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1 janvier 1983 6 01 /01 /janvier /1983 15:21

Extrait de l'interview de Roger Gicquel dans l'émission Vagabondages (à laquelle Colette Magny avait convié également Brenda Wootton et Angelique Ionatos):

 

Roger Gicquel : Il y a [dans ce disque "Chansons pour Titine"] des chansons de toutes les couleurs. Il y a Bessie Smith, un blues, il y a Gabriel Fauré, les Black Panthers, et il y a le fameux Melocoton. C'était votre tube il y a 20 ans, vous le chantiez à l'Olympia. C'est devenu un tube, mais vous ne vouliez plus le chanter. Et cette fois-ci ça recommence quand même. Pourquoi ?

 

Colette Magny : Parce que nous sommes sous un gouvernement socialiste.

 

RG : Ah bon ?!

 

CM : Oui, parceque sous Giscard d'Estaing, De Gaulle, Pompidou etc, c'était impossible de faire du divertissement. Et en plus les mass-média (on appelle ça comme ça non ?) ont fait croire que j'étais une personne fort paresseuse, parce que je n'aurais écrit qu'une chanson en 20 ans ! C'est la seule qui passait.

 

RG : Ca c'est vrai, on n'a entendu que cette chanson et vous avez écrit une douzaine d'albums

 

CM : Et oui, 14 !

 

[...]

 

RG : [En écoutant Colette Magny et Brenda Wotton], je nage dans le bonheur avec ces voix superbes, ces voix audacieuses et ces voix surtout indépendantes. Parce que le point commun, je crois entre Brenda Wootton et Colette Magny (et aussi Angelique Ionatos), c'est qu'elles chantent ce qu'elles aiment, et d'abord ce qu'elles aiment et uniquement ce qu'elles aiment.Il y a d'autres points communs, c'est leur vocation tardive. Vous avez commencé à 35 ans je crois...

 

CM : 36

 

RG : 36 ans donc et Brenda à 45 ans. Mais il y a un autre point commun dont il faut bien parler directement, simplement, c'est le volume que vous occupez dans l'espace. Alors pour moi, je trouve ça extraordinaire mais je suppose que ça vous a posé quelques problèmes et vous l'avez chanté d'ailleurs.

 

CM : Ca c'est vrai. Ceci dit, vu d'hélicoptère, vous et moi, c'est pareil ! Malheureusement, moi ça m'a fait énormément souffrir. Et ça continue. C'est ce que j'ai dit à des jeunes gens dans une MJC : "vous êtes là à ricaner la grosse dame, la grosse dame. Il se trouve que j'ai une sciatique et que je ne peux aller me baigner en piscine parce que vous êtes des ricaneurs". Et ça nous crève le coeur, on est tous méchant. J'en ai énormément souffert.

 

RG : C'était dur à l'école ?

 

CM : Oui, on disait que je ne pouvais pas jouer parce que j'étais trop grosse. C'est idiot

 

RG : La chanson vous aide de toute façon

 

CM : Oh ça m'aide... En quoi exactement (rires) ?

 

RG : A être vous même

 

CM : Oui, oui, c'est vrai

 

[...]

 

RG : Concernant votre vocation tardive à 36 ans, vous êtiez secrétaire à l'OCDE...

 

CM : Dactylographe bilingue à l'Organisation de coopération internationale de développement économique.

 

RG : C'est à dire que vous publiez des rapports sur l'inflation...

 

CM : Des tas de rapports. Sur les eaux saumâtres aussi (rires)... mais ça c'était moins drôle.

 

RG : Et puis, qu'est-ce qui s'est passé ?

 

CM : Tout le monde me disait que j'avais une belle voix et qu'il fallait chanter, alors un jour j'ai réfléchi pendant un an sur la notion, le concept de sécurité. Et je me suis aperçue qu'il n'y en avait pas alors je me suis dis que je vais essyé, j''ai demandé à des amis une audition n'importe où. Et puis j'ai été engagée à 15 francs tous les soirs à la Contrescarpe, le 14 juillet 1962 à minuit.

 

RG : Une heure tardive pour une vocation tardive. Et puis vous avez fait l'Olympia.

 

CM : Oui ça a fait pschitt. puis après ça a été un pétard mouillé parce que je n'ai pas voulu... Elles étaient très sympathiques les personnes avec qui je travaillais. Les préoccupations des gens avec qui je travaillais, les traducteurs, les interprètes, les dactylos, les gens qui faisaient le ménage, les huissiers, leurs précoccupations hors travail m'ont paru beaucoup plus intéressants que quand je suis tombée dans ce digne (ça s'appelle comme ça?) milieu de la chanson.

 

[...]

 

RG : Vos raisons de chanson ont été très souvent politiques : Vietnam 67, Chili, Cuba, récemment le conflit israélo-palestinien, les black panthers auparavant

 

CM : Excusez-moi, Roger, la principale raison c'est quand même le plaisir d'ouvrir la gueule. C'est un plaisir d'abord. Alors avoir envie d'y faire passer certaines choses, oui. Mais pas uniquement politiques. Enfin, l'amour c'est politique aussi.

 

RG : Mais les causes que vous avez défendues, dont j'ai énuméré quelques unes

 

CM : Je n'ai pas défendu les causes, Roger. J'ai rencontré des gens, des situations, qui m'ont fait un certain effet, j'ai eu envie de chanter ça. Je n'ai pas de cause à défendre. Je n'ai jamais eu de prétention d'être au service du peuple. Jamais, jamais.

 

RG : Mais vous êtes attachée à rendre service...

 

CM : Non pas du tout. Ca me fend le coeur. Il faut bien que je fasse quelque chose. Ce n'est pas pareil, je n'ai pas à rendre service.

 

RG : Et ça Colette, un disque que l'on ne connaît pas :"Colette Magny, je veux chânter". Ca a été fait avec les enfants de l'IMP de Fontenoy-le-Château, et je voudrais que vous nous racontiez cette expérience, c'est politique ça aussi. Vous êtes allée au service de ces enfants inadaptés, les faire chanter, les faire jouer de la musique.

 

CM : Mais non je ne suis pas allée au service. Je les ai rencontrés. On a sympathisé entre débiles. Ils sont catégorisés semi-débiles ces enfants là. J'ai été invitée au restaurant, j'ai sympathisé avec le psychiatre, les éducateurs, les infirmières, etc, j'ai trouvé que les gosses, on était dans le même bain eux et moi. J'aime bien quand je suis dans un lieu de campagne, faire quelque chose sur le tas puisque j'ai peu de travail extérieur. Et ces enfants étaient à deux cent mètres d'où j'habitais. Tiens j'ai dit si on faisait de la musique avec les enfants. Et après c'est parce qu'ils font une musique intéressante que j'ai produit le disque. Je ne suis pas une bonne dame !

 

RG : C'est ça qui est efficace finalement

 

CM : Oui mais les critiques n'ont pas osé faire une critique musicale dessus. Anne-Marie Fijal qui est une pianiste remarquable ne voulait même pas joué, elle disait "je ne veux pas gêner le travail des enfants". On trouve ça formidable ce qu'ils font. Ceci dit faudrait que tout le monde l'achète pour qu'on puisse faire une crêperie...

 

RG : Votre engagement politique, il existe. Mais quelque part, vous avez chanté : "les purs et durs m'en ont tellement fait baver que j'ai cru un moment ne plus jamais avoir envie de chanter"

 

CM : Oui mais seulement, c'est eux que j'aime. Je n'aimerai jamais les mollassons. Même s'ils m'ont fait du mal, même s'ils m'envoient à l'hôpital, même s'ils me fouttent des coups de barre de fer, c'est eux que j'aime. Parce qu'ils ont un souci qu'on soit tous bien ensemble. Ils ont le souci d'aller vers les autres, complet, total. Ils donnent leur vie, maladroitement. Et puis après ils me tapent dessus, c'est pas gai, ça fait rien. Mais c'est eux que j'aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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