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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 08:06
Extraits du livre "L'underground musical en France" de Eric Deshayes et Dominique Grimaud (Ed. Le mot et le reste, 2008) :

Le 22 juin 1963, lors de La Nuit de la Nation, un concert gratuit organisé par SLC, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Richard Anthony et Danyel Gérard chantent devant une foule de 150000 jeunes, le premier rassemblement d'une telle ampleur. Ce mouvement de jeunesse n'a qu'un seul but, se divertir, dévier son attention des réalités grises. Les yé-yé éludent les "opérations de maintien de l'ordre" dans la province française d'Afrique du Nord, une guerre d'Algérie qui ne dit pas son nom et prend fin en 1962. Cette année-là, Colette Magny est choquée par un combat de rue sous sa fenêtre entre partisans de l'Algérie française et membres du FLN, choc qui est à l'origine de sa prise de conscience politique. L'année suivante, elle enregistre un premier 45 tours pour CBS, Melocoton, dans son style "blues" très personnel. Premier 45 tours et premiser succès, en avril 1963, elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Mais le "blues" de Colette Magny, expression directe d'une conscience politique profonde, passe de moins en moins bien auprès de CBS, d'autant qu'elle pense alors enregistrer une chanson intitulée "Le mal de vivre (Cuba)". Le contrat n'est pas prolongé. [page 13]

Au début des années soixante, trois chanteuses sont pressenties pour devenir des icônes ou des idôles, comme on disait à l'époque de la chanson française, mais vont refuser cette voie toute tracée et perndre des chemins opposés. Elles ne vont en faire qu'à leur tête ! [page 141] [...] Dès la fin des années soixante, Colette Magny, Catherine Ribeiro avec Alpes et Brigitte Fontaine auront réussi à imposer leurs visions singulières en se détachant d'une approche "chansonnière" [page 146].


En 1962, Colette Magny laisse derrière elle dix-sept années de secrétariat à l'OCDE pour un engagement d'une semaine au cabaret parisien, La Contrescarpe. Dès 1963, son premier EP "Melocoton" publié par CBS, est couronné de succès et elle partage l'affiche de l'Olympia avec Sylvie Vartan et Claude François. Le show-biz perçoit bien en elle une héritière de Bessie Smith et Billie Holiday mais oublie un peu vite que le blues est l'expression d'une complainte sociale, d'une réalité brute. De surcroît, Colette Magny, est consciente d'avoir une voix très singulière, paraiassant souvent un peu à côté, et n'a pas l'intention de se laisser enfermer dans un quelconque registre. En 1964, elle enregistre avec l'orchestre de François Tusques, toujours pour la firme américaine CBS qui ensuite ne reconduit pas son contrat. Elle compte en effet évoquer la question cubaine dans son prochain disque. "Le Mal de vivre (Cuba)" sera publié en 1965 par Le Chant du Monde, orné d'un portrait plein cadre de Fidel Castro. Suit le glaçant "Bura-Bura" sur les rescapés d'Hiroshima, alors que l'Etat français procède à ses premiers essais nucléaires aériens en Polynésie, un titre extrait du 33 tous, Avec, publié sur le label Mouloudji en 1966 et élaboré avec André Almuro au GRM. Dorénavant, et ce jusqu'au début des années quatre-vingt, tous ses albums seront publiés par Le Chant du Monde. Avec les albums Viêtnam 67 et Magny 68/69 priorité est donnée aux textes chantés, parlés, gueulés selon un phrasé très libre, des textes devenant de véritables reportages de piquets de grève. Avec Feu et Rythme en 1970, l'équilibre entre le politique et l'artistique est retrouvé pour atteindre un sommet créatif. Accompagnée de deux contrebassistes, Barre Philips et Beb Guérin, et de l'orchestre de Diego Masson sur certains titres, Colette Magny révèle une maîtrise foudroyante, avec un naturel déconcertant, de toutes ses possibilités vocales et donne corps à un album de la trempe d'un Freedom Now ! Suite de Max Roach et Abbey Lincoln. En concerts, lors de festivals pop ou free, dans des usines, sur les marchés, la voix imposante de Colette Magny devient même tonitruante, le militantisme rageur prenant largement le pas sur la rigueur de la rime. Elle prend fait  et cause pour la lutte des Noirs-américains, travaillant sur des articles consacrés au Black Panthers Party pour une tournée et un disque, Répression. Ce dernier, enregistré en 1972, avec la formation de François Tusques, est également très bon, répousant cette fois un peu plus la Great Black Music. Durant ces années, elle sera aussi accompagnée sur scène de Henri Texier et de musiciens du Free Jazz Workshop de Lyon. En 1983, avec Chansons pour Titine, elle revient un peu au blues de ses débuts, reprenant des standards, mais aussi l'hymne des Black Panthers. Puis, sans maison de disques, elle crée son label Colette Magny Promotion et a recours à une souscription pour l'album Kevork en 1989 fabriqué et distribué par l'indépendant Scalen'disc. Installée dans le Tarn-et-Garonne, Colette Magny y est l'initiatrice du festival Des Croches et la Lune. Elle est décédée en 1997. [pages 141 à 144]

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commentaires

Segura Jean 16/09/2010 19:13


Une petite précision sur le concert de la Nation du 22 juin 1963 : Eddy Mitchell n'y a jamais participé. Ce n'est pas bien grave, mais méritait d'être précisé.
Jean Segura, 14 ans en 1963.