Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 09:48

Extrait de « Le Chant du monde : une firme discographique au service du progressisme (1945-1980) », de Michèle Alten,  publié sur ILCEA

Lorsque paraît le disque connu sous le nom de sa première chanson, « Vietnam 67 », la critique unanime, du Figaro à l’Humanité et au magazine Diapason, salue l’originalité créatrice de l’auteur-compositeur-interprète Colette Magny. Trois qualités majeures lui sont reconnues : l’inventivité de ses textes, souvent composés de collages et de citations littéraires ou philosophiques, l’audace de ses musiques, inspirées du free-jazz, et enfin la qualité de sa voix, comparable à celle des chanteuses de blues noires américaines. Là s’arrête le consensus. En effet la force contestataire du disque ne permet aucun accommodement idéologique (Magny, 1967). Les messages sont virulents et mêlent dénonciation et confiance dans la révolution. Chaque chanson possède une spécificité d’écriture textuelle et musicale qui constitue la richesse de l’album. Et à l’intérieur même de chaque chanson, plusieurs styles se marient. Le parlé-chanté, utilisé pour la proclamation des messages didactiques, se mêle souvent à des musiques aux allures de ritournelle, utilisées pour le développement argumentaire. Lorsqu’elle défend le combat des ouvriers de Saint-Nazaire, Colette Magny joue sur deux registres contrastés : l’appel à la mobilisation s’exprime par un cri tandis qu’un rythme de valse évoque les marées noires bretonnes et la vie des ouvriers du port. Le titre « Choisis ton opium » apparaît comme un clin d’œil à la musique de gospel. Le refrain, à la pulsation très marquée, contraste avec les couplets, faits d’un jeu de citations, exprimant la supériorité intellectuelle du marxisme. La chanson de dénonciation la plus noire met en scène la détresse d’une jeunesse confrontée à un monde inhumain et elle se termine par l’espoir incarné par la révolution cubaine. L’héroïsme des communistes vietnamiens est mis en scène dans une écriture musicale tendue qui culmine dans un salut au peuple combattant. Quant aux couches moyennes des pays industrialisés, elles sont invitées à rejoindre leurs alliés naturels, les exploités. Ici encore un contraste oppose l’adresse directe, martelée à l’interlocuteur et l’évocation de la prise de conscience sur une musique dansante aux effets vocalisants.

Par son mélange d’engagement idéologique et d’inventivité poétique et musicale, cet album est l’expression d’une contre-culture engagée et progressiste. Isolée sur la scène française, Colette Magny, qui enregistre sous le label Chant du Monde jusqu’en 1984, trouvera un lointain prolongement dans le travail de l’italienne Giovanna Marini. Publié également par le Chant du Monde, son groupe de femmes mêle radicalité politique et recherches vocales contemporaines (Marini, 1980). Dans sa Cantate de tous les jours, elle commente avec acidité la répression des manifestations, les migrations économiques et le fossé entre les exploités et les intellectuels. Mais à la fin des années 1970 la confiance dans l’avenir faiblit et le messianisme politique a vécu.

Repost 0
22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 11:02

Billet publié sur le blog "Chanson rebelle" et intitulé "Une demande d'aide de Pierre Pouveze pour continuer son film sur Colette Magny" : 

 
Pour aller "Sur les pas de Colette Magny", il n’est pas nécessaire de l’avoir rencontrée, mais ça peut être pour la rencontrer même si ce ne sera pas forcément physiquement – pour maintenant qu’elle est décédée, quoique par sa voix enregistrée.

Mais alors pourquoi la rencontrer ?

Pour moi la première fois, en 1963, à l’écoute «en aveugle» du disque 45 Tours 4 Titres Melocoton/Basin street blue, j’eus cette réaction : «Oh fan ! la chanteuse noire américaine !» avant de découvrir son teint blanc et laiteux et son visage poupon sur la pochette du disque.

Puis, en 1975, rencontre «de visu», en concert, sur la scène du Théâtre Toursky à Marseille : elle était seule sur scène, assise, sa guitare perdue entre ses bras, enrhumée, nous dit-elle. Ce fut le coup de foudre avec sa chanson Camarade-curé, et les voix du  Chœur des Prêtres Basques Gogor arrivant du fond de la scène, en bande-son, accompagnant son refrain : «Non je ne veux d'une civilisation comme celle-là !» dans un engagement que d’aucun dise paradoxal.

Ainsi, sans le savoir, j’étais sur ses pas.

Je pourrais continuer par 1983 et Colette offrant à mon ami Maurice son disque noir Jazzy/Titine, pour lui avoir prêté une guitare pour un concert improvisé dans le petit amphithéâtre du centre Léo Lagrange Ste Elisabeth à Marseille. Concert improvisé car elle était venu à Marseille non pour chanter mais pour participer à une Commission Handicap et Culture à l’hôpital de La Timone, je crois. Dans ce disque on redécouvre sa manière de chanter le standard de Billie Holliday, Strange fruit, et son engagement du côté des noirs américains avec l’hymne des Blacks Panthers The meeting, à un moment, après 1981 et le changement politique à un moment où elle pensait revenir simplement à la belle chanson…

En 1989, Télérama nous apprendra qu’elle lance un souscription pour son disque KEVORK, et avec mes amis de Chansons de l'événement nous lui passons commande et commençons une correspondance qui ne s’achèvera qu’avec son décès.

En 1996, le 22 Novembre, nous organiserons un concert Sur les pas de Colette Magny, au théâtre du Merlan, scène nationale, avec 3 heures et demi de chanson et de musique et une communication téléphonique avec Colette qui ne pouvait être des nôtres, déjà alitée…

Aussi, réalisant un film sur Colette Magny et son œuvre, je vous propose que nous allions Sur les pas de Colette Magny, en retrouvant tous les lieux où elle a pu chanter avec tous les éléments qu’on pourrait retrouver : dates, lieux, salles,  organisateurs, affiches, articles de presse, émission radio, télé, et/ou vos propres témoignages…

 

Vous pouvez contacter Pierre à cette adresse : prouveze.pierre@neuf.fr ou en lui téléphonant au 06.03.82.92.11. Merci l'ami Pierre pour cet énorme travail de fourmi afin de réaliser un film sur Colette, hélas trop tombée dans l'oubli.

 

Gérard Gorsse, Juin 2012

Repost 0
27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 12:49

Témoignage paru dans L'Humanité du 27/03/2012 de Jeanne Puchol, auteur de bandes dessinées :

 

On inaugure ce mardi 27 mars une place Louis-Aragon 
à la pointe ouest de l’île Saint-Louis. Comment, aucune rue de la capitale ne portait encore le nom du poète ? Ah si, il y a une allée Aragon dans le jardin des Halles. Il faut croire que la restructuration de celui-ci 
ne conservera pas les promenades dédiées aux poètes. Voici donc Aragon recasé 
à deux pas de l’immeuble qu’habitait 
le héros de son roman Aurélien.
 
Romancier, journaliste, essayiste, Aragon fut tout cela ; pour moi, il reste avant tout un poète. Inoubliable Conscrit des cent villages, insurpassable Il n’y a pas d’amour heureux. 
La bonne poésie se reconnaît 
à ce qu’on la met facilement en musique. C’est le cas de celle d’Aragon, chantée par Ferrat et Ferré, par Brassens 
et tant d’autres, au premier rang desquels l’immense Colette Magny. Réécoutez sa voix unique sur Richard II quarante : « Ma patrie est comme une barque / Qu’abandonnèrent ses haleurs »
 
Que ces vers résonnent étrangement ! Ah oui, la barque France, qui prend bien l’eau ces derniers temps, attend d’autres haleurs. Avec quelle impatience… Rêvons, non d’un grand timonier, comme ricaneront les esprits chagrins, mais d’un bel équipage 
qui tiendrait collectivement la barre… Rêvons d’une VIe République ! 
Rêvons, mais d’abord résistons, 
ce que clament les Indignés de toute 
la planète.
 
Résistant s’il en fut, chantre 
de la résistance, Aragon prétendait qu’il chantait « pour passer le temps ». Aimable modestie. Aragon a donné 
son nom à d’innombrables rues, 
aux bâtiments les plus variés, 
il a maintenant une place à Paris. 
Il est question qu’une voie soit dédiée 
à Colette Magny. On lui doit bien ça. 
Je la laisse conclure, désabusée 
et clairvoyante : « Qu’est-ce qu’il 
ne faut pas faire pour se faire comprendre / 
Fallait que je vous dise tout ça / Maintenant laissez-moi travailler. »

 

Repost 0
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 17:15

Au centre Pompidou, à Paris, dans le cadre du Festival international de films documentaires, projection de "Colette Magny à Saint-Nazaire" de Marcel Trillat (12 minutes) le vendredi 30 mars 2012 à 18h45 au Cinéma 2

 

Combattants # 6
Le fonds audiovisuel Slon / Iskra
Cycle : Cinéma du réel 2012

En présence de Inger Servolin, Bruno Muel et Catherine Roudé

« Ceci n'est pas une séance de cinéma. Ce ne sont pas des films que nous allons voir. Depuis sa création en 1968 Slon/Iskra produit et distribue des films militants.
Au coeur de sa pratique, une interrogation sur la place du film dans les luttes, la popularisation des conflits par le cinéma et son propre rôle dans la diffusion internationale des films. Parfois anonymes, fragmentées, oubliées mais néanmoins conservées, ces bandes tirées des archives de la société de production réactivent des pratiques propres au cinéma militant de l'après 1968. » (Catherine Roudé)
"This is not a film screening. What we will see are not films. Since its creation in 1968 Slon/Iskra produces and distributes militant films. Central to its practice is a questioning on the place of film in struggles, on bringing conflict into the public eye through cinema and on its own role in international film distribution. Sometimes anonymous, fragmented, forgotten, but nonetheless conserved, these footages from the production company's archives revive the practices of post-1968 militant cinema." (Catherine Roudé)

- ON VOUS PARLE N°7 : ON VOUS PARLE DES DOM 20', 1971, France
- SLON 70 Slon 3', 1970', France
- KIRUNA Inger Servolin, René Vauti er 4', 1970, Suède
- COLETTE MAGNY À SAINT-NAZAIRE Marcel Trillat 12', France
- LE CALIGULA DES TROPIQUES 11', Haïti
- MONTRÉAL VIÊT-NAM 5', Canada
- CAMP BRIGADISTE MAPUTO 4', Mozambique
- CHANTS ANGOLA 4', Angola

Programmation suivie d'un débat

 

Repost 0
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 11:26

Lu sur Paris.fr :

 

Longtemps restées dans l'ombre, les femmes sont à leur tour mises à l'honneur. Leur nom fleurit enfin les rues, édifices, places... parisiennes. Depuis 2001, ce sont 24 femmes remarquables qui ont leur nom gravé et affiché au regard des passants. Leurs actions héroïques ou leurs talents ne seront pas oubliés.

 

Parmi elles :

 

Colette Magny

A donné son nom à la voie prévue dans le cadre de l’aménagement de la résidence Edmond Michelet et destinée à devenir publique, commençant  au n° 3 ter rue de Cambrai et finissant au n° 88 rue Curial (19e).

Colette Magny,(1926/1997), est une chanteuse et auteur-compositeur-interprète française. Appuyant sa voix grave sur des textes engagés, elle s'est très souvent préoccupée des problèmes de ce monde. Elle dénonce les injustices, les inhumanités et le péril écologique.

 

Repost 0
27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 11:35

Témoignage lu sur le blog Unbehagen :

 

"Visage-Village" : un de mes albums préférés de Colette qui poursuit son travail sur l'impro.
Des textes magnifiques, poétiques, qui en disent long sur elle si l'on sait écouter.

La réédition Scalen était couplée avec son interprétation d'extraits de textes d'Antonin Artaud.
C'est en 1982 pour la sortie de "Bluesy Bluesy Chansons pour Titine", qu'elle dira ces textes sur scène, accompagnée par Anne-Marie Fijal.
Je l'ai souvent vue sur scène à cette époque, dans la région bordelaise et à Avignon au Palais des Papes, grand moment lorsque mon amie sursautait tel un pois du Mexique à chaque mot.
Nous redoutions tellement qu'elle nous déniche, les paupières pailletées et dans un état de conscience éthérée. Nous nous enfoncions dans nos fauteuils et je ressens encore cette émotion particulière, ce moment de grâce, renouvelé par le talent immense de Sami Frey dans le film de Mordillat "En compagnie d'Antonin Artaud" en 1994.
Colette, tant d'amour !
Un parcours difficile pour celle qui quitta les bureaux d'une administration sclérosante pour se retrouver exposée, exposante...
Une chanteuse exceptionnelle que l'on tenta sournoisement de réduire à une chanteuse de blues, le lien était bien facile : une voix profonde + une grosse dame = chanteuse de blues.
Ils n'avaient pas tout à fait tort les bureaucrates de l'industrie musicale, mais ils se sont fourvoyés, empêtrés qu'ils étaient dans leur cliché.
Oui, Colette est une chanteuse de blues, mais de quoi parle-t-on ?
De la forme ? Oui, Colette sait magistralement interpréter les dits "standards", sauf que quand il s'agit du Strange Fruit, y a dégât sur la moquette !
Du fond ? Oui, la ségrégation est universelle, des mines de charbon aux cages à tigres.
Il y aurait tant à dire, qui me blesse à jamais.
Petite soeur d'Artaud, j'entends tes éclats de rire rauque, comme des fêlures si près des miennes que l'on pourrait s'y souder.

Repost 0
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:37

101femmes.jpgExtrait du livre de Jean-Paul Damaggio aux Editions La Brochure "Portraits de 101 femmes du monde", pages 147-150 :

Colette Magny (France, Paris, 1926-1997, Villefranche du Rouergue, France)

 

Pas question d'évoquer dans ce livre toutes les chanteuses du monde qui sont parmi nous. Je retiens ton nom suite à un fait simple. En 1980, j'ai conduit jusque chez toi, ma compagne d'alors. J'ai préféré attendre dans la voiture car, par timidité, je ne suis pas d'un naturel à rencontrer les grandes personnalités. Nous étions alors très souvent à Saint-Antonin, en conséquence, il n'était pas compliqué d'aller jusqu'à Verfeuil-sur-Seye, en Tarn-et-Garonne où tu avais élu domicile. Il s'agissait de t'inviter, à titre gratuit, pour venir chanter quelques chansons à Montauban, à l'invitation du PCF, au cours d'uns soirée en l'honneur des femmes.

L'idée de cette initiative féministe, avait fait suite à quelques comportements machos au sein du PCF si bien que ma compagne qui avait tant fait pour cette soirée refusa ensuite d'y participer. De ce soir-là, je ne me souviens que de toi, de ta voix, de ton art.

Par bonheur tu as un jour quitté ton trvail à l'OCDE (Organisation de coopréatioj et de développement économiques) comme secrétaire bilingue et traductrice pour devenir une forme de Bessie Smith, d'Ella Fitzgerald. Donc, en 1963, tu sors un premier 45 tours, deux reprises de Bessie Smith et deux compositions personnelles. Meloctoton devient un tube, le seul de ta carrière : tu passes en lever de rideau à l'Olympia avant le spectacle de Sylvie Vartan et Claude François.

Ensuite tu vivras des hauts et des bas. Avec Maxime Le Forestier et sa compagne Mara, tu te bats pour le Chili en chantant trois chansons de Violetta Parra et Victor Jara. Tu seras de toutes les luttes, de toutes les insoumissions mais en même temps tu indiques :

"Comment se fait-il qu'en 67, par exemple, j'étais au courant de ce qui se passait dans les pays d'Europe de l'Est mais je ne disais rien : pourquoi ? Je me laissais emporter par le mouvement. Je ne veux plus, moins que jamais, me laisser dicter une conduite".

 

Tu as été corpulente dès ton enfance traversée par un drame. Quelque part tu as dit : "Je n'ai pas de vie privée. Ma vie privée se confond avec mon métier", une réaction fréquente chez les femmes. Cette déclaration est venue après cet aveu : petite fille de huit ans et demie, tu as été violée par ton oncle !

Une autobiographie avec Sylvie Vadureau : Colette Magny Ciitoyenne-Blues, Les Editions Mutine, 1996 :

"Je pense que la vie de tout le monde peut être intéressante, mais ça dépend comment c'est raconté. Or, je ne suis pas bonne juge de ce qui est anecdotique ou pas. Il ne faut pas tomber dans la biographie chiante. Alors, il y aura différents éléments écrits par différentes personnes, dont un passage d'analyse musicale".

 

Malgré le faible écho de tes cris et de tes écrits, tu as une postérité :

"Je suis un petit pachyderme de sexe féminin" le titre d'un spectacle de 2009 où, Odja Llorca, à la Maison de la poésie, signe de bouleversantes retrouvailles avec les frissons provoqués par tes chants, avec ton scat à fleur de peau, avec ton swing à faire pleurer de jalousie Bernard Lubat. Inclassable chère Bessie Smith, chère enragée engagée. Ce spectacle est une plongée salutaire dans l'intimité de Simone de Beauvoir qui, pour être l'auteure du Deuxième sexe, ouvrage dont on sait combien il a révolutionné le regard sur le féminisme, bousculé les idées reçues et contribué à l'émancipation de la gent féminine, n'en demeure pas moins une femme éperdument amoureuese de l'écrivain américain Nelson Algren. L'idée de croiser les lettres qu'elle lui envoie consciencieusement; des mois durant, avec des extraits du Deuxième sexe est plus que réussie.

Au même moment une chanteuse belge te croise sur Internet et explique comment elle a repris Meloctoton :

"Axelle Red : Je cherchais la Joan Baez française. C'est une chanson que l'on n'entend plus beaucoup. J'ai été surprise de m'apercevoir que personne ne l'avait reprise. J'ai été heureuse de découvrir cette femme avec cette voix de blues incroyable. Elle était quelqu'un d'engagé, du coup, je me suis beaucoup reconnue dans son personnage. C'est en cherchant sur internet que je suis tombée sur Colette Magny. Pour moi, cela a été une découverte formidable."

 

Mais revenons à toi. Ta musique n'était pas condidérée comme populaire ! Tu n'as pas cédé, tu as gardé la musique populaire des Noirs des USA ! Tu n'as pas cédé, tu as gardé Artaud comme s'il était tonfrère. Tu as un petit texte de présentation que je me permets de reprendre pour mieux te célébrer :

ANTONIN, mon frère, je t'eus connu, je t'eus tue

Momo, môme chiant, je t'ai aimé à première écoute

Je t'aime encore

Tu as craché, vomi, excrémenté pour tous les enfants du monde

Fruit préféré, tu es mon noyau de cerise

La terre, la garce, a tourné autour de toi

Je suis fière de toi, pépère,

Moi, sur le pèse-nerfs, j'ai cassé la bascule

Un demi-siècle passé à doubler de volume

par grands paquets en plus en moins

Je me suis bousculée le tempérament

Au secours, ma douceur, je me démuraille

On court dans le désert, on court dans la steppe

On est toujours au coin de la rue, misérable

D'espace en espace on pédale, toujours dans la semoule

Je t'aime, Momo, parce que tu as osé basculer dans le manque total

Rien de pire, rien de plus beau ne peut me faire exister

J'en meurs.           (CM.)

 

Tu étais consciente que le chemin est loin. Tu avais noté que dans ton village du Sud-Ouest, une soirée antinucléaire c'était deux cent cinquante personnes et le moto-cross : quelque mille personnes. "Tant que cette proportion ne sera pas inversée, c'est comme ça qu'ils auront (ou qu'ils se préparent à accepter) la guerre nucléaire".

 

Un mot pour finir, sur le féminisme. Aussi inclassable que d'habitude. "Il n'y a plus actuellement qu'une catégorie de personnes pour venir m'engueler, ce sont les féministes. elles sont curieuses ; ce sont des féministes qui n'aiment pas les femmes." Pourtant tu es bien sûr une féministe et tu te réjouis des victoires sur l'avortement, la contraception, et tu célèbres leur courage.

Axelle Red se dit également féministe :

"Quand on se promène dans le monde, on s'aperçoit que l'on n'a toujours pas les mêmes droits. Même dans notre culture, quand on voit le nombre de femmes qui subissent la violence dans leur couple. Il y a encore du travail !"

 

 

Repost 0
25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 16:55

Critique de disque publiée sur PlanetGong le 25/12/2011 :
 

Magny-cooperation.jpgColette Magny -
Colette Magny EP

(CBS ; 1963)

Cet EP quatre titres (ou « super 45 tours ») est le premier disque de la carrière de Colette Magny, une des rares chanteuses françaises dont la l’expressivité de la voix est comparable à celle des plus grandes chanteuses américaines. Le disque commence par un morceau très dansant, un standard du jazz dixie-land, « Basin’ Street Blues », popularisé par Louis Armstrong à la fin des années 1920. L’accompagnement musical de la version de Colette Magny est impressionnant, et laisse la part belle à l’orgue – joué par Georges Arvanitas. La chanson suivante, « Co-opération » est un exemple de la qualité de composition et d’interprétation de Magny et des musiciens qui l’accompagnent.

Cet EP a valu à Colette Magny un succès immédiat, en raison de « Melocoton », la chanson qui ouvre la face B. Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette chanson, sa découverte sera un choc : paroles tristes et naïves, accompagnement musical dépouillé à l’extrême… La voix de la chanteuse se révèle incroyablement saisissante et poignante, et d’une beauté douloureuse qui ne peut que marquer l’auditeur pour longtemps. « Melocoton » a toujours été la chanson la plus connue de Colette Magny, au point de reléguer au second plan ses compositions plus « sérieuses » et engagées, quelques années plus tard : Magny refusa longtemps d’interpréter « Melocoton » en concert, préférant privilégier des « chansons à textes » et expliquant au public « Melocoton est mort au Viêt-Nam. »

Pour achever cet exceptionnel EP, Colette Magny rend une interprétation parfaite de « Nobody knows when you’re down and out », qui sera repris et adapté en français quelques années plus tard par Nino Ferrer sous le titre « Le Millionnaire ». A présent que Colette Magny est quasiment tombée dans l’oubli, il est probable que la meilleure méthode pour se procurer ce 45 tours est de fouiller dans les vide-greniers, les marchés aux puces et les brocantes.

Liste des chansons :

Face A :
Basin’ Street Blues * (Spencer Williams)
Co-opération * (Colette Magny)

Face B :
Melocoton * (Colette Magny)
Nobody knows you when you’re down and out (Ida Cox)

Repost 0
8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 12:17

guide-tombe.jpgExtrait du livre "Guide des tombes d'hommes célèbres" de Bertrand Beyern (Ed. Cherche Midi, décembre 2011)

 

page 261 :    

tombe-livre.jpg

Repost 0
3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 12:16

drott.jpgLu dans "Music and the elusive revolution - Cultural Politics and Political Culture in France, 1968-1981" d'Eric Drott, publié à l'Université de Californie (2011) :

 

Extrait (p87) :

Les fusions entre la chanson avec le jazz d'avant-garde se retrouvent dans la collaboration de Brigitte Fontaine avec l'Art Ensemble of Chicago dans son album de 1970 "Comme à la radio", ou dans le travail de Colette Magny avec François Tusques et d'autres musciens de free jazz français sur l'album de 1972 "Répression".

 

Extrait (page 92) :

Alors que le yéyé et les variétés tendaient tous deux vers le divertissement en n'abordant que très rarement les questions politiques, la chanson, depuis les chansonniers du 19e siècle, a une longue tradition de chronique et d'analyse de l'actualité. En tant que tel, il n'est pas étonnant de trouver beaucoup de grandes figures de la chanson française d'après-guerre qui abordent, soit directement ou indirectement, les événements de mai 68. C'est le cas de Jean Ferrat ("Au printemps de quoi rêvais-tu?" et "Pauvres petits cons"), Claude Nougaro ("Paris mai"), Georges Moustaki ("Le temps de vivre"), et Colette Magny ("Nous sommes le pouvoir").

 

Extrait (page 150) :

L'année suivant la publication de "Intercommunal Music", François Tusques (avec Vitet, Guérin, Juan Valoaz, et Noël McGhie) a collaboré sur un album de Colette Magny intitulé "Répression" (1972). Alors que la deuxième face reprend deux chansons chantées par Magny, avec une composition du bassiste Barre Philipps, la première face de l'album reprend une "suite" jazz de dix neuf minutes intitulé "Oink Oink". Réminiscence de précédents albums comme "Freedom Now Suite" de Max Roach, "Oink Oink" se compose d'une série de courtes pièces écrites par Tusques sur lesquels Magny récite des fragments de discours et  d'écrits de différents responsables du Black Panther Party. Particulièrement notable est que la musique qui constitue le premier des quatre mouvements de la suite, "Babylone USA", recycle l'essentiel du "Portrait d'Erika Huggins" [composé précédemment par Tusques]. [...] La sensation de perte, de chaos du «Portrait» a disparu. Il n'y a aucune improvisation, aucun blanc émanant de la section rythmique, aucune originalité de studio, et rien comme l'effondrement qui a incité les prises répétées entendues dans «Portrait». Le refrain peut être le même, mais il est dépouillé des qualités transgressives du free jazz. Absentes aussi sont les implications programmatiques de "Intercommunal Music". L'utilisation d'un refrain influencé par le R&B dans "Oink Oink" est approprié étant donné le sujet du récitatif de Magny, cela ne sert pas le même type de fonction illustrative comme c'était le cas pour "Intercommunal Music".

Repost 0
Published by - dans Etudes
commenter cet article