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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 16:14

maitron.jpgLe tome 8 du Maitron (dictionnaire biographique du mouvement ouvrier / mouvement social) est annoncé pour le mois de novembre 2012.


Ce huitième volume de la 5e période – dans la série qui comportera douze tomes ; comprenant chacun un volume papier réunissant plus de 400 biographies et qui offre l’accès gratuit à la totalité du site maitron-en-ligne ; couvrira les lettres Lem à Mel.


Ainsi, dans ce nouveau tome seront présentées les biographies de syndicalistes comme Edmond Maire ou Léon Matarasso, de résistants comme Missak Manouchian ou Arthur London, d’hommes politiques français comme Georges Marchais, Gilles Martinet ou Pierre Mauroy, de femmes engagées comme Maria Antonietta Macciocchi ou Colette Magny, d’historiens comme Emmanuel Leroy Ladurie ou Claude Liauzu, d’écrivains tels que François Mauriac ou Jean-François Lyotard, de cinéastes comme Chris Marker…

 

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MAGNY Colette, Marie, Armande, Eugénie

 

Née le 31 octobre 1926 à Paris, morte le 12 juin 1997 à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) ; auteur-compositeur-interprète ; figure majeure de la chanson engagée dans les années 1960-1980.


Fille de Georges Magny (né le 7 octobre 1874 à Épineau-les-Voves, Yonne), commis-épicier, chef de rayon, contremaître (goûteur de vins et de fromages) et de Fernande Collas (née le 23 août 1891 à Montmorillon, Vienne), sensible aux pratiques artistiques (théâtre notamment), Colette Magny fut élevée à Paris (XIVe arr.) dans l’aisance jusqu’aux revers professionnels de son père. La famille s’installa trois ans à Reims, puis à Boulogne-Billancourt, son père étant directeur de la coopérative alimentaire de Renault. À la mort de Georges Magny, Fernande travailla comme caissière et commença étonnamment, et avec réussite, une carrière d’actrice de théâtre.
Secrétaire dactylo bilingue pour l’OCDE, à Paris, gênée par une obésité précoce, Colette Magny, encouragée par Claude Luther, trouva dans le jazz et dans le répertoire des chanteuses noires la possibilité de mettre en valeur une voix exceptionnelle. Elle quitta au bout de quinze ans son travail et commença à chanter en anglais dans les cabarets de la Rive Gauche, notamment au Cabaret de la Contrescarpe, en s’accompagnant à la guitare. Elle y admira Francesca Solleville chantant Merde à Vauban de Léo Ferré ; elle y rencontra François Tusques, musicien de free-jazz, un temps son complice musical.
Éveillée à la politique par la Guerre d’Algérie, notamment par un violent affrontement, survenu en 1962 devant son domicile, rue de Grenelle, entre partisans de l’Algérie française et des Algériens, elle appuya les milieux anticolonialistes.
La télévision lui donna une notoriété dans le cadre du conservatoire de Mireille et, en 1963, le succès de sa chanson Mélocoton, enregistrée chez CBS, la propulsa au hit-parade. Elle assura la première partie de Sylvie Vartan à l’Olympia. Mais, dotée d’un tempérament exigeant et fougueux, elle ne se satisfaisait pas de cette percée. Refusant de chanter à nouveau Mélocoton, comme de se spécialiser dans les standards américains, comme Saint James Infirmary, répertoire où elle excellait, elle s’orienta vers des textes poétiques français (Victor Hugo, dont une belle évocation de la classe ouvrière [Les Tuileries], Arthur Rimbaut, Max Jacob, Tristan Tzara, Rainer Maria Rilke, Louis Aragon, Antonio Machado) et des citations politiques, faisant des collages de textes (dont ceux de Jean-Paul Sartre), chantant la Révolution cubaine, tout en utilisant les sonorités du jazz. Sa maison de disques américaine, CBS (qui avait racheté son premier éditeur : Odéon), accueillit mal cette œuvre unique et remarquable. Lorsque le représentant de la maison de disque lui dit « ce Sartre est un communiste », elle lui aurait, selon son témoignage, renversé son bureau sur les jambes. Accueillie à Chant du Monde, un éditeur proche du Parti communiste où elle y connut une grande liberté pour faire une œuvre hors norme puisant dans le free-jazz et la musique classique, avec des textes très personnels. Si elle eut une audience considérable dans les milieux militants, les médias la boudèrent. Elle appartint, un temps court au Parti communiste, sans perdre son esprit critique, mais c’est dans la mouvance du mouvement critique de 1968 qu’elle se reconnut. Son Vietnam 67, bissé lors de sa première présentation au TNP, lui valut une grande popularité dans la jeunesse engagée.
Son concierge, originaire du Nord lui fit découvrir le milieu populaire des bassins miniers, expérience qui l’inspira. Elle chanta à la fête de l’Humanité, à la fête du PSU, dans les Maisons des jeunes et de la culture, dans les usines en grève… Son humour, son auto-dérision facilitèrent des coopérations artistiques diverses, par exemple avec le peintre Ernest Pignon-Ernest. Elle chanta les Femmes en lutte avec Catherine Ribéro, fut acclamée par les gauchistes au rythme de son Répression répression (1972) mais se méfia de la pression des militants et ne seclia à aucune chapelle. Avec Anne-Marie Fijal, la musique garda une place importante dans ses productions. En 1991, dans Kevork, elle évoqua les injustices et le péril écologique. Sa production fut de plus en plus créative, originale, déroutante même. La télévision lui consacra quelques émissions où elle se montra souvent provocante.
Elle avait abandonné son petit appartement de la rue des Flandres et sa 2 CV pour le Rouergue, à Verfeil-sur-Seye (Tarn-et-Garonne) où elle fonda l’association culturelle Act’2. C’est toujours vers le monde populaire que son regard se tournait. « Dans la famille coup de poing, Ferré c’est le père, Ribeiro la fille, Lavilliers le fils. Et moi la mère ! » aimait dire cette artiste engagée.
Elle a abandonné les droits de son œuvre à la Fondation de France.  

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