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14 juin 1997 6 14 /06 /juin /1997 15:30

Article paru dans Le Monde du 14/06/1997 :
 

LA CHANTEUSE

Colette Magny est morte jeudi 12 juin à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) à l'âge de soixante-dix ans.

Née à Paris le 31 octobre 1926 d'une mère comédienne, Colette Magny avait appris le banjo avec Claude Luter. Auteur, compositeur et interprète, elle commence sa carrière en 1962, à l'âge de trente-six ans, abandonnant un emploi de traductrice. Elle fait ses premiers pas au cabaret de la Contrescarpe à Paris, puis au Petit Conservatoire de Mireille avant de passer en 1963 à l'Olympia avec Claude François et Sylvie Vartan, année de son succès, Melocoton, classé au hit-parade de Salut les copains. Et qui lui colle longtemps à la peau, au point qu'elle refuse pendant quatorze ans de le réinscrire à son répertoire : « J'ai décidé que Melocoton était mort, qu'il était parti au Vietnam. »


Grande admiratrice de Bessie Smith et de Billie Holiday, vendue comme une « Bessie Smith française », Colette Magny est aussi une amoureuse de la poésie qui met en musique Aragon et Rimbaud, rend hommage à Hugo. Adepte d'Antonin Artaud, rebelle, féministe, elle compose des chansons engagées, vibre avec Louise Labbé, Cuba, la guerre du Vietnam et mai 68, les Juifs et les Palestiniens, en faveur des Black Panthers et des travailleurs immigrés (« Je suis allée les voir dans leurs baraquements minables, et je leur ai dit : ce qui serait bien, ce serait d'écrire une chanson sur la grève que vous êtes en train de faire pour obtenir de meilleures conditions de travail et de sécurité. On a mangé, on a dansé, on a fait de la musique... »).


VEINE MILITANTE


Colette Magny exalte les grands poètes de la lutte (Neruda, LeRoi Jones, Max Jacob, Mahmoud Darwich), adhère au PCF pour le quitter deux ans plus tard et reprendre à nouveau sa carte en 1994. Sa veine militante l'avait éloignée du show-biz. Elle s'aventure aussi dans le free-jazz, la musique contemporaine, la musique progressive. L'alternance politique de 1981 lui avait donné un second souffle, avant qu'une maladie de la colonne vertébrale l'oblige à rester allongée, à se deplacer en fauteuil roulant. Elle aura enregistré une douzaine d'albums, d'une voix poignante, au timbre profond, des chansons-collages, chansons-montages, chansons-enquêtes réalisées auprès des travailleurs dans les entreprises ou les cellules de combat, chroniques des exaltations fraternelles de notre temps.

Jean-Luc Douin

 

 

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