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2 mai 1989 2 02 /05 /mai /1989 15:13

Article paru dans Le Monde du 02/05/1989 :

Les mots pour la décrire ? Fraternelle, généreuse, intègre. D'un bloc, comme on dit. " Un monstre ", explique Claude Guerre, que l'on retrouve dans cette émisssion " au four et au moulin ", tout à la fois producteur et réalisateur, devant et derrière le micro. Quand on aime, on ne compte pas. " Un monstre d'amour, reprend-il, qui ne fait et ne fera jamais aucune concession. " Colette Magny, l'invitée du " Bon Plaisir ", est ainsi. A part dans la chanson française, refusant les voies (les voix ?) faciles du show biz commercial, préférant de fait la marge, celle qui lui permet de travailler à son aise les textes, les voix et les sonorités (plus que les notes). " Depuis vingt ans, il n'y a qu'elle qui a chanté ", explique Claude Guerre. A entendre : il n'y a qu'elle qui a apporté quelque chose à la chanson. Point de vue personnel qui souligne la singularité de Colette Magny, " poétesse politique ", sans politesse feinte. A preuve ses chansons-collages, ses chansons-reportages, à partir d'enquêtes menées dans les usines, et son éclectisme qui fait côtoyer Antonin Artaud, Gabriel Fauré, Billie Holliday, Louise Labé, Aragon, Verlaine...

Magny, c'est un Ferré féminin. " Une montagne ", poursuit Claude Guerre, mais " qui échappe au sexe ". Ni féminine ni masculine. La question est ailleurs. Elle est quelque part dans la voix, profonde, dans ces chansons " non pas militantes ", dit-elle, mais " viscérales " : ses mots sont à prendre comme une alchimie du coeur et des tripes.

On l'entend parler des autres, surtout. De ceux qu'elle pourrait appeler " camarades ", parce que ce mot a un sens avant tout. De cette volonté de garder le contact, comme dans ce petit concert " presque " improvisé dans son village d'adoption, à Selgues, à quelques portées de voix de Verfeil-sur-Seye, dans le Tarn-et-Garonne. Le tutoiement est de rigueur (comme il le serait à toi, l'auditeur). Elle parle du communisme, de ses méfiances, elle dit qu'elle préférerait " se tromper partout plutôt que d'être conforme ". Elle parle des usines, mais aussi des problèmes de sécurité sociale. Quand l'argent fuit, l'administration pointe à l'horizon. Sans concession aucune.

Jean-Michel Dumay

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