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23 septembre 2004 4 23 /09 /septembre /2004 14:16
Extrait du mémoire (p. 54 et 55) de DESS soutenu par Patricia Berne-Milesi sur le Jazz vocal d'expression francophone (Université Lumière Lyon 2, sept 2004) :

"Il est des voix qui vous foutent le frisson. Il suffit qu'elles s'élèvent, nues, sans apprêt, pour qu'une démangeaison vienne titiller votre épine dorsale. Avec celle de Colette Magny, les mots les plus simples devenaient exaltants. L'ordinaire était insolite, fascinant, magique. Depuis le 12 juin dernier, cette voix s'est tue. Elle nous manque déjà". (Marc Legras, Mag Chorus, Web). Avec un premier titre qui la propulse à l'avant scène "Melocoton" en 1963, (réédition en 1997 par Le Chant du Monde, Harmonia Mundi), Colette Magny, découverte par Mireille, nous offre là un blues français magnifique, interprété dans la plus pure tradition des "hollers". [Plus tard], Colette Magny revient à ces premières amours-là, même si elle y interprète des standards américains "Colette Magny Blues" (1983). Elle leur donne une intensité, une "vérité" des plus troublantes. Fidèle à elle-même, Colette Magny ne chante pas le blues, elle est le blues. Aussi, et très rapidement, elle s'écarte de la scène du grand public pour rester en adéquation profonde avec ses convictions et surtout, avec l'idée qu'elle se fait d'une véritable expression du "Blues" dans le cadre culturel d'un monde en pleine mutation. Epaulée par "Harmonia Mundi" et "Chant du monde", qui soutiendront jusqu'au bout sa carrière de contestataire avec des albums en français tels que "Vietnam" en 67, "Magny 68/69", "Feu et rythme" en 1970, "Répression" en 1972, elle vit sa création artistique comme un état d'urgence. Colette Magny disparaît rapidement de la scène du "show biz". Elle chante essentiellement dans le cadre de "meetings" ou de soirées à connotation politique. A sa mort en [1997], elle laisse une discographie riche à l'issue d'une carrière pourtant difficile, soutenue par une petite poignée d'intellectuels, de fans et de musiciens tels que Claude Barthélémy et Maurice Vander. Sa discographie s'étend de [1963 à 1991], elle comprend aussi des albums comme "Colette Magny, je veux chaanter" en 1979, disque très particulier, réalisé avec des enfants inadaptés, d'un institut médico-pédagogique à qui elle donne la parole. Colette Magny fut, très certainement, dans l'esprit et dans le coeur, la plus authentique des chanteuses de blues française. Animée par une véritable révolte sociale, elle crie l'injustice à la manière d'une Bessy Smith. Sous cette lumière-là, de chanteuse engagée, elle fut plus proche du mouvement social du jazz que bien des artistes enfermés dans le swing et la carrure. Cette rupture avec le swing et la légèreté vaut pourtant à Colette Magny un désamour de la part d'un grand public en mal d'identification, et qui ne se trouve rapidement, plus aucun point commun avec une chanteuse qui défend des causes politiques ne le concernant pas. "Colette Magny a été une chanteuse non seulement boudée par les médias, mais encore carrément censurée du temps des gouvernements de droite, tant son engagement politique a fait des vagues dans le monde aseptisé de la chanson sous contrôle". Elle reste dans les mémoires, comme une chanteuse pour intellectuels.

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Published by - dans Etudes
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