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9 janvier 1992 4 09 /01 /janvier /1992 16:18

Critique de disques parue dans Le Monde du 09/01/1992 :

Colette Magny : Inédits 91 - Feu et rythme

Deux ans après la sortie de Kevork, hymne à la terre sauvage, Colette Magny, chanteuse de jazz, faiseuse de protest-songs, grande interprète, auteur-compositeur traversée par des coups de génie (Mélocoton), performer politique, revient avec deux albums en forme d'auto-analyse : le présent et le passé (avec des inédits et du déjà entendu), la sagesse intérieure et le cri révolutionnaire.

Dans Inédits 91, Colette Magny retrouve justement Melocoton, dans une version plus pacifiée, moins tendue que celle retenue à l'origine. Elle renoue avec la poésie, qu'elle aime assez pour parvenir à en magnifier la musicalité. Chanson de la plus haute tour (Rimbaud), les Tuileries (Hugo), Heures graves (Rilke) sont autant d'occasions de retrouver la beauté des textes à travers une voix exceptionnelle. Au même programme, deux standards américains Love me Tender et St James Infirmary, 900 Miles de Woody Guthrie, cinq titres signés Colette Magny et Michel Précastelli, dont un tout neuf, tout beau, Rap'toi d'la que je m'y mette, vaste improvisation politique entrecoupée de couplets du Gris, (par Didier Brassac), ce qui nous mène au second album, Feu et rythme.

Feu et rythme est une mosaïque de douze titres recollés les uns aux autres pour leur inspiration politique, noire ou sud américaine. Textes de Pablo Neruda, de Max Jacobs, ou encore inspirés par la peinture, le Larousse... Il est suivi d'Un Juif à la mer, un Palestinien au napalm, vaste fresque qui date de 1977 et où Henry Texier s'en donne à coeur joie à la contrebasse et Colette Magny au chant. Mais ces tendances free-jazz sont-elles aujourd'hui encore de mise ? Les textes sont souvent superbes (Mahmoud Darwish, Mordechaï Dobzynski, David Hofstein, Mustapha El Kurd, qui chante ici), les musiques rapidement débridées. Colette Magny, auteur, y confond parfois l'analyse politique et la chanson. Même si les idées sont pertinentes, cassent le consensus, faut-il nécessairement appeler un chat un chat, un impérialiste un impérialiste, nommer en musique le partage de 47 et les dernières statistiques de la population israélienne?

Véronique Mortaigne

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