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20 décembre 1973 4 20 /12 /décembre /1973 08:50
Viet-Nam 67

Dans "La Chanson française de contestation" (Ed. Seghers), Serge Dillaz écrit (pages 155 à 157) :


De très nombreux chansonniers ont vitupéré depuis la fin de la dernière guerre l'ascendant des États-Unis dans ce type de civilisation mécanisée qui tend à devenir la nôtre. Tout récemment, l'escalade militaire américaine dans la guerre du Viet-Nam- relança cette critique acerbe en apportant de l'eau au moulin des détracteurs (Ferré, Ferrat, Barrière, Fanon, Allwright, Moulin, Fugain, Dabadie, etc.).
De cette sur-abondante production ont émergé quelques titres dont Chante une femme de Martine Merri chanté par son mari Jean Arnulf, Viet-Nam de Henri Gougaud et Viet-Nam 67 de Colette Magny. Différentes par la forme, ces trois chansons se rejoignaient dans leur condamnation commune de la guerre.
Chante une femme évoquait la douleur de la mère américaine qui vient de perdre son fils au Viet-Nam avec en juxtaposition l'angoisse de la mère vietnamienne pour son enfant menacé par les bombes. En démontrant que la souffrance est indifférente aux idéologies, le texte discret et émouvant de Chante une femme posait le problème de l'inutilité du conflit en cours :
Dors mon amour, mon fils unique
Chante une femme en Amérique
Chante en Amérique une femme
A son garçon mort au Viet-Nam
Chante une femme en Amérique
Sur l’autre bord du Pacifique
Une mère au petit matin
Réveille l'enfant vietnamien
Debout mon fils, debout garçon
J'entends revenir les avions.
Évitant lui aussi l'écueil mélodramatique, le texte de Gougaud, qui ne cachait pas sa sympathie pour le peuple vietnamien en armes, souligna l’impuissance du monde devant l'intransigeance des Américains :
Au Viet-Nam aujourd’hui, Dieu sait qu’il fait tout noir
Et que des hommes nus s’obstinent à vivre libres (...)
Je crois qu’une chanson n’est pas toujours futile
Frères lointains, mes crève-cœur
Je voudrais que ces mots vous soient peut-être utiles
Ils viennent du fond de mon cœur !
Reste le texte de Colette Magny. Original et tout aussi sincère que les précédents, il apporta le soutien frémissant de son auteur qui prenait à partie Mac Namara et les accords de Genève. Œuvre de propagande, Viet-Nam 67 citait le nom de Hô-Chi-Minh: dans une apologie de la résistance que nous avions déjà découverte dans Viva Cuba :
Nous ne nous laisserons pas intimider
Longue vie au peuple vietnamien !
Il convient cependant de ne pas oublier dans ce vaste concert de réprobation quelques chansons qui sans accepter la politique des États-Unis dans le conflit indochinois n'en sont pas moins allées à contresens des manifestations anti-américaines. C’est là que nous retrouvons Michel Sardou et ses Ricains :
Si les Ricains n’étaient pas là
Vous seriez tous en Germanie
A parler de je ne sais quoi
A saluer je ne sais qui.
C'est le même thème qu'il a développé plus récemment dans Monsieur le président de France où l'allusion aux manifestations contre la guerre au Viet-Nam s'est faite plus précise :
Dites à ceux qui ont oublié
A ceux qui brûlent mon drapeau
Qu’en souvenir de ces années
Ce sont les derniers des salauds.
Plus nuancé, Eric Robrecht fait remarquer quant à lui dans Le Bruit et la Fureur que les Américains ne pourront jamais venir à bout de la résistance nord-vietnamienne ("ils vivent pour une idée et meurent pour la défendre") mais aussitôt il souligne qu’il n’a pas oublié "la grande Amérique venue libérer sa petite Belgique". Diversifiée, la chanson d’opinion continue à vivre et c’est très bien ainsi.

Viet-Nam 67

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