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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 15:41

la-chanson-de-proximite.jpgExtrait de "La chanson de proximité - Caveaux, cabarets et autres petits lieux" de Michel Trihoreau - L'Harmattan, pp. 104 à 106 :


Les années pompidoliennes et giscardo-libérales constituent un passage difficile, destructeur ; une traversée de la banquise dont beaucoup ne se remettront pas. Les crises pétrolières et la fin des Trente Glorieuses ne laissent plus à la culture que la portion congrue, la livrant sans défense aux négriers de l'industrie phonographique. Les maisons de disques se mondialisent, le temps des Canetti et Coquatrix est révolu.
La Chanson est en train de devenir non un art mineur, mais une source de profit  pour les maisons de disques qui se mondialisent. Les rescapés des années 60 voient petit à petit se fermer les derniers cabarets. L'émission de Luc Bérimont sur France Inter, La Fine Fleur de la Chason Française, leur permettra quelques temps d'atteindre un petit public qui leur reste fidèle. Ils ont pu s'insérer dans les circuits des MJC, des Centres culturels, grâce à des associations qui les font tourner.
Colette Magny, artiste atypique, chanteuse de nombreux blues français politisés et parsemés de pointes de philosophie, fera des chansons plus ou moins expérimentales avec des groupes denfants et d'immigrés; refusant toute concession, elle est exclue du show business qui ne retient d'elle que Melocoton :
"Melocoton où elle est Maman ?
- J'en sais rien, donne moi la main." (Melocoton, 1963)
Elle aura évoqué en chanson Mai 68, la guerre du Viet-Nam, la bombe atomique et bien d'autres sujets brûlants qui font l'Histoire.
Jean-Max Brua, chanteur totalement engagé dans la voie communiste, n'aura pas d'avantage accès aux médias. Pourtant il nous a laissé de belles chansons constestataires, comme 200m, sur les jeux Olympiques de Mexico ou Bateaux-Compagnies et quelques ballades joliment écrites dans l'intelligence et l'émotion.
"Il faisait chaud ce jour
Le chein dormait dans la poussière de la cour
Elle était à laver dans la cuisine
Quand la lumière a changé
Se tenait dans la porte
Un homme qu'elle ne voyait pas bien." (L'homme de Brive, 1972)
Jean Vasca, se fait connaître par l'émission de Luc Bérimont, enregistre à la Boîte à Musique et parcourt les cabarets, les MJC, Centres culturels et autres lieux privilégiés. On reproche parfois à ses chansons une sorte d'hermétisme qui n'est qu'un jaillissement hors de portée d'une énergie poétique libératoire.
"Par la poudre et par la mèche
Je ne veux vivre qu'en flèche
Et jouer avec le feu
Debout sans maître et sans dieu." (Vivre en flèche, 1970)
Ses chansons d'espace et d'humanité sont reconnues par les professionnels mais bien moins par le public, qui ne les apprécie que les rares fois où il a l'occasion de les découvrir.
Bernard Haillant commence à la Contrescarpe en 1965, puis François Budet, le magnifique auteur de Loguivy-de-la-Mer le fait tourner en Bretagne; il passe à la Fine Fleur puis se retrouve dans le groupe Crêche, puis en solo. Avec une grande exigence, dans un répertoire déconcertant, plein de trouvailles et de pirouettes musicales, poétiques et scéniques, il utilise l'humour noir autant que la corde sensible. Habitué des petites salles où l'émotion se pose doucement, il est aussi capable de captiver sans artifices une garnde salle en première partie.
Il faudrait encore citer, parmi des ACI, Jean-Luc Juvin, parmi les plus beaux fleurons de la chanson des cabarets de ces années ou Gilles Elbaz qui choisit ses musiciens parmi les meilleurs pratiquants du jazz, comme Siegfried Kessler et qui écrit magnifiquement. Ils sont nombreux à privilégier l'écriture, flirtant avec la poésie qu'ils mettent parfois en musique.
Hélène Martin, outre se propres chansons, chantait à la Colombe des poèmes d'Aragon, de Giono, et d'autres qu'elle avait mis en chansons. On lui doit le Condamné à Mort de Jean Genet :
"Sur mon cou sans armure et san haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu'une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton coeur s'émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup." (Le Condamné à Mort, 1964)
Dans le registre de la poésie, Jacques Marchais qui a travaillé avec Hélène Martin et James Ollivier sont de remarquables interprètes dans la lignée de Jacques Douai, associant l'un comme l'autre la qualité vocale à la qualité des chansons qu'ls choisissent.

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