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25 juin 1997 3 25 /06 /juin /1997 11:25

The Independent (Grande Bretagne) du 25/06/1997 :

The formidable singer Colette Magny was one of the most remarkable artists to emerge from France in the Sixties. Her commitment to political causes followed the ups and downs of that turbulent decade while her militancy and dedication gave its full meaning to the expression chanteuse engagee.

Born in Paris in 1926, Magny was the daughter of a grocery salesman and a mother who eventually took up acting at the age of 57. Magny herself was a late developer as an artist and worked as a bilingual secretary and translator at the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) from 1948 to 1962. Her knowledge of English gave her valuable insight into the music of blues performers like Bessie Smith, Ma Rainey and Ella Fitzgerald. She started to perform blues standards and her own compositions around Paris, having been taught to play banjo and guitar by the French jazzman Claude Luter.

In 1962, following a stint at the Contrescarpe cabaret (where Graeme Allwright was also discovered), Magny came to the attention of Mireille, the composer and perennial promoter of new talent (who died at the end of last year), who promptly booked the singer on her televised show Le Petit Conservatoire de la Chanson. The day after Magny's first appearance, the Paris-Presse newspaper raved about her version of "Saint James Infirmary" and ran the headline: "France has found her own Ella Fitzgerald".

Indeed, the French singer had not only a physique but also a voice similar to that of the jazz legend. She could swoop, scream, quaver and really move the audience. In 1963, when appearing at the Olympia Theatre in Paris on the same bill as the teen sensations Claude Francois and Sylvie Vartan, Magny even silenced and impressed the crowds of screaming fans.

Having given up her civil service job, she signed to the French arm of CBS records and released the single "Melocoton" which made it into the hit parade. Magny then quickly moved away from the mainstream. She set French poems (for instance "Tuileries" by Victor Hugo and works by Aragon and Rimbaud) and translations of foreign writers (Lewis Carroll, Pablo Neruda) to music, she built songs around famous quotations (from the Bible, Chekhov, Dostoevsky, Lenin, Einstein) and wrote lyrics inspired by paintings, while still covering blues standards and singing her own material.

Her political conscience had been awakened by the last rumblings of the Algerian war at the end of the Fifties and she now became France's first bona fide protest singer with "Le Mal de Vivre", which was instantly banned by the state-controlled broadcasters ORTF. Censorship would be a permanent thorn in her side (and later inspired her album Repression).

From 1964, Magny's records were released on Le Chant du Monde, a record label backed by the French Communist Party. With titles like Frappe Ton Coeur ("Strike Your Own Heart") and Vietnam 67, her albums proved to be harbingers of les evenements. May 1968 came and Magny was in her element, supporting the students and the workers, taking part in meetings, sit- ins, benefit concerts. She was pro-Cuba, pro-Black Panthers, pro-women's lib, against war in Vietnam, and cared about immigrant workers. She wrote "Les Militants" for the protesters.

Magny's muse was as diverse as her political conviction was intense. She dabbled in free jazz, progressive rock, contemporary music and, in 1973, with Feu et Rythme, she won the Grand Prix du Disque from the Academie Charles Cros (the French equivalent and forerunner of the Mercury Music Prize). Along with Leo Ferre, she broke the mould of the traditional French chanson and forged her own direction.

In the late Seventies, Magny's left-wing beliefs began to seem redundant and, following Francois Mitterrand's election in 1981, her work became less dogmatic. She moved to the Aveyron area, in the south-west of France. She was still a charismatic, primal, visceral performer but seemed happier, perhaps because she had come to terms with her own sexuality. She even mellowed sufficiently to sing "My Heart Belongs To Daddy" and later recorded Kevork, a curious album in which she sung the praises of the turkey (on the grounds that a turkey, once domesticated, if released, can revert to its wild condition).

Over the last few years, she suffered from a chronic spinal disease and was often confined to her bed or a wheelchair. Still she railed against "the bastards who pretend I'm already dead. I want to prove to them that I'm still alive, still creating."

Colette Magny's was a unique voice in France and never made any compromises. Yet, in the dozen albums she recorded, she also brought her own brand of blues, poetry and politics to a wider audience, and made French chanson an instrument for social change. Her unparalleled talent and commitment were documented in Sylvie Vadureau's fine biography Colette Magny, Citoyenne- Blues.

Pierre Perrone

Colette Magny, singer, songwriter, guitarist, translator: born Paris 31 October 1926; died Villefranche-de-Rouerge, France 12 June 1997.

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Traduction approximative :

Nécrologie: Colette Magny

La formidable chanteuse Colette Magny a été l'une des artistes les plus remarquables à émerger de la France dans les années soixante. Son engagement à des causes politiques ont suivi les péripéties de cette décennie mouvementée, tandis que son militantisme et son dévouement ont donné tout son sens à l'expression de la "chanteuse engagée".

Née à Paris en 1926, Magny était la fille d'un marchand d'épicerie et d'une mère qui a finalement fait du théâtre à l'âge de 57 ans. Magny elle-même s'est révélé sur le tard en tant qu'artiste et a travaillé comme secrétaire bilingue et traductrice à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 1948 à 1962. Sa connaissance de l'anglais lui a donné de précieuses informations sur la musique des artistes blues comme Bessie Smith, Ma Rainey et Ella Fitzgerald. Elle a commencé à interpréter des standards du blues et ses propres compositions à Paris, ayant appris à jouer du banjo et la guitare par le musicien de jazz français Claude Luter.

En 1962, après un passage au cabaret de la Contrescarpe (où Graeme Allwright a également été découvert), Magny est portée à la connaissance de Mireille, le compositeur et promoteur pérenne de nouveaux talents (qui mourut à la fin de l'année dernière), qui lui réserve rapidement une place parmi les chanteurs à son émission télévisée Le Petit Conservatoire de la Chanson. Le lendemain de la première apparition de Magny, le journal Paris-Presse extasié par sa version de "Saint James Infirmary" titrait: «La France a trouvé son propre Ella Fitzgerald».

En effet, la chanteuse française n'avait pas seulement un physique, mais aussi une voix semblable à celle de la légende du jazz. Elle savait exciter, crier, trembler et vraiment émouvoir le public. En 1963, lors de son apparition à l'Olympia à Paris sur la même scène que Claude François et Sylvie Vartan, Magny fait taire et impressionne les foules de fans criant.

Ayant renoncé à son emploi de la fonction publique, elle a signé avec la branche française de CBS Records et sort le single "Melocoton" qui en fit un hit-parade. Puis Magny s'est rapidement éloigné de ce courant dominant. Elle a mis en musique des poèmes français (par exemple "Tuileries" de Victor Hugo et des œuvres d'Aragon et de Rimbaud) et des traductions d'écrivains étrangers (Lewis Carroll, Pablo Neruda), elle a batit des chansons autour de citations célèbres (de la Bible, Tchekhov, Dostoïevski, Lénine, Einstein) et a écrit des paroles inspirées par des peintures, tout en interprétant des standards du blues et en chantant ses propres compositions.

Sa conscience politique s'est éveillée lors de la guerre d'Algérie à la fin des années cinquante et elle est devenue par la suite en France le premier chanteur contestataire avec «Le Mal de Vivre», qui fut aussitôt interdit par les organismes de radiodiffusion contrôlés par l'Etat (l'ORTF). La censure s'abattra alors de façon permanente sur elle (et lui inspirera plus tard l'album Répression).

A partir de 1964, les disques de Magny ont été édités au Chant du Monde, un label soutenu par le Parti communiste français. Avec des titres comme Frappe Ton Coeur et Vietnam 67, ses albums se sont avérés être totalement d'actualité avec les évènements. Mai 1968 est arrivé et Magny était dans son élément, en soutenant les étudiants et les travailleurs, en prenant part à des réunions, des sit-ins, concerts de solidarité. Elle était pro-Cuba, défendait les Panthères noires, défendait la cause féministe, s'opposait à la guerre au Viêt Nam et s'est intéressée à la situation des travailleurs étrangers.Elle a écrit "Les militants" pour les manifestants.

La musique de Magny était aussi diverse que ses convictions politiques était intense. Elle abordait le free jazz, le rock progressif, la musique contemporaine et, en 1973, avec Feu et rythme, elle a remporté le Grand Prix du Disque de l'Académie Charles Cros (l'équivalent français et précurseur du Mercury Music Prize). Avec Leo Ferre, elle a brisé le moule de la chanson française traditionnelle et a forgé sa propre direction.

Dans la fin des années soixante-dix, les idées de gauche de Magny ont commencé à sembler excessives et, suite à l'élection de Francois Mitterrand en 1981, son travail est devenu moins dogmatique. Elle a déménagé en Aveyron, dans le sud-ouest de la France. Elle était toujours une artiste charismatique, originale, viscérale, mais a semblé plus heureuse, peut-être parce qu'elle avait assumé sa propre sexualité. Elle a même adouci suffisamment pour chanter "My Heart Belongs to Daddy" et a enregistré ensuite Kevork, un album étrange dans lequel elle chante les louanges de la pintade (au motif que la pintade, une fois domestiquée, elle s'est libérée, pour revenir à l'état sauvage ).

Au cours des dernières années, elle souffrait d'une maladie chronique de la colonne vertébrale qui la confinait souvent à son lit ou dans un fauteuil roulant. Pourtant, elle pestait contre "les salauds qui prétendent que je suis déjà morte. Je veux leur prouver que je suis encore en vie, créant encore".

Colette Magny était une voix unique en France et n'a jamais fait aucun compromis. Pourtant, sur la douzaine d'albums qu'elle a enregistrés, elle a apporté sa touche personnelle mêlant blues, poésie et politique à un large public, et a fait de la chanson française un instrument de changement social. Son talent inégalé et d'engagement ont été l'objet d'un livre, une biographie de Sylvie Vadureau : "Colette Magny, citoyenne-blues".

Colette Magny, chanteuse, auteur-compositeur, guitariste, traducteur: né Paris 31 Octobre 1926, morte à Villefranche-de-Rouergue, France 12 Juin 1997.

 

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