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20 décembre 1973 4 20 /12 /décembre /1973 17:26

En conclusion de son livre "La Chanson française de contestation" (Ed. Seghers), Serge Dillaz écrit (pages 179-180) :

La seule qui ait retenu les leçons du folk et du blues est Colette Magny. Venue assez tard à la chanson, elle fut étiquetée tout d'abord comme interprète de blues. Soucieuse des problèmes de son temps, elle poussa plus avant son expérience première en introduisant sur des rythmes de blues puis de pop des collages de titres de journaux et de citations politiques (la "lecture" qu'elle fit d'un extrait du Larousse est tout à fait hallucinante). L'album qu'elle nous offrit après les événements de mai 68 est en tous points exceptionnel et remarquablement symptomatique de l'ensemble de ses recherches. Se présentant à la manière d'un film émaillé de documents sonores signés William Klein et Marker et de courtes "chansons", cet essai intitulé Nous sommes le pouvoir est dans le domaine de la chanson politique l'une des expériences les plus attachantes de ces dernières années en même temps que l'une des moins frelatées.
S’effaçant volontiers derrière l'événement, la voix de Magny, ample, frémissante, merveilleuse, vitupère, interroge, s’inquiète et avoue. Ne se prenant pas pour la passionaria de la révolution, Colette Magny sait nous avouer en effet qu'en mai 68 comme tout un chacun, elle n'a pas fait grand-chose ("j'ai rien vu, j'étais pas dans la rue. Tout ce qui était gai, je l'ai manqué"), qu'elle est allée "se planquer" dans les usines afin de chanter pour les ouvriers en grève ("dans des usines je me suis planquée; pour les travailleurs, j'ai chanté").
Après avoir évoqué le mouvement étudiant, Nous sommes le pouvoir traite du problème ouvrier et du travail à la chaîne.
Il n’est pas aisé d’aborder de semblables sujets en chansons. L'évocation de la taylorisation prolétarienne ("la machine nous enlace comme un boa") que réalise Colette Magny avec ce disque-essai est pourtant d'un réalisme saisissant. C'est par la vision d'espérance d’un "jardin d’arc-en-ciel" de l'ouvrière abrutie par le travail mécanisé que se termine ce magnifique disque qui représente à ce jour son chef-d'œuvre.
La chanson de contestation à ce stade remplit pleinement sa mission en rompant totalement avec la conception de la chanson-spectacle héritée du café-concert. On est loin de l'emphase de la chanson sociale type début du siècle qui voulait apitoyer un public pour qui la vraisemblance tenait lieu de vérité. Avec un parti pris d'authenticité, la démarche godardienne de Colette Magny s'apparente dans sa finalité à celle de Léo Ferré.
Se voulant spontanée aussi bien dans sa formulation que dans sa motivation, la chanson de combat s’affirme alors reflet de la conversation quitte à reproduire les fautes grammaticales, les hésitations et les répétitions des propos décousus de ceux qui n’ont pas eu la chance de poursuivre des études supérieures. A l'inverse de ce qui se passa pour la poésie après 1945, les liens évidents qui l'unissent à la réalité quotidienne la sauvent heureusement jusqu’à présent de la gratuité. Il n’en reste pas moins qu'elle devra encore se dégager de la tutelle du spectacle qui est toujours sienne, qu’elle devra en outre rejeter l'infatuafion fréquente que l’on rencontre au sein des organismes politiques et pour ce faire refuser l'inféodation à une quelconque idéologie.
Enracinée dans le plus lointain passé de notre pays, la chanson pouira alors exprimer, comme elle l'a toujours fait au cours des siècles, les joies et les peines des hommes de demain.

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