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3 novembre 1982 3 03 /11 /novembre /1982 13:47

Article paru dans Paroles & Musique n° 24 de novembre 1982 :

Trop peu d'amateurs de chanson, aujourd'hui et ici, se rendent compte de tout ce qu'ils doivent à Colette Magny. Pour son engagement politique, certes (pour une fois que cette expression n'est pas usurpée !); mais aussi pour son travail sur la forme et sur la matière même qu'est la chanson. Si l'on ajoute à cela la personnalité très affirmée et attachante de cette femme, et le barrage dont elle a si souvent - pour ne pas dire systématiquement - été victime dans les grands média, on a déjà de sérieuses raisons pour qu'un jour ou l'autre s'imposât un dossier dans "PM". Et à ceux qui en douteraient encore, nous ne pouvons que conseiller de (re)découvrir cette œuvre riche et (ô combien) originale (1).

Née à Paris en 1926, Colette Magny fut pendant dix-sept ans secrétaire bilingue à l'OCDE avant d'entrer professionnellement dans la chanson, un beau jour de 1962. Jusqu'alors, elle n'avait pour ainsi dire chanté qu'à titre privé, pour son plaisir personnel, un répertoire constitué essentiellement d'une brochette de ces blues glanés chez les grandes initiatrices du genre (Bessie Smith, Billie Holiday), et de quelques-unes de ses propres chansons en français.
Engagée à l'Olympia en première partie d'une soirée yé-yé dont la vedette était... Sylvie Vartan, Colette Magny "vola le show" et y fit un triomphe des plus inattendus. Le jeune public habitué de SLC ("Salut les copains") fut sans doute spontanément ému, touché et pour tout dire épaté par le feeling exceptionnel de cette voix et par l'authenticité du
personnage. "Melocoton" (son unique tube !) fut quelque temps poussé par les radios, et son auteur-interprète figura même - oh, pas longtemps - dans le hit-parade de SLC.

Malheureusement pour elle (et peut-être, qui sait, pour nous ?), sa popularité s'éteignit aussi soudainement qu'elle avait surgi. C'est que l'intéressée ne jouait pas le jeu du star-system et refusait, en particulier, le rôle de "chanteuse de blues nationale" que d'aucuns voulaient lui faire endosser. Tout comme, plus tard, pendant quelques années elle refuserait de resservir en spectacle ce "Melocoton" trop souvent réclamé et devenu lassant pour elle. Mais, aux yeux des gens du show-business, il y avait plus "grave" : son engagement politique de plus en plus radical qui l'amenait à prendre position en chansons sur les grèves, les pollutions - bien avant la mode écologiste -, la guerre du Vietnam, Cuba, etc. Censurée par les média sous la droite, elle ne recueillait pas pour autant l'unanimité à "gauche". On le vit bien, par exemple, quand son album Magny 68/69 sortit sur un label de circonstance (2) ou, plus tard, lorsque certains militants (?) lui reprochèrent soit des divergences d'analyse, soit sa "récupération", soit encore tout bonnement ses cachets. Certains concerts furent d'ailleurs plus ou moins perturbés, voire à la limite sabotés, par diverses formes de contestations.

Il y avait de quoi être déconcertée. Colette le fut, au sens propre comme au figuré, puisque ces coups bas l'amenèrent pour un temps à ne plus chanter en public. Les thèmes de ses disques ultérieurs (en particulier Transit) en portent les stigmates, ainsi qu'on le verra. Si elle "s'en tira", sur le plan artistique, ce fut en faisant davantage appel à la création collective et à l'exploration de son être intérieur qu'aux commentaires trop personnalisés sur le politique et le social - sans pour autant renier ceux-ci.

Ce fragile équilibre - en plus de la présence d'une œuvre - fait d'elle, à une époque ou tant de chanteurs, notamment
de gauche - des noms ! des noms ! -, se contentent de poursuivre sur leur lancée sans remettre en question ni la forme, ni le fond de leur répertoire, ni leur pratique professionnelle, un "cas" décidément bien à part.

Jacques VASSAL

(1) Bientôt rééditée avec une nouvelle présentation par Chant du Monde, sous le titre "L'intégrale de Colette Magny".
(2) Probablement à cause de certaines "divergences d'analyse" avec le Parti Communiste.

 

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