
Affiches : Source site Amour du rock'n'roll

Repost 0
28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 10:58

Extrait de l'intervention de Daniel Pantchenko aux rencontres Amplifiées :

 

"Si l’Olympia accueille à nouveau Johnny Halliday en cette année 1962, entre des programmes avec Brel, Brassens, Marlène Dietrich, Frank Sinatra… et Charles Aznavour qui y revient pendant un mois et demi, Bruno Coquatrix qui était resté prudent devant le phénomène des « idoles » programme officiellement du 4 au 28 avril 1963 un show intitulé « Les idoles des jeunes » dont Sylvie Vartan et Claude François sont les vedettes. Curieusement, au même programme, une chanteuse d’un tout autre acabit et d’un autre âge obtient un succès certain : Colette Magny avec Melocoton".

Repost 0
Published by - dans Etudes
commenter cet article
29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 08:29

Extrait du Larousse, "Un festival de décibels dans le ciel du Berry":


Festival de musique populaire plus que trentenaire, le Printemps de Bourges 2009 s’est déroulé du 21 au 26 avril. Devenu l’un des grands rendez-vous annuels de la jeunesse éprise de son temps, il lui offre un paroxysme d’art vivant.

Bourges, vous connaissez ? Héritière des Bituriges de l’époque gallo-romaine, la cité doit son ancienne célébrité à sa cathédrale Saint-Étienne, l’un des joyaux de l’art gothique, et au financier Jacques Cœur, le grand argentier de la royauté sous Charles VII. Préfecture du Cher, le département le plus central de France, elle a toujours mené l’existence paisible d’une ville de moyenne importance. Paisible… jusqu’à ce jour d’avril 1977 où retentirent les premiers décibels du « Printemps de Bourges ». C’est alors l’ère d’une nouvelle célébrité qui s’ouvrait !


À concept novateur, pari audacieux
Tout commence à la maison de la culture de Bourges – la première de ce nom en France, inaugurée en 1963 par André Malraux, alors ministre du général de Gaulle. Un jour de l’année 1976 y arrivent deux hommes, l’un, Daniel Colling (né en 1946), passionné de chansons françaises, et l’autre, Maurice Frot (1928-2004), écrivain libertaire, également régisseur de Léo Ferré. Ils exposent au directeur, Christophe Dechico, une idée au moins aussi originale que le nom (qui est celui d’un ru de l’Essonne) de l’agence artistique qu’ils ont fondée, Écoute s’il pleut : celle d’un festival dédié à la chanson d’aujourd’hui. Ils y sympathisent aussi avec un bouillant personnage qui a des idées à revendre : Alain Meilland, responsable du secteur « chanson » dans cette maison de la culture – la seule de France qui possède un tel poste. Les ressources humaines existent pour accoucher d'un grand projet.

Le projet est aussi un concept en même temps qu’un pari. Les festivals de musique classique abondent. Alors pourquoi pas un festival de la chanson financé à la fois par des fonds privés et des subventions publiques ? Et un festival qui se situerait en marge des circuits du tout-puissant show-business ? Il y a de la revendication dans l’air… Le « la » est donné dès septembre 1976 avec l’opération « Halle en fête », qui propose sous la halle au blé trois jours de concerts auxquels participe notamment Bernard Lavilliers. Le centre-ville de Bourges est en ébullition : 3 000 personnes rendent le pari gagnant. Alors, la municipalité donne son « feu vert » au premier « Printemps de Bourges », qui est annoncé pour la période du 6 au 10 avril 1977.


La chanson autrement
Daniel Colling se met au travail. Entouré de son brain-trust – son second, Jean-Pierre Moreau, l’indispensable mais discret Alain Meilland, deux journalistes et deux attachées de presse –,  il s’emploie à remplir les grilles d’un programme qui doit comprendre vingt concerts, réunir une quarantaine d’artistes et, chaque jour, occuper un créneau allant de 10 h du matin à 2 h 30 le lendemain ! Les salles disponibles ne suffisant pas, un grand chapiteau, centre névralgique du festival, sera dressé place Séraucourt.

Les invités du premier Printemps de Bourges ne sont pas de ceux qu’on entend à longueur d’antenne à la radio ou à la télévision. Bernard Lavilliers remet ça. François Béranger, Leny Escudero, Jacques Higelin, Colette Magny, Catherine Ribeiro, Henri Tachan, chanteurs engagés ou inclassables, ou encore des « régionalistes » comme les Occitans Verdier et Marti sont de la fête. Ils ont des parcours différents, parfois atypiques, mais tous font cause commune en acceptant d’« essuyer les plâtres » de ce festival qui renoue avec l’esprit des chansonniers à l’ancienne mode, mi-troubadours mi-rebelles. Des chansonniers à l’ancienne mode pour le monde d’aujourd’hui…

Les spectacles mêlent toutes les générations, parmi le public et sur scène. À l’affiche, il y a de grands aînés, Charles Trenet et Serge Reggiani, qui sont venus apporter leur caution au festival et qui recueillent de nouveaux succès. Mais on ouvre aussi les plateaux à de « petits nouveaux », qui se frottent pour la première fois au public et qui peuvent, comme le Charlélie Couture de cette époque, apprendre ce qu’il leur en coûte… – il restera de cette initiative un nom déposé, celui de Scène ouverte.

...

Repost 0
20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 16:35

Lu sur le blog du Père Peinard :


Colette Magny, la grande (la seule ?) chanteuse de blues française avait une modeste résidence secondaire dans le Sud-Ouest. J'habitais pas loin. Chaque année, elle y donnait un concert gratuit pour quelques dizaines de copains,

autant de gendarmes et quelques vaches étonnées mais ravies Une vieille grange, un méchoui, la nuit étoilée, le blues.

De quelques soirées au coin du feu, j'ai retenu librement ses paroles. Elle les a contresignées, Libé a publié, elles figurent dans le livret de son ultime disque.

Christian Durand

Saint Martin par Castelnau de Montmiral


Fête des sept feux / Grand Octave / Brigade Rouge / flic ordinateur / melon occitan / Chili / Francesca Solleville / artiste / militant / populaire / pognon / révolution / torture / sciatique / parti communiste / groslapin / gauchiste / pognon / Psychépo / comtesse de Ségur/ mec odeur/ chacal chameau / LIP / Catherine Ribeiro / opéra pintade / Limonade / free jazz / Xénakis / punk / Libération / couilles / vagin vivant / visage village / Colette Magny /
STOP

C'étaient de très grands champs dérivant au vent
les mains pensantes des hommes chahutent la terre
se battent contre les ronces les genêts le chiendent
tatouent leurs désirs sur les ventres de la reine-mère.

je vis ici entre rouergue et quercy pays de lieux-dits Maleterre Mordagne Salvetat qui vivent et demeurent sans bruit loin des autoroutes supermarchés centra­les nucléaires ils avaient pas fait la fête depuis 1953 le paysan a prêté son champ après l'avoir nettoyé la quincaillère a fait des gauffres la dame belge des saucisses fête des sept feux les sept maisons du hameau le grand octave avait le trac sur scène avec son accordéon la voisine a dit madame Magny elle chante bien elle a une jolie voix en juin pour Catherine Ribeiro il pleuvait en juillet que des filles sur scène ça s'est trouvé comme ça Mariannick Anne Marie Morgane Pinok Matho Colette Mama Béa en septembre Paco Ibanez l'été on va essayer de faire du fric et l'hiver des soirées pour les gens du pays épicière bistrot vétérinaire ils me font chier les intellectuels je veux donner quelque chose à dix personnes mieux que vendre rien à cinquante mille spectateurs

le gendarme voulait me foutre un PV
les chenilles de mon tracteur seraient plus nuisibles que celles des chars militaires à canjuers
les flics sont venus j'étais courtoise à la préfecture juste courtoise les RG savaient tout sur moi le moindre pékin est sur ordinateur le flic un admirateur il disait voulait que je lui dédicace une affiche ils avaient battu les CRS au foot j'en ai vraiment rien à foutre pour ceux d'en bas on est des communistes couteau entre les dents les brigades au micro on a dit aux gens passez par-en haut du côté d'Espinas ils y étaient aussi contrôlaient tout le monde mesquins comme ce con d'Occitan qui voyait pas plus loin que son champ de melon dans le Var me disait que ses Arabes gagnaient plus que lui pauvre con je lui dit vends tes terres tu verras après il a fait un méchoui pour des pauvres bougres du Harkis je suis pas paysanniste moi ni ouvriériste je suis une artiste une grand'artiste moi monsieur mais pas populaire non Rika Zaraï elle est populaire moi si on m'arrête on me torture on me fusille tout le monde s'en fout j'ai peur je suis lâche si ça pète je file en Belgique au Chili Francesca Solleville elle y est allé le premier mai pour chanter dans les champs les maisons je sais pas si j'y serai allé la torture il faut le courage je lui ai dit tu es folle

chili un peuple crève
à l'autre bout du monde
solitude
nous avons crié ensemble
solidarité
violette parra victor jara
vous êtes devenu la musique du souvenir
qu'on chante doucement
à ceux qui vont oublier
comme on raconte aux enfants
qui ne savent pas
une légende qui finit mal

(maxime le forestier)

et ces petits cons de Libération je les aime quand même ils disent démagogie parce que Francesca elle chante avec le parti commu­niste moi quand j'étais au PC je voulais faire des chansons sur tous les corps de métier avec la CGT une fois la CFDT ils sont venus me demander de chanter pour les permanents qui s'emmerdaient dans les bureaux que je chante pour les réveiller Francesca elle est communiste mais elle est gauchiste elle s'en rend pas compte pour la révolution on y sera tous comme dans une manif moi je serai à la DCA panpanpan je pourrais même pas à cause de ma sciatique c'est comme pour éva forest les féministes avaient organisé quelque chose avec Jeanne Moreau Bibi Anderson elles si on les arrête
ça fait toute une histoire moi non tout le monde s'en fout personne ne bouge pourtant je suis une artiste une grand'artiste moi monsieur les artistes ne sont pas sympathiques
sauf Francesca Solleville et puis moi qui suis l'artiste la plus sympathique que je connaisse
j'ai mauvais caractère je suis pas modeste pas du tout

me han preguntadico varias
personicas
si pelogrosicas para las masicas
son las cancionicas agitadoricas
des tas de gens m'ont demandé
si les chansonnettes engagées
étaient dangereuses
pour les masses laborieuses

(violette parra)

avec Mara et Maxime Le Forestier on a fait un disque pour les réfugiés du Chili les galas de soutien Lip Larzac à Albi pour le comité de la vermicellerie contre les promoteurs avec le théâtre du pavé chez Lip il y avait tous les gauchistes de la ville j'ai demandé la même chose que Mouloudji les gauchistes ils peuvent payer maintenant ils sont tous au parti socialiste ils peuvent payer cinq milles balles merde pour écouter Imanol lui c'est vraiment un chanteur militant basque il chante pour son peuple le pognon il s'en fout on lui avait rien donné
une fois j'ai geulé filez lui au moins de quoi bouffer et se loger le pognon ils pensent qu'à ça les pauvres cons ils me font chier les gauchistes chaque fois pareil je les tuerais ils gueulent
tu es dans le système ils me font signer des autographes puis ils gueulent t'es dans le star System tu joues les vedettes merde quand tu leur dit le tarif syndical dans un gala le minimum pour payer lés frais les musiciens il tombent sur le cul un million ils calculent tous les soirs on reste parfois trois mois sans rien faire les artistes neuf sur dix sont smigards arrêtez vos conneries

parle moi de l'homme oiseau
parle moi de la femme chouette
d'une femme qui retournerait les foins
d'une paysanne qui saurait diriger l'état


mais les féministes psych et po la librairie des femmes les éditions des fois c'est pas clair Antoinette toutes des Jeanne Dupont tant mieux pour elles si elles ont du fric j'en ai rien à foutre mais la Comtesse de Ségur les petits fours ça me fait chier elles sont très bien habillées pas vraiment mais des teintes je veux dire recherchées j'aime les femmes j'aime,les hommes je passe ma vie au lit j'ai pas toujours le temps d'y mettre quelqu'un si j'aimais une femme je ne sais pas comment lui dire les mecs elles disent qu'ils sentent mauvais les bruns puent le chacal les blonds le chameau j'ai vu le gars de la sono je lui dis tu pues la chacal il a fait une gueule elles ont fait une fête de femmes en juin au Bataclan un millier de femmes moi avec ma guitare puis des bagarres les autonomes je monte sur scène on me pique le micro en gueulant vous vous faites avoir, par le vedettariat c'est une femme-mec Colette Magny femme-mec conasse et derrière quatre ou cinq nanas tabassaient Morgane qui avait ramassé un tambour pour m'accompagner j'ai gueulé si c'est une réunion fasciste je me barre
le scandale m'emmerde

to easy to tell me you love me
j'aurai tant aimé danser
jusqu'à la fin de mes jours



mais si on les attaque je les défends une autre fois je suis allé à Saint Remy de Provence
pour un truc de femmes aucune organisa­tion les affiches au feutre pas grandmonde je veux leur parler fric une Jeanne Dupont me dit plus tard on en parlera en réunion je l'ai coincé
vous me payez ou je casse tout on s'est quitté bons amis non attention bonnes amies
c'est dur des fois j'ai sale caractère avec un mec d'un centre culturel je lui ai dit tu me payes ou je te bourre la gueule deux fois on m'a escroqué au dédit ils me disent c'est annulé merde ça fait chier les musiciens tant pis trois mois après il te réclame des dommages intérêts
que tu n'es pas venue sur scène tu es toute seule tu te bats les filles qui sont avec moi quand ça va mal je me retourne elles sont là prêtes à enchaîner j'ai découvert qu'en 1900 il y avait deux syndicats de femmes musiciennes maintenant il y en à qu'un des mecs réac en plus
pour ça les musiciens se font toujours baiser la gueule bien sur les hommes ils ont les postes-clés ils sont coincés comme moi avec mon micro c'est un lourd héritage naturellement ils en profitent

allons enfants des patries inconnues
les chenêts forgent le bois
l'étreinte sculpte un vide incandescent
ton ventre a plus de science que ta tête


ici j'ai une maison à Paris un petit appart trois cent francs par mois pour les Lip je touchais deux mille les musiciens payés il me reste mille francs j'achète la montre la plus chère un copain ouvrier je lui dit en un soir je gagne comme toi en un mois qu'est ce que j'en fais ma maison est hypothéquée quand Catherine Ribeiro est venue il pleuvait la municipalité nous a refusé une salle couverte au dernier moment Catherine elle était salement emmerdée elle comptait les voitures je lui ai dit laisse moi un mois je te trouve l'argent tout ceux qui viennent ici on paye les frais les stagiaires nous demandent des comptes qu'est ce qu'on fait du fric on leur montrera les comptes moi ici je suis ministre des affaires étrangères heureusement Jacques Gendrault est ministre des finances viens ici mon chéri embrasse moi

de tout petits enfants perdent leurs poumons
en tissant de beaux tapis en iran
un peuble en croix sur les traverses grinçantes
ouvre les rideaux du ciel


l'argent comme ça pourquoi pas je veux dire ils me font chier les gauchistes on est du même côté la gauche elle se bat pour des idées je suis apprentie marxiste à droite ils se battent pour le pognon je suis rentrée au parti communiste comme un gros lapin j'en suis sortie comme gros lapin quand on m'a demandé sur scène la démocratie avancée pour an passage pacifique au socialisme waldeckrochet tout ça je suis restée là à rien dire ils ont rigolé tu vois tu es dans un parti tu sais pas quoi dire sur la ligne principale mais le Chant du Monde ils ont continué à me distribuer même le disque sur 68 avec un sigle chinois sur la pochette c'est allé jusqu'au comité central le directeur commercial il a dit on le sort ça n'a pas fait de drame tout ça c'est des bricoles si je devais revenir dans une organisation sûrement je reviendrai au parti communiste comme gros lapin

la mort me hante la vie m'épouvante
dans les limites acceptées
je vivrai pleinement ma vie
en douleur attentive en plaisir épanouie
l'autre me fait chier j'ai moins d'espace
mais qu'est ce que je ferai toute seule


je suis paresseuse non je ne suis pas paresseuse je devrais me reposer plus souvent mauvaise circulation j'ai un opère en chantier un truc qui dure deux heures un opéra sur la pintade animal fabuleux en afrique c'est l'animal sacrificiel il est domestique mais il redevient sauvage très vite il est comme moi c'est un paysan qui m'en a parlé sous le pont du gard en 1969 je suis documentée on lui modifie la couleur des plumes avec des éclairements c'est
con on les vend déplumés je vais y travailler cet hiver si j'arrive à me reposer j'ai le nerf sciatique enflammé je hurle pour m'habiller une fois ça m'a pris des deux cotés il fallait me soutenir pour rentrer chez moi les voisins ont dit tiens l'actrice ils m'appellent l'actrice ils savent que je chante un peu péjoratif elle est saoule en plein après-midi mais je peux pas boire que de la limonade mon trip c'est le jazz je suis la grande prétresse du french blues
c'est moi la papesse Jeanne du free jazz une grande artiste moi monsieur plus avant
j'accroche plus punk commais qu'es aco comme on dit ici xenakis s'il voulait ma voix
pour la triturer dans son ordinateur je ne veux pas ma voix c'est moi j'existe comme ça

de grands rires ont explosé longuement
dans la montagne apparemment sans raison
un rapide un express un train d'espagne
brinqueballe crisse sur les rails


tu me tapes une cigarette c'est la dernière les filles vont arriver j'aime pas les critiques les journalistes me font chier je croyais avoir une copine à la Dépêche du Midi le quotidien de la région elle me promet une double page couleur sur la région les gens les projets et puis elle sort un article sur Colette Magny merde et les petits gars de l'autan l'hebdo régional ils viennent manger gentils bien élevés ils disent rien et ces petits cons de Libération c'est bien ce qu'ils font faut le faire mais ils m'ont censuré six fois en un an j'ai gueulé au téléphone je disais oui il me fait dire non Michel Lebris si je le trouve je lui arrache les couilles les filles de la revue Femmes en mouvement elles font ce que j'espérais de libération c'est n'importe qui des femmes qui s'expriment moi je suis inculte je lis rien de la poésie Saint John Perse Lacan Mallarmé Maïakovsky avant j'étais une somptueuse dactylographe bi-lingue à l'ocde maintenant je suis saltimbanque femelle

... que faire de la tendresse qu'en soi l'on abrite... j'ai le vagin à la buissonnière...
j'ai le vagin optimiste... j'ai le vagin vivant

Paroles de Colette Magny
Découpage-montage par Christian Durand
Photos de Christian Freund
Les textes en italique sont extraits de Visage-Village (Chant du Monde)
et de Chili, un peuple crève (Apcmur Production)

Repost 0
Published by Pierre Prouveze
commenter cet article
20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 16:11
Vu sur le blog Collectif invisible :      

 

Rencontre du troisième type en Rouergue

Colette Magny, la grande (la seule ?) chanteuse de blues française

avait une modeste résidence secondaire dans le Sud-Ouest. J'habitais pas loin.

Chaque année, elle y donnait un concert gratuit pour quelques dizaines de copains,

autant de gendarmes et quelques vaches étonnées mais ravies

Une vieille grange, un méchoui, la nuit étoilée, le blues.

De quelques soirées au coin du feu, j'ai retenu librement ses paroles.

Elle les a contresignées, Libé a publié, elles figurent dans le livret

de son ultime disque.

Christian Durand

Saint Martin par Castelnau de Montmiral


Fête des sept feux / Grand Octave / Brigade Rouge / flic ordinateur / melon occitan / Chili / Francesca Solleville / artiste / militant / populaire / pognon / révolution / torture / sciatique / parti communiste / groslapin / gauchiste / pognon / Psychépo / comtesse de Ségur/ mec odeur/ chacal chameau / LIP / Catherine Ribeiro / opéra pintade / Limonade / free jazz / Xénakis / punk / Libération / couilles / vagin vivant / visage village / Colette Magny /
STOP

C'étaient de très grands champs dérivant au vent
les mains pensantes des hommes chahutent la terre
se battent contre les ronces les genêts le chiendent
tatouent leurs désirs sur les ventres de la reine-mère.

je vis ici entre rouergue et quercy pays de lieux-dits maleterre mordagne salvetat qui vivent
et demeurent sans bruit loin des autoroutes supermarchés centra­les nucléaires ils avaient pas fait la fête depuis 1953 le paysan a prêté son champ après l'avoir nettoyé la quincaillère
a fait des gauffres la dame belge des saucisses fête des sept feux les sept maisons
du hameau le grand octave avait le trac sur scène avec son accordéon la voisine a dit madame magny elle chante bien elle a une jolie voix en juin pour Catherine ribeiro il pleuvait en juillet que des filles sur scène ça s'est trouvé comme ça mariannick anne marie morgane pinok matho colette mama béa en septembre paco ibanez l'été on va essayer de faire du fric et l'hiver des soirées pour les gens du pays épicière bistrot vétérinaire ils me font chier les intellectuels je veux donner quelque chose à dix personnes mieux que vendre rien
à cinquante mille spectateurs

le gendarme voulait me foutre un pv
les chenilles de mon tracteur seraient plus nuisibles que celles des chars militaires à canjuers
les flics sont venus j'étais courtoise à la préfecture juste courtoise les rg savaient tout
sur moi le moindre pékin est sur ordinateur le flic un admirateur il disait voulait que je lui dédicace une affiche ils avaient battu les crs au foot j'en ai vraiment rien à foutre pour ceux d'en bas on est des communistes couteau entre les dents les brigades au micro on a dit aux gens passez par-en haut du côté d'espinas ils y étaient aussi contrôlaient tout le monde mesquins comme ce con d'occitan qui voyait pas plus loin que son champ de melon dans le var me disait que ses arabes gagnaient plus que lui pauvre con je lui dit vends tes terres tu verras après il a fait un méchoui pour des pauvres bougres du harkis je suis pas paysanniste moi ni ouvriériste je suis une artiste une grand'artiste moi monsieur mais pas populaire non rika zaraï elle est populaire moi si on m'arrête on me torture on me fusille tout le monde s'en fout j'ai peur je suis lâche si ça pète je file en belgique au Chili francesca solleville elle y est allé le premier mai pour chanter dans les champs les maisons je sais pas si j'y serai allé la torture il faut le courage je lui ai dit tu es folle

chili un peuple crève
à l'autre bout du monde
solitude
nous avons crié ensemble
solidarité
violette parra victor jara
vous êtes devenu la musique du souvenir
qu'on chante doucement
à ceux qui vont oublier
comme on raconte aux enfants
qui ne savent pas
une légende qui finit mal

(maxime le forestier)

et ces petits cons de libération je les aime quand même ils disent démagogie parce que francesca elle chante avec le parti commu­niste moi quand j'étais au pc je voulais faire des chansons sur tous les corps de métier avec la cgt une fois la cfdt ils sont venus me demander de chanter pour les permanents qui s'emmerdaient dans les bureaux que je chante pour les réveiller francesca elle est communiste mais elle est gauchiste elle s'en rend pas comptepour la révolution on y sera tous comme dans une manif moi je serai à la dca panpanpan je pourrais même pas à cause de ma sciatique c'est comme pour éva forest les féministes avaient organisé quelque chose avec Jeanne moreau bibi anderson elles si on les arrête
ça fait toute une histoire moi non tout le monde s'en fout personne ne bouge pourtant je suis une artiste une grand'artiste moi monsieur les artistes ne sont pas sympathiques
sauf francesca solleville et puis moi qui suis l'artiste la plus sympathique que je connaisse
j'ai mauvais caractère je suis pas modeste pas du tout

me han preguntadico varias
personicas
si pelogrosicas para las masicas
son las cancionicas agitadoricas
des tas de gens m'ont demandé
si les chansonnettes engagées
étaient dangereuses
pour les masses laborieuses

(violette parra)

avec mara et maxime le forestier on a fait un disque pour les réfugiés du chili les galas de soutien lip larzac à albi pour le comité de la vermicellerie contre les promoteurs avec le théâtre du pavé chez lip il y avait tous les gauchistes de la ville j'ai demandé la même chose que mouloudji les gauchistes ils peuvent payer maintenant ils sont tous au parti socialiste ils peuvent payer cinq milles balles merde pour écouter imanol lui c'est vraiment un chanteur militant basque il chante pour son peuple le pognon il s'en fout on lui avait rien donné
une fois j'ai geulé filez lui au moins de quoi bouffer et se loger le pognon ils pensent qu'à ça les pauvres cons ils me font chier les gauchistes chaque fois pareil je les tuerais ils gueulent
tu es dans le système ils me font signer des autographes puis ils gueulent t'es dans le star System tu joues les vedettes merde quand tu leur dit le tarif syndical dans un gala le
minimum pour payer lés frais les musiciens il tombent sur le cul un million ils calculent
tous les soirs on reste parfois trois mois sans rien faire les artistes neuf sur dix sont smigards arrêtez vos conneries

parle moi de l'homme oiseau
parle moi de la femme chouette
d'une femme qui retournerait les foins
d'une paysanne qui saurait diriger l'état


mais les féministes psych et po la librairie des femmes les éditions des fois c'est pas clair antoinette toutes des Jeanne dupont tant mieux pour elles si elles ont du fric j'en ai rien à foutre mais la comtesse de ségur les petits fours ça me fait chier elles sont très bien habillées pas vraiment mais des teintes je veux dire recherchées j'aime les femmes j'aime,les hommes je passe ma vie au lit j'ai pas toujours le temps d'y mettre quelqu'un si j'aimais une femme
je ne sais pas comment lui dire les mecs elles disent qu'ils sentent mauvais les bruns puent le chacal les blonds le chameau j'ai vu le gars de la sono je lui dis tu pues la chacal il a fait une gueule elles ont fait une fête de femmes en juin au bataclan un millier de femmes moi
avec ma guitare puis des bagarres les autonomes je monte sur scène on me pique le micro
en gueulant vous vous faites avoir, par le vedettariat c'est une femme-mec Colette magny femme-mec conasse et derrière quatre ou cinq nanas tabassaient morgane qui avait ramassé un tambour pour m'accompagner j'ai gueulé si c'est une réunion fasciste je me barre
le scandale m'emmerde

to easy to tell me you love me
j'aurai tant aimé danser
jusqu'à la fin de mes jours



mais si on les attaque je les défends une autre fois je suis allé a saint remy de provence
pour un truc de femmes aucune organisa­tion les affiches au feutre pas grandmonde je veux leur parler fric une Jeanne dupont me dit plus tard on en parlera en réunion je l'ai coincé
vous me payez ou je casse tout on s'est quitté bons amis non attention bonnes amies
c'est dur des fois j'ai sale caractère avec un mec d'un centre culturel je lui ai dit tu me payes ou je te bourre la gueule deux fois on m'a escroqué au dédit ils me disent c'est annulé merde ça fait chier les musiciens tant pis trois mois après il te réclame des dommages intérêts
que tu n'es pas venue sur scène tu es toute seule tu te bats les filles qui sont avec moi quand ça va mal je me retourne elles sont là prêtes à enchaîner j'ai découvert qu'en 1900 il y avait deux syndicats de femmes musiciennes maintenant il y en à qu'un des mecs réac en plus
pour ça les musiciens se font toujours baiser la gueule bien sur les hommes ils ont les postes-clés ils sont coincés comme moi avec mon micro c'est un lourd héritage naturellement ils en profitent

allons enfants des patries inconnues
les chenêts forgent le bois
l'étreinte sculpte un vide incandescent
ton ventre a plus de science que ta tête


ici j'ai une maison à paris un petit appart trois cent francs par mois pour les lip je touchais deux mille les musiciens payés il me reste mille francs j'achète la montre la plus chère un copain ouvrier je lui dit en un soir je gagne comme toi en un mois qu'est ce que j'en fais ma maison est hypothéquée quand Catherine ribeiro est venue il pleuvait la municipalité nous a refusé une salle couverte au dernier moment Catherine elle était salement emmerdée elle comptait les voitures je lui ai dit laisse moi un mois je te trouve l'argent tout ceux qui
viennent ici on paye les frais les stagiaires nous demandent des comptes qu'est ce qu'on fait du fric on leur montrera les comptes moi ici je suis ministre des affaires étrangères heureusement Jacques gendrault est ministre des finances viens ici mon chéri embrasse moi

de tout petits enfants perdent leurs poumons
en tissant de beaux tapis en iran
un peuble en croix sur les traverses grinçantes
ouvre les rideaux du ciel


l'argent comme ça pourquoi pas je veux dire ils me font chier les gauchistes on est du même côté la gauche elle se bat pour des idées je suis apprentie marxiste à droite ils se battent
pour le pognon je suis rentrée au parti communiste comme un gros lapin j'en suis sortie comme gros lapin quand on m'a demandé sur scène la démocratie avancée pour an passage pacifique au socialisme waldeckrochet tout ça je suis restée là à rien dire ils ont rigolé tu vois tu es dans un parti tu sais pas quoi dire sur la ligne principale mais le chant du monde ils ont continué à me distribuer même le disque sur 68 avec un sigle chinois sur la pochette c'est
allé jusqu'au comité central le directeur commercial il a dit on le sort ça n'a pas fait de drame tout ça c'est des bricoles si je devais revenir dans une organisation sûrement je reviendrai au parti communiste comme gros lapin

la mort me hante la vie m'épouvante
dans les limites acceptées
je vivrai pleinement ma vie
en douleur attentive en plaisir épanouie
l'autre me fait chier j'ai moins d'espace
mais qu'est ce que je ferai toute seule


je suis paresseuse nom je ne suis pas paresseuse je devrais me reposer plus souvent mauvaise circulation j'ai un opère en chantier un truc qui dure deux heures un opéra sur la pintade animal fabuleux en afrique c'est l'animal sacrificiel il est domestique mais il redevient sauvage très vite il est comme moi c'est un paysan qui m'en a parlé sous le pont du gard en 1969 je suis documentée on lui modifie la couleur des plumes avec des éclairements c'est
con on les vend déplumés je vais y travailler cet hiver si j'arrive à me reposer j'ai le nerf sciatique enflammé je hurle pour m'habiller une fois ça m'a pris des deux cotés il fallait me soutenir pour rentrer chez moi les voisins ont dit tiens l'actrice ils m'appellent l'actrice ils savent que je chante un peu péjoratif elle est saoule en plein après-midi mais je peux pas boire que de la limonade mon trip c'est le jazz je suis la grande prétresse du french blues
c'est moi la papesse jeanne du free jazz une grande artiste moi monsieur plus avant
j'accroche plus punk commais qu'es aco comme on dit ici xenakis s'il voulait ma voix
pour la triturer dans son ordinateur je ne veux pas ma voix c'est moi j'existe comme ça

de grands rires ont explosé longuement
dans la montagne apparemment sans raison
un rapide un express un train d'espagne
brinqueballe crisse sur les rails


tu me tapes une cigarette c'est la dernière les filles vont arriver j'aime pas les critiques les journalistes me font chier je croyais avoir une copine à la dépêche du midi le quotidien de la région elle me promet une double page couleur sur la région les gens les projets et puis elle sort un article sur Colette magny merde et les petits gars de l'autan l'hebdo régional ils viennent manger gentils bien élevés ils disent rien et ces petits cons de libération c'est bien
ce qu'ils font faut le faire mais ils m'ont censuré six fois en un an j'ai gueulé au téléphone je disais oui il me fait dire non michel lebris si je le trouve je lui arrache les couilles les filles
de la revue femmes en mouvement elles font ce que j'espérais de libération c'est n'importe
qui des femmes qui s'expriment moi je suis inculte je lis rien de la poésie saint john perse lacan mallarmé maïakovsky avant j'étais une somptueuse dactylographe bi-lingue à l'ocde maintenant je suis saltimbanque femelle

... que faire de la tendresse qu'en soi l'on abrite... j'ai le vagin à la buissonnière...
j'ai le vagin optimiste... j'ai le vagin vivant

Paroles de Colette Magny
Découpage-montage par Christian Durand
Photos de Christian Freund
Les textes en italique sont extraits de Visage-Village (Chant du Monde)
et de Chili, un peuple crève (Apcmur Production)

Repost 0
15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 08:02

Extrait de "Protest Music in France: Production, Identity and Audiences" de Barbara Lebrun (Ashgate Publishing, Ltd., 2009) :

Les Arabes et leurs représentations dans la musique populaire française En dépit de l'opinion exprimée par certains que la France a, au XXe siècle, connu "un siècle de musique mixte française" (Hakem, 1999, p. 40), et qu'il y a "une plénitude extraordinaire de toutes les choses arabes dans la culture populaire française" (McMurray, 1997, 33), la représentation des Arabes a toujours posé problème en France. En fait, depuis 1830, et les premiers contacts «modernes» entre la France et l'Algérie, avec l'occupation française, les représentations des «Arabes» dans la musique populaire française ont été pratiquement inexistantes (Liauzu et Liauzu, 2002, p 25;. Mathis -Moser, 2003, p. 133). Au XIXe siècle, la conquête de l'Algérie a été principalement évoqué dans le chant populaire à travers le point de vue des conscrits et des colons, déplorant leur exil ou se vantant de leur bonne fortune à l'étranger. Entre 1880 et 1930, lorsque le projet colonial français était en plein essor et la chanson devenait une forme de plus en plus populaire de divertissement, les colonies et les colonisés ont été traités ensemble dans un mode comique et / ou exotique (Liauzu et Liauzu 2002, p. 85). Ainsi, les nombreux personnages asiatiques et noirs africains des chansons étaient la cible de plaisanteries ouvertement racistes, et ne concernaient pas les Arabes (Liauzu et Liauzu, p. 97). Cela rend la musique populaire plutôt représentative des grandes tendances dans la culture populaire française à l'époque, que l'on retrouve dans de nombreuses illustrations, cartes postales et, plus tard dans les films, où l'Arabe est stéréotypé comme un sujet colonial menaçant (Rosello, 1998b). Bien qu'il n'y ait aucune possibilité d'expliquer cette différence de traitement ici, l'absence même de l'Arabe dans la chanson française est significatif car il montre un certain malaise à représenter des Nord-Africains. Ce malaise s'est poursuivi après 1962, avec l'indépendance de l'Algérie, bien que quelques chansons ont commencé à refléter les nouvelles relations économiques entre l'ex-puissance coloniale, la France et ses ex-sujets coloniaux, dont beaucoup étaient maintenant les travailleurs migrants résidant en France métropolitaine. Dans les années 1970, certains artistes français (métropolitains) blancs, généralement proches des milieux politiques d'extrême-gauche, composent des chansons sympathiques abordant le sort des immigrés d'Afrique du Nord, et dénoncent les représentations dominantes des Arabes dans les médias français de l'époque. "Néanmoins, même quand ils étaient bien intentionnés et respectueux des Arabes, ces non-Arabes (les chanteurs Serge Reggiani, Renaud et Colette Magny par exemple) représentaient souvent les Maghrébins comme des immigrants mâles, vulnérables, d'une fierté agressive, forgeant ainsi un nouveau genre de stéréotype (Mathis-Moser, 2003, p. 139). Parallèlement à cela, tout au long de la colonisation et jusqu'aux années 1980, aucun des musiciens arabes en France atteint un degré significatif de reconnaissance.

[...]

[Dans la plupart des cas, l'arabe évoqué dans les chansons] est jeune et fait partie de la deuxième génération des Beurs. Il n’a pas d’expérience primaire de son pays d’origine ou bien il l’a quitté pendant son enfance, le souvenir cédant de plus en plus au sentiment de désillusion et d’amertume (cf. Djura, « Identité » ; Prophètes du vacarme, « Kaméléon », etc.). D’autre part, lorsqu’il s’agit de protagonistes adultes, il est souvent aussi question de la génération des enfants. Francis Cabrel par exemple intitule « Saïd et Mohamed » une chanson destinée à une jeune mère arabe, et dans « Carte d’identité » de Colette Magny, l’Arabe déclare non sans fierté :

« Inscris, je suis arabe
Le numéro de ma carte est cinquante mille
J’ai huit enfants
Le neuvième Naîtra après l’été
Vas-tu te mettre en colère ? »

Le thème de la fierté déjà annoncé s’avère par la suite un élément constitutif du corpus en question. Le jeune homme à l’air dur et renfermé porte en lui le sang combatif de son père et est trop fier pour mendier ou crier au secours, comme le démontre Lionel D. dans « Pour toi le Beur ». Même fierté de l’Arabe dans « Carte d’identité » de Colette Magny au moment où celui-ci affronte son adversaire ; fierté aussi chez le protagoniste de « Barbare » de Julien Clerc lorsqu’il se souvient de son passé vécu dans les paysages sauvages de l’Atlas. Fierté finalement chez le jeune délinquant face à la langue kabyle et à la position qu’il a acquise au milieu du groupe des copains (Renaud, « Deuxième génération »).

Mais la fierté, dans la logique des chansons analysées ici, rend aussi vulnérable, et cette vulnérabilité se reflète soit dans de petites observations réalistes soit dans les réactions des protagonistes. Il est éternellement question d’inspections et de fouilles de corps (cf. Bühler, « Djamel »), de contrôles d’identité (cf. Djur Djura, « Identité » ; Magny, « Carte d’identité » ; Zebda, « Arabadub »), de défenses de fréquenter des restaurants (cf. Bühler, « Djamel »), de conditions de travail et de vie épouvantables, à proximité de la scène des jeunes drogués (cf. Cabrel, « Saïd et Mohamed » ; Lionel D., « Pour toi le Beur » ; Bühler, « Djamel » ; Prophètes du vacarme, « Kaméléon ») et, il est questions de nouveau d’accusations indifférenciées comme nous les avons vues dans « Arabe » de Sapho. L’Arabe, synonyme de « crouille », « indigeste indigène » ou « animal sauvage » (cf. Reggiani, « Arabe » ; Zebda, « Arabadub ; Prophètes du vacarme, « Kaméléon »), est automatiquement considéré comme « voleur, frappeur, flambeur, zonard » (Lionel D., « Pour toi le Beur ») et comme « falsificateur/s/ d’identité » (Zebda, « Arabadub »). Il est entouré d’« Un monde de flics, de fric, de putes, de stups / L’habitat d’un béton qui pue la zup » (Lionel D., « Pour toi le Beur »).

L’on ne s’étonne donc pas de la solution suggérée par ces chansons : l’humiliation mène infailliblement à la violence. Ceci dit, l’Arabe agit partiellement en défense car c’est lui en général qu’on attaque et frappe (cf. Lionel D., « Pour toi le Beur » ; Bühler, « Djamel »). En même temps il met en garde son vis-à-vis contre sa faim et sa colère (cf. Magny, « Carte d’identité ») ou - ultime réaction - , désillusionné comme il est, il donne libre cours à sa haine des gens « bien nés ». Ainsi, Renaud dans « Deuxième génération » fait-il chanter à Slimane, un enfant beur :

J’ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J’aime que la mort dans cette vie d’merde
J’aime c’qu’est cassé J’aime c’qu’est détruit
J’aime surtout tout c’qui vous fait peur,
La douleur et la nuit…

Repost 0
Published by Claude Richard - dans Etudes
commenter cet article