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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 16:53

les femmes de la chansonExtrait des pages 153 et 154 du livre "Les femmes de la chanson - Deux cents portraits de 1850 à nos jours" de Yves Borowice, Claude Antonini, Laurent Bolandr, Jacques Mandre, Christian Marcadet, Martin Pénet, Nicolas Vallée, Jean Viau (paru le 27/10/2010 - Ed. Textuel - 271 pages).

 

Colette Magny

Paris, 1926 - Villefronche-de-Rouergue, 1997
" II me faut inventer un langage, choisir des mots et des phrases construits de telle sorte qu'ils puissent se placer comme je le sentirai dans l'instant." Et en inventant, choisissant, construisant, Colette Magny est devenue un cas absolument à part dans la chanson française.
Fille d'un contremaître et d'une mère au tempérament artiste, Colette souffre dès sa jeunesse d'une obésité qui la handicapera toute sa vie. Initiée au jazz par Claude Luter, elle se passionne pour le blues et les chanteuses noires. À 36 ans, après avoir été quinze ans dactylographe bilingue à l'OCDE, elle se lance dans les «variétés»... Elle fait ses premiers pas au Cabaret de la Contrescarpe avec un répertoire en anglais, puis fréquente le Petit Conservatoire de Mireille, qui la présente à la télévision.
femmes-magny.jpgEn 1963, le succès de sa chanson Melocoton est fulgurant et la conduit à l'Olympia en première partie de... Sylvie Vartan, mais il est sans lendemain. Elle refuse de devenir la blues-woman blanche promise au succès et son répertoire personnel, plus politisé (Co-opération, Viva Cuba), ne plaît pas à CBS. L'éditeur progressiste Le Chant du Monde la prend sous contrat, lui offre toute liberté de création et une série d'albums mémorables verra le jour: Frappe ton cœur, VietNam 67, Feu et Rythme, Répression, Transit, jusqu'à Visage-Village, son chef-d'œuvre de 1977.
Parallèlement, elle se produit sur des scènes conformes à ses convictions: la Cartoucherie, la Fête de l'Humanité ou celle du PSU, mais aussi dans les foyers déjeunes travailleurs, les MJC, les usines occupées. Son répertoire composite reflète une grande cohérence de la forme et du fond. Il défie le monde du spectacle par sa diversité : blues magistralement interprétés, free jazz, mélodie française, poèmes mis en musique (Hugo, Aragon, Louise Labé, LeRoi Jones, Neruda...), chansons-collage truffées de citations ou écrites au cœur des luttes. Ses thèmes dérangent: la répression policière, le conflit israélo-palestinien, les enfants handicapés. À l'occasion, Colette pratique l'humour voire l'autodérision comme dans le célèbre Ras-la-trompe ("Je suis un petit pachyderme de sexe féminin").

Elle invente une écriture très personnelle, fruit d'une recherche formelle exacerbée, faisant éclater le genre jusqu'à chanter le dictionnaire ! Avec une diction et une articulation qui swinguent naturellement, elle recompose les textes à partir de leur rythme propre afin de leur donner du sens. Sa voix vient des tripes : elle systématise l'usage du cri, les borborygmes, les coulées verbales à la scansion hachée, les modulations inédites. À son crédit, de nombreuses collaborations inter-arts avec le free jazz (François Tusques), la musique classique (Sylvie Dubal) ou contemporaine (André Almuro), le rhythm'n'blues (Mickey Baker) et les arts plastiques (Ernest Pignon-Ernest). Elle s'implique dans des créations collectives: Femmes en lutte avec Catherine Ribeiro et la Haïtienne Toto Bissainthe, Chili: un peuple crève... avec Le Forestier et Mara ou, en 1979, avec les enfants d'un institut médico-pédagogique. Éveillée à la politique au temps de la guerre d'Algérie, elle hurle mieux que quiconque les révoltes d'alors. Un temps, ses spectacles furent perturbés par des militants intransigeants, au point qu'elle délaissa la scène plusieurs années.
On ne peut citer que quelques joyaux parmi les 230 titres enregistrés : Saint James Infirmary, Les Tuileries, VietNam 67, À Saint-Nazaire, Jabberwocky, Répression, Chronique du Nord, La Panade, La mort me hante, Quand j'étais gamine... Respectée par la profession (nombreux prix Charles-Gros) bien que boudée du grand public, d'une rare rigueur artistique et morale, Colette était généreuse jusque dans ses emportements, qui cachaient mal une nature sensible. Sa corpulence impressionnante avait une certaine grâce et elle exerçait une séduction réelle sur les publics féminins, mais resta toujours discrète sur ses amours particulières. Malade de la colonne vertébrale, elle vécut ses dernières années dans une semi-retraite et des conditions précaires. Avant que ses saintes colères et son rire tonitruant ne laissent un grand vide.
C.M.


Ecouter • Melocoton [1965], CD Versailles/Sony Music n"VER 488 602-2, 1997 • VietNam 67, Mai 68, CD CMP/Scalen'Disc n° CPMCD 071 SCA 470, 1993
Lire • Sylvie Vadureau, Colette Magny: citoyenne-blues, Éditions Mutine, 1996

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commentaires

Prouveze 09/02/2012 20:48

quelle belle photo !

Guillaume 16/06/2011 10:26


Très belle évocation dans cette courte biographie ! Merci.