Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juin 2005 3 01 /06 /juin /2005 18:41

Extrait de "La voix & le geste, une approche culturelle de la violence socio-politique", pages 356-357, de Philippe Bourdin, Jean-Claude Caron et Mathias Bernard, Ed. Presses Universitaires Blaise Pascal, Coll. Histoires croisées

Nous pouvons dire que les chansons de Colette Magny offrent des représentations très particulières des violences socio-politiques des années post-68. Inspirée très largement par la culture trostkyste et d'extrême gauche plus globalement, cette chanteuse propose [...] une lecture décalée des évènements de Mai, des mouvements noir-américains, du malaise ouvrier...

On a ici une reconstruction du sens de ces événements grâce aux diverses utilisations de la -ou des- voix : cri, harangue, manidestation, chant... renforcent le sens du discours, axé sur un appel à la violence face à un pouvoir vu comme lui-même violent et fasciste.
Les cris des manifestants, les témoignages des ouvriers intégrés aux disques offrent une représentation des violences qui dépasse celle que nous aurait donné une chanson "classique" de contestation. La sélection des témoignages, des documents sonores, opérée par Colette Magny, Wiliam Klein et Chris Marker nous oriente vers le sesn donné aux événements et sur les idéologies sous-jacentes. Les pochettes des disques, faites en partie par Ernest-Pignon-Ernest, viennent illustrer le discours : les multiples représentations de la chanteuse renforcent ce que disent les voix.
Davantage que le contenu des chansons, ce sont bien les choix esthétiques qui se distinguent dans le paysage musical français des années 60-70 : le free-jazz n'est pas seulement un phénomène musical, il a une fonction politique et sociale discutable.
A propos de ces albums, il faut dire le défi à la chanson française que représente, sur le plan formel, la démarche d'ensemble : prenant en compte les apports du free-jazz récemment révélé en Europe, ignorant souverainement les règles "classiques" (plus de couplets/refrain, ni de versification structurée, ni même de mélodie), la chanteuse pousse sa voix et son cri aux limites de l'insoutenable pour cracher des vérités qui, selon son raisonnement, ne le sont pas moins ; elle est aidée par la voix d'une choriste noire-américaine, Dane Bellamy, et les contrebasses de Beb Guérin et de Barre Philips, aux archets furieusement grinçants.
La déstructuration des chansons, la violence qui est faite à leur forme "classique" sont sans doute les aspects les plus intéressants de ce répertoire en matière de mise en scène des violences socio-politiques. Ce décalage par rapport aux normes esthétiques a rendu difficile la communication avec les publics visés ; il permet de mettre en avant l'inadaptation de certaines nouvelles formes d'art à l'action révolutionnaire.

Partager cet article

Repost 0

commentaires