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24 février 1995 5 24 /02 /février /1995 14:38

« SOL DEL FRAYSSE », petite maison nichée au bout du bout du Tarn-et-Garonne, entre Saint-Antonin-Noble-Val et Cordes. C’est là que Colette Magny a trouvé refuge, loin de la capitale, il y a dix-huit ans. De ses origines parisiennes, elle a gardé l’accent, la verve et le franc-parler, l’argot des pavés qui d’emblée vous situe la chanteuse. Plus faubourg que beaux quartiers.

Un drôle d’itinéraire pour cette ancienne dactylo qui s’est lancée dans la chanson à l’âge de trente ans. « Dans les années soixante, il y avait un courant de pensée qui drainait dans son sillage de nombreux artistes. Avec Armand Gatti, Benedetto et d’autres nous montions des spectacles, nous participions à de nombreuses initiatives. » Le Vietnam est la proie des bombardements américains. Colette Magny écrit et interprète de nombreux textes sur cette guerre. Par hasard, elle découvre les Panthères noires. Elle chante pour elles à la fac d’Assas : un concert envahi par l’extrême droite qui dégénère en « baston général ». Artiste engagée ? Cela la fait sourire : « Je ne me suis jamais considérée comme une chanteuse militante. Mais comme un tuyau, une journaliste chantante, qui exprime ses idées. »

A soixante-dix ans, Colette Magny, malgré sa colonne vertébrale qui l’oblige à rester allongée une grande partie de son temps, a conservé intacte sa fougue, sa colère, ses passions. « Dans la famille coup de poing, Ferré c’est le père, Ribeiro la fille, Lavilliers le fils. Et moi la mère ! » Cette mamma du blues, à la voix puissante et orageuse, qui explore des sentiers musicaux surprenants, intelligents impose le respect. Toute sa vie, elle aura été censurée par les faiseurs d’émissions musicales. Trop dérangeante ! Et c’est vrai que c’est une grande gueule, qui ne se prive jamais de dire tout haut ce qu’elle pense : « La vérité, c’est chez moi un désir quasi morbide. Seule la vérité est révolutionnaire. Je ne supporte pas le mensonge. »

Elle adhère une première fois au PCF. En 1966. « J’étais entourée de gauchistes… mais j’étais amoureuse d’un communiste-léniniste-brechtien ! Je n’ai jamais réussi à « être dans la ligne ! » Quand on distribuait le manifeste de Waldeck Rochet (1), je m’entêtais à le distribuer avec celui de Marx, au grand désespoir des copains de ma cellule. Alors, la cellule a refusé de coller les affiches de la Fête de l’Huma où je chantais ! » Elle sera restée au PCF deux ans… et vient tout juste de reprendre sa carte, en septembre 1994. « Je me suis rendue à la Fête de l’Huma cette année pour un hommage à Toto Bissainthe. J’ai ressenti beaucoup d’émotions. J’ai croisé des gens heureux… » De retour dans son hameau, elle décide de reprendre sa carte, s’abonne à « l’Humanité ». « Cela faisait vingt ans que je ne l’avais pas lu. Le changement m’a sidérée. A l’époque, ce canard était illisible. Aujourd’hui, il y a une réelle ouverture. Je m’intéresse beaucoup à la peinture contemporaine, et je suis heureuse qu’on y en parle. »

Il y a quelques semaines, elle assiste au meeting de Robert Hue à Montauban et fait connaissance avec le candidat communiste. « J’ai aimé son langage personnel. C’est un homme politique jeune, intéressant, intelligent. » Elle est convaincue que la situation est trop grave pour rester sur le côté du chemin, qu’« il faut redonner de la force aux communistes. La dépolitisation des gens m’inquiète. La situation est grave et les idées d’un Le Pen sont dangereuses ».

Entière, elle peste contre les artistes qui ne jouent pas leur rôle dans la société : « Ils devraient relire les textes d’Antonin Artaud. Je ne pardonnerai jamais les nouilles à Depardieu ! »

Malgré son éloignement, Colette Magny conserve des liens étroits avec les habitants de sa vallée, s’intéresse à leurs problèmes, leurs tracas. L’envie de révolte ne l’a jamais quittée : « Même en fauteuil, je suis prête pour la révolution ! » Après trois heures de discussions ininterrompues, le temps de griller un paquet de Gitanes sans filtre, elle soupire : « Je ne suis pas simple. J’admire Barbara parce qu’elle a écrit de belles choses simples. Dès que je veux faire simple, je fais simpliste. » La subversion, l’insolence, l’insoumission sont de bien belles qualités.

ZOE LIN.

(1) Il s’agit probablement du Manifeste de Champigny - NDLR.

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