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1 décembre 1971 3 01 /12 /décembre /1971 09:40

Critique de concert parue dans Jazz Magazine de décembre 1971 :

Colette Magny / François Tusques Trio : Tusques (p. père), Beb Guérin (b), Noël McGhie (dm, fl). Cinéma « le Ranelagh », novembre.

Profitons de leur présence symptomale : il n'existe pas encore de circuit parallèle - pas plus pour la musique que pour le cinéma - et surtout pas souterrain, dans ce pays. Désignons-en, de la même enjambée, le terrain : si quatre ou cinq mille fous se pressaient (qui s'en plaindrait, vraiment) aux fabuleuses exhibitions d'Alan Silva, et venus parfois de loin, et parfois pour leur premier concert, nous saurons tout. de même que la Vieille Grille (où jouera Alan Silva en trio) et le Ranelagh rameuteront un public fort clairsemé. Si bien que ce public restituerait à loisir les pratiques de ses prédécesseurs ? Il serait décidément vain d'attribuer quelque pondération à la publicité pour le dernier concert de la Biennale. Mais pourquoi le bouche-à-oreille ne fonctionnerait plus dès qu'il s'agit du Ranelagh ? Nous vivons bel et bien, et encore, l'ère des circuits !

François Tusques, Beb Guérin et Noël McGhie ouvraient ce que l'on aurait pu nommer une première partie. Piano trafiqué, plein d'accessoires qui en faisaient bizarrement « sonner » la table d'harmonie (rééditant par là chaque note de son écho martelé), lignes mélodiques d'insistance réitérée, ou plutôt tournoyantes - volutes - (pour quoi, au passage, l'on songeait à Terry Riley). Et l'immense travail de Beb Guérin, longues phrases, brisées ou soutenues, à l'affût du récit pianistique, à peine (contre)pointées par McGhie...

Paraissait alors Colette Magny, en toute beauté, inaugurant la deuxième part de quelque blues où se lisait l'origine de son chant. Mais assez tôt il s'affichait sous ses couleurs militantes (déjà, et à confirmer, dans le blues), simplement en dialogue avec Beb Guérin - attentif au tempo comme à ses élancements La-Fariens.

Rhodiaceta, ou Les Femmes de mineur : chansons de geste purement accomplies, geste musicale faite de tous les renversements, en elle-meine pleine de métamorphoses et s'édifiant de ses avatars, où s'enchevêtrent en identiques structures les slogans et le texte, le musical et le cri. Inégales les chansons, et leurs hurlements, ce trop de conviction qui les donnait pour maladroites (« ce qu'elle chante pèse des tonnes » dira Le Monde) ? Or, dans cette « gaucherie » se dit précisément - et plus que véhémence ou que rage - ce qui n'est  strictement  pas (témoin Le Monde) récupérable. A ce titre (indice) sont légitimées et fondées les autres, celles « qui passent », par ce qui tout d'un coup les rend impossibles et décisives, exemplaires en leur outrance et ce poids marqué de la voix, du final somptueux (ou le trio retrouvé jouait d'ensemble le cri de Colette) : textes des Black Pantliers tressés d'autres textes, à leur gloire déclamé/(hurlé), bref chanté. A la très nouvelle manière des chanteuses free, sur un mouvement musical où la scansion précipitait le cri. Et que les naïfs nous entendent : c'est dans leur travail (d'élaboration mise à jour) musical que le trio Tusques - Magny jouent l'épreuve révolutionnaire. Non dans quelque déclaration de principes, mais elle ne ferait que redoubler la première. Le «provisoire» dn chant de Colette Magny, ou sa pérennité provisoire - car il y a belle lurette qu'elle tente ces manières de traversées plurielles qui sont déjà au-delà du collage - sont toujours la trace de son geste radical. — Francis Marmande.

 

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Published by Pierre Crépon - dans Critiques disques-spectacles
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