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1 janvier 1972 6 01 /01 /janvier /1972 12:07

Entre deux chansons de son répertoire, Colette Magny se confie sur le bonheur, sa manière de chanter, la société et la politique sur RTS, Radio Télévision Suisse :

Pourquoi chantez-vous ?

Parce que j’ai envie d’ouvrir ma gueule et meugler.
Alors se battre pour ça, il faut quand même dire quelque chose. Alors je fais état des choses dont j’ai été témoin ou qui me touchent.

Vous voyez plus l’injustice que le bonheur ?
Le bonheur, je n’en vois pas des tonnes quelque part. C’est difficile toute façon de parler du bonheur. Il y en a peu. C’est difficile d’être heureux dans ce monde.

Vous êtes une chanteuse qui dénoncez sans cesse…
J’expose. Je reconnais que ma manière de chanter est agressive. Mais j’expose en fait.

Qu’est-ce qui vous blesse le plus dans le monde ?
La difficulté que l’on a à se parler les uns, les autres.

Ce n’est pas politique…
Je n’ai jamais prétendu être une chanteuse révolutionnaire. On me colle des étiquettes, je n’y peux rien.

La société dans laquelle nous sommes ne vous plait pas ?
Elle ne me plaît pas. Même si je ne la trouve pas ignoble en France. Mais est-ce que je peux quand même beugler ? Pas dans les organismes officiels, pas dans les music-halls traditionnels, mais quand même, par ci par là dans les théâtres municipaux, j’arrive à gagner ma vie comme quand j’étais fonctionnaire. Dans un autre pays, je ne sais pas. En Espagne, je serais très certainement en prison. En Grèce, je serais fusillée. En URSS, je serais peut-être en asile psychiatrique. En Tchécoslovaquie, ce ne serait pas très brillant non plus, je suppose.

C’est difficile de dire qui vous êtes… de faire votre chronique…
Oui c’est difficile, d’autant plus que je suis attaquée de tous les côtés. Avec la droite, c’est clair, je suis une sale communiste en gros. Mais le terme communiste ça recouvre un tas de choses. A part le parti communiste français, vous avez tous les groupuscules, toutes les tendances. C’est là que je suis violemment attaquée. C’est pas dans la ligne. Chacun détient une vérité alors que moi je n’en détiens pas, moi je n’en ai pas. 

Vous êtes attaquée à droite
Non je ne suis pas attaquée à droite, je suis éliminée. Sauf quelques bourgeois libéraux, qui disent : « elle a une belle voix, elle chante des conneries, mais enfin, on l’engage quand même »

Et à gauche ?
Ils sont très virulents.

Dans le fond, vous êtes une chanteuse engagée très solitaire
Oui. Effectivement. Je ne peux pas supporter, de moins en moins d’ailleurs, le langage politique.

Vous allez donc cesser, dans vos chansons, de parler de politique…
Non je ne pense pas. Je vais tenter de plus en plus de me contenter de faire un travail plus modeste. De choses que j’ai vraiment vécues de près.

Donnez-moi un exemple…
Par exemple le travail que je tente de faire sur la grève de Penarroya. C’est très important car c’est une grève d’immigrés. Je ne suis pas voyeuse, je ne suis pas au service du peuple. C’est le contact humain qui m’importe. Je suis allée faire la fête avec eux. On a mangé le couscous, on a dansé. On a chanté, on a discuté.

Et là c’est un engagement politique
Mais non, mais non, c’est une relation humaine !

 

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Published by CR - dans Interview
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