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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 10:56
Et ça crie, gémit, grogne et hurle
Et ça crie, gémit, grogne et hurle

Dans le livre "FREE FIGHT - This is our (new) thing"(Ed. Camion Blanc), Philippe Robert écrit au sujet de Guns baby guns de Colette Magny paru au Chant du Monde en 1972 :

Et ça crie, gémit, grogne et hurle. Et ça fait rage comme la classe ouvrière en colère s’exprimant d’une même voix. Et ça crépite tels les feux de la révolution. Et ça cherche à désosser le système… Ici on milite pour un peuple sans classes, à une époque où la presse, faut pas croire, faisait déjà le trottoir aux côtés de ceux qui détenaient le pouvoir. Faut pas faire l’idiot international, faut laisser circuler la majorité ironisait Colette Magny.

Répression aura été un album engagé comme peu l’ont alors été (ce qu’il continue d’être d’ailleurs). Répression aura été largement boudé en son temps, ne trouvant qu’un petit public par avance acquis à sa cause. Répression n’a étrangement jamais été réédité.

Sur scène Colette Magny laissait d’abord s’exprimer un trio constitué de François Tusques, Beb Guérin et Guem, avant d’entamer un tour de chant en duo avec le second, puis de proposer aux Panthères Noires de débouler. Les Panthères, sur Répression, ce sont Bernard Vitet, Juan Valoaz, François Tusques, Beb Guérin, Barre Philips et Noël McGhie. Brigitte Fontaine enregistra Comme à la radio avec l’Art Ensemble Of Chicago. Colette Magny réalisa quant à elle des disques avec certains des musiciens de free français s’étant illustrés au cours des sessions parisiennes du label BYG, mais aussi avec le Free Jazz Workshop (sur Transit), futur Workshop de Lyon.

L’initiation au free, Colette Magny la doit à François Tusques, Bernard Vitet et Beb Guérin. Ils lui firent écouter Albert Ayler, Frank Wright, Don Cherry, Alan Silva ou Sunny Murray, et grâce à eux, elle abandonna la traditionnelle structure couplet / refrain : elle reconnut dans le free un cri de révolte représentatif d’une période, selon elle, « génératrice d’angoisse ».

Répression met en musique, collectivement, une suite de textes-collages. A l’intérieur de la pochette sont croqués Bobby Seale, Eldridge Cleaver et Huey Newton dont les pamphlets sont plus ou moins repris sur des airs de marche obsessionnels rappelant parfois le meilleur de la première mouture du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. Chez Colette Magny les chansons ne sont pas débitées en trois minutes, pour la radio ; au contraire sont-elles architecturées en de longues incantations progressivement gagnées par l’esprit de révolte.

Du genre :

« Babylone morose, mère de l’obscénité par tes B52, tes atrocités,

Géant tentaculaire, gendarme du monde,

Tes ballons de dollars on les crèvera,

Pieuvre en papier-monnaie, ton centre éclatera,

Tes tentacules on te les coupera.

BABYLONE U.S.A.

Les culs de la bourgeoisie twistent

Bientôt le talon de fer des classes dominantes ne sera plus que

BAVE-LAVE dans Babylone en flammes,

Babylone, fais gaffe à tes tentacules,

La démence déferle sur toi, les peuples se soulèvent,

La marée haute de la Révolution va balayer tes rivages.

Les nazis ont assassiné six millions de Juifs,

L’Amérique raciste, cinquante millions de Noirs,

Quatre siècles d’esclavage ç’en est assez.

GUNS BABY GUNS

La longue marche des indiens CHEROKEE sur la « piste des larmes »,

Dépossédés de leurs terres, massacrés,

Faisons taire les voix de la prudence :

Les cris de notre souffrance guideront nos actions,

Il y a une différence considérable entre trente millions de Noirs désarmés

Et trente millions de Noirs armés jusqu’aux dents.

CHEROKEE CHEROKEE GET GUNS AND BE FREE »

Répression fut censuré par l’O.R.T.F. en un temps où Marchais et Krivine arrivaient parfois à dire des choses en direct à la télé. Colette Magny n’en eut pas l’occasion. Pas plus qu’elle n’obtint du Ministère aux Affaires Culturelles sa licence de musicienne ambulante qui lui aurait permis de chanter dans les jardins publics.

Et ça crie, gémit, grogne et hurle

Colette Magny interprète Répression (version 1983)

Babylone USA - Colette Magny

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