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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 11:38

Billet publié sur le blog "Bout du Monde" parmi les "Female singers" :

 

bout-du-monde.jpg

 

Colette Magny n’est pas connue du grand public malgré un succès estimable dans la décennie 1963-1973. Elle fut boudée par la plupart des médias (les radios, surtout, à l’époque) et censurée par les gouvernements de droite.

 

Elle fait partie pour moi des Female Singers prestigieuses, même si elle a toujours refusé qu’on la surnomme «chanteuse française de blues». Sa parfaite connaissance de l’américain, les inflexions bluesy de sa voix, un vibrato puissant, et son sens de la mélodie robuste, ainsi qu’une bonne oreille pour le swing (même si le batteur Daniel Humair se plaignait de ses erreurs avec la mesure), font d’elle une  grande chanteuse «jazzy» au sens noble, souvent accompagnée par d’excellents musiciens de jazz. Je ne crois pas être le seul à la trouver aussi poignante que Bessie Smith, Billie Holiday et Nina Simone. C’est tout dire...

 

Un petit détail qui n’est relevé nulle part et qui pourtant circulait beaucoup dans les «milieux autorisés» de l’époque : sa psychanalyse aurait duré très longtemps. Si seulement je pouvais me souvenir où j’ai lu qu’elle en parlait à l’époque !

 

Sa grande poésie à elle qui a si bien chanté les poètes : blues-gauche révolutionnaire-psychanalyse.


Melocoton a été son plus grand succès populaire. Pour moi sa plus belle chanson, celle qui met le mieux en valeur la finesse de ses qualités vocales, est Richard II Quarante (texte d’Aragon) qu’on trouve sur son premier Melocoton en 33 tours (1964).

 
A noter que je fais partie de ceux qui ne croient guère qu’elle sera réellement rééditée un jour... Il faut donc peut-être se dépêcher de conserver d’elle ce que l’on peut !

 

Eléments de biographie

 

- Elle naît le 31 octobre 1926 dans le 4ème arrondissement de Paris, ville où elle habitera jusqu’en 1977 environ (rue des Flandres, notamment)

 

- On sait qu’elle commence par travailler dans une usine américaine de lunettes comme secrétaire, puis à la Conférence des Céréales du Grand Palais, puis comme secrétaire bilingue de 1948 à 1962 à l’OCDE [Organisation de Coopération et de Développement Economique]

 

- Durant sa jeunesse, elle fréquente manifestement les clubs de jazz et les cabarets pour écouter de la musique mais aussi pour y chanter des blues et des standards américains. Elle y rencontre Claude Luter et Mezz Mezzrow. Ce dernier l’encourage à poursuivre le chant, et lui apprendrait à jouer d’une guitare à trois cordes, le triplet.

 

- Il semble que ce soit dans sa trentième année qu’elle se découvre sympathisante d’extrême gauche à partir de meetings contre la guerre d’Algérie. Elle restera viscéralement très à gauche toute sa vie malgré quelques différends avec les camarades du P.C. ou des partis gauchistes.

 

- 1962- Décidant de sauter le pas et de ne plus se consacrer qu’à la chanson, s’inscrivant au Petit Conservatoire de la Chanson de Mireille (qui n’est pas d’accord avec ses choix de paroles), elle se jette à l’eau et se produit un peu partout dans des cabarets, des concerts improvisés, des créations théâtrales et même à la télévision (il existe quelques archives du milieu des années soixante) pour y chanter ses propres chansons très inspirées par de nombreux poètes.

 

- 1963 est l’année où elle a un succès fou avec sa seule chanson célèbre Melocoton qui fera un tabac populaire, notamment à l’Olympia où elle se produit au mois d’avril en première partie de Claude François et Sylvie Vartan et leur vole la vedette.

 

Succès dans les couches contestataires des mouvements de la jeunesse et politiques de la gauche révolutionnaire. 68 est passé par là et est une source d’inspiration pour elle qui nous la restitue avec une fraîcheur toujours d’actualité.

 

- 1975 - A partir de cette année et pour des raisons mal définies, elle disparaît assez brusquement de la vie publique pour ne plus avoir qu’un succès d’estime, réduit, mais très fidèle.

 

- 1977 - Elle commencerait à s’installer dans le Tarn-et-Garonne au hameau de Selgues dans la commune de Verfeil-sur-Seye. Elle y fondera l’Association Act’2 et le Festival Des Croches Et La Lune où se produiront d’excellents musiciens. Elle y finira sa vie.

 

- Elle meurt dans une indifférence quasi générale et d’une longue maladie le jeudi 12 juin 1997 à l’hôpital de Villefranche-de-Rouergue dans l’Aveyron. Elle a 70 ans. Il n’y a pas grand monde à son enterrement. Catherine Ribeiro, une des chanteuses qui lui doivent beaucoup, chantera au retour J’aurais Tant Aimé Danser jusqu’à la fin de mes jours (une chanson magnifique de Colette Magny qui s’entremêle à une autre, La Mort Me Hante, sur sa cassette Visage-Village).

 

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