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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 09:48

Extrait de « Le Chant du monde : une firme discographique au service du progressisme (1945-1980) », de Michèle Alten,  publié sur ILCEA

Lorsque paraît le disque connu sous le nom de sa première chanson, « Vietnam 67 », la critique unanime, du Figaro à l’Humanité et au magazine Diapason, salue l’originalité créatrice de l’auteur-compositeur-interprète Colette Magny. Trois qualités majeures lui sont reconnues : l’inventivité de ses textes, souvent composés de collages et de citations littéraires ou philosophiques, l’audace de ses musiques, inspirées du free-jazz, et enfin la qualité de sa voix, comparable à celle des chanteuses de blues noires américaines. Là s’arrête le consensus. En effet la force contestataire du disque ne permet aucun accommodement idéologique (Magny, 1967). Les messages sont virulents et mêlent dénonciation et confiance dans la révolution. Chaque chanson possède une spécificité d’écriture textuelle et musicale qui constitue la richesse de l’album. Et à l’intérieur même de chaque chanson, plusieurs styles se marient. Le parlé-chanté, utilisé pour la proclamation des messages didactiques, se mêle souvent à des musiques aux allures de ritournelle, utilisées pour le développement argumentaire. Lorsqu’elle défend le combat des ouvriers de Saint-Nazaire, Colette Magny joue sur deux registres contrastés : l’appel à la mobilisation s’exprime par un cri tandis qu’un rythme de valse évoque les marées noires bretonnes et la vie des ouvriers du port. Le titre « Choisis ton opium » apparaît comme un clin d’œil à la musique de gospel. Le refrain, à la pulsation très marquée, contraste avec les couplets, faits d’un jeu de citations, exprimant la supériorité intellectuelle du marxisme. La chanson de dénonciation la plus noire met en scène la détresse d’une jeunesse confrontée à un monde inhumain et elle se termine par l’espoir incarné par la révolution cubaine. L’héroïsme des communistes vietnamiens est mis en scène dans une écriture musicale tendue qui culmine dans un salut au peuple combattant. Quant aux couches moyennes des pays industrialisés, elles sont invitées à rejoindre leurs alliés naturels, les exploités. Ici encore un contraste oppose l’adresse directe, martelée à l’interlocuteur et l’évocation de la prise de conscience sur une musique dansante aux effets vocalisants.

Par son mélange d’engagement idéologique et d’inventivité poétique et musicale, cet album est l’expression d’une contre-culture engagée et progressiste. Isolée sur la scène française, Colette Magny, qui enregistre sous le label Chant du Monde jusqu’en 1984, trouvera un lointain prolongement dans le travail de l’italienne Giovanna Marini. Publié également par le Chant du Monde, son groupe de femmes mêle radicalité politique et recherches vocales contemporaines (Marini, 1980). Dans sa Cantate de tous les jours, elle commente avec acidité la répression des manifestations, les migrations économiques et le fossé entre les exploités et les intellectuels. Mais à la fin des années 1970 la confiance dans l’avenir faiblit et le messianisme politique a vécu.

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