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14 décembre 1988 3 14 /12 /décembre /1988 17:13
Critique dans Télérama n° 2031 du 14/12/1988 (photo de Michel Adda):

C'est la chanteuse de blues la plus gaie qu'on puisse imaginer. Elle est blanche, française et boudée par le show biz depuis qu'elle a commencé sa carrière... C'est qu'elle a des textes un peu particuliers. Elle chante les handicapés, les accords de Genève, un article du dictionnaire, elle a même failli vocaliser sur Le Capital de Marx !
Mais, si vous n'avez jamais entendu Colette Magny, vous ne pouvez savoir à quel point avec elle, un tract ou une info peuvent devenir exaltants. Qu'elle crie ou qu'elle murmure, qu'elle joue sur les sons à la manière free-jazz, elle donne de l'énergie, encourage à la révolte. Elle rend beaux les ouvriers qu'elle chante, même s'ils vivent une vie de chien.
Entre le presque-parlé et le presque-lyrique, jouant de l'incongruité et de la virulence, cette femme à l'ample corpulence nous mene par ses sujets, sur des terrains qu'habituellement on fuit comme la grisaille. D'ailleurs, dit-elle à David Jisse, "si javais le grand pouvoir pendant huit jours, il n'y aurait plus de divertissement à la télé, seulement de l'information". Et hop ! vous voilà apostrophés vous les lecteurs qui écrivez à Télérama, pour dire que vous en avez marre des images de camps de concentration. C'est que la Colette, elle ne mâche pas ses mots : "le bi-centenaire, ras-le-cul, c'est pour certains une manière de faire du beurre pas honnête !"
Ce n'est, bien sûr, pas le cas d'Hélène Delavault la "Républicaine". Elle l'a invitée dans son émission parce qu'elle a été "pétrifiée" par son Tango stupéfiant, à un concert où "ce con de grand public était là".
Dialogue entre Hélène et la Colette sur "le culte de la révolte" (dixite Delavault) et le pouvoir très aléatoire d'une chanson "sauf en Amérique latine" (dixit Magny). David Jisse fait réagir la chanteuse de Vietnam 67 (qui s'est aussi attaquée à Fauré, Artuad, Billie Holliday, Louise Labbé) sur une de ses anciennes interviews où elle se disait pessimiste : "à l'époque peut-être, maintenant, je suis désespérée, je supporte de moins en moins, que les enfants abordent le monde dans un tel état". Et elle en connaît un bout, sur les mômes, elle qui a chanté le bouleversant Melocoton, deux gosses dans un jardin...
Son prochain sujet... les pintades. Oui, vous avez bien lu, une sorte d'opéra, "un long poème lyrique et grave" à propos de cette bestiole venue d'Afrique sur les bateaux de négriers, qui a plein d'humour et ne pense qu'à une chose, la liberté ! Vous en saurez plus bientôt puisque Colette Magny a promis (c'est enregistré sur le vif dans l'émission) une interview sur le sujet à Anne-Marie Paquotte !
Eliane Azoulay

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Published by Claude - dans Article
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