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16 février 1989 4 16 /02 /février /1989 18:56
Article paru dans l'Humanité de février 1989 :

Le consensus politicien ? Ne comptez pas sur Colette Magny pour avaler cette tartuferie au goût de couleuvre. Magny, après vingt-sept ans de chanson français reste toujours aussi indomptable et trouve encore à redire à propos du marasme idéologique actuel. De recentrages en retournements de veste, de jeunes loups quadragénaires en scandales boursiers, Magny, notre mam-blues nationale est aujourd'hui dégoûtée. C'est un roc intègre, toujours insoumise et loin de tout conformisme que Colette Magny s'insurge depuis son appartement de la rue de Flandre à Paris. Que voules-vous, Magny ne supporte pas la médiocrité surtout quand elle vient de sa gauche : "En 1981, j'étais drôlement heureuse. J'ai cru au socialisme. Aujourd'hui je ne suis pas contente. C'est peut-être une naïveté de ma part mais tout de même cette histoire des "Affaires" c'est triste. C'est le merdier ! Je crois que c'est pas le moment de s'endormir". Entrée en "variétés" à l'âge de trente-six ans après avoir été dactylographe bilingue à l'OCDE, Magny la révoltée, Magny l'indignée a au long de sa carrière crié l'injustice à coups de chanson-tracts, de répertoire militant. Avec Viva Cuba, Répression, Bura-Bura, dès 1962, lors de ses débuts, elle bouscule le courant musical ambiant. Elle chante le Chili, le Vietnam, le conflit israélo-palestinien à la face des médias qui, aussitôt, la censurent par crainte de vérité. Seule Melocoton, dont le texte ne dérange en rien l'ordre établi, aura droit de cité sur les ondes. La dame à la voix rauque est jugée trop dangereuse, voire subversive depuis les années 1970, alors au summum de son art : "Un producteur de radio de service public m'a même dit que la cire de mes disques était rayé au stylet". En déppit de ce boycott autorisé, le public n'a pas oublié Colette Magny. Pour preuve, à Ivry l'autre soir, celle qui possède l'un des plus talentueuses voix de l'hexagone a été ovationnée par des gens debout et visiblement émus. Respect à ceux qui ne baissent pas pavillon ! "Libération dit de moi que je représente la vieille gauche. "La vieille gauche" elle vous emmerde ! Il paraît que la politique ça n'existe plus. Plus de gauche, plus de droite. halte-là ! La gauche et la droite existent toujours au Parlement que je sache ! " Décidément Magny, âgée de soixante-deux ans, malgré la canne qui lui sert de compagnon de vie et de scène, ne plie pas au contraire : "Etre engagée ? mais c'est complètement ringard. Je suis une pauvre tourte ! Et les infirmières ? On ne me fera jamais croire qu'on ne peut pas mieux les payer. C'est toute une fraction de la population qu'on nie. Le fric de Pechiney aurait pu être donné aux infirmières. Et ceux qui ont des lingots d'or, des comptes en Suisse ! Sous un gouvernement dit "socialiste" ce genre de privilèges ne devrait pas exister. C'est pas possible d'être complètement heureux dans un monde pareil". Plus que jamais indomesticable la pintade ! L'animal sert de fil conducteur à un hypothétique futur spectacle intitulé Kervord ou le délit d'errance. Sorte de regard aigu d'une gallinacée sur le monde actuel : "La pintade ne pense qu'à une chose : la liberté... et moi je m'identifie à cette bestiole. Je veux monter ce spectacle mais ça n'intéresse pas les responsables culturels qui à tous les niveaux sont atteints de frilosité". Colette Magny en rupture de maison de disques lance une souscription pour la sortie en juin de l'album Kevork. Sept cent soixantre seiez personnes ont déjà souscrit (*). Des gens qui sans doute ne veulent pas voir crever Colette dans la tourmente du show-business, le royaume des marchands.
N.B. : Colette Magny entre deux concerts tire le diable par la queue - 4.000 francs de retraite - on appelle ça la vie d'artiste ! : "Je ne veux pas terminer dans la pauvreté. Je suis prétentieuse mais je ne veux pas bouffer du riz complet tous les jours, ça m'emmerde ! Je ne veux pas être... pauvre. Mais je ne vais pas me laisser abattre facilement soyez tranquilles".
Victor Hache
(*) Souscription pour l'album Kevork ou le délit d'errance : Album 80F., cassette 80 F., compact 120 F. Frais d'expédition 15 F. Chèques à l'ordre de "Colette Magny Promotion". A envoyer avec nom et adresse à S. Vadureau, 52, rue de Flandre, 75019 Paris. Concerts : 25/06 Belfort, août Uzeste.

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