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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 09:34

Annie-Ernaux-Les-Annees.gifDans son livre "Les années" (Ed. Gallimard), à la page 113, Annie Ernaux résume ainsi l'année 1968 :

 

On expérimentait la grammaire structurale, les champs sémantiques et les isotopies, la pédagogie Freinet. On abandonnait Corneille et Boileau pour Boris Vian, Ionesco, les chansons de Boby Lapointe et de Colette Magny, Pilote et la bande dessinée. On faisait écrire un roman, un journal, puisant dans l’hostilité des collègues qui s’étaient terrés en 68 dans la salle des profs et celle des parents criant au scandale parce qu’on faisait lire L‘Attrape-Cœur et Les Petits Enfants du siècle un surcroît de persévérance.
On sortait des débats de deux heures sur la drogue, la pollution ou le racisme, dans une espèce d’ébriété avec, tout au fond de soi, le soupçon de n’avoir rien appris aux élèves, est-ce qu’on n’était pas en train de pédaler à côté du vélo, mais l’école de toute manière servait-elle à quelque chose. On sautait sans fin d’interrogation en interrogation.
Penser, parler, écrire, travailler, exister autrement : on estimait n’avoir rien à perdre de tout essayer.
1968 était la première année du monde.

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Published by Pierre Prouveze - dans Publications
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